La méthode Kangourou ou méthode mère kangourou (MMK) est une méthode de soins et de maternage utilisée en néonatalogie.

Description vignette|Méthode kangourou pratiquée au Cameroun. La méthode kangourou permet de diminuer la mortalité notamment chez les prématurés de faible poids et elle est préconisée par l'OMS tout particulièrement dans les pays en voie de développement où les autres ressources sont limitées.

Elle regroupe quatre composantes : un contact peau à peau précoce, continu et prolongé, un allaitement maternel exclusif, une sortie d'hôpital précoce et un soutien adéquat pour les parents et le bébé une fois à domicile. 

La composante la plus reconnue de cette pratique et la plus explorée est le contact peau à peau, qui consiste à placer le bébé peau contre peau au niveau du thorax et de l’abdomen du parent. Cette méthode fait partie des soins centrés sur la famille puisqu’elle repose sur les compétences parentales, de plus, c’est une composante clé des soins du développement. La méthode kangourou a été soumise à de nombreuses recherches et est maintenant pratiquée partout dans le monde. Selon la Société française de néonatologie (SFN), « le peau à peau est un soin essentiel que peut réaliser les parents. [...] Ses nombreux bénéfices sont clairement démontrés dans la littérature », et la SFN soutient sa diffusion dans les unités d'obstétrique et néonatalogie, tout en recommandant une formation des professionnels sur le sujet pour éviter les risques associés.

Historique La méthode kangourou est introduite par les Drs Edgar Rey Sanabria et Martinez en 1978 à Bogota en Colombie. Ils développèrent cette pratique comme une alternative aux incubateurs pour les nouveau-nés prématurés ou de faibles poids à la naissance. Au début, cette méthode était pratiquée par les mères. À l’époque, la méthode kangourou avait comme objectif de remédier au manque de ressources telles que les incubateurs et d’essayer de diminuer les taux élevés d’infections et de mortalité néonatale. Les parents, surtout les mères, devaient porter leur bébé sur 24 dans une poche ventrale telle un incubateur naturel, afin de permettre un maintien de la température du nouveau-né. À la suite de plusieurs travaux de recherche, la méthode kangourou a démontré une multitude de bienfaits et fut reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 2004, l’OMS produit même un guide pratique qui recommande l’adoption de la méthode kangourou dans les soins aux nourrissons, qu’ils soient prématurés ou à terme, malades ou en santé. Les recherches démontrent aussi que cette pratique a des bienfaits qu'elle soit appliquée par la mère ou par le père.

Prévalence/ Facteur de risque Philosophie et principes Les soins du développement sont une approche qui permet l’intégration de la famille lors de la prestation de soins au nouveau-né. Cette approche a pour objectif la réduction du stress chez les bébés prématurés ou malades. Elle vise la poursuite du développement global de l’enfant en lui offrant des conditions de soins et de vie optimales. Les soins du développement regroupent un grand nombre de soins, techniques et manœuvres pour favoriser le développement du cerveau des nourrissons et réduire les problèmes de santé et l’impact négatif de l’environnement. Une des composantes fondamentales des soins du développement est la méthode kangourou. Cette méthode a elle aussi comme philosophie et comme approche d’être centrée sur la famille puisqu’elle repose entièrement sur les compétences parentales et sur la participation et l’implication des parents dans les soins prodigués à leur nourrisson.

La Société française de néonatologie préconise une « pratique d’un peau à peau le plus précoce et le plus continu possible pour le bien-être et le développement des nouveau-nés ». Jérome Pignol, Véronique Lochelongue, et Olivier Fléchelles de l'unité de réanimation et néonatalogie au CHU de Fort-de-France estiment que, dans l'optique d'une promotion de la pratique dans les services de néonatalogie et soins intensifs, les parents doivent être informés des bénéfices du peau à peau dès les premiers entretiens.

Type de clientèle Au départ la méthode kangourou a été élaborée pour favoriser le taux de survie des nourrissons prématurés et de faible poids à la naissance dans des pays en voie de développement. Cette pratique permettait de réduire la mortalité, les maladies graves, les infections et la durée d’hospitalisation. Avec le temps et les recherches, cette pratique s'est élargie et vise maintenant les bébés prématurés, ceux à faible poids ou malades, mais aussi les bébés à terme et en santé autant dans les pays en voie de développement que dans les pays à revenu élevé. De plus, la méthode kangourou n’est plus seulement limitée aux mères, elle peut également être pratiquée par les pères. L'OMS recommande sa pratique sur le plan mondial et la Société canadienne de pédiatrie suggère son implantation dans toutes les unités néonatales et obstétricales. Grâce à sa promotion et ses bienfaits, la méthode kangourou gagne en popularité à travers le monde.

Signes et symptômes Bienfaits La méthode kangourou est tout d’abord un moment intime entre le parent et son bébé. La liste de ses bénéfices est longue, cependant la majorité d’entre eux sont liés à la durée et à la fréquence des séances de peau à peau.

Le contact étroit entre la mère et son petit permet la création d’un lien unique et offre une expérience positive. Ce contact permet au bébé d’entendre des bruits familiers tels que les battements du cœur et les bruits des intestins de sa mère, sons qui sont très réconfortant pour lui .

