Les Juifs se sont installés dans la ville polonaise Przeworsk dès le . Majoritairement petits commerçants, artisans et aubergistes, ils ont représenté jusqu'à 45 % de la population de la ville à la fin du . Paradoxalement, lors de la Seconde Guerre mondiale, leur expulsion brutale par les nazis en 1939, vers la zone d'occupation soviétique, a permis à plusieurs habitants juifs de Przeworsk d'échapper à la Shoah.
Przeworsk est une ville de la voïvodie des Basses-Carpates, dans le Sud-Est de la Pologne, et le chef-lieu du powiat de Przeworsk. Sa population s'élevait à en 2017. Pendant la Seconde Guerre mondiale, à la suite du Pacte germano-soviétique, la ville se trouvait en zone d'occupation allemande mais à seulement de la zone d'occupation soviétique.
Histoire de la communauté juive Début de la communauté Des Juifs sont présents à Przeworsk dès 1538 et en 1563, on compte trois familles juives en ville. En 1583, le propriétaire de la ville, Konstanty Wasyl Ostrogski, permet aux Juifs de posséder un maximum de deux maisons. À partir de 1594, ils n'ont plus l'autorisation de s'installer à Przeworsk, cependant cette interdiction ne semble pas avoir été strictement appliquée car il est fait mention en 1597 qu'un certain Abraham Italius est le chef de la communauté juive de Przeworsk: 1939 - Małgorzata Kuźma: Historia Ecclesiastica; page: 328, en 1610 de l'existence d'une synagogue, probablement en bois et en 1644, qu'une des rues de la ville est dénommée rue des Juifs. Jusqu'en 1638, les Juifs de Przeworsk dépendent de la communauté juive de Przemyśl. Selon des estimations, 150 Juifs habitent en ville vers la fin de la première moitié du .
En 1667, on trouve des Juifs orfèvres, savonniers, vitriers et autres. Ils habitent dans le premier cyrkul (district) de la ville. En 1693, les Juifs de Przeworsk participent à la défense des murs de la ville.
La communauté du à la Première Guerre mondiale En 1712, Józef Lubomirski fait du Juif Lejzor Lewi, un citoyen libre, l'exonérant ainsi du paiement des taxes de justice et de la ville. Au , les Juifs se voient attribuer un tiers des impôts et taxes de la ville: 1939 - Małgorzata Kuźma: Historia Ecclesiastica; page: 329. En 1727, les Juifs de Przeworsk payent et 8 grosz au total pour l'impôt par tête, selon le tarif de 1676. En 1738, le laudum (résolution) voté par la municipalité pour la répartition du lenung (prêt) semestriel d'un montant de nécessaires à l'armée, impute un tiers de la somme à la communauté juive de Przeworsk.
En 1726, le Conseil des Quatre Pays (Va'ad Arba' Aratzot), représentant toutes les communautés juives de Pologne, se réunit à Przeworsk. En 1764, les propriétaires de la ville publient plusieurs ordonnances régissant les relations entre Juifs et Catholiques. Une ordonnance spéciale règle le commerce le dimanche et les jours fériés, ainsi que la question des veilleurs de nuit, auxquels catholiques et juifs sont également astreints. Chaque nuit, catholiques et juifs doivent nommer deux personnes pour effectuer les gardes.
Jusqu'en 1772, et l'annexion de cette partie de la Pologne par l'Autriche, les Juifs sont autorisés à faire du commerce dans les villages alentour, mais pas dans la ville.
Au et surtout au , les artisans catholiques des guildes des bouchers, des boulangers, des cordonniers, des tailleurs ainsi que des marchands portent plaintes contre les artisans et commerçants juifs qui détiennent une place de plus en plus importante dans l'économie de la ville. Les Juifs louent une forge, un fouloir, des moulins etc. Ils tiennent des tavernes, ont le droit de faire du miel, de brasser de la bière et de vendre sur les marchés. Ils vivent principalement dans les faubourgs de Przeworsk: Żydzi w Przeworsku w XVII i XVIII wieku (Les Juifs de Przeworsk aux ); source: Antoni Kunysz: Siedem wieków Przeworska (Sept siècles de Przeworsk); éditeur: Présidium du Conseil national de la ville - Rzeszowskie Zakłady Graficzne; Rzeszów; 1974.
