Laffaire Elisa Pilarski a pour objet la mort violente d'Elisa Pilarski, une Béarnaise de , enceinte de , tuée le par de multiples morsures de chien en forêt de Retz, dans l'Aisne.
Au moment du drame, Elisa Pilarski promenait un pitbull nommé Curtis appartenant à son compagnon Christophe Ellul, alors qu’une chasse à courre se déroulait à quelques centaines de mètres dans la même forêt.
Christophe Ellul, arrivé plus d'une heure après sur les lieux du drame, alerté à la suite d'un appel de sa compagne, a accusé les chiens de la meute d’avoir tué cette dernière après avoir découvert son corps. La responsabilité de ces chiens est toutefois démentie par les expertises qui établissent que c’est Curtis qui a provoqué la mort d’Elisa Pilarski par ses morsures. L'enquête révèle également que l'animal dont la vraie nature de chien de catégorie une a été dissimulée, et dont la détention en France est soumise à des règles strictes, a été entrainé en vue de « concours de mordant sportif » interdits pour cette race de chiens en France mais pratiqués dans d'autres pays conduisant à un cas de maltraitance animale.
L'information judiciaire conduit à la mise en examen pour « homicide involontaire » du propriétaire du molosse. Le 11 juin 2026, le tribunal correctionnel de Soissons rend sa décision : Christophe Ellul est condamné à quatre ans de prison avec sursis et le chien Curtis sera euthanasié..
Le 19 juin, la défense décide d'interjeter appel, ce qui suspend l'euthanasie du chien Curtis.
Contexte
Victime En 2019, Elisa Pilarski est en couple avec Christophe Ellul, propriétaire de Curtis. Au début de l’enquête, Ellul présente le chien comme un croisement d'un Patterdale avec un lévrier Whippet... Il s'avère après vérification par les gendarmes qu'il s'agit d'un Pitbull, chien interdit en France, importé illégalement depuis les Pays-Bas et non déclaré. Trois mois avant le drame, le chien avait remporté en Belgique un concours de mordant sportif réservé aux pitbulls.
Aspects juridiques liés à la possession de chiens de catégorie 1 et 2 L'American Pit Bull Terrier (pitbull) n'est pas reconnu comme une race par la législation française, contrairement à l'American Staffordshire Terrier (Amstaff), qui est rattachée à ce type.. Tous les chiens typés pitbull sans papiers français sont classés en « catégorie 1 » selon la loi du , codifiée aux articles L211-12 à L211-16 du Code rural et de la pêche maritime, qui regroupe les chiens dits « dangereux » définis par l'arrêté interministériel du . Les Amstaff enregistrés au registre français sont en catégorie 2.
L'acquisition, l'importation et la cession (même à titre gratuit) des chiens de catégorie 1 sont interdites en France.. Leur stérilisation est obligatoire.
Fait divers
Circonstances du décès Le , Elisa Pilarski se trouve en forêt de Retz en train de promener Curtis. Christophe Ellul est parti prendre son poste à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle..
Elisa est tuée vers après avoir eu le temps d’appeler son compagnon, le contenu de son appel étant inconnu.
Ce dernier alerté par deux appels de la jeune femme à 13h16 et 13h19, ou il l'a entendu hurler de douleur, quitte précipitamment son travail. Arrivé sur place, il parcourt la forêt à proximité de leur domicile en croisant plusieurs chasseurs à cheval qui témoignent de son état de panique. Il retrouve enfin le corps inanimé et ensanglanté de sa compagne avec son chien Curtis à ses cotés. Il appelle les secours à par une voisine, plus d'une heure après l'appel d'Elisa.
Immédiatement après les faits, il enferme son chien Curtis dans sa cage au sein de la résidence.
Il est pris en charge par les secours en état de choc. Le médecin du SMUR arrivé sur place pour constater le décès d'Elisa Pilarski procède aux premières observations d'usage.
Un examen post mortem montre que la victime, enceinte de 6 mois, a été scalpée, et a subi plus de 56 plaies dont plusieurs au bras droit et à l'aine droite causant une forte hémorragie fatale.
Enquête Après le drame, Christophe Ellul, le maître de Curtis, qui a tenté de secourir sa compagne, met en cause d’autres chiens, ceux du « Rallye La Passion », un évènement de chasse à courre.
Devant les gendarmes de la brigade de Soissons, Christophe Ellul témoigne avoir vu une meute d'une trentaine de chiens sur place. Il réitère ses propos sur BFM TV et RMC, filmé et dos « Pour moi, c'est la chasse à courre. Les chiens [de chasse] sortaient de ce précipice où était Curtis. Curtis a reçu beaucoup de morsures. »
Les enquêteurs recueillent l'ADN de 67 chiens dont les chenils sont mis sous scellés : les cinq du couple ainsi que les 62 autres appartenant au Rallye La Passion alors présents pour une chasse dans la forêt de Retz. De plus, les enquêteurs auditionnent le piqueur, le cavalier chargé de conduire la meute, les chasseurs et de nombreux autres témoins présents l'après-midi de la Saint-Hubert.
