Cet article contient une liste, non exhaustive, des résistants alsaciens qui se sont opposés à la nazification et à l'annexion de fait de l'Alsace pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le contexte
Annexion Les nazis veulent former le Grossdeutschland, à savoir regrouper tous les territoires de langue allemande ou considérés comme tels, donc les Sudètes, l'Autriche, le Luxembourg, la Prusse-Occidentale et bien sûr l'Alsace-Moselle.
La convention d'armistice du ne fait aucune allusion à l'Alsace et la Moselle qui restent donc juridiquement territoires français. L'annexion de l'Alsace au territoire allemand, se fait de facto et non de jure, donc au mépris du droit international le par un décret de Hitler dont la publication fut interdite. . Elle devient le CdZ-Gebiet Elsass, et associée au Gau de Bade, forme le Gau Baden-Elsaß, c’est-à-dire « Gau (pays) de Bade-Alsace », également appelé Gau Oberrhein « Gau du Rhin-Supérieur ». La frontière de 1870 entre la France et l'Allemagne est rétablie.
L'Allemagne nazie fait une distinction entre l'Alsace et le reste de la France. L'Alsace est donc le seul territoire français à avoir accueilli un camp de concentration nazi, celui de Natzweiler-Struthof et un camp de sureté, celui de Vorbruck-Schirmeck.
L'Allemagne entreprend la germanisation et la nazification de l'Alsace. La législation allemande est progressivement introduite. En 1940, personnes, majoritairement francophiles, sont expulsées. L'usage de la langue française est interdit, les prénoms, toponymes et patronymes d'origine romane systématiquement germanisés. Tout ce qui rappelle la France est détruit (600 monuments, 300 plaques commémoratives). Les associations sont dissoutes et remplacées par des organismes ou formations du parti nazi auquel les Alsaciens sont poussés à adhérer. Les postes les plus importants sont tenus par les Allemands.
À partir du , les jeunes Alsaciens sont incorporés de force dans la Wehrmacht, devenant ainsi des Malgré-nous ou Malgré-elles. Le refus de l'incorporation entraine la déportation ou l'internement de la famille dans le cadre de la Sippenhaft « responsabilité du clan » ou « de la parenté ».
Ces mesures engendrent une résistance massive de la population à la germanisation et à la nazification.
Une résistance spécifique La résistance en Alsace est particulière car il s'agit d'une résistance à l'occupant en territoire annexé. Toute action ou attitude hostile à la germanisation ou portant atteinte au prestige ou à l'effort de guerre allemand est considérée comme un acte de trahison. Pour les Allemands, un résistant alsacien n'est pas un adversaire mais un traître. Il est jugé par le Volksgerichtshof « le tribunal du peuple » ou le Reichskriegsgericht « cour martiale du Reich ». Le Chef de l'Administration Civile (Gauleiter) et représentant du Reich, Robert Wagner, définit ainsi la résistance alsacienne :
Avec la nouvelle frontière, les relations avec les services de renseignement de Vichy, de la France libre ou des alliés sont difficiles. Les informations et le renseignement passent principalement par la Suisse, mais aussi par la Franche-Comté, Paris et Saint-Dié-des-Vosges.
L'Alsace étant intégrée au Troisième Reich, les Alsaciens se déplacent librement en Allemagne où ils recueillent du renseignement de tout premier ordre et participent aux évasions telle celle du général Giraud mais aussi à celles de nombreux prisonniers de guerre et réfractaires alsaciens.