Après 1772, les Juifs de Przeworsk distribuent à grande échelle des produits de tissage dans toute la Pologne: par exemple Józef Funhelstein de Przeworsk qui, avec le capitaine Jarosław Benlholz, transporte du coutil de Przeworsk à Dantzig et à Elbing, avant de le vendre à Königsberg. En 1777, les Juifs de Przeworsk payent annuellement d'impôt de tolérance, ce qui classe leur communauté comme la huitième dans la province actuelle de Podkarpackie. Mais en 1784, les bouchers et les autorités de la ville se plaignent que les Juifs abattent et vendent de la viande casher, mais ne veulent pas payer la taxe d'abattage. En 1785, il y a en ville. En 1786, 26 ou appartenant à des juifs, servent de logement à l'armée. À cette date, travaillent à Przeworsk, représentant 8,2 % de la totalité des artisans de la ville. Parmi eux, on compte , , 3 apprentis, 2 aides. Dans le détail, 22 travaillent dans la couture, principalement des femmes, 3 dans l'orfèvrerie, 1 est vitrier, 2 teinturiers, 4 imprimeurs de foulards, 8 fourreurs, 5 boulangers, 2 bouchers, 4 cordonniers. De plus, sur les , 15 sont juifs, dont 9 possèdent leur propre établissement. thumb|250px|La rue Kazimierzowska dans le quartier juif au début du .
À partir de 1788, une jüdisch-deutsche Schule (école judéo-allemande) fonctionne à Przeworsk. Vers la fin du , les Juifs possèdent sur un total de .
Le déclin économique de la ville sous la domination autrichienne, est attribué par beaucoup de Polonais à une augmentation excessive de la population juive. Les Juifs sont très actifs au . Ils organisent même l'exportation et la vente du beurre de Przeworsk et de ses environs à Vienne. L'argent est très souvent prêté aux Juifs par des institutions cléricales, comme le monastère du Saint-Sépulcre ou le monastère des Bernardins, moyennant des intérêts élevés. En 1707, le Juif, Chaim Aleksander, orfèvre, avec le Ruthène Jan Martynowicz, se livrent à une falsification de l'argent. Ils seront tous les deux sévèrement punis par le tribunal de Przeworsk. En 1786, le maire Golkiewicz remet en question le droit de propination (privilège exclusif de fabriquer et vendre des boissons alcoolisées) dont bénéficie les Juifs et qui leur permet d'investir dans l'achat de maisons à Przeworsk au détriment des propriétaires catholiques. Il exige que les Juifs de Przeworsk soient traités comme ceux de Jarosław, où ils ont entre autres interdiction de pratiquer le brassage.
En 1835, vivent dans la paroisse catholique de Przeworsk. En 1870, leur nombre est de . Il y a quatre synagogues, deux cimetières et deux rabbins. En 1896, le nombre de Juifs dans la ville est de 1932, ce qui correspond à 57,7 % de la population totale. Le rabbin est alors Chaim Cwi Aszkenazy. En 1914, le pourcentage de Juifs dans la population totale est de 44.9%. La communauté juive de Przeworsk intègre les Juifs des villes et villages suivants: Budy Przeworskie, Chałupki, Dębów, Gać, Głogowiec, Gniewczyna Łańcucka, Gniewczyna Tryniecka, Gorliczyna, Gorzyce, Grzęska, Jagiełła, Kosina, Maćkówka, Mirocin, Mokra Strona, Nowosielce, Rogóżno, Rozbórz, Studzian, Świętoniowa, Tryńcza, Ubieszyn, Ujezna, Urzejowice, Wólka Małkowa et Wólka Ogryzkowa. thumb|250px|Groupe de Juifs orthodoxes à Przeworsk.
