vignette|La stoupa Pha That Luang à Vientiane Le bouddhisme au Laos est la principale religion de ce pays, dans sa branche Theravāda, pratiquée par 66 % de la population Pew Research Center, « Religious Composition by Country » in Global Religious Landscape 2015, 41-47 (v. p. 45). Les chiffres datent de 2010 . On retrouve un chiffre similaire de 65 % dans le CIA World Factbook. Toutefois, ce pourcentage varie selon les provinces. Celles à minorité ethnique comme Sekong comptent environ 20 % de bouddhistes en 2005, tandis que les provinces majoritairement peuplées par l'ethnie Lao, comme Champassak, atteignent 92 % la même année. Il existe également des bouddhistes Mahayana chinois ou vietnamiens, principalement dans les centres urbains.
D'autre part, le bouddhisme laotien reprend des croyances animistes et celles des esprits ancestraux, en particulier dans les zones rurales. Et il coexiste avec les « religions populaires » (folk religions) que l'on peut regrouper sous le terme général d'animisme et qui regroupent environ un tiers de la population. Ces croyances et pratiques présentent des éléments syncrétiques du bouddhisme dont elles incluent certains éléments.
Histoire ancienne Débuts du bouddhisme Il est probable que le bouddhisme theravada est apparu au Laos au et qu'il s'est diffusé via le royaume de Dvaravati. Au cours du , le bouddhisme tantrique pénètre dans le pays depuis le royaume de Nan-chao, dominé par l'ethnie Tai et dont le centre se trouve dans le Yunnan actuel, en Chine. Ce royaume fait probablement du bouddhisme une religion d’État, introduisant un lien politique entre souverain et bouddhisme dans l'Asie du Sud-Est. On a peu d'informations sur la transmission du bouddhisme dans l'actuel Laos . Néanmoins, les recherches récentes suggèrent que le bouddhisme fut introduit en plusieurs étapes. Mais, le chercheur Michel Lorrillard relèvent que « les conditions de cette pénétration restent très imprécises, du fait de la longue durée de ce processus». Toutefois, la recherche sur l'histoire du premier bouddhisme au Laos progresse, même si c'est lentement.
Au cours des , les dirigeants prennent le contrôle de Muang Sua, région historique du royaume dont la capitale était Luang Prabang, dans le nord du Laos. Pendant cette période, le bouddhisme Mahayana remplace le bouddhisme Theravada comme religion majoritaire des classes dirigeantes. Les sources épigraphiques confirment que les premiers souverains laotiens présentent des signes clairs de bouddhisme vers le milieu du , lorsqu'ils sont désignés comme cakkavatti (pali, « Qui fait tourner la roue du dharma »).
L'histoire de l'État du Laos commence en 1353, avec le couronnement de Fa Ngum à Luang Prabang. Selon des historiens locaux, Fa Ngum règne avec l'aide de son maître theravada khmer, un moine nommé Phrhama Pasaman, devenu conseiller et prêtre en chef. Il introduit le culte de Bouddha sous le nom de Phra Bang, homonyme de la ville de Luang Prabang et symbole du royaume du Laos. Cependant, Michel Lorrillard souligne le « caractère complètement artificiel de ce récit » et critique la valeur historique de l'histoire de Fa Ngum. D'après lui, le bouddhisme au Laos provient de la ville de Chiang Mai. Les alliances ultérieures avec la Birmanie et la Thaïlande contribuent à consolider la primauté du bouddhisme Theravada dans le royaume laotien. Comme l'attestent les inscriptions, le roi Photisarath (1501-1547) tente de supprimer le culte des esprits afin d'imposer davantage le bouddhisme à la population. Cependant, les éléments animistes résistent à ces tentatives de « purification » et restent, encore de nos jours, un élément du bouddhisme au Laos. Les cultes et rituels spirituels locaux associés aux idées indigènes de « substance de l'âme » (khwan) s'intègrent au bouddhisme. Les bouddhistes ne voient pas de contradiction dans l'association de ces deux éléments. La géographie du royaume du Laos qui tend à l'isoler, et l'absence d'un pouvoir central fort, on amené à faire du bouddhisme un facteur d'unification. L'importance des lois régissant l'ordre monastique, tant dans le Laos pré-moderne comme colonial, l'attestent.
Histoire au
Bouddhisme et éducation monastique durant la colonisation française Dès 1893, le régime colonial français parraine le bouddhisme et ses établissements d'enseignement. Ce soutien se caractérise par la mise en place de nouveaux programmes, la rénovation de plusieurs monastères. et l'adaptation du programme de formation des moines aux demandes coloniales. Pendant les années 1920, l'administration du bouddhisme dans le pays est réorganisée par le prince Phetsarath et le régime colonial français.
Afin de contrer la domination de l'enseignement monastique thaïlandais dans la région, et aussi afin d'utiliser le bouddhisme lao et khmer pour renforcer le contrôle colonial, les Français créent des instituts de formation de moines bouddhistes sous les auspices de l'École française d'Extrême-Orient (EFEO). Le , l'École de pali est fondée par décret royal à Phnom Penh, avant d'être renommée École Supérieure de pali en 1922. Cette même année, deux moines cambodgiens sont envoyés à l'EFEO de Hanoi pour une formation linguistique, et ce dans le but d'améliorer l'étude du bouddhisme en enseignant aux moines un pali et un sanskrit « corrects ».
