vignette|Indiens de la Pampa, peinture de Juan León Pallière (1823–1887). vignette|Répartition des habitants se déclarant autochtones au recensement de 2022. Les Amérindiens d'Argentine sont les peuples autochtones habitant ou ayant habité le territoire de l'actuelle république d'Argentine. Présents depuis la préhistoire, ils ont en grande partie disparu ou perdu leur identité culturelle par la colonisation espagnole, l'expansion de la république argentine (conquête du Désert, 1878-1885) et le métissage. Ils connaissent une renaissance culturelle et bénéficient d'une reconnaissance officielle, à l'échelle nationale et internationale, depuis le milieu du mais ont toujours de graves problèmes de pauvreté et de droits fonciers. En 2022, environ se réclament d'une identité ou d'une ascendance autochtone, représentant 2,9 % de la population du pays. Ce pourcentage est en augmentation.
Préhistoire Le peuplement autochtone de l'Argentine est attesté depuis avant J.-C. par des peintures rupestres sur le site de la Cueva de las Manos dans la province de Santa Cruz : les animaux représentés appartiennent à l'environnement des premiers chasseurs-cueilleurs du continentUNESCO, Cueva de las Manos, Río Pinturas . Les qui se développent dans l'Amérique australe précolombienne appartiennent à plusieurs aires culturelles, cultures andines dans la Puna et le Monte, agriculture guarani dans le climat subtropical de la Mésopotamie argentine, culture araucanienne sur les deux versants des Andes.
Conquête espagnole et hispano-américaine vignette|Guaranis déportés par des chasseurs d'esclaves, extrait d'un tableau de Jean-Baptiste Debret (1768-1848) Le tour du monde de Fernand de Magellan, navigateur portugais au service de l'Espagne, donne lieu à la première description des Amérindiens de la côte atlantique, qu'il nomme Patagons par référence à un géant légendaire évoqué dans un roman de chevalerieGianni Hochkofler, Sur le voyage en Patagonie. In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 142, 2002.. Cependant, la colonisation espagnole se fait d'abord par le nord-ouest, sur les franges continentales de l'empire inca qui avait soumis une partie des populations Huarpes. Empruntant les Chemins incas venus du Pérou, les Espagnols développent leurs premières villes dans les oasis du désert du Monte : Tucumán, Córdoba, Santiago del Estero. L'oasis de Tucumán, aux , développe des cultures irriguées pour nourrir la nombreuse population autochtone condamnée au travail forcé dans les mines d'argent du Potosi, à plus au nord ; un peu plus haut en altitude, les berges de rivière autour de Santiago del Estero permettent une culture de blé en période de décruePierre Deffontaines, Les oasis du piedmont argentin des Andes. In: Cahiers d'outre-mer. - année, janvier-mars 1952. .. Les Huarpes de la région andine, partagés entre les chefferies de Calingasta et Guanacache, sont rattachés à la capitainerie générale du Chili. Comme d'autres peuples autochtones, ils sont sédentarisés, évangélisés, soumis à la déportation et au travail forcé dans les mines ; en outre, ceux de la frontière méridionale subissent les razzias des nomades MapuchesAgustín Pieroni, Nosotros, los Indios, Dunken, Buenos Aires, 2015, ..