La communauté orthodoxe À côté des Juifs traditionalistes formant la majorité de la communauté juive, il existe une forte minorité d'orthodoxes. Vers la fin du , Icchak de Przeworsk devient le chef de la communauté hassidique locale. Il est le maitre entre autres, d'Ajzyk de Kalew, appelé le tsadik chantant: Rafał Żebrowski: Taub Icchak Ajzyk z Kalewa; site: Żydowski Instytut Historyczny: The Singing Tzaddik; site:Torah for Blind. Menach Mendel est le tsadik suivant de Przeworsk, qui s'installera plus tard à Rymanów. Il est remplacé par Mosze de Przeworsk, l'auteur du livre La lumière du visage de Moïse (Światło Mojżeszowego Oblicza). Puis pendant une courte période, Menach Isachar, fils d'Tzadik Elimelech de Leżajsk devient tsadik. Il meurt le et est enterré au cimetière local. Le tsadik suivant est Abraham Moshe ben Emanuel Weltfreud. La présence de tant d'importants représentants du mouvement hassidique, va influencer la communauté juive dans son ensemble au cours du : Przeworsk; in: The Encyclopedia of Jewish Life Before and During the Holocaust; rédacteurs: Shmuel Spector et Geoffrey Wigoder; éditeur: New York University Press; volume: 3; 2001; page: 1036; .
Après la Seconde Guerre mondiale, les membres survivants de cette communauté hassidique, vont s'installer à Anvers en Belgique sous le nom de dynastie hassidique de Pshevorsk.
L'entre-deux-guerres En 1921, la ville compte dont . En 1931, dans l'ensemble du district, vivent , mais qui ne représentent que 5,5 % de la population. Les Juifs dominent le commerce local. En 1936, ils possèdent des , soit 81,7 %, et ils sont membres de l'Association des marchands. Les artisans sont réunis dans l'Association économique indépendante, présidée par Ch. Kupferman. Sur le plan politique, les partis sionistes dominent. Le Bund est présent en ville et le mouvement de jeunesse Frayhayt gère une bibliothèque juive. Dans la période de l'entre-deux-guerres, les Juifs ont un Caisse de paiement anticipé, dirigée par Anzelm Kleinman, qui en 1932 à . L'avocat Aleksander Karpf est membre de l'association Sokół locale.
Dans la nuit du 25 au , une partie importante des bâtiments en bois du quartier juif et de la partie nord de la place du marché brûle. Le gendarme Franciszek Piasek est le premier à remarquer l'incendie. Il alerte aussitôt les pompiers locaux. Dans les jours qui suivent l'incendie fait les gros titres de la presse locale et polonaise. Ilustrowany Kuryer Codzienny, basé à Cracovie, alors le plus grand quotidien du pays écrit: "45 maisons du quartier juif ont été complètement incendiées. Les habitants terrifiés n'ont réussi à s'échapper qu'en fuyant en sous-vêtements". Le journal newyorkais de langue polonaise Przegląd Tygodniowy rapporte en gros caractères sur sa première page: "43 maisons d'habitation incendiées! Un incendie en Pologne a privé de toit 700 personnes. Le feu a démarré à partir de bougies allumées dans la synagogue de Przeworsk", informant à tort que l'incendie a eu lieu pendant le service, dans la synagogue, alors qu'il a été prouvé que le feu a pris dans une maison voisine de la synagogue.
Il s'avère que les pompiers locaux, appuyés par les gardes de l'usine sucrière, ne sont pas en mesure de faire face à l'incendie qui se propage rapidement. Dans la matinée, plusieurs unités de pompiers avec leurs engins d'incendie arrivent de Łańcut, Jarosław, Przemyśl et Rzeszów, et réussissent enfin à contrôler le feu. Une compagnie de l'armée est impliquée dans le sauvetage des personnes et des biens. Le voïvode de Lwów, Wojciech Gołuchowski arrive rapidement sur les lieux avec ses subordonnés et ordonne le paiement de à répartir entre les victimes: Wielki pożar Przeworska 1930; site: Podkarpack Historia. . Les données officielles citées par la presse font état de détruites sur la place du marché et de dans le quartier. Le nombre de victimes est estimé à plus de , principalement des Juifs, avec des pertes s'élevant à de l'époque. Alors que les biens immobiliers sont assurés, les dommages les plus importants concernent les marchandises stockées, entre autres, deux wagons de blé et de seigle situés dans le dépôt de Spiglen.
L'incendie est un coup très dur pour la ville, déjà frappée comme beaucoup d'autres par la crise économique mondiale. Les juifs pauvres sont particulièrement touchés. Certains des habitants juifs décident de quitter Przeworsk. L'école locale note dans sa chronique que certains enfants juifs ont interrompu leurs études.