André Voisin, né le 26 ou le à Neuilly-sur-Seine et mort le , est un militant corporatiste puis fédéraliste français, qui a animé plusieurs associations, notamment La Fédération et le Mouvement national des élus locaux (MNEL). André Voisin est un pseudonyme ; son véritable nom est André Bourgeois.

Biographie Entre-deux-guerres André Bourgeois est le fils d'un employé de commerce et d'une couturière, Adèle Emma Voisin, dont il prendra le nom pour son pseudonyme. Il se forme à l’École normale d’Auteuil pour devenir instituteur. Il y rencontre des amis qui vont l'accompagner dans son parcours politique, comme Jean Bareth, Max Richard et Jean-Maurice Martin. . Ils auraient fondé une Union corporative des instituteursHélène Fréchet (dir.), Penser et construire l'Europe : 1919-1992, Nantes, éditions du temps, 2007, . Cette association fondée en 1933 est animée par l'instituteur nationaliste et royaliste Serge Jeanneret.

Il anime un Cercle La Tour du Pin, né en , proche de l'Action française et inspiré du catholicisme socialL’Action française, 10 juin 1934Olivier Dard, Le corporatisme en France à l’époque contemporaine : tentative de bilan historiographique et perspectives de recherches, dans Histoire, économie et société, 2016/1. Il y côtoie Jean-François Gravier, futur auteur de Paris et le désert français, soutenu par La Fédération.

Il devient en 1934 à Bruxelles le secrétaire du comte de Paris et collabore au périodique que le prétendant patronne, Courrier royal, fondé en décembre 1934. Il est aussi secrétaire des Métiers français, une association corporatiste fondée en et liée au comte de Paris. Ce dernier avait demandé l’union des Français sur les bases de leur métier, pour élaborer les bases d’une « société nouvelle basée sur le travail et la justice » et sauver « le patrimoine matériel et spirituel du pays ». Les Métiers français s’appuient sur l’enseignement du christianisme social de René de La Tour du Pin et des encycliques pontificales. Dans La Revue hebdomadaire en 1936, Voisin fustige les patrons qui comprennent mal le corporatisme et dénonce leurs « jugements définitifs » suivants : « Accords financiers et commerciaux entre patrons, possible ; œuvres sociales, maisons ouvrières, crèches et retraites, parfait ; gestion commune du métier par les prolétaires et les industriels, folie ! ». Ces jugements repoussent en fait « toute réforme sociale », « s’attachent simplement à l’organisation du monde du travail dont (ils) maintiennent les injustices et les cruautés » et ne font « qu’apporter au capitalisme libéral sa dernière chance de salut ». Le comte de Paris ordonne fin 1937 de dissoudre l’organisation centrale des Métiers français et le maintien des centres locaux qui peuvent vivre sur leurs ressourcesLa Revue hebdomadaire, 12 décembre 1936, André Voisin, "Le mouvement Métiers français", Journal des débats, 17 juin 1936, "les Métiers français", Courrier royal, 3 juillet 1937, L’Ami du peuple, 11 avril 1937Bruno Goyet, Henri d’Orléans, comte de Paris (1908-1999) : le prince impossible, Odile Jacob, 2001, .Olivier Dard, « Le corporatisme entre traditionalistes et modernisateurs : des groupements aux cercles du pouvoir », dans Didier Musiedlak, Les expériences corporatives dans l’aire latine, Peter Lang, 2010, . Voisin est le directeur de son périodique, La Justice sociale, , publié de 1937 à 1939Notice de la BNF, Courrier royal, 8 octobre 1938. Il en est aussi le propriétaire. Il fonde en avec plusieurs associés une Sarl pour l'exploiter, la société de la Presse corporative. Ses apports s'élèvent à 90 000 francs et le capital de la société à 200 000 francs. Il est le seul gérant de la Sarl. Jacques Bassot, futur autre dirigeant de La Fédération, figure à son conseil de surveillanceLe Quotidien juridique, février 1939.

Il collabore aussi à un périodique de la Jeune Droite, L’insurgé. Dans un autre périodique de cette mouvance maurrassienne, Combat, Voisin y affirme en 1938 sa méfiance à l'égard de la démocratie parlementaire et des et vante le Combat, 10 mai 1938.