Voici une liste non exhaustive des multiples bienfaits de la pratique du peau à peau.

L'amélioration de la stabilité des signes vitaux c'est-à-dire la stabilité du rythme cardiaque et de la respiration, une diminution de la fréquence des apnées pendant les séances, une stabilisation de la saturation en oxygène et une stabilisation et augmentation de la température (le peau à peau est la méthode la plus efficace pour prévenir l’hypothermie chez les nouveau-nés). L'amélioration et la stabilisation de la digestion qui s'observe par une meilleure prise de poids et une meilleure tolérance à l'alimentation. L'amélioration du sommeil : le nouveau-né a une sommeil plus profond et des périodes d'éveils plus calme. L'amélioration des interactions et des relations entre les parents et l'enfant qui se manifeste par une diminution des symptômes de dépressions et d'anxiété chez les mères. La prévention de l'hypoglycémie surtout si la méthode kangourou est débutée dès la naissance. Une diminution des risques d'infections, de la douleur, du stress, des pleurs et de la durée d'hospitalisation. Finalement, une amélioration de la production de lait maternel et de la durée de l'allaitement.

Il est donc possible d’utiliser la méthode kangourou pour effectuer certains soins, tels que des prélèvements sanguins, des injections intramusculaires ou sous-cutanées, puisque cette méthode est reconnue comme étant un bon moyen de contrôle de la douleur.

Interventions/ Traitements Durée des séances Pour optimiser les bienfaits du peau à peau, il est recommandé que celui-ci dure un minimum de sans interruption, afin que le nourrisson puisse atteindre la phase du sommeil profond. C’est au cours de cette phase que le bébé grandit, récupère et assimile ce qu’il a vécu au cours de sa journée. C’est donc au cours de cette phase que les bienfaits de la méthode sont le plus marqués. De plus des séances de moins de consécutives engendrent de multiples changements de positions et beaucoup de manipulations qui peuvent être pénibles pour le nouveau-né.

Accessibilité Le peau à peau est une pratique relativement simple ce qui la rend accessible au niveau mondial. Cependant, certains principes doivent être respectés pour la rendre sécuritaire, optimiser les bienfaits et faciliter sa pratique. C’est pourquoi certaines recommandations sont proposées par différentes associations, telles que la Société canadienne de pédiatrie et l’OMS, pour faciliter son implantation dans les unités de soins et ainsi la rendre encore plus accessible. Elles recommandent notamment que la méthode kangourou soit pratiquée le plus tôt, le plus souvent, et le plus longtemps possibles. De plus, les unités de soins doivent mettre à la disposition des parents des chaises confortables et offrir un environnement calme et intime. Et une procédure doit être mise sur pied et respectée lors du transfert du nouveau-né et pendant les séances de peau à peau.

Mise en application et méthodologie Des lignes de conduite peuvent être mises en place sur les unités de soins afin que la pratique encadrant la méthode kangourou soit constante et adaptée à la réalité du département.

Avant l'installation Avant d’installer un parent en peau à peau avec son nourrisson certaines préparations doivent être faites pour favoriser l’expérience et le confort. Une préparation de l'environnement et du matériel peut être nécessaire, tel qu'une diminution de l'intensité de la lumière, de l'exposition au bruit, avoir à porter de main une couverture et un bonnet préalablement chauffé. Il est conseillé aux parents de se laver les mains et de retirer leurs bijoux pour protéger la peau du bébé.

L’installation Le transfert Il existe deux techniques pour transférer le nouveau-né en méthode kangourou. Le transfert assis et le transfert debout. Le transfert assis, se définit par un membre du personnel soignant qui prend le bébé de son lit pour l’installer sur la poitrine du parent, celui-ci est déjà installé dans un fauteuil. Certaines situations exigent ce type de transfert, par exemple quand le parent est en fauteuil roulant ou lorsque la mère a subi une césarienne ou une épisiotomie. Le transfert debout ce fait lorsque le parent vient lui-même prendre son bébé et le placer contre sa poitrine avant de s’asseoir dans un fauteuil. Cette technique permet de renforcer l’autonomie des parents et limite les manipulations. Cela permet de réduire la surstimulation du nouveau-né et augmente les chances qu’il tolère mieux le transfert. Effectivement, le parent se penche au-dessus du lit de son enfant pour le coller directement sur sa poitrine, ce qui permet de limiter le temps où le nouveau-né passe en suspens dans les airs. Les gestes doivent être effectués avec douceur et lenteur pour ne pas perturber le nouveau-né. Pendant ce type de transfert un membre du personnel soignant guide le parent dans son processus et aide au déplacement du matériel tel que les tubes et les fils.

Certains bébés semblent ne pas bien tolérer la méthode kangourou, en fait ce n’est pas la méthode comme telle qui n’est pas bien tolérée, mais le transfert. Le transfert implique souvent beaucoup de manipulations et une position de suspension dans les airs, ce qui peut occasionner une surstimulation du nouveau-né. Parfois les transferts sont faits de manière rapide ce qui est déstabilisant. Comme le bébé prématuré est encore immature, sa réponse à ces surstimulations est parfois retardée. Il est donc très important de manipuler l’enfant avec soins et douceur et d’effectuer des gestes lents.

Positionnement