La Guerre du feu est un roman de Joseph-Henri Rosny aîné et paru pour la première fois en France en 1909, prépublié partiellement dans le magazine Je sais tout () entre le et le . Ce roman est le premier d'une trilogie , et sera suivi de deux autres romans Le Félin géant (1918), puis Helgvor du Fleuve Bleu (1929).
Cette trilogie appartient à un cycle plus large de « romans préhistoriques » des frères Rosny, qui ont été repris dans une intégrale de la collection Bouquins chez Robert Laffont .. Cette trilogie a été précédée de deux romans : Vamireh (1891) et Eyrimah (1893), et le cycle comprend cinq longues nouvelles préhistoriques, notamment Les Xipéhuz (1887).
La Guerre du feu a remporté un grand succès dès sa parution et jamais démenti depuis ; il a d'ailleurs suscité de nombreuses adaptations qui ont elles-mêmes rencontré le succès.
Publication Comme l'explique Fabrice Mundzik : « Lorsque La Grande revue publie “La Vie chez les mammouths”, le , son contenu est inédit : il n’était pas inclus dans la prépublication partielle de La Guerre du Feu parue l'année précédente. Un an auparavant, le , J.-H. Rosny aîné avait déjà fait paraître un autre épisode inédit dans la revue Akademos : “Le Lion géant et la tigresse”. Ce texte s’intercale entre les chapitres “La hache tombe sur les longues vertèbres” et “Les dévoreurs d’hommes” de la prépublication. Ces deux aventures seront intégrées à La Guerre du Feu lors de la publication de la version augmentée chez Fasquelle en 1911 »..
Personnages Vaincue, la tribu des Oulhamrs perd le feu au début du roman. Ne sachant le recréer, elle est contrainte d'envoyer quelques-uns de ses membres le reconquérir. Faouhm : chef de la tribu, qui promet sa nièce Gammla et le commandement de la tribu au guerrier qui rapportera le feu. Naoh : guerrier surnommé fils du Léopard, qui réussira à rapporter le feu à la tribu avec l'aide de ses deux compagnons, Nam et Gaw. Nam : guerrier surnommé fils du Peuplier, compagnon de Naoh. Gaw : guerrier surnommé fils du Saïga, compagnon de Naoh. Aghoo le velu : guerrier surnommé fils de l’Aurochs, rival de Naoh dans la conquête du feu et prétendant à Gammla, vaincu avec ses deux frères (dont Roukh aux-Bras-Rouges), par Naoh, Nam et Gaw. Gammla : nièce du chef Faouhm, que celui-ci promet à celui qui ramènera le feu aux Oulhamrs, et qui devient donc la compagne de Naoh à la fin du roman.
Résumé
L’auteur situe son roman au cœur de la Préhistoire, soit environ cent mille ans dans le passé.
Depuis des générations, la vie de la tribu des Oulhamrs s'est organisée autour du feu. Mais s'ils savent conserver les braises et attiser les flammes, ils sont en revanche incapables d'allumer le feu, qu’ils conservent précieusement dans trois cages gardées jour et nuit par quatre femmes et deux guerriers.
Or un jour, au cours d'un affrontement sauvage avec une tribu ennemie, les cages où brûlait le Feu, source de vie, sont détruites. C'est la catastrophe. Vaincu, le clan fuit derrière son chef Faouhm, en proie au froid et à la nuit. En désespoir de cause, celui-ci promet alors sa nièce Gammla ainsi que le bâton du commandement au guerrier qui rapportera le feu à la tribu.
Un volontaire se présente immédiatement : Naoh, fils du Léopard, le plus grand et le plus agile des Oulhamrs qui depuis longtemps épiait et convoitait Gammla. Il choisit pour compagnons Nam et Gaw, deux jeunes guerriers légers et rapides, plutôt que deux autres guerriers plus robustes.
Puis, par ambition et goût du combat, Aghoo le velu, une brute velue qui vit à l’écart avec ses deux frères et quelques femmes terrorisées - défie Naoh en promettant qu’il sera celui qui conquerra la flamme.