Selon plusieurs auteurs, notamment le politiste Antonin Cohen, il est alors membre du Parti social français. mais il y a parfois confusion avec un homonyme qui fut un cadre du PSFGilles Richard, Claude-Joseph Gignoux, une biographie exemplaire ? dans les Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, tome 109, n°3, 2002, (cet auteur le confond p. 142 avec un homonyme, qui collabora au Petit Journal du PSF, que l'on retrouve au Parti républicain et social de la réconciliation française après la guerre).

Il épouse en 1938 Simone Ciabrini (1913-2015), avec qui il a quatre enfants.

Seconde Guerre mondiale Il fait partie en avec l'industriel et militant corporatiste Jacques Warnier, ancien des Métiers français et du Courrier royal, de l'équipe fondatrice d'un organisme privé, l'Office des comités sociaux, chargé par l'État de promouvoir la constitution des comités sociaux d'entreprises, préconisés par la Charte du travail du 4 octobre 1941 et ancêtres des comités d'entreprises fondés après la Libération. Voisin est le premier directeur de l’OCS, mais il est « éliminé à la suite de tensions internes et de problèmes de personnes » en Maurice Cliquet (ancien de la JOC puis du comité Jeunesses nouvelles au début de l’Occupation, ami de Voisin, avec qui il collabora au périodique La Justice sociale en 1939, il participa aux réunions préparatoires de l’OCS et devint responsable de la section de jeunes jusqu’à sa démission de l’OCS en février 1944), Sillons: 50 ans d'action pour la justice sociale, Éditions Témoignage chrétien, 1984, .)Jean Queval, Communauté d’entreprise, Fayard, 1943, pour qui « les deux têtes les plus marquantes » de l'OCS à sa fondation étaient Voisin et Warnier (Lire le début du livre en ligne): Voisin a fait entrer Queval, autre ancien de La Justice sociale, à l'OCS et lui a permis d'enseigner à l'Institut d'études corporatives et sociales..

Il enseigne parallèlement à l'Institut d'études corporatives et sociales (IECS) de Maurice Bouvier-Ajam, il y occupe sa chaire d’économie syndicale, préside le conseil de direction et est le directeur de son Collège d’études syndicales et corporatives jusqu'en 1944Olivier Dard, Destins de la Jeune droite, dans Collectif, La recomposition des droites: en France à la Libération, 1944-1948, Presses universitaires de Rennes, 2004 A l'institut d'études corporatives et sociales où se forment les cadres sociaux, L'Atelier, 24 janvier 1942, L’Œuvre, 7 octobre 1942, L’Œuvre, 31 mars 1943, L’Œuvre, 10 janvier 1944, Le Petit Parisien, 11 janvier 1944. Il est aussi secrétaire général de l’Office central d’organisation corporative, lié à l'IECS à partir de 1943, jusqu'en 1944.

Il est le secrétaire général à partir de 1942 du Centre interprofessionnel des commissions de reclassement des prisonniers de guerre et rapatriés, présidé par Claude-Joseph Gignoux. La Croix, 27 décembre 1942, La Tribune de l’Est, 2 juillet 1943. Il s'éloigne progressivement du régime de Vichy et se rapproche des résistants du Mouvement national des prisonniers de guerre et déportésJérôme Cotillon, Ce qu'il reste de Vichy, Armand Colin 2003.

Avec Jacques Bassot, de l'OCS et de l'IECS, autre disciple de La Tour du Pin, et le militant catholique Jean Daujat, autre professeur de l'IECS, il fonde en 1943 le Centre technique d’organisation professionnelle (CTOP), organe d’action corporative qui milite pour la rechristianisation du monde au travail et le développement des libertés professionnelles, locales et régionales. Il fonde le le Centre d’études institutionnelles pour la réforme de la société française avec Bassot, Daujat, Max Richard, Jean Bareth et Jean-Maurice Martin. Ce groupe élabore la doctrine du fédéralisme, héritée de la pensée corporatiste et communautaire, qui substitue au vocabulaire corporatiste un discours fédéraliste.

