Maurice Noël Eugène Mathenet, né le à Mâcon et mort le à Saint-Raphaël (Var) est un général de corps d'armée français, ayant participé aux deux guerres mondiales. Il est le premier général français à avoir reçu la reddition d'un Kampfgruppe allemand le à Zaghouan lors de la campagne de Tunisie. Il est titulaire de cinq citations à l'ordre de l'armée.

Biographie Maurice Mathenet naît le à Mâcon (Saône-et-Loire), enfant et premier fils de Jules Mathenet, gendarme, et de Marie Célestine Prudhon. Il a une sœur, Marie, devenue par la suite directrice de l'école Berliet à Dijon. Issu d'une famille modeste, Maurice Mathenet, boursier, a été mis en pension dès la classe de sixième à Cosne-sur-Loire. Après un baccalauréat « mathématiques élémentaires », il fallait faire 2 ans de classe préparatoire pour l'École Polytechnique, contre seulement un an pour Saint-Cyr. C'est cette année gagnée sur le pensionnat qui lui a fait choisir la carrière militaire.

Famille Le , Maurice Mathenet épouse Jeanne Henriette Olympe de Watteville, fille du baron Gérard de Watteville et de Gabrielle née Morin-Pons. Il avait rencontré Jeanne lors de sa convalescence à l'hôpital des Anglais à Sainte-Foy-lès-Lyon où elle était infirmière-major. De leur union sont nés trois enfants : Gabrielle ( - 1940), Claire-Marie et Jacques (1926 - ).

Décès Le général Mathenet est mort le dans sa villa de Valescure (Var), assassiné par son domestique, probablement pris d'une crise de folie. Lors de l'événement, l'épouse du général a également été grièvement blessée.

Carrière militaire Avant d'intégrer l'école militaire, Maurice Mathenet effectua une année de service comme soldat de classe au Régiment d'Infanterie de Dijon. C'est la seule période de sa vie, adolescente et adulte, qu'il passa proche de ses parents. Le , il intègre l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr comme major de promotion (Promotion de Mauritanie). Dans cette promotion, il côtoiera Jean de Lattre de Tassigny, futur maréchal de France, avec lequel il se liera d'amitié.

Première Guerre mondiale À sa sortie en 1910, il intègre le bataillon de chasseurs alpins en tant que sous-lieutenant. Il est nommé lieutenant le . Lors du déclenchement des hostilités de la Première Guerre mondiale, il ne participe à la campagne que pendant les premières semaines de la guerre. Dès le , une grave blessure causée par un éclat d'obus l'oblige à être évacué. Le , il est cité à l'ordre de l'armée et est nommé chevalier de la Légion d'honneur. À son retour au front, il est affecté au BCA. Il a à peine le temps d'y paraître que le à Metzeral, un éclat d'obus lui brise la clavicule gauche. Il fera sa convalescence à l'Hôpital des Anglais à Sainte-Foy-lès-Lyon où il fait la connaissance de l'infirmière-major Jeanne de Watteville, dite l'Abbesse, qui deviendra sa femme.

Le , il est affecté comme instructeur au Centre d'Instruction d’Élèves Aspirants de Saint-Cyr où il reçoit, le , son troisième galon de capitaine. Le , il est détaché à la mission militaire française auprès de l'armée hellénique. De nouveau, il est instructeur au centre d'instruction d'Athènes, où il est chargé du cours d'infanterie. Au mois de décembre de la même année, il rejoint, au sein de l'Armée de Macédoine, l'État-Major de la division grecque avec laquelle il termine la campagne. À l'issue de ces combats, il est à nouveau cité à l'ordre de l'Armée () par le général Franchet d'Espèrey.

L'entre-deux-guerres Le , il rejoint l'École de guerre où il côtoiera les futurs généraux Alombert, Barré, Dody, Lascroux ainsi que le futur maréchal Juin avec qui il gardera une amitié profonde. Il obtiendra son brevet d'État-Major le et sera envoyé, grâce notamment à ses connaissances des langues, au Staff College, en Angleterre. Dès son retour, il est mis à la disposition du ministre des Affaires étrangères et envoyé à Genève le comme secrétaire de la sous-commission militaire au Secrétariat général de la Société des Nations (SDN). C'est dans ces fonctions qu'il est promu chef de bataillon en .

