Étude pour le drapé de la Vierge est un dessin réalisé par le peintre florentin Léonard de Vinci et conservé au département des arts graphiques du musée du Louvre. Il est exécuté au fusain, à l'encre de Chine et au lavis de gris, avec des rehauts de blanc de céruse sur papier jauni teinté de noir.

Vraisemblablement créé entre 1507 et 1510 , le dessin constitue une étude préparatoire au drapé du manteau de la Vierge Marie présent dans le tableau Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau conservé au musée du Louvre. Il appartient à une série d'études largement postérieures au début de la création du tableau en 1502-1503, chacune consacrée à un de ses détails. Deux d'entre elles traitent ainsi particulièrement des parties du drapé . Le motif décrit étant assez différent du tableau mais se retrouvant sur des copies d'atelier, les chercheurs voient dans ce travail un argument en faveur de la théorie selon laquelle ces copies seraient autant de prototypes grandeur nature du tableau du Louvre.

Le dessin se distingue par la multiplicité des matériaux utilisés et la complexité de la technique qui sont déployés au bénéfice d'une œuvre d'une grande finesse. De fait, le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge témoigne de l'évolution de la maîtrise technique du peintre depuis ses débuts.

Description Le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge a pour support une feuille de papier pratiquement carrée préparée de jauni teinté de noir et de dimensions . Il est réalisé à la pierre noire ou au fusain repris avec un pinceau chargé de pigments bruns, gris et blancs, que ce soit d'encre de Chine ou de rehauts de gouache blanche.

Il présente un drapé enveloppant les jambes d'une personne vue de côté : la jambe droite est tendue et, cachée pour partie derrière elle, la jambe gauche est repliée. En outre, le bas du buste, le bras gauche et le pied droit sont à peine esquissés, mais suffisamment visibles pour qu'il soit possible d'en deviner la posture.

Historique Contexte de création

vignette|redresse=1|droite|alt=Tableau représentant une femme assise sur les genoux d'une autre qui tend les bras vers un bébé jouant avec agneau.|Le dessin est réalisé dans le cadre de la création de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau (1503-1519, musée du Louvre, ).

Au moment de la création du dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge entre, au plus large, les années 1507 et 1517, Léonard de Vinci a entre cinquante-cinq et soixante-cinq ans. Il entame en 1508 ce qui est nommé sa « seconde période milanaise », qui s'étendra jusqu'en . Il est célèbre non seulement en Italie mais aussi en Europe et de puissants commanditaires se disputent ses services comme ingénieur ou comme artiste, tels le roi de France et ses subordonnés , Julien de Médicis en 1513 puis en 1515.

Bien qu'il se déclare volontiers éloigné de la peinture, Léonard de Vinci produit plusieurs œuvres durant cette période : Salvator Mundi (après 1507), La Scapigliata (1508), Léda et le Cygne (1508), Saint Jean-Baptiste en Bacchus (1510-1515) ou Saint Jean-Baptiste (entre 1513 et 1516).. Par ailleurs, il s'est attelé depuis le tournant du siècle à la création d'une « Sainte Anne trinitaire », sans qu'il soit toutefois établi qui en est précisément le commanditaire : l'œuvre actuellement conservée au Louvre, entamée dès 1502-1503, demeure certainement toujours à l'état d'ébauche vers 1507-1508, puisque le peintre l'a très vraisemblablement délaissée entre 1504 et 1507.

Deux types d'études se rapportent directement à ce tableau : celles qui permettent la création du carton et celles qui constituent et en sont donc les plus éloignées temporellement. Avec son si typique, le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge appartient résolument à ce second groupe. Le tableau est à ce moment-là déjà suffisamment avancé pour qu'il ne soit plus possible à Léonard de Vinci d'en modifier la composition d'ensemble. Son travail consiste dès lors à en exécuter et parfaire les détails, dont les drapés des personnages et les rochers qui les entourent : il exécute ainsi une dizaine d'études visant à affiner ce qu'avait initialement porté le carton.

D'autres dessins préparatoires à Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneauet contemporains de lÉtude pour le drapé de la Vierge.

Datation Deux certitudes se dégagent des recherches des historiens de l'art : d'abord, une datation précoce est inenvisageable, notamment parce que Léonard de Vinci utilisait dans sa jeunesse artistique la pointe métallique et la plume ; à l'inverse, le dessin se rattache aux études tardives pour le tableau comme l'indique l'emploi d'une technique caractéristique de cette période.

Malgré ces indications, la datation fluctue selon les chercheurs. Au plus tôt, le site du musée du Louvre et Vincent Delieuvin avancent une datation identique, . Très proche de cette estimation, Kenneth Clark indique .. Françoise Viatte, en accord avec Carmen C. Bambach, demeure dans une estimation intermédiaire lorsqu'elle donne . De leur côté, Carlo Pedretti et Sarah Taglialagamba annoncent , une datation très tardive, proche de la mort du peintre, en s'appuyant sur le fait que l'œuvre et doit donc être repoussée dans la période française du peintre.

Du fait de cette incertitude, certains chercheurs proposent une datation très large, comme Peter Hohenstatt qui écrit , ou assortie d'interrogations, comme Frank Zöllner et Johannes Nathan avec .

Attribution et cheminement de l'œuvre Le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge est attribué sans contestation à Léonard de Vinci : les chercheurs s'appuient notamment sur la présence des hachures typiques d'un gaucher réalisées à la gouache blanche pour marquer les parties éclairées. Néanmoins, il pourrait avoir été par la suite retravaillé par une autre main .