Le marronnage des animaux domestiques introduits par les Espagnols entraîne des transformations dans le mode de vie des Amérindiens. Ainsi, les Huarpes développent un élevage de mulets et deviennent des muletiers et charretiers réputésAgustín Pieroni, Nosotros, los Indios, Dunken, Buenos Aires, 2015, .. Les Mapuches dressent les chevaux sauvages échappés des estancias et les utilisent pour la chasse au guanaco et au nandou, et dans leurs rituels ; ils sacrifient aussi des bovinsHenry de la Vaulx, A travers la Patagonie, du Rio-Négro au détroit de Magellan. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 2, 1898. .. Les Tehuelches et Onas chassaient aussi le mouton ensauvagé qu'ils appelaient le « guanaco blanc ». vignette|Cavaliers mapuches, dessin de 1911. Au milieu du , la Constitution argentine de 1853 révisée en 1860 prévoit que le Congrès National devait . À cette époque, les Amérindiens du Chaco sont en voie d'acculturation dans la république argentine. Ils viennent chercher du travail dans les plantations de canne à sucre des provinces de Salta et de Tucumán : seuls quelques petits groupes mènent une vie isolée dans la forêtAlejandro de Belmar, Les provinces de la fédération Argentine et Buenos-Ayres, Paris, 1856, .. Les Guaranis, christianisés par les missionnaires jésuites, vivent principalement au Paraguay ; ceux d'Argentine ont, en principe, les mêmes droits que les autres ArgentinsAlejandro de Belmar, Les provinces de la fédération Argentine et Buenos-Ayres, Paris, 1856, .. Le statut des communautés autochtones varie beaucoup d'une province à l'autre du fait des circonstances de la construction nationale lors des guerres civiles argentines entre fédéralistes et unitaristesSabine Kradolfer, Les autochtones invisibles ou comment l’Argentine s’est « blanchie », Les Cahiers ALHIM, 16 | 2008 : État et Nation II ( siècle).Silvia Ratto, « Des milices autonomes à la garde nationale : les corps auxiliaires indiens dans la région du Río de la Plata au XIXe siècle ». Les Indiens des frontières coloniales, édité par Luc Capdevila et al., Presses universitaires de Rennes, 2011, https://doi.org/10.4000/books.pur.110100. : on cite le cas d'un général en chef unitariste, José María Paz, capturé d'un coup de bolas par des cavaliers indiens. Les peuples de la Pampa, au contraire, opposent une longue résistance et, jusqu'au milieu du siècle, mènent des razzias au nord du Río Colorado jusqu'aux provinces de Buenos Aires, de Mendoza et de San LuisAlejandro de Belmar, Les provinces de la fédération Argentine et Buenos-Ayres, Paris, 1856, .. La politique de conquête du désert menée sous la conduite de Juan Manuel de Rosas de 1835 à 1852, puis de Julio Argentino Roca de 1875 à 1885 (« Campaña del Desierto ») , conduit à une élimination presque complète des autochtones de Patagonie. Des milliers d'Indiens sont déportés vers la province de Buenos Aires ou les plantations de Tucumán, les familles souvent séparées et coupées de leur culture d'origine.
Renaissance aux et siècles vignette|redresse=0.7|La chanteuse argentine Charo Bogarín, d'origine toba, en spectacle en 2011.
La nouvelle province de Neuquén, créée en 1955, affirme son particularisme par la promotion de la culture mapuche. En 1964, un décret provincial sur les «Réserves de terres en faveur des communautés indigènes » (agrupaciones) leur reconnaît 18 «réserves». Des mesures similaires sont prises dans les années 1980 et 1990 dans les provinces de Río Negro et de Chubut. En 1985, la loi fédérale 23.302 « Politique indigène et assistance aux communautés aborigènes » reconnaît à ces populations un certain nombre de droits communautaires : sa mise en application est cependant très lente. Le pays adhère en 2000 à la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux.
Une renaissance de l'identité amérindienne se manifeste surtout à partir des années 1990Jean-Baptiste Mouttet et Julie Pacorel, La grande revanche: Les Amérindiens à la reconquête de leur destin, Autrement, 2013.. Pour remédier à la quasi-invisibilité des Amérindiens sur les médias nationaux, télévision et presse écrite, le Réseau de communication indigène (RCI), créé en 2002 avec le soutien de l'ONG Caritas, alimente une série de programmes de radiodiffusion. La station de Resistencia, dans la province du Chaco, affirme s'adresser aussi bien aux autochtones, Guaranis, Omaguaca, Toba, qu'aux non-autochtones et être écoutée par 80 % de la population indigène dans cinq provinces du nord du pays.