À la fin de son mandat, il est affecté le au régiment de tirailleurs tunisiens mais, au mois d'août suivant, il est à nouveau mis à la disposition du Secrétariat d'État chargé de la SDN. Lorsque cette mission prend fin, il retourne au RTT en tant que chef de bataillon. En , il est nommé chef d'état-major de la Division d'Infanterie Nord-Africaine ( DINA) et promu lieutenant-colonel le .

En , il prend le commandement du régiment de tirailleurs algériens à Bône en Algérie. À la tête de ce régiment, il reçoit le ses galons de colonel.

Seconde Guerre mondiale

1940 - Bataille de France Au début des hostilités avec l'Allemagne nazie, le régiment du colonel Mathenet est envoyé en défense de la ligne Mareth dans le sud tunisien. En , il est nommé chef d'État-Major du Corps d'Armée, commandé par le général Sciard et appartenant à la armée commandée par le général Giraud. En tant que chef d'état-major de ce corps d'armée, il prend part à la Bataille de France. À la mi-, le CA est déplacé vers Dunkerque. Le , en réponse à la violation de la neutralité de la Belgique et des Pays-Bas par les troupes allemandes, le CA fit mouvement vers la Belgique avec pour objectif d'entrer en contact avec l'armée néerlandaise. Ce fut chose faite le près de Bréda mais l'échec global des Alliés nécessita une retraite précoce afin que le CA ne soit pas isolé.

Le , le corps avait reculé jusqu'à la ligne de la Somme, où l'armée française tenta de tenir la position. Dès le , les Allemands cassèrent la tête de pont qu'ils tenaient à Péronne et continuèrent leur avancée vers le cœur de la France. À partir du , le corps fut impliqué dans un enchaînement de retraites, qui poussa les rescapés du corps jusqu'à la Dordogne qu'ils traversèrent le . Les jours suivants, un armistice fut signé et le corps se rassembla dans la région de Mialet et de Thiviers.

Le , le colonel Mathenet fut cité à l'ordre de l'armée par le général Charles Huntziger pour sa gestion des opérations de retraite.

Opération Torch En , il retourne en Afrique du Nord et est nommé adjoint au général Dody, commandant de la région de Meknès. En , il est nommé commandant de la subdivision de Meknès et promu général de brigade le .

Lors du déclenchement de l'opération Torch le , le général Mathenet fut nommé à la tête du Groupement Mobile de Meknès et engagé dans la bataille de Port Lyautey où le débarquement américain de la dirigée par le général américain Lucian Truscott Jr. débuta vers 5h30. Ce dernier se vit opposer une résistance farouche malgré un équipement suranné. Durant trois jours, les troupes françaises furent opposées à la force américaine de débarquement, dans l'attente d'un ordre de cessez-le-feu que Darlan et Juin à Alger et Noguès à Casablanca hésitaient à donner. Il faudra attendre le dans la soirée pour que cet ordre remonte jusqu'aux responsables militaires au Maroc. En effet, le à 22h30, le général Mathenet téléphona au major Hamilton pour lui exprimer sa volonté de rencontrer le général Truscott afin de discuter la cessation des hostilités qui se matérialisa officiellement le à 4h00. À 8h du matin, les deux généraux se rencontrèrent afin de décider du sort des troupes françaises. Il fut alors décidé que celles-ci ne soient pas désarmées afin de mieux les intégrer dans le dispositif du camp allié.

Finalement, les pertes américaines à Mehdia et Port-Lyautey s'élevèrent à 79 morts et 250 blessés. Côté français, le nombre de morts est estimé entre 250 et 300 hommes. vignette|Rencontre entre le général Mathenet et le général US Truscott, commandant de la Force Goalpost lors de l'Opération Torch, 11 novembre 1942.