Le lendemain, chaque groupe part de son côté affronter les multiples dangers du monde hostile qui les entoure… Au cours de leur quête, Naoh, Nam et Gaw, devront échapper aux mammouths et aux aurochs, au Lion géant et à la Tigresse, aux Dévoreurs d'Hommes, aux Nains-Rouges et à l’Ours géant qu'ils croiseront en chemin. Après un ultime combat contre Aghoo le velu et ses frères, ils rapportent finalement le feu au peuple Oulhamr.
Réception, vraisemblance et véracité scientifique
La Guerre du Feu est le roman le plus connu et le plus traduit de J.-H. Rosny aîné. Il occulte la majeure partie de son œuvre qui comprend pourtant plus d'une centaine d'ouvrages : « Le corpus littéraire rosnyien ressemble à une forêt, une de ces « forêts des vieux âges » souvent louées par J.-H. Rosny aîné, qui serait cachée derrière cet arbre gigantesque qu’est La Guerre du Feu. »
Cette œuvre est remarquable par son scénario et est relativement bien documentée. Elle a suscité des adaptations cinématographiques. Elle a inspiré nombre de vocations d'archéologues et de paléontologues, comme le film éponyme qui en a été tiré en 1981. Toutefois, les découvertes archéologiques effectuées de 1980 à 2010 ont permis de mieux comprendre les modes de vie des hommes préhistoriques au temps du roman soit entre et avant le présent. Et comme le fait observer l’archéologue Jean-Paul Demoule dans son livre, On a retrouvé l’histoire de France, « il faudrait réécrire Rosny » pour évoquer « ces bandes de chasseurs-cueilleurs remontées depuis les rivages méditerranéens [...] Les Homo erectus ne sont pas ces hommes-singes monstrueux, fruits de nos terreurs enfantines, qui déferlent à coups de massue sur la paisible grotte des Oulhamrs au début du roman de J.-H. Rosny... ».
On pourrait ajouter que la rencontre, en Europe, entre Homo erectusAttestation de présence d'Homo erectus la plus récente : AP, mais à Java : et Homo sapiensLes fossiles d'Homo sapiens les plus anciens à ce jour (2017) datent de avant le présent, au Maroc : . Et en Europe, les plus anciens restes d'Homo sapiens découverts sont représentés, depuis 1978, par le crâne Apidima 1 au sud de la Grèce, daté d'environ : , sans être absolument impossible, est tout de même très peu probable, à la différence des rencontres attestées entre Homo sapiens (l'Homme moderne) et l'Homme de Néandertal (Homo neanderthalensis) Sur le caractère peu probable d'une rencontre entre ces trois espèces humaines : erectus/neandertalensis/sapiens, et sur les autres anachronismes du livre et du film, voir cet article : .. En tout cas, à l'époque où le romancier situe l'action ( maximum AP), jamais les erectus n'auraient pu rencontrer les neandertalensis et les sapiens en Europe, puisque cette espèce était éteinte, pour autant qu'il s'agisse bien de ces trois espèces humaines dans le roman, lesquelles n'étaient pas encore bien caractérisées à l’époque où écrit J.-H. Rosny aîné. [Voir chacun des articles consacrés à ces différentes espèces humaines].
On sait aujourd'hui que les comportements décrits dans le roman et les films ne sont pas un reflet précis de la réalité préhistorique et il convient donc de ne pas confondre ces fictions avec des documentaires ou de leur prêter une réelle valeur scientifique.
Pour autant, si l'on se réfère au contexte scientifique de l'époque de l'écriture du roman (1909), on peut dire que, même si J.-H. Rosny aîné ., il avait néanmoins voulu , en accord avec les données et interprétations de son temps, . Mais à une véritable vulgarisation scientifique (qui eût été à sa portée car il en était bien informé) Rosny aîné a préféré à l'évidence proposer seulement vraisemblable pour son temps, et une fiction populaire promise au succès, au moyen notamment d'une prépublication en épisodes dans le mensuel Je sais tout, un magazine lui-même situé à mi-chemin entre l'encyclopédie illustrée destinée à la famille (donc aussi aux enfants), l'actualité et la vulgarisation scientifiques, ainsi que la publication de fictions inspirées par la science. Et c'est là que Rosny aîné a rencontré son public.
