vignette|Enseigne stéréotypée d'une boutique de tissu du quartier de la Négresse.

La polémique sur le nom du quartier de la Négresse concerne l'utilisation du mot « négresse » dans le nom du quartier de la Négresse de la ville de Biarritz, en France. Ce terme, qui renvoie au passé esclavagiste du port voisin de Bayonne, a une connotation péjorative et est aujourd'hui jugé raciste pour désigner une personne noire. Également, cette dénomination s'accompagne de représentations stéréotypées de femmes noires, visibles dans le quartier, sur des enseignes et sur le logo, aujourd'hui retiré, des « fêtes de la Négresse ».

Depuis 2013, certains élus locaux et associations antiracistes demandent que le quartier soit renommé (« l'Antillaise » ou « l'Africaine »), ou retrouve son nom basque d'origine : . Après plusieurs actions infructueuses, la cour administrative d'appel affirme le que, « quelles que soient l’origine supposée de cette appellation et sa dimension historique », celle-ci porte bien « atteinte à la dignité de la personne humaine » et intime à la ville de Biarritz d’abandonner le nom de « la Négresse » sous trois mois. Le , le conseil municipal abroge bien les deux délibérations ayant attribué le nom de « la Négresse » au quartier et à une rue, mais ne vote un nouveau nom que pour la rue, rebaptisée « rue de l'Allégresse ». Pour le quartier en revanche, la maire Maider Arosteguy (LR) refuse de le renommer et estime qu'il s'agît désormais d'un « nom d'usage qui n'a pas de qualification administrative ». En conséquence, elle compte bien laisser dans le quartier tous les panneaux portant la mention de « la Négresse », estimant qu'« aucune décision n'oblige à enlever les mots La Négresse sur le reste de l'espace public ». Le , malgré la décision de justice, le nouveau maire Serge Blanco fait voter une délibération municipale redonnant officiellement au quartier le nom de « la Négresse ».

Parallèlement aux dénominations officielles de lieux, de plus en plus d'appellations commerciales incluant le terme « négresse » se montrent sensibles à cette question et optent pour un changement de nom. C'est le cas de la pharmacie, du garage ou encore du péage autoroutier.

Origine et évolution du nom du quartier vignette|Lieu-dit Harrausta (orthographié ici Herausta, en bas à droite) sur une carte de Cassini en 1771. Toponyme originel Ce quartier excentré de Biarritz tire son nom d'un toponyme basque Harrausta, encore utilisé par les bascophones âgés. Relevé dès le sous les formes approchées Harosta, Harausta, Heraustacarte de Cassini, ., son nom a été transmis à l'auberge Harausta qui s'y trouvait puis à une rue du quartier.

Une femme noire originaire des colonies d'Amérique Au début du , travaille dans l'auberge une femme noire. À cette époque, Bayonne est encore un port négrier, d'où des armateurs organisent des expéditions de traite.

Des recherches historiques ont montré récemment que cette femme a vécu dans le quartier entre 1810 et 1814, et qu'elle a été amenée dans l'hexagone par un colon d'Amérique.. D'autres documents officiels font état d'une auberge appelée « La Négresse » dans les , et dont le propriétaire était issu d'une famille impliquée dans le trafic négrier.

Ce sont les soldats de la Grande Armée de qui, de passage à Biarritz après leur déroute en Espagne en 1813-1814, donnèrent à cette femme le sobriquet de « la Négresse »..

Selon un comité de spécialistes comprenant les historiens Jean-Loup Ménochet, Jacques de Cauna et André Duquesne, ainsi que les linguistes des langues basque et du gasconne, Charles Bidegain et Miqueu Baris, il y a même eu au moins deux femmes appelées « la Négresse » à Biarritz. Deux lieux-dits portaient ce nom en 1840, l'un au niveau de la fameuse auberge mentionnée par Joseph Laborde, et l'autre à la maison Sorhondo, propriété de Gérard Rodriguez, un capitaine de marine ayant des liens avec la colonie de Saint-Domingue. Ce dernier a eu un enfant avec une femme esclave, Marie-Rose, enfant reconnu qui porte son nom.