Dans l'Enquête complémentaire sur la population indigène menée par l'Institut national de la statistique et des recensements (INDEC) en 2005-2006, sur d'habitants, seulement se disent indigènes ou nés de parents indigènes dont Mapuches.. Au recensement de 2010, Argentins se définissent comme membres ou descendants d'une communauté autochtone. Au recensement de 2022, ce chiffre atteint , soit 2,9 % de la population argentine.. Il y a 35 peuples indigènes reconnus dans le pays, avec des droits spécifiques au niveau national et provincialInternational Work Group for Indigenous Affairs (IGWIA), Indigenous World 2020: Argentina, .. vignette|redresse=1.5|Journée mondiale des peuples autochtones en 2012. En 2016, la commission d'application de la Convention de l'Organisation internationale du travail garantit un certain nombre de droits coutumiers aux Huarpe Milcallac de la province de Mendoza, aux Mapuche Paichil Antriao de la province de Neuquén et à ceux de la province de Río Negro, aux Chuschagasta de la province de Tucumán, et aux Quilmes habitant la province de Buenos Aires mais qui revendiquent leurs terres ancestrales dans celle de TucumánOrganisation internationale du travail, Convention () relative aux peuples indigènes et tribaux, 1989 - Argentine - Demande directe (CEACR) - adoptée 2015, publiée session CIT (2016)..
Le Centre d’études légales et sociales (CELS) souligne dans un rapport publié en 2016 le harcèlement et les violences policières dont sont victimes les jeunes indigènes qom dans la région de Resistencia. La crainte de la police lors de leurs déplacements les assigne, de fait, à résidence dans leur quartier, remarquait le rapport, qui constatait «un fort degré de frustration parmi les habitants de cette communauté».
Victimes de harcèlement et criminalisation sous la présidence de Mauricio Macri, ils semblent trouver une attitude plus favorable sous son successeur Alberto Fernández, élu en ; la justice argentine a rendu des décisions récentes en leur faveur et plusieurs projets de loi sont en discussion au Congrès de la Nation. Cependant, de nombreux problèmes restent non résolus comme celui des champs pétrolifères de Vaca Muerta qui causent une pollution du territoire mapuche. La malnutrition et la dégradation des sols sévissent de manière endémique dans leurs communautés.
En , le tribunal de Resistencia dans la province du Chaco, faisant suite à une plainte déposée en 2004, ouvre le procès d'un massacre commis un siècle pus tôt, le à Napalpi : 300 à 500 autochtones Qom et Moqoit, travailleurs des plantations de coton, ont été massacrés et jetés dans des fosses communes par une troupe de policiers et colons. Ce procès symbolique vise à sanctionner un crime contre l'humanité.
Langues Les langues amérindiennes parlées en Argentine se répartissent en : Aymara Langues quechuas Langues tupi-guarani Mapudungun (langue des Mapuches) Langues mataguayo et waykuruanes (parfois classées en une seule famille) Plusieurs langues éteintes ou menacées d'extinction : diaguita, kunza, tehuelche, yagan, etc.
Cartes
Voir aussi Histoire de l'Argentine Liste des peuples amérindiens d'Argentine Langues en Argentine, langues amérindiennes Peuples indigènes d'Amérique du Sud Conquête du Désert (1878-1885)
Notes et références
Sources et bibliographie dans sa version du . Alejandro de Belmar, Les provinces de la fédération Argentine et Buenos-Ayres, Paris, 1856 Pierre Deffontaines, Les oasis du piedmont argentin des Andes. In: Cahiers d'outre-mer. - année, janvier-. Henry de la Vaulx, A travers la Patagonie, du Rio-Négro au détroit de Magellan. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 2, 1898. Gianni Hochkofler, Sur le voyage en Patagonie. In: Le Globe. Revue genevoise de géographie, tome 142, 2002 Sabine Kradolfer, Les autochtones invisibles ou comment l’Argentine s’est « blanchie », Les Cahiers ALHIM, 16 | 2008 : État et Nation II ( siècle) Jean-Baptiste Mouttet, Julie Pacorel, La grande revanche: Les Amérindiens à la reconquête de leur destin, Autrement, 2013, Agustín Pieroni, Nosotros, los Indios, Dunken, Buenos Aires, 2015