Les manifestations de 2020-2021 en Pologne, connues en Pologne sous le nom de Grève des femmes (), sont des manifestations et des protestations anti-gouvernementales qui se déroulent en Pologne depuis le contre une décision du tribunal constitutionnel, réformé par le parti conservateur Droit et justice () (PiS)Pologne: des dizaines de milliers de personnes manifestent pour le droit à l'avortement, TV5 Monde, Dario Thuburn et Anna Maria Jakubek, 31 octobre 2020. À l'initiative du parti Droit et Justice, qui domine la coalition électorale Droite unie et la vie politique polonaise, ce tribunal a durci la loi sur l'avortement en Pologne, de manière à rendre illégaux presque tous les cas d'avortement, y compris ceux dans lesquels le fœtus souffre d'un handicap grave et permanent, ou d'une maladie incurable et mortelleLa Pologne se déchire sur l’avortement, La Croix, Magdalena Viatteau, 30 octobre 2020.
Les premières manifestations de masse contre ce durcissement ont lieu dans l'après-midi du .. Il s'agit des plus grandes manifestations dans le pays depuis la chute de la République populaire en 1989... En plus de la nouvelle loi sur l'avortement, les manifestants s'opposent à l'ingérence de l'Église catholique dans les affaires publiques, et à la domination des trois branches du gouvernement par la coalition au pouvoir..
Les manifestations ont lieu à Varsovie, la capitale de la Pologne, où plus de se sont réunies le , mais aussi dans un grand nombre de villes Colère.Manifestations en Pologne : le gouvernement contesté jusque dans ses plus solides bastions , Courrier International - Gazeta Wyborcza, 31 octobre 2020.
Suspendues durant la période des fêtes de Noël et fin d'année, les manifestations de rue ont repris le soir du , quelques heures après la publication officielle de la décision du Tribunal constitutionnel au Dziennik Ustaw (Journal officiel). Des manifestants se sont rassemblés devant le siège du Tribunal constitutionnel à Varsovie sur l'avenue Szucha, puis ont marché vers le siège du PiS. La rue a été bouclée par la police. Les manifestants sont retournés au rond-point Dmowski, où la manifestation s'est terminée. Le maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski, a estimé que la publication de la décision du Tribunal était "contre la volonté des Polonais".
Décision du tribunal constitutionnel sur la loi sur l'avortement
Situation avant le jugement
Le , le Parlement polonais. adopte la loi sur le planning familial. qui interdit l'avortement, sauf si (1) la grossesse présente un risque pour la vie de la mère, (2) elle est le résultat d'un crime, ou (3) il y a une malformation du fœtus. En 1997, le Tribunal constitutionnel dirigé par Andrzej Zoll juge l'avortement pour raisons sociales inconstitutionnel..
Au milieu des années 2010, selon la Fédération pour les femmes et le planning familial (), entre 80 000 et 200 000 avortent chaque année, de manière légale ou illégale, ou entre 8 000 et 13 000 selon la Polish Association of Defenders of Human Life. Selon les chiffres publiés par le Public Opinion Research Center en 2013, et la Fédération pour les femmes et le planning familial en 2016, durant les années 2010, environ 25 % des femmes polonaises ont eu recours a une IVG.. A titre de comparaison, selon une étude publiée par Sedgh, Singh, Henshaw et Bankole dans The Lancet, dans les années 2000, les taux d'avortement dans le monde se situaient entre environ 1 et 4 % des femmes âgées de 15 à 44 ans, ce "dans toutes les régions du monde, quel que soit le statut des lois sur l'avortement.". L'immense majorité de ces avortements se fait de manière illégale, le nombre d'avortements légaux en Pologne étant d'environ 1 000 par an dans les années 2010..
