Études pour l'Enfant Jésus est un ensemble de huit dessins réalisés à la craie rouge sur papier préparé d'ocre rouge par Léonard de Vinci et conservé aux galeries de l'Académie de Venise. Il s'agit de représentations de tout ou partie du corps d'un très jeune enfant, considérées comme autant d'études préparatoires à l'Enfant Jésus présent sur le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau conservé au musée du Louvre.
Vraisemblablement réalisée vers 1502-1503 , la série appartient à un groupe d'études qui permettent au peintre de créer le carton pour le tableau à cette même période. La feuille se rapproche en particulier de deux autres études de l'Enfant qui déploient une technique identique dite « rouge sur rouge ».
Le maître florentin laisse transparaître toute l'étendue de ses connaissances dans les domaines de l'anatomie, de la physiologie et de la physique. En outre, certaines des parties de l'œuvre proposent une technique graphique à ce point appliquée que celle-ci a contribué à faire douter du caractère autographe de l'œuvre.
Description
Les dessins des Études pour l'Enfant Jésus ont pour support une feuille de papier rectangulaire préparé d'ocre rouge de dimensions . Ils sont réalisés à la craie rouge et présentent pour certains des rehauts de blanc. Enfin, la feuille porte en haut vers la droite l'inscription en écriture inversée « Ambroso ».
Le document comprend huit croquis représentant chacun tout ou partie du corps d'un bébé dont les éléments communs à plusieurs montrent des postures identiques : en haut, deux bébés dont le crayonné est le plus achevé ; entre eux, une esquisse à peine visible ; au-dessous à gauche, l'une au-dessus de l'autre, deux esquisses de bras ; une tête au centre de la feuille ; un buste à sa droite ; et, au-dessous de celui-ci, un pied.
Historique
vignette|redresse=0.66|gauche|alt=Tableau représentant une femme assise sur les genoux d'une autre qui tend les bras vers un bébé jouant avec agneau.|Le dessin est réalisé dans le cadre de la création de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau (1503 - 1519, musée du Louvre, inv. 776).
Contexte de création
Au moment de la création des dessins des Études pour l'Enfant Jésus dans les années 1502-1503, Léonard de Vinci approche les cinquante ans. Il est alors suffisamment célèbre pour que de puissants commanditaires italiens et étrangers se disputent ses services comme ingénieur ou comme artiste : Isabelle d'Este, César Borgia et le roi de France .
Depuis 1499, il travaille à la création d'une « Sainte Anne trinitaire » sans qu'il soit toutefois établi qui en est le commanditaire exact. Se déclarant volontiers éloigné du pinceau, Léonard de Vinci ne produit que peu d'œuvres durant cette période et se considère plus volontiers ingénieur. Après avoir écarté successivement deux premiers cartons , il en produit un dernier en 1502-1503 qu'il utilisera pour créer Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau. La feuille des Études pour l'Enfant Jésus constitue une étude préparatoire à ce troisième carton.
Attribution et datation
Jusqu'au début des années 1990, l'attribution à Léonard de Vinci est l'objet de débats. Ainsi en 1938, l'historien de l'art Bernard Berenson avoue sa grande hésitation.. En 1980 encore, Luisa Cogliati Arano y voit plutôt la main de Cesare da Sesto ou d'Ambrogio de Predis. Depuis, l'attribution au peintre florentin est unanime parmi la communauté scientifique, dont notamment Daniel Arasse., Carlo Pedretti., Carmen C. Bambach, Martin Kemp, Frank Zöllner, Johannes Nathan ou Vincent Delieuvin. Les chercheurs appuient leur conviction sur les fines hachures typiques d'une main gauche visibles notamment sur le bébé entier situé en haut à droite. De plus, stylistiquement, l'œuvre laisse apparaître et offre ainsi un caractère énergique propre aux premières esquisses qu'un artiste en recherche peut donner à voir. S'y manifeste ainsi l'exact inverse de ce que l'on peut observer sur des copies de l'œuvre où transparaît .
La datation est très fluctuante selon les chercheurs. Ainsi Vincent Delieuvin l'estime , soit au tout début de la création du tableau. Les dessins seraient alors une étude pour le carton initial : la technique de dessin à la craie rouge sur une préparation rouge utilisée pour les études de La Cène (1495-1498) ou celles de La Madone aux fuseaux (vers 1501) et typique de cette période fournit dans cette hypoyhèse une indication importante. De son côté, Carlo Pedretti propose . Carmen C. Bambach la situe , utilisant un argument exactement identique à celui de Vincent Delieuvin mais en s'appuyant sur des œuvres plus tardives qui utilisent cette technique selon .. Néanmoins, Vincent Delieuvin ajoute dans son raisonnement que les études présentent un , ce qui est à croiser avec le fait que le tableau est entamé dès 1503. Du fait de cette incertitude, certains chercheurs, comme Frank Zöllner proposent une datation incertaine : .
