La phonotaxe ou phonotactique est la branche de la phonétique et de la phonologie d’une langue donnée qui étudie les séquences de sons (phones du point de vue de la phonétique), respectivement de phonèmes (du point de vue de la phonologie), pouvant exister dans cette langue, c’est-à-dire quels sons peuvent apparaître et dans quelles positions dans la langue en cause (par exemple, structures possibles de syllabes, séquences de consonnes). Ces possibilités et les restrictions qu’elles impliquent constituent les règles phonotactiques de la langueBussmann 1998, .Crystal 2008, .Kálmán et Trón 2007, et 162..

Universaux phonotactiques

Bien que les langues diffèrent plus ou moins les unes des autres, elles ont tout de même certains traits communs. Parmi ceux-ci, un trait phonotactique des plus généraux est que, dans chaque langue, il y a des combinaisons de voyelles et de consonnes dans des syllabesEifring et Theil, chap. 3, ..

Quelques-uns des universaux concernant la structure de la syllabe sont les suivants : Dans chaque langue, il y a des syllabes ouvertes, c’est-à-dire terminées par une voyelle, mais il n’y a pas obligatoirement des syllabes fermées, c-à-d. terminées par une consonneEifring et Theil, chap. 3, .. Dans chaque langue, il y a des syllabes à consonne initiale, mais il n’y a pas obligatoirement des syllabes sans consonne initiale. Dans chaque langue où il y a des syllabes ayant la structure voyelle + consonne (VC), il y a aussi des syllabes CVC, V et CV. Dans chaque langue, il y a des syllabes du type CV ; c’est donc un type universelKálmán et Trón 2007, ..

L’un des universaux phonotactiques les plus importants est que, si dans une langue il y a une certaine combinaison de sons, un certain type de syllabe, etc., alors dans la langue en cause il y a aussi des combinaisons de sons, des types de syllabes, etc., moins marqués que ceux-ci. Dans le domaine des types de syllabes, par exemple, sont marqués ceux que certaines langues n’admettent pas, comme le type CVC. Il y a, par exemple, des langues où la syllabe /ma/ est possible, mais la syllabe /mak/ ne l’est pas, mais il n’y a pas de langues où la syllabe /mak/ soit possible, mais non la syllabe /ma/. On dit, par conséquent, que le type CVC est marqué par rapport au type CV, qui est non marqué, étant universel.

On a remarqué aussi, concernant la syllabe, comme un phénomène général dans les langues du monde, que le sortiment des consonnes initiales de syllabe est plus grand que celui des consonnes finales de syllabeEifring et Theil 2005, chap. 2, ..

Règles phonotactiques dans quelques langues

Successions possibles et impossibles de sons

Dans chaque langue, il y a des règles concernant les sons qui peuvent, respectivement ne peuvent pas, se succéder. En anglais, par exemple : La consonne /h/ ne peut se trouver que devant, jamais après une voyelle. La consonne /ŋ/ ne peut être précédée que de voyelles brèves : /ɪ/, /æ/, /ʌ, /ɒ/).

Nombre de sons de même nature qui peuvent se succéder

Les langues traitent différemment le groupement de consonnes. La gamme des possibilités va de l’absence de groupes de consonnes à la succession de plus de trois, même dans une syllabe. Ces possibilités sont déterminées par plusieurs facteurs, comme la position des consonnes dans le mot ou dans la syllabe, et la nature des consonnes qui peuvent être groupées.

Le hawaïen, par exemple, est une langue qui ne permet que des syllabes ouvertes ; il n’y a donc pas de succession de consonnes.

En japonais, le nombre de consonnes qui peuvent se suivre est de deux, mais seulement dans des syllabes différentes, si elles sont identiques (ex. : Hok-kaido), ou si la consonne finale de la première syllabe est /n/ (Hon-da).

En chinois non plus, il n’y a pas de consonnes se succédant dans la même syllabe, et elles sont toujours au nombre de deux. Par contre, en fin de syllabe, on peut avoir non seulement /n/, mais aussi /ŋ/ et /ɻ/. Le swahili, le peul, le coréen et le turc non plus n’admettent pas plus de deux consonnes successives.

En thaï, il peut y avoir plus de consonnes finales de syllabe que dans les langues précédentes (/m/, /n/, /ŋ/, /p/, /t/ et /k/), et cette langue admet deux consonnes dans une même syllabe.

En français, il peut y avoir jusqu’à trois consonnes dans une même syllabe, mais c’est relativement rare. C’est possible en début de syllabe et les combinaisons admises sont réduites en nombre. Sont permis, par exemple, les groupes /stR/ (ex. : strident) et /skR/ (scruter), mais non un groupe tel que /pms/. Il y a des restrictions pour les combinaisons de deux consonnes aussi en début de syllabe. Sont permis les groupes /ps/ (psychologie), /pR/ (prendre), /tR/ (traire), /pl/ (plaire), mais non pas /ml/, /bm/, /ms/, /rs/, /jl/, par exemple. En fin de syllabe aussi, il y a certains groupes de deux consonnes qui sont possiblesGuilbault 2005, chap. 4. Phonologie, § 4.7 Structure syllabique..