Les juges du Tribunal constitutionnel sont élus par la Diète de Pologne, qui est la chambre basse du parlement polonais. Depuis que la coalition politique Droite unie a pris le pouvoir en Pologne en 2015, Droit et justice, le parti qui domine Droit Unie, profite de la situation pour prendre le contrôle du pouvoir judiciaire en nommant de nouveaux juges au Tribunal constitutionnel. Cette situation débouche sur la , qui conduit la Commission européenne à renvoyer la Pologne devant la Cour européenne de justice.. Cette crise est toujours en cours en lorsque les manifestations éclatent, quatorze des quinze juges du Tribunal constitutionnel ayant alors été nommé par le gouvernement de Droit et justice depuis 2015 et le statut du tribunal étant toujours contesté par certains de ses anciens juges et présidents..
En 2016, une initiative citoyenne est lancée par des mouvements anti-avortement comme Stop Aborcji (lit : "Stop à l'avortement") pour renforcer les restrictions sur les avortements. Elle recueille 830 000 signatures, ce qui oblige le Parlement polonais à en discuter. Alors que le projet de loi progresse dans les discussions parlementaires, le All-Poland Women's Strike lance un mouvement de protestation baptisé "Black Protest", qui bénéficie d'une couverture médiatique internationale. Finalement, le gouvernement polonais laisse le projet de loi mourir en commission..
Les groupes anti-avortement réagissent en contestant la constitutionnalité de la loi existante sur l'avortement. Après les élections de 2019, 119 membres du Sejm nouvellement élu, issus des groupes parlementaires Droit et justice, Confédération et Coalition polonaise, saisissent le Tribunal constitutionnel pour déterminer sur les avortements de grossesses non liées à un viol ou ne menaçant pas la vie de la mère, qu'ils qualifient d'"eugénisme", sont constitutionnels..
Les signataires de cette saisine font valoir que cette disposition viole les protections qu'offre la constitution a la dignité humaine (article 30), du droit à la vie (article 39) ou de l'interdiction des discriminations (article 32). Au cours de l'année 2019, le Tribunal constitutionnel entend ou reçoit des arguments et des interventions juridiques sur la question, dont une que la branche européenne de l'American Center for Law and Justice prévoit de soumettre.
Arrêt d'inconstitutionnalité Dans une décision annoncée le et publiée le lendemain, le Tribunal constitutionnel juge inconstitutionnelle. la disposition de la loi de 1993 autorisant l'avortement lorsque le fœtus présente un "handicap ou une maladie incurable.. Le Tribunal justifie sa décision en estimant que cette disposition viole l'article 30 de la Constitution qui protège la dignité humaine.
L'arrêt n'affecte pas les deux autres cas prévus par la loi existante, ce qui signifie qu'une grossesse peut toujours être interrompue si (1) elle est le résultat d'un crime (viol ou inceste), ou (2) elle présente un risque pour la vie ou la santé de la mère.. En pratique, la disposition jugée anticonstitutionnelle représente l'écrasante majorité des 1 000 à 2 000 avortements pratiqué légalement en Pologne chaque année. En effet, selon les chiffres du ministère polonais de la Santé, en 2019, 1074 des 1110 avortements officiels sont liés a des cas de malformations fœtales. Parmi ceux-ci, 271 concernent des cas de Trisomie 21 sans autres anomalies, et 60 cas concernent des cas de syndrome de Patau ou de syndrome d'Edward sans autres anomalies.
Manifestations thumb|Manifestants à Gdańsk, le 24 Octobre 2020, appelant à "avorter" le gouvernement polonais. thumb|Blocage du Pont Grunwaldzki a Wrocław par des manifestants, 26 Octobre 2020 thumb|Blocage des routes à Cracovie, 26 octobre 2020
Chronologie
Octobre Les manifestations commencent le , juste après l'annonce de la décision du Tribunal constitutionnel, et se poursuivent tout au long du week-end. Des manifestations ont lieu dans 60 villes polonaises durant la nuit du , puis à nouveau le . Des manifestations ont lieu dans les centres-villes, devant les permanences de Droit et justice et les bureaux des administrations religieuses, ainsi que devant les domiciles de la militante d'extrême droite Kaja Godek et de la politicienne Krystyna Pawłowicz..