Le , l'amiral Darlan est reconnu par le général Eisenhower comme Haut Commissaire de France résidant en Afrique du Nord. Le général Giraud devient alors Commandant des forces militaires en Afrique du Nord. Dans la restructuration de l'Armée d'Afrique qui s'ensuivit, le général Mathenet prend le le commandement de la Division de Marche du Maroc (DMM) avec laquelle il va prendre part à la Campagne de Tunisie. Cette division est incorporée, dès le dans le Corps d'Armée, commandé par le général Koeltz.

Campagne de Tunisie La Division de marche du Maroc fut engagée contre les forces allemandes dès le lorsque le général Mathenet, arrivé le , reçut la mission d'attaquer sur un axe SO-NE en direction de Pont-du-Fahs. Malgré une défense puissante des forces de l'Axe, la DMM prit rapidement la position ennemie de Henchir-Karachoum (), faisant 200 prisonniers et saisissant plusieurs canons et un important matériel. Dans les jours qui suivirent, les Allemands contre-attaquèrent puissamment avec la Panzer et la 334 division d'infanterie et submergèrent les Français. Le général Mathenet ordonna à sa division de se replier sur les pentes du Djebel Bargou, inaccessible aux chars allemands. Bien que les pertes aient été sensibles pour les Français, ce mouvement permit de maintenir des positions défensives solides.

Au cours de ces combats, la DMM perdit 61 officiers et 2500 sous-officiers et hommes de troupe. Le , le général Mathenet était cité à l'ordre de l'armée par le général Juin.

À la Conférence d'Anfa, du 13 au , fut décidé l'indispensable regroupement des forces alliées sous le commandement du général anglais Anderson. Dans le cadre de cette réorganisation, le général Mathenet prit le le commandement d'un Groupement français au nord du dispositif central du Corps d'Armée afin d'y constituer une solide zone centrale d'amarrage permettant aux corps d'armée voisins d'agir offensivement contre l'Axe. Les effectifs de ce groupement s'élevaient à 490 officiers, 2618 sous-officiers et 13300 hommes de troupe.

Lors des semaines qui suivirent, le Corps d'Armée Français (CAF), et plus particulièrement la DMM, prit pleinement sa place parmi les forces alliées et permit la reconquête de la dorsale orientale, dernière étape avant la lutte finale pour Tunis. vignette|Capitulation du colonel Pfeiffer (qualifié de général par ce document de propagande française) devant Mathenet. Dès le début de l'offensive finale des alliés le , des indices de repli des forces allemandes se font de plus en plus clairs poussant le général Koeltz de demander à la DMM du général Mathenet d'entamer immédiatement la poursuite sur tout le front. En deux jours, les forces françaises se retrouvent au pied des solides défenses de « la forteresse Zaghouan ». L'offensive finale est prévue pour le (opération Strike). La mission dévolue au Corps est assez ingrate puisque son attaque doit démarrer 2 jours plus tôt. Elle a pour premier objectif de tromper l'ennemi et d'attirer ses faibles réserves en dehors de la zone de l'attaque décisive. La Division Mathenet est chargée de l'effort principal et elle rencontre une opposition d'artillerie assez intense. Dans la nuit du 7 au , l'ennemi se resserre sur le Zaghouan et la DMM viendra buter sur une solide ligne de défense. Koeltz désigne alors le Zaghouan comme objectif essentiel et donne l'ordre à ses trois divisions d'entamer une double action d'encerclement. Le , la défense de Zaghouan s'effondre et le voit la fin des opérations pour la DMM avec la reddition au général Mathenet du Kampfgruppe Pfeiffer de la Panzer et du Régiment d'artillerie italien du colonel Agnello.

Londres À l'issue de la Campagne de Tunisie, le général Mathenet reçut la mission le d'assurer la liaison entre le général Brooke, chef de l'État-Major Impérial Britannique et le général Giraud, commandant en chef de l'Armée d'Afrique du Nord et co-président avec De Gaulle du Comité français de libération nationale. C'est à l'occasion de cette mission que le général Mathenet fut nommé par Giraud au grade de général de corps d'armée le .