A
alt=Portrait d'André Aalberg en tenue militaire|vignette|André Aalberg en tenue militaireAndré Aalberg (résistant de l'intérieur), né le à Sainte-Marie-aux-Mines et mort de ses blessures le (à 30 ans), est un sergent dans l'Infanterie Coloniale. Il participe, pendant la drôle de guerre, à de nombreux coups de main, au sein des corps francs, sur la frontière allemande. Pendant la campagne de France, il est blessé et fait prisonnier, mais s'évade et rejoint le sud de la France où il se porte ensuite volontaire pour l'Indochine. Il déserte lors d'une escale à Dakar pour rejoindre les Forces françaises libres, mais il est arrêté et ramené en France en avril 1941 et condamné par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand à un an de prison avec sursis. À sa sortie de prison, il rejoint le réseau Mithridate, il en devient l'un des responsables. Le 23 mars 1943, il est condamné par contumace à trois ans de prison pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». Il emprunte l'identité d'un milicien, Lucien Navarron, de Chabreloche. Dénoncé, il est arrêté à Clermont-Ferrand le . En tentant de s'évader, André Aalberg est blessé au ventre et meurt cinq jours plus tard de ses blessures. Il est inhumé sous le pseudonyme de Lucien Navarron, car les autorités allemandes s'opposent à son identification.
alt=Alphonse Adam|vignette|Alphonse Adam, responsable du Front de la Jeunesse d'Alsace (FJA)Alphonse Adam (résistant déporté), né le à Schiltigheim et mort fusillé le (à 24 ans) à Strasbourg, refuse d'entrer dans la fonction publique nazie, il participe à une filière d'évasion de prisonniers de guerre puis organise le Front de la Jeunesse d'Alsace (FJA) qui diffuse des tracts appelant la jeunesse alsacienne à lutter contre le nazisme. Il est arrêté le 17 janvier 1943 par la Gestapo alors qu'il tentait de rejoindre la Suisse.
Micheline Adam (résistante déportée), épouse Kieffer, née le à Strasbourg est employée à la section de la police administrative de l'administration civile d'Alsace. Elle est membre du groupe FJA dont son frère, Alphonse Adam, est un des fondateurs. Elle profite de son poste pour faire des copies des documents secrets qui passent entre ses mains. Elle dérobe des cachets officiels qui permettent au groupe de faire de faux papiers. Lors du démantèlement du groupe, elle est arrêtée, le , par la Gestapo et internée au camp de sûreté de Vorbruck-Shirmeck puis libérée le .
Robert Adam (résistant interné), né le à Schiltigheim, est étudiant à la faculté de médecine de l'Université de Strasbourg. Il appartient à l'organisation clandestine la Main noire. En mai 1941, avec André Mathis, Lucien Entzmann, Xavier Nicoles et des membres de la Feuille de Lierre, il peint les boites aux lettres de la Reichpost strasbourgeoise aux trois couleurs nationales françaises. Le , lors du démantèlement de la Main noire, il est arrêté par la Gestapo à Strasbourg et interné à Kehl. Le , il est transféré au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. Il est libéré le .
Robert Adolf (résistant déporté), né le à Drusenheim, est ingénieur des travaux publics. En 1944, il fait partie des de réserve alsaciens déportés au camp de concentration de Neuengamme pour avoir refusé de s'engager dans la Waffen SS. Il meurt le au Kommando de Brême-Farge.
alt=Charles Émile Altorffer vers 1919|vignette|Charles Émile Altorffer vers 1919Charles Émile Altorffer (résistant de l'intérieur), né à Wœrth le et mort à Strasbourg le (à 79 ans), est un pasteur, fonctionnaire et homme politique alsacien. En 1939, il est directeur des services des réfugiés d'Alsace-Lorraine à Périgueux et entre dans la Résistance où il est très actif. Il reprend la direction des œuvres sociales juives après leur fermeture par la Gestapo et répartit l'argent clandestinement transporté depuis LyonCharles Émile Altorffer sur le site Yad Vashem . Fin 1940, Charles Altorffer devient délégué du gouvernement français auprès de la commission d'armistice. Pierre Laval le charge de traiter avec les Allemands le rapatriement de tout le patrimoine alsacien évacué en France de l'intérieur. Il trouve tous les prétextes pour freiner cette mission. En , le rabbin Victor Marx meurt. Charles Altorffer s'assure que la communauté juive puisse réaliser ses obsèques sans intervention des Allemands.