Attribution officielle du nom au quartier La ville de Biarritz a ensuite, par délibération municipale du , donné le nom de « la Négresse » au quartier.. Selon l'historien Egoitz Urrutikoetxea, l'attribution officielle de ce nom s'inscrit dans un contexte de dénigrement de la langue basque, écartée de la culture dominante du .

Plus d'un siècle plus tard, le , c'est par un vote du conseil municipal que la nouvelle voie desservant la zone artisanale est dénommée « rue de La Négresse ». Puis, le , ce nom est encore donné à un rond-point.

Premiers changements de noms dans le quartier La gare de Biarritz (anciennement gare de Biarritz-La Négresse), a retiré le mot « Négresse » de sa dénomination publique en 1980, quand elle est devenue l'unique gare de la ville à la suite de la fermeture de la gare de Biarritz-Ville.

De même, sur le boulevard Marcel Dassault, l'arrêt de bus Biarritz - La Négresse est devenu en 2018 l'arrêt Viaduc - Gare de Biarritz.

En , ce sont les nouveaux propriétaires de la pharmacie, anciennement Pharmacie de la Négresse, qui retirent de leur devanture le mot de « Négresse ».. Ils sont suivis en 2025 du péage autoroutier de Vinci Autoroutes, et du garage de la Négresse, devenu le garage de l'Allégresse.

Hypothèse d'une expression gasconne L'Académie gasconne Bayonne-Adour émet en 2020 l'hypothèse que le nom du quartier ait été une déformation d'un toponyme (« lande d'argile » en gascon)., bien qu'aucun document ne l'attesteConcession de Guy Mondorge, partisan de l'hypothèse, dans ..

Cette hypothèse a depuis été réfutée par des historiens.

Localisation centré|vignette|486x486px|Pancartes et enseignes du quartier La Négresse.Le quartier de la Négresse se situe au sud de la ville de Biarritz. De nombreux lieux et enseignes arborent, ou ont arboré, le nom de « la Négresse » dans le quartier (garage de la Négresse, rue de la Négresse, rond-point de la Négresse, gymnase de la Négresse, péage autoroutier de la Négresse), de même qu'une rue porte encore le nom d'« ».

Débats et campagnes autour du changement du nom Occultation temporaire pendant un sommet franco-africain Lorsque Biarritz accueille en 1994 le sommet franco-africain, un grand panneau indique alors Les docks de la Négresse en bout de piste de l'Aéroport de Biarritz-Pays Basque. Le maire de l'époque, Didier Borotra (UDF), propose au ministère des Affaires étrangères, dirigé par Alain Juppé, de le retirer. Ce dernier refuse catégoriquement.. Les plaques ayant trait au quartier sont toutefois voilées temporairement..

Premières demandes officielles de changement de nom En , considérant que ce nom rappelle l'époque de l'esclavage, l'élu socialiste de Biarritz, Galéry Gourret, demande au conseil municipal de Didier Borotra (MoDem) que le quartier soit rebaptisé.. Après consultation des conseils de quartier, majoritairement favorables au statu quo, le conseil municipal rejette la demande..

En 2015, à la suite d'une banderole annonçant les « fêtes de la Négresse », et arborant le dessin stéréotypé d'une femme noire, le débat sur la connotation du nom prend une dimension nationale.. Alain Jakubowicz, président de la Licra, demande alors que le quartier soit renommé. L'association Mémoires & Partages apporte alors son soutien à la démarche et souhaite même s'inviter aux fêtes pour discuter avec les organisateurs.

La requête, jugée par le maire Michel Veunac (MoDem), est à nouveau rejetée.. Un sondage libre est organisé sur le site internet du journal Sud Ouest, avec 94,3 % des en faveur du maintien du nom.

Relance du débat par l'association Mémoires et Partages Manifestation en gare de Biarritz et interpellation de Karfa Diallo Sollicitée par l'ancien élu biarrot Galéry Gourret-Houssein, l'association Mémoires & Partages apporte son soutien à la demande de changement de nom. Le , profitant de la tenue du du G7 à Biarritz, l'écrivain et militant Karfa Diallo, accompagné de Galéry Gourret-Houssein et quelques membres de l'association Mémoires & Partages, organise un happening devant la gare de la ville pour interpeller les habitants sur la dénomination du quartier.. Selon eux, le sobriquet de « négresse » comporte une connotation raciste et péjorative, et constitue une offense et une humiliation envers les personnes noires. Cette dénomination s'accompagne de représentations caricaturales dans l'espace public (fresques commerciales, logo des fêtes de la Négresse). Pour Karfa Diallo, cela ..