Le cheminement de l'œuvre après sa création n'est recensé qu'à partir d'une période récente. Elle est inventoriée dans la collection du collectionneur d'art français Jean-Baptiste Jacques Wicar (1762-1834). Celui-ci la cède en 1823 au marchand d'art Samuel Woodburn (1783-1853)., auquel l'achète le portraitiste de la cour de George IV, sir Thomas Lawrence (1769–1830). Elle passe ensuite dans la collection d'art du roi . Mais, cette entité étant insolvable, elle est dispersée en 1849 à la mort du roi par son frère, Frédéric d'Orange-Nassau. : sous le , l'œuvre appartient donc à la « vente  » qui a lieu à La Haye le . C'est finalement le musée du Louvre qui l'acquiert en en compagnie de dessins de grands maîtres de la Renaissance italienne., après qu'elle a brièvement transité chez le marchand d'art Samuel Woodburn . Elle demeure conservée depuis dans les collections du musée.

Une étude pour Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau vignette|redresse=0.66|gauche|alt=Peinture de la Vierge Marie qui, tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, lui tend une fleur qu’il observe et touche.|Léonard de Vinci, Madone Benois, musée de l'Ermitage, entre 1478 et 1482, Saint-Pétersbourg, .

Le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge est unanimement reconnu comme une étude préparatoire au drapé du manteau de la Vierge du tableau de Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant Jésus jouant avec un agneau conservé au Louvre, même si l'angle de vue est légèrement différent.

Il a pu par le passé être considéré comme une étude pour le drapé de la robe de la Vierge dans la Madone Benois, datée entre 1478 et 1482, en raison de similitudes avec les études de ce tableau. Néanmoins, l'hypothèse n'est plus tenue, en particulier parce que le style du dessin et la nature du support ne correspondent pas à cette datation très précoce. De fait, cette ressemblance est plutôt à mettre au crédit de recherches formelles que le maître conduit au cours de sa carrière et qui se retrouvent dans L'Annonciation (1472-1475) et dans La Vierge aux rochers (version de Londres, datée entre 1491 et 1499 puis entre 1506 et 1508). Par ailleurs, plusieurs arguments confirment le lien avec le tableau du Louvre : la grande ressemblance visuelle entre les deux drapés , d'abord ; dans leurs propres études pour des copies de l'œuvre ; la technique en termes d'usages de matériaux, enfin, qui le rapproche d'autres études se rapportant au tableau.

De fait, le dessin s'inscrit dans une série d'études autour du drapé des vêtements de la Vierge dont l'objet consiste, pour un premier à détailler l'effet du drapé sur sa jambe, et pour un second à résoudre le problème du repli du bord du manteau sur la hanche de la femme. La cohérence entre toutes ces études tient à la technique complexe, qui mêle les matériaux pour produire un effet pictural, dans le but de visualiser plus rapidement le résultat d'un tableau qui n'est alors pas encore achevé.

Deux études de Léonard de Vinci en relation directe avec lÉtude pour le drapé de la Vierge.

Conservée au château de Windsor sous le numéro d'inventaire , la première de ces études est datée entre 1507 et 1513, voire 1515-1517. et n'est véritablement achevée, à l'image de celle du Louvre, que dans la partie décrivant la cuisse droite de la figure. Quant au reste du corps , il n'est que grossièrement tracé. Son intérêt tient dans la grande précision des jeux de lumière qui sont attendus dans la peinture, complétant en cela lÉtude pour le drapé de la Vierge du Louvre. Néanmoins, les formes qu'elle décrit ne se retrouvent pas dans le tableau et elle pourrait constituer une première étape de réflexion permettant la création de lÉtude pour le drapé de la Vierge.

Il existe un autre drapé, également conservé à Windsor sous le numéro de référence RL12529 et daté vers 1510-1515. Il se concentre sur la manière de faire retomber un pan de tissu sur la hanche de la figure. Or si la composition de ce dessin se retrouve telle quelle sur le tableau, ce n'est pas sans grandes hésitations. En effet, l'analyse scientifique de ce dernier par réflectographie infrarouge donne deux informations : dans la couche de laque rouge, le peintre a tracé l'esquisse de lÉtude pour le drapé de la Vierge du Louvre () ; puis, au moment de déposer la couche bleue, il a réduit ce motif pour adopter une forme identique au drapé de Windsor (), forme qui n'évoluera plus par la suite. Une copie réputé fidèle du carton témoigne de cette hésitation du peintre concernant ce motif puisqu'on peut y voir un grand pan de tissu à l'image du drapé du Louvre.

Comparaison du carton, de l'étude, et de la réalisation du motif au sein du tableau.

Analyse Une œuvre d'une grande finesse technique

Le dessin de lÉtude pour le drapé de la Vierge est à l'image des études tardives pour le tableau : grâce à la variété des matériaux utilisés, à la richesse et à la complexité de sa technique ainsi qu'à la minutie avec laquelle le peintre les met en place, il se veut très pictural. Par ailleurs, l'étude du drapé utilise une technique de sfumato par l'estompage des contours et décrit les reliefs selon une grande maîtrise technique, faisant alterner gouache blanche, craies et encre brune, lavis et hachurages. Le but est en effet de simuler au maximum l'effet qui sera obtenu en peinture.

Pour ce faire, le peintre commence par créer une sous-couche sombre puis crée un dessin dont il trace les contours à la pierre noire. Les parties consacrées au buste et au bras resteront en l'état. Afin de commencer à modeler les ombres, il estompe cette sous-couche. Ceci fait, il reprend son travail au pinceau au moyen de lavis bleus et brunâtres pour les ombres et le rehausse de gouache blanche en traçant des hachures verticales ou incurvées pour les parties éclairées.

De fait, l'œuvre est reconnue comme étant , ce qui lui confère . Au , la finition fut ainsi jugée si parfaite par des chercheurs comme Eugène Müntz ou Frédéric Reiset qu'ils pensaient que le dessin portait des retouches récentes.

L'art du drapé