Cheminement de l'œuvre
Le cheminement de l'œuvre après sa création n'est connu qu'à partir d'une période récente. Recensée dans la collection de dessins du cardinal Cesare Monti (1594-1650) entre 1635 et 1650 en compagnie d'autres œuvres comme lHomme de Vitruve, elle reste dans la famille jusqu'à une de ses lointaines héritières, la comtesse Anna Luisa Monti en 1770.. Désirant édifier une collection de dessins, gravures et peintures, Venanzio De Pagave (1722-1803) s'en porte acquéreur. Par héritage, il lègue cette collection à son fils Gaudenzio De Pagave qui, vers 1807-1808, la cède au prix de à l'historien de l'art et peintre italien Giuseppe Bossi. Grand admirateur de Léonard de Vinci, celui-ci désire en effet se constituer une collection des travaux du peintre et a noté peu de temps auparavant dans son journal intime : .. La feuille des Études pour l'Enfant Jésus est conservée au sein d'un album marqué « K ». Après la mort du peintre en 1815, la feuille fait partie de la « vente Bossi » se tenant en à Milan. Elle est achetée le avec le reste de la collection par l'abbé Luigi Celotti. Elle demeure en dépôt (sous la garde de Carlo Porta et Nicola Cassoni) à l'Académie des beaux arts de Milan jusqu'en 1822 au sein de la « collection Luigi Celotti ». Dès 1820, elle fait l'objet d'une proposition d'achat avec le reste de la collection par le gouvernement autrichien au nom de l'Académie des beaux arts de Milan. Finalement, elle est achetée en 1822 par l'empereur d'Autriche François pour l'Académie des beaux-arts de Venise et elle est versée dans ses galeries, où elle demeure depuis.
Création
Une étude pour Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau
La feuille des Études pour l'Enfant Jésus est unanimement reconnue comme une étude préparatoire à l'Enfant représenté sur le tableau de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau conservé au Louvre.
centre|vignette|redresse=1|alt=Un dessin crayonné représentant une tête d'une femme au visage incliné sur la droite.|Un autre dessin préparatoire et contemporain des Études pour l'Enfant Jésus : Étude pour la tête de sainte Anne, vers 1502-1503, Royaume-Uni, château de Windsor, .
Selon Vincent Delieuvin, elle appartient à un ensemble de trois feuilles consacrées à l'Enfant Jésus : le groupe tient sa cohérence dans la technique « rouge sur rouge » qui s'applique sur chacune d'elles et dans le fait . Outre la feuille des Études pour l'Enfant Jésus, se retrouve ainsi une étude pour sa jambe droite conservée également aux galeries de l'Académie de Venise (sous le ) ainsi qu'une autre consacrée à son buste conservée au château de Windsor (sous le ). Bien qu'il concède qu'elle semble présenter un enfant plus âgé que le bébé visible sur le tableau, Vincent Delieuvin justifie ce statut d'étude de l'Enfant par le fait qu'il voit appliqué à la tête à peine esquissée la même rotation vers la gauche que sur la feuille des Études pour l'Enfant Jésus et sur le tableau du Louvre. Alors que Frank Zöllner et Johannes Nathan lui refusent ce statut d'étude, la Royal Collection Trust, propriétaire de l'œuvre, semble le lui accorder malgré une datation divergente de celle de Vincent Delieuvin..
Deux types d'études se rapportent directement au tableau de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau : celles qui permettent la création du carton et celles qui constituent et en sont donc les plus éloignées temporellement. Par l'usage exclusif de la technique de la craie rouge sur préparation rouge si caractéristique de la manière de Léonard de Vinci de début de siècle, le dessin s'inscrit résolument dans le premier groupe.
Processus de création
Le peintre commence par la préparation de la feuille par frottage de la craie rouge. Son crayonné se fait avec le même matériau. Le choix de cette technique dite « rouge sur rouge » découle de besoins spécifiques : cette technique ton sur ton possède l'avantage de rendre compte de l'ombrage intermédiaire dans lequel se trouve le petit personnage en réduisant le contraste entre la forme et le fond ; de plus, cette technique offre un gain de temps à un artiste en recherche puisqu'elle permet d'immédiatement obtenir .
Léonard de Vinci commence ses recherches par le dessin situé en haut à droite. Il semble alors travailler d'après nature en utilisant les services d'un modèle, comme en témoigne le fait que l'Enfant tient un bâton (au lieu de l'agneau) tel que le modèle devait le faire dans l'atelier. Cette hypothèse est confirmée par la perception que la figure sur le dessin du château de Windsor ( et qui appartient à la même série de recherches) est plus âgée que ce qu'elle devrait. Quant à l'étude en haut à gauche, elle est celle qui a le plus évolué durant l'élaboration de la série : si sa composition générale est restée la même, c'est l'angle d'inclinaison de certaines parties de son corps qui a changé. Or c'est cette disposition que le peintre reprend dans la peinture finale. Avec celui de la tête, ces deux dessins représentant le bébé en entier sont les plus achevés : le peintre choisit même de les parfaire d'un léger rehaut de gouache blanche.
Le dessin central représentant la tête de l'Enfant possède un aspect particulier au sein de la feuille par la finition et le lissé qu'il propose ; cela a même contribué à faire douter du caractère autographe de la feuille entière. En effet, le peintre y propose une « expressive et très innovante technique expérimentale » .. L'artiste a commencé par tracer le contour de son dessin de fins traits à la craie. Puis il a créé les premiers effets d'ombrage par de légères hachures et par estompe de matière sèche ; ensuite, il a appliqué un lavis à la craie rouge humide afin de fluidifier les transitions entre ombres et lumières. Il a achevé son entreprise par l'application de touches de gouache blanche dans de petites zones du front, du nez et des pommettes afin d'offrir un léger éclat aux zones les plus éclairées.
Analyse
La mise en œuvre d'une grande expérience technique