Militant fédéraliste depuis la fin de la guerre Le Centre d'études devient La Fédération. Cette association qu'il anime avec l'industriel Jacques Bassot se développe après la guerre, lorsque la rejoignent des intellectuels comme Alexandre Marc, Robert Aron ou Denis de Rougemont, anciens de la revue L'Ordre nouveau, et des hommes politiques. Voisin est le gérant de la SARL Les études fédérales, fondée en 1947 et le principal associé de la société La Fédération, en 1951, avec un apport de 240 000 francs sur les 500 000 francs du capital originelLa Loi, 5 mai 1951. Au sein de La Fédération, il est successivement secrétaire général. , président du comité exécutifCombat, 13 décembre 1950, . André Voisin, Le Français militant européen et fédéraliste, dans Etudes normandes, Hommage à René Etienne, 1957, n° 87, premier vice-présidentActualité du fédéralisme, colloque de Vincennes, 1978 , et aussi directeur du siècle fédéraliste. A ce titre, il fréquente de nombreux hommes politiques, membres ou sympathisants de la FédérationL’Aube, 6 juillet 1951, "Un dîner fédéraliste", Combat, 22 décembre 1950, comme François MitterrandEric Duhamel, François Mitterrand: l'unité d'un homme, Flammarion, 1998, ou Raymond TribouletChristine Manigand, L'Europe des gaullistes Essai sur la place des gaullistes au sein des assemblées européennes (1948-1979), dans Vingtième siècle, revue d'histoire, 2012/4. Il est surtout proche de Roger Duchet, membre de la Fédération, fondateur et secrétaire général du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) de 1948 à 1961 - la ville de Beaune dont il est maire a accueilli le congrès de la Fédération en 1950André Voisin, "L'appel de Beaune", Beaune-Informations, juillet 1950 -, Antoine Pinay, autre leader des Indépendants, du gaulliste Jacques Chaban-Delmas, maire de Bordeaux.

C'est un bon organisateur et un homme de réseaux, qui a cherché à attirer à La Fédération des jeunes militants prometteurs, tels les futurs députés Roger ChinaudRoger Chinaud, De Giscard à Sarkozy, L'Archipel, 2013 ou Charles MillonCharles Millon, La Paix civile, Odile Jacob, 1998, qui lui rendent hommage par la suite, et qui a su trouver l'appui de milieux patronaux pour le financement de ses initiatives, grâce à notamment Claude-Joseph Gignoux et Georges Villiers, le dirigeant proeuropéen du Conseil national du patronat français (CNPF)Alain Greilsammer, Les mouvements fédéralistes en France de 1945 à 1974, Presses d'Europe, 1975, Antoine Vion, L'invention de la tradition des jumelages (1951-1956) : mobilisations pour un droit, dans la Revue française de science politique, 2003/4.

La Fédération agit dans deux directions, en faveur de la construction européenne, prônant une Europe fédérale, et en faveur d'une France décentralisée. André Voisin contribue à la fondation de l'Union européenne des fédéralistes (UEF) en , participe à ses réunions internationalesFédération, octobre 1947, André Voisin, "Les fédéralistes à Montreux", participe en au congrès de La Haye, moment-clé du fédéralisme européenJean-Michel Guieu et Christophe Le Dréau, Le congrès de l’Europe à La Haye (1948-2008), Bruxelles, Peter Lang, 2009Procès-verbal de la réunion des délégués français ayant participé au congrès de La Haye (Paris, 21 mai 1948), aux côtés d'autres militants de la Fédération comme Jacques Bassot et Louis Salleron mais il n'y prend pas la parole, participe à la création du Conseil européen de vigilance (CEV) en 1950, pour la constitution d’un gouvernement et d’un Parlement fédéraux, dans le contexte de la formation du Conseil de l'Europe en 1949Bertrand Vayssière, Mettre les parlementaires européens devant leurs responsabilités : l’action fédéraliste auprès du Conseil de l’Europe (1949-1951), dans Parlement(s), Revue d’histoire politique, 2011/2Combat, 15 novembre 1950, L'Aube, 14 novembre 1950. Il est élu en membre du comité central de l'Union européenne des fédéralistes, à l'instar de quatre autres Français dont Henri Frenay ou Germaine Peyroles.« Le nouveau comité central », federalists.eu .