Karfa Diallo fait également part de son incompréhension : .. Il réclame donc, soit que le quartier reprenne son nom basque initial d', soit que la mairie installe des plaques explicatives pour plus de pédagogie, .

La manifestation en gare de Biarritz est interrompue par l'interpellation violente effectuée par le commissaire Matthieu Valet, et le placement en garde à vue pendant de Karfa Diallo, qui est ensuite poursuivi pour rébellion devant le tribunal correctionnel de Bayonne.. Il est alors soutenu par un important comité comprenant plusieurs partis ou associations (EELV Aquitaine, La France Insoumise, Solidaires étudiant-e-s Bordeaux, ou Darwin Climax Coalitions), des élus (dont Danièle Obono, Kalvin Soiresse Njall, Loïc Prud'homme, Pierre Laurent, Philippe Poutou, Michel Larive), ainsi que de nombreuses personnalités : Patrick Chamoiseau, Achille Mbembe, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Greg Germain, Hervé Le Corre, Doudou Diène, Firmine Richard, Dominique Sopo, Pap Ndiaye, Geneviève Fraisse, François Durpaire, Benjamin Stora, Serge Bilé, Saïd Bouamama, Catherine Coquery-Vidrovitch, Olympe Bhêly-Quenum, Françoise Vergès, Anne-Marie Garat, Patrick Girard-Haddad, Maha Abdelhamid, Aya Cissoko, William Adjete Wilson, Gabriel Okoundji, Isabelle Garo, Marie-Laure de Noray, Marie-Rose Abomo-Maurin, Thomas Deltombe., citant .. Au-delà de la question des violences policières, ce comité soutient telles que celle du quartier La Négresse. Karfa Diallo est jugé le , et relaxé le ..

Nouvelle demande après changement d'équipe municipale Le , profitant du changement de direction à la mairie, à la suite des dernières élections municipales, l'association revient à Biarritz pour présenter à nouveau sa demande de rétablissement du nom basque d'origine du quartier. Ils sont reçus par Thomas Habas, attaché de cabinet de la nouvelle maire, Maider Arosteguy (LR).. Parallèlement à cette rencontre, Karfa Diallo donne une conférence intitulée au café Le Polo à Biarritz, et lance une visite guidée ..

Le , la maire, Maider Arosteguy, fait connaître sa réponse. Pour elle, la demande de changement de nom n'émane que de touristes ou d'associations étrangères à la ville. Elle ne voit donc aucune raison de redonner le nom d' au quartier, et considère au contraire que celui de « la Négresse » est même un hommage rendu à la personnalité dont le sobriquet a été donné comme nom au quartier : . Cependant, si la maire refuse de revenir à l'ancien nom, elle reconnaît toutefois que . Aussi, elle semble ouverte à la solution consistant à retrouver le vrai nom, ou prénom, de la femme noire surnommée « la négresse ».

Certains élus biarrots affichent quant à eux clairement leur soutien à la demande de changement de nom, à l'image de la conseillère municipale d’opposition Lysiann Brao (EELV). Pour cette dernière, la définition du mot « négresse » est claire et renvoie à l'esclavage. Aussi, elle milite soit pour que le nom du quartier retrouve son nom basque, soit pour que des recherches historiques récupèrent le vrai nom de la femme noire qui a tenu l'auberge : . De même, l'écrivaine bayonnaise Marie Darrieussecq soutient le changement de nom et considère que le mot « négresse », utilisé et créé pour l'esclavage, représente une .

L'historien Jean-Yves Mollier comprend la démarche et pense aussi qu'il est temps de rebaptiser le quartier avec un accompagnement pédagogique. Tout comme la sociologue Marie-France Malonga, qui interroge : .

Péage autoroutier et fêtes de la Négresse