De même l'adaptation cinématographique de La Guerre du feu proposée par Jean-Jacques Annaud en 1981, par ses différences avec le roman original, montre aussi l'évolution de la paléoanthropologie entre le début et la fin du , même si, au-delà de , le film est toujours une fiction, reposant consciemment sur des anachronismes, comme le roman, et non un documentaire scientifique. En effet, l'ambition de Jean-Jacques Annaud .
Mais en créant cette illusion d'une fiction à la manière d'un documentaire et non un documentaire proprement dit, Annaud joue avec la limite et brouille un peu les frontières entre genres, mais il n'est pas dupe lui-même de ce jeu puisqu'il est conscient de ce que, lorsqu'il entreprend d’adapter de nouveau le roman de Rosny aîné, le concept d’une guerre du feu est déjà rejeté par la communauté scientifique, selon laquelle .. En effet l'usage du feu par les espèces humaines remonterait à plus d'un million d'années, son utilisation contrôlée dans des foyers à , le plus ancien allume-feu connu date pour sa part de AP[pour les références, voir l'article détaillé Domestication du feu, notamment sa section : « Datation »]. La guerre du feu n'a donc pas pu avoir lieu il y a comme la situent à la fois le roman et le film, puisque les espèces humaines le maîtrisaient toutes depuis longtemps à cette époque.
C'est donc volontairement et malgré cet anachronisme (avéré et connu de lui au moment du projet de film) qu'Annaud a choisi de raconter quand même l'histoire rêvée par Rosny aîné. La raison en est justement la force narrative, symbolique et identificatoire du mythe construit par Rosny aîné qui permet pour Jean-Jacques Annaud sa lecture multiple, y compris philosophique ., et explique pourquoi il a tenu à reprendre l’histoire du roman, quand bien même les paléoanthropologues l’en dissuadaient du fait du peu de véracité historique de son argument central d'une guerre entre espèces humaines pour la maîtrise du feu :
Malgré cet anachronisme fondateur du mythe et donc assumé, l’ambition du projet de film tiré du roman est vaste : , cité dans : .. Mais en tout cas la ligne directrice dans la conception du film est de sortir des stéréotypes hollywoodiens et de l'invraisemblance dans la représentation cinématographique d'une préhistoire en "carton-pâte" (de Victor Mature dans Tumak, fils de la jungle en 1940, à Raquel Welch en bikini dans Un million d'années avant J.C. en 1966) : il s'agit avant tout pour Annaud de "faire vrai".
Raison pour laquelle il tourne en décors naturels, avec un minimum d'effets spéciaux, demandant à Desmond Morris et Anthony Burgess leur aide pour élaborer la gestuelle et le langage de ses néandertaliens, et rassemblant seul une toujours dans cette recherche de vraisemblance.
Mais il travaille avec très peu d’aide de la communauté scientifique qui selon lui . Pour les paléoanthropologues contemporains, la vraisemblance sans véracité, admettant certains anachronismes inhérents à l'argument central du récit, n'était pas une notion validable. Pourtant, selon Pascal Semonsut (docteur en histoire) .
[Voir aussi dans l'article consacré au film de Jean-Jacques Annaud la section « Réalité scientifique »].
Adaptations Cinéma
Une première adaptation cinématographique a été réalisée en 1915, six ans après la première publication de ce roman, par l'acteur et réalisateur Georges Denola, sous le même titre que le roman.
Un second film, La Guerre du feu, réalisé par Jean-Jacques Annaud, est sorti sur les écrans en 1981.
Bande dessinée Ce récit des âges farouches a été adapté en B.D. à plusieurs reprises par : Fred Funcken, dans L'Explorateur (1948) ; René Pellos, dans Zorro - Nouvelle formule (1950). Repris publié en album aux Éditions Glénat ; Martine Berthelemy, dans le Journal de Mickey (1953) ; Raymonde Borel-Rosny (scénario) / Rafael Carlo Marcello (dessins), dans Pif Gadget (1982). Repris en album aux Éditions G. P. ; André Houot, dans Je bouquine (1993) ; De 2012 à 2014, Emmanuel Roudier et Simon Champelovier ont publié une nouvelle adaptation en 3 tomes : La Guerre du Feu, Tome 1 : Dans la nuit des âges, Delcourt, 2012. La Guerre du Feu, Tome 2 : Sur les rives du grand fleuve, Delcourt, 2013.