Joseph Arnold (déporté politique), né le à Haguenau, est un cultivateur. Le , il est arrêté par les Allemands en gare d'Haguenau pour avoir brandi un drapeau français, dans le train le conduisant en Allemagne, lors de son incorporation de force dans la Wehrmacht. Il est interné le 23 au camp de sûreté de Vorbruck-Schirmeck. Le , il est jugé par le Sondergericht à Strasbourg et condamné à une peine de deux années de réclusion pour Zersetzung der Wehrkraft (« Affaiblissement de la force armée »). Le , il est transféré à la maison centrale d'Ensisheim. Le , il est déporté au camp de concentration de Vaihingen sur l'Enz un camp annexe de celui de Natzweiler-Struthof. Il est libéré en et rapatrié en France le .
Marie Aveline (déporté politique), née Schuler le à Haguenau, habite Ottange. Elle est arrêtée par la Gestapo pour avoir aidé à la désertion de son fils qui s'est fait prendre par les douaniers allemands entre Ottange et Aumetz. Elle est jugée par le le à Metz. Elle est déportée le au camp de concentration de Ravensbrück où elle décède le . Son fils Joseph-Jacques Avelin est condamné à 8 ans de prison pour désertion et survivra à la guerre.
B
Émile Baas, né à Guebwiller le , est un enseignant de philosophie et essayiste français. Il refuse de prêter le serment de fidélité au Führer exigé dans la fonction publique en Alsace germanisée et nazifiée. Il est muté à Rodez où il est très actif auprès des réfugiés d'Alsace Moselle. Dans le cadre des« paroisses universitaires », il crée et anime les « Carrefours des Tilleuls » où les jeunes Alsaciens-Mosellans apprennent la situation de leur région, ce qu'est l'idéologie le nazisme et pourquoi il faut la combattre. De nombreux membres du Groupe mobiles d'Alsace Sud (GMA Sud) puis de la Brigade indépendante Alsace Lorraine (BIAL) y participeront comme Antoine Ancel-Diener, Adelphe Peltre ou Bernard Metz l'organisateur du GMA Sud et le la BIAL. Après la guerre, Bernard Metz, dans son rapport d'activité de résistant, fait référence au rôle d’Émile Baas dans la formation intellectuelle et la motivation des résistants alsaciens-mosellans.
Samuel Bader (interné résistant), né le à Mulhouse, est un étudiant à la faculté de lettres repliée à Clermont-Ferrand où il fait partie des Gergoviotes. Du au , il appartient au « Maquis écoles », structure chargée de former les jeunes maquisards aux techniques de guérilla et de sabotage. Durant cette période, il utilise les pseudonymes « Berthier » et « Boulanger » pour ses activités clandestines. Le , Samuel Bader est arrêté par les forces allemandes à Lyon. Il est immédiatement interné au fort Montluc, principal lieu de détention de la Gestapo dans la région. Détenu durant plus de cinq mois dans des conditions particulièrement difficiles, il est exécuté le à Saint-Genis-Laval, environ deux semaines avant la libération de Lyon.
Émile Blaes (résistant déporté), né le à Vœllerdingen, est magistrat. En 1944, il fait partie des de réserve alsaciens déportés au camp de concentration de Neuengamme pour avoir refusé de s'engager dans la Waffen SS. Il est libéré par l'armée britannique le .
Le docteur vétérinaire, Charles Bareiss (résistant déporté), né le à Mulhouse et mort le (à 56 ans) à Dabo, organise et fusionne une partie de la résistance alsacienne en un seul mouvement qui prend le nom de « Gaullistes d'Alsace et de Lorraine ». Puis il développe son organisation clandestine qui s'étend sur toute l'Alsace et a des antennes jusqu'en Lorraine et au Luxembourg. Il est arrêté par les Allemands en 1942.