Des moines laotiens se rendent d'abord à Phnom Penh pour étudier à l'Institut bouddhiste. Il faut attendre 1931 pour voir l'ouverture d'antennes laotiennes, ce qui reflète la position périphérique du Laos dans le projet colonial. Les Français introduisent de nouveaux programmes fondés sur l'étude de textes sélectionnés et jugés adaptés, ils fournissent des livres bouddhistes imprimés et décernent aux moines des certificats. Gregory Kourilsky et Soren Ivarsson ont chacun examiné cette restructuration de l'éducation bouddhiste durant le régime colonial français. Tous deux arrivent à la conclusion que les objectifs de cette réorganisation du bouddhisme au Cambodge et au Laos étaient similaires : l'influence siamoise devait être réduite afin de construire un bouddhisme national dans le contexte de l'Indochine. Les antennes khmère et laotienne de l'Institut bouddhiste devaient devenir des instituts d'enseignement supérieur pour les moines, en lieu et place de Bangkok.
Ce parrainage et ce contrôle du bouddhisme sont mis en place pour parer à l'éventualité que le bouddhisme organise une résistance anticoloniale. Pendant la première phase du colonialisme français, les mouvements millénaristes bouddhistes avaient en effet provoqué des troubles majeurs pour le régime français, et certaines parties du Sangha khmère s'étaient également opposées à l'influence française. Le bouddhisme s'oppose aussi à l'influence française. Dans le domaine de l'éducation monastique, l'effet de ces réformes coloniales est quelque peu neutralisé par les luttes politiques croissantes des années 1950, et finalement la révolution socialiste de 1975. Cependant, entre les premières années de l'indépendance et 1975, des signes de sécularisation apparaissent également dans le domaine de l'éducation monastique : alors qu'un système scolaire public se répand, l'éducation monastique devient un sous-domaine de plus en plus spécialisé.
Luttes politiques et avènement de la révolution: le bouddhisme et le Pathet Lao vignette|Le Sangharājā du Laos, Bhaddanta Lokaratthi (dont le titre officiel est Samdach Phrabuddhajinros Sakalamahāsangha Pāmokkha), lit un discours à l'ouverture de la session Laos-Cambodge du Conseil bouddhiste (Chaṭṭa Sangāyanā ), le 28 avril 1955. Le traitement de la religion au Laos par les communistes diffère de celui des autres pays communistes. Au lieu de réprimer ou d'interdire la religion, les communistes du Laos se servirent de la communauté bouddhiste (Sangha) pour atteindre des objectifs politiques pendant la guerre froide.
Ainsi, à partir des années 1950, le bouddhisme et les institutions monastiques font l'objet d'une certaine surveillance clandestine, menée tant par les forces du gouvernement royal que par des politiciens plus à gauche. Les partisans de la social-démocratie comme Boun Souvannavong obtiennent le soutien de moines importants de Vientiane mais sont progressivement marginalisés avec l'accroissement des polarisations politiques . Officiellement, le marxisme rejette la religion parce qu'il y voit un outil utilisé par les classes dirigeantes pour tromper les classes opprimées et les maintenir dans la soumission.
Opposition entre marxisme et bouddhisme Le Pathet Lao voyait bouddhisme et marxisme s'opposer sur de cinq points. Tout d'abord, le marxisme rejette toute religion; ensuite, sa vision matérialiste du monde s'oppose à la vision spirituelle bouddhiste de l'univers; troisièmement, il fonde sa vision utopique sur le monde matériel, contrairement au bouddhisme qui tient l'attachement matériel pour la cause de la souffrance. Quatrièmement, alors que le bouddhisme est en quête d'harmonie, le marxisme se fonde sur la lutte des classes. Enfin, le bouddhisme évite l'usage de la violence alors que le marxisme approuve cet usage quand cela est nécessaire.
Ponts entre marxisme et bouddhisme Pourtant, même s'il considérait donc marxisme et bouddhisme comme des entités antithétiques, le Pathet Lao concilia certains aspects de ces deux entités. Pour ce faire, il réinterprète le bouddhisme en se fondant sur la biographie de Bouddha, et affirme que son enseignement n'entre pas en contradiction avec les buts révolutionnaires. Selon le Pathet Lao, on pouvait en effet considérer comme révolutionnaires le rejet du statut royal par le Bouddha et son choix de devenir mendiant, puisqu'il évitait ainsi les pièges de la richesse et des privilèges de l'élite dirigeante : les bouddhistes ne tiennent pas leur statut de leur caste et ou de leur richesse; la seule condition pour intégrer le Sangha est d'accepter le Dhamma. Toujours selon les communistes, Bouddha avait déjà envisagé une société sans classes, puisqu'il rejetait la distinction de classe. Ils soulignent aussi que sa forte dimension sociale, Gautama Bouddha se préoccupant du bien-être matériel du peuple et voulant améliorer le sort des pauvres. Car la pauvreté était à ses yeux une racine du mal, susceptible de conduire au crime. Un niveau minimal de bien-être matériel était donc nécessaire pour pratiquer le dhamma, ce qui n'est pas très différent de l'objectif de redistribution des richesses du Pathet Lao. Celui-ci soulignait également que bouddhisme et marxisme ont pour fin le bonheur du peuple et visent tous deux à aider les gens à échapper à la souffrance.
Vus ainsi, bouddhisme et marxisme rejettent le système capitaliste, se distinguant l'un de l'autre uniquement par la méthode pour atteindre le bonheur. Selon le Pathet Lao, les deux doctrines préconisaient des solutions différentes parce qu'elles étaient le produit de l'évolution de sociétés à des stades de développement différents : le bouddhisme était un produit historique de l'ère préindustrielle, le marxisme était l'idéologie scientifique de l'ère industrielle. Mais le bouddhisme pouvait servir d'instrument à la révolution s'il était purgé des pratiques superstitieuses qu'il avait accumulées au fil des siècles.
Politisation du Sangha