Le , des manifestants organisent des sit-in dans des églises catholiques. Ils déploient des banderoles, lancent des tracts avec les logos de All-Poland Women's Strike., perturbent la messe dominicale dans plusieurs villes, dont Katowice et Poznań., et des églises sont vandalisées dans tout le pays..
Le , des manifestations ont lieu dans 150 villes polonaises, avec un blocage des rues et routes a Cracovie...
Le , All-Poland Women's Strike présente la liste de revendications suivante:
Régler le problème de la mainmise du parti Droit et justice sur le Tribunal constitutionnel, la Cour suprême et l'Ombudsman Amender le budget en allouant davantage de fonds pour la santé et l'aide aux entrepreneurs Mettre en œuvre tous les droits des femmes, à savoir légalisation de l'avortement, éducation sexuelle, contraception Mettre fin au financement de l'Église catholique par le budget de l'État Mettre fin à l'instruction religieuse dans les écoles Démission du gouvernement.
En outre, ils annoncent la création d'un Conseil consultatif, sur le modèle du Conseil de coordination Biélorusse, qui doit être une plate-forme de dialogue pour résoudre la situation sociopolitique en Pologne..
Le , une grève nationale des femmes a eu lieu sous le slogan "Je ne vais pas au travail" (). De nombreux employeurs autorisent leurs employés à prendre part aux manifestations. Outre les universités, les médias locaux, dont Gazeta.pl, Gazeta Wyborcza, NaTemat.pl, et Newsweek Polska, participent aux manifestations en publiant des éditoriaux soutenant le mouvement. Des entreprises, dont mBank, s'associent également à cette grève. Des milices d'extrême droite et nationalistes expulsent violemment les manifestants des églises.... Selon le commandant en chef de la police polonaise, Jarosław Szymczyk, environ 430 000 personnes ont participé à 410 manifestations dans tout le pays..
Le , environ 100 000 personnes participent à une manifestation de masse à Varsovie.. Le quartier de Zoliborz, où vit Jarosław Kaczyński, est bloqué par la police qui empêchent la manifestation d'atteindre son domicile..
Novembre Une nouvelle vague de protestations a lieu le , à la suite de la décision du Premier ministre de fermer les cimetières du au , ce qui affecte les producteurs et vendeurs de fleurs, la Toussaint étant célébrée ce week-end-là. En signe de protestation, des fleurs et des bougies sont placées devant les permanences du parti Droit et justice dans toute la Pologne....... Le , des manifestations ont eu lieu, entre autres, à Wrocław.
Le , de nouvelles manifestations ont eu lieu. Certaines sont directement liées à l'annonce faite par le ministre de l'Éducation et des Sciences, Przemysław Czarnek, concernant les conséquences pour les enseignants qui encouragent leurs élèves à participer aux protestations.. À Varsovie, la police intervient pour interrompre le happening de deux artistes, qui se déshabillent devant le palais présidentiel en guise de soutien aux femmes protestataires..
Le , une grande manifestation de l'All-Poland Women's Strike a eu lieu à Zakopane..
Le , la croix chrétienne en acier de 15 mètres de haut située sur le pic du Grand Giewont, dans les Tatras, est brièvement recouverte d'une bannière arborant le symbole de l'éclair rouge de l'All-Poland Women's Strikeet et le texte suivant : "La violence domestique n'est pas une tradition." Cette bannière recouvre presque entièrement la croix. Des images de la croix couverte par la bannière sont diffusées sur Internet. Selon la Gazeta Krakowska, cette action est une protestation contre le conseil municipal de Zakopane, qui est le seul conseil local à ne pas avoir introduit d'actions législatives contre la violence domestique au cours des dix dernières années, car, selon le conseil, une telle législation violerait les traditions familiales. Au milieu de l'année 2020, cette même croix avait été utilisée comme support pour une affiche électorale d'Andrzej Duda et un drapeau arc-en-ciel représentant les droits des LGBT.