En anglais, le nombre maximal de consonnes en début de syllabe est de trois et il est de cinq en fin de syllabe, mais de tels exemples sont rares : sprint « course de vitesse » (), strengths « forces » (, même s'il peut également être prononcé ), ou angsts () « angoisses » qui cumule cinq consonnes en fin de syllabe. Dans le même temps, il y a des groupes de consonnes qui ne sont pas admis dans ces positions, par exemple /fs/, /spm/ ou /ps/, et le groupe /gz/ peut exister seulement en position intérieure (ex. : exhaust « épuiser » () ou finale de mot : legs « jambes » ().

En roumain aussi, le nombre de consonnes dans un groupe est de trois au maximum dans une même syllabe, en début de mot. Peuvent se succéder l’une des consonnes /s/, /z/, /ʃ/ ou /ʒ/ + une consonne occlusive + /l/ ou /r/, à condition que les deux premières consonnes soient ou bien sourdes, ou bien voisées, ex. : splină [splinə] « rate » (l’organe), ștreang [ʃtre̯aŋɡ] « corde ». Il peut y avoir également des groupes de deux consonnes en début et en fin de syllabe, dont sont exclus /tl/ et /dl/Chițoran 2002, ..

En hongrois également, les groupes de consonnes en début de syllabe peuvent atteindre exceptionnellement le nombre de trois, à condition que la première soit /s/, la deuxième /p/, /t/ ou /k/, et la troisième /r/, ex. : absztrakt [ɒpstrɒkt]. Quant aux voyelles, il peut y en avoir jusqu’à six se succédant dans des syllabes différentes, ex. fiaiéiért « pour ceux/celles de ses fils »A. Jászó 2007, ..

En allemand et en norvégien, il y a même des groupes de cinq consonnes en fin de mot : Herbsts « de l’automne » (cas génitif), skjelmskt « de façon espiègle, facétieuse ».

Les règles concernant les groupes de sons peuvent subir des changements au cours de l’histoire de la langue. L’ancien hongrois, par exemple, n’admettait pas deux consonnes en début de mot, ce qui est prouvé par des emprunts anciens (slave dvor > udvar « cour », latin schola > iskola « école »), mais les emprunts relativement récents ont été adoptés avec leur groupe de consonnes initial.

Nature du noyau de syllabe

Dans certaines langues, comme le hongrois, le noyau de syllabe ne peut être qu’une voyelle. Dans d’autres langues, cela peut être une voyelle ou une diphtongue, bien que ce soit un sujet de controverse : la partie de celle-ci appelée semi-voyelle ou semi-consonne en est-elle vraiment une, ou bien une consonne ?Kalmbach 2013, § 4.20.1.. De telles langues sont l’espagnol (ex. : bueno [bwe.no] « bon »)Kattán-Ibarra et Pountain 2005, ., le français (traduire [tʁa.dɥiːʁ])Grevisse et Goosse 2007, . ou le roumain : seară ['se̯a.rə] « soir », noapte ['no̯ap.te] « nuit »Chițoran 2002, ..

Dans certaines langues, des consonnes aussi (surtout /r/, /l/, /n/, /m/) peuvent constituer le noyau de la syllabe. Tel est le tchèque (ex. : Brno [br̩.no])Dubois 2002, ., le BCMSBosnien, croate, monténégrin et serbe. (vrt [vr̩t] « jardin », bicikl [bit͡si.kl̩] « bicyclette »)Barić 1997, (grammaire croate). ou l’anglais : bottle [bɒ.tl̩] « bouteille », button [bʌ.tn̩] « bouton »Crystal 2008, ..

Références

Sources bibliographiques

Barić, Eugenija et al., Hrvatska gramatika [« Grammaire croate »], édition revue, Zagreb, Školska knjiga, 1997 Bussmann, Hadumod (dir.), Dictionary of Language and Linguistics [« Dictionnaire de la langue et de la linguistique »], Londres / New York, Routledge, 1998 (consulté le ) Chițoran, Ioana, The Phonology of Romanian: A Constraint-based Approach [« Phonologie du roumain. Approche à base de contraintes »], Berlin / New York, Mouton de Gruyter, 2002 (consulté le ) Crystal, David, A Dictionary of Linguistics and Phonetics [« Dictionnaire de linguistique et de phonétique »], édition, Blackwell Publishing, 2008 (consulté le ) Dubois, Jean et al., Dictionnaire de linguistique, Paris, Larousse-Bordas/VUEF, 2002 (consulté le ) Eifring, Halvor et Theil, Rolf, Linguistics for Students of Asian and African Languages [« Linguistique pour les étudiants en langues asiatiques et africaines »], Université d’Oslo, 2005 (consulté le ) Guilbault, Christian, Introduction à la linguistique I, Université Simon-Fraser, Burnaby (Canada), 2005 (consulté le ) Grevisse, Maurice et Goosse, André, Le Bon Usage. Grammaire française, Bruxelles, De Boeck Université, 2007, édition, (consulté le ) Kálmán, László et Trón, Viktor, Bevezetés a nyelvtudományba [« Introduction à la linguistique »], édition, augmentée, Budapest, Tinta, 2007 (consulté le ) Kalmbach, Jean-Michel, Phonétique et prononciation du français pour apprenants finnophones, version 1.1.9., Université de Jyväskylä (Finlande), 2013 (consulté le ) Kattán-Ibarra, Juan et Pountain, Christopher J., Modern Spanish Grammar. A practical guide [« Grammaire espagnole moderne. Guide pratique »], édition, Londres / New York, Routledge, 2003 (consulté le )