Plusieurs d'entre eux témoignent avoir croisé Christophe Ellul, criant dans la forêt de Retz le nom d'Elisa et de Curtis. Un suiveur de la vénerie, en VTT, le décrit affolé et tenant des propos intelligibles. De même, sept chasseurs présents interrogés décrivent Christophe Ellul de la manière suivante : « Il insistait sur la dangerosité de son chien, que sa femme ne savait pas le tenir » ; « Il a dit : “Faites attention, mon chien est dangereux.” » ; « Il disait : “Ma petite femme, elle est petite.” ».
En parallèle, le , le rapport d'expertise demandé par la justice à deux vétérinaires est rendu public.. Le rapport affirme : ...
L'analyse de la machoire de Curtis, à la différence des chiens de la chasse à courre, qui s'est effectuée de manière normale sans besoin de mesure contraignante, a dû être effectuée sous anesthésie générale.
Il apparait aussi que Curtis a été entrainé au mordant pour des concours interdits en France à cette race de chiensCentrale Canine. (2024). Tout savoir sur le mordant
https://www.centrale-canine.fr/articles/tout-savoir-sur-le-mordant.
Ce conditionnement à la morsure aurait poussé le chien à se retourner contre la compagne de son maître..
Les experts ont également examiné le comportement de Curtis, comportement qualifié de .
L'expertise écarte en outre la thèse selon laquelle Curtis aurait défendu la victime contre les chiens de chasse : aucune trace des pattes de chiens de la meute autour du corps, aucune blessure des chiens de chasse qui résulterait d'un combat, et les blessures minimes sur la tête de Curtis ne sont pas consécutives à des morsures de chien, mais probablement causées par lui-même pour arracher sa muselière..
Les résultats des analyses génétiques, communiqués le , confirment l'avis des experts : on retrouve l'ADN de Curtis sur le corps d’Elisa Pilarski, pas ceux de la chasse à courre« Mort d'Elisa Pilarski : seul l'ADN de son chien a été retrouvé sur son corps », liberation.fr, 3 novembre 2020, consulté le 4 novembre 2020.« Elisa Pilarski a été tuée par le chien de son compagnon et non par un chien de chasse, annonce le parquet », lemonde.fr, 3 novembre 2020, consulté le 4 novembre 2020..
De plus, un détective privé agissant sous le nom de Benoît Blanc, en référence au film à Couteaux tirés, alerté par le battage médiatique qui embrase les réseaux sociaux sur la chasse et intrigué par les élements contradictoires de l'affaire publie les résultats de son enquête sur son blog contribuant à affaiblir davantage la version de Christophe Ellul.
Il démontre notamment que seul Christophe Ellul a témoigné de morsures sur son chien Curtis là où à contrario, les experts, soulignent la présence d'«excoriations» sur le haut du crane de Curtis; elles ont pour origine des griffures auto-infligées par un animal qui cherche à se défaire de sa muselière.
De plus, il est prouvé par recoupement de vidéos, photos prises et positions GPS des chasseurs (données par une montre connectée), que la battue, prévue pour 13h00 a démarré à 13h25, et qu’elle s’effectuait dans une direction géographique opposée et éloignée de 700 m du lieu où Elsa a appelé à 13h16 et 13h19, avec de nombreux obstacles à franchir.
Mise en cause Le , Christophe Ellul, le compagnon de la victime, est mis en cause par le procureur de la République... Son avocat demande une contre-expertise..
Une information judiciaire contre X est en cours pour .
Début Novembre 2020, malgré les révélations sur les analyses des morsures de chien qui ont été fatales à Elisa Pilarski, Christophe Ellul continue d'affirmer qu'il est impossible que son chien soit responsable de sa mort lors d'une conférence de presse donnée avec son avocat Alexandre Novion.. De plus, Ellul conteste le fait que son chien était dans une . Enfin, la race même de Curtis pose question. Alexandre Novion conteste pour sa part à la télévision mi- la méthodologie et les conclusions des experts chargés des analyses qui ne correspondent pas selon lui aux constatations faites sur le corps par les médecins-légistes. Il annonce même qu'il va demander une contre-expertise et un complément d'information sur les analyses des tests ADN.
Le , Christophe Ellul est mis en examen pour homicide involontaire et placé sous contrôle judiciaire. Il lui est interdit d'entrer en contact avec la famille de la victime..
Le , il est à nouveau convoqué à Soissons, cette fois pour une confrontation avec la famille d'Elisa Pilarski. Le portable de cette dernière a été analysé, il contient des photos du chien prises pendant la promenade peu de temps avant son décès, ainsi qu'un texto de son compagnon : , qui laisse à croire qu'il avait conscience du rôle de son chien dans le drame. Ce SMS n'a pas été retrouvé sur le téléphone de Christophe Ellul, ce qui sous tend qu'il a effacé ce SMS compromettant. La thèse de Christophe Ellul, arguant que le chien était muselé et ne pouvait avoir mordu sa compagne, s'effondre un peu plus, du fait que le chien ne portait pas de muselière sur les photos retrouvées dans le portable d’Elisa. Par ailleurs, le fait qu'une muselière n'appartenant pas à ce chien a été retrouvée dans le bois sur les lieux du drame, ouvre la porte à l'hypothèse selon laquelle elle aurait pu être apportée par Ellul lui-même, ce qui signifierait qu'il aurait délibérément modifié la scène du drame...
Le chien incriminé, Curtis, est placé dans un premier temps dans un chenil en Haute-Garonne, en attente de son éventuelle euthanasie animale dès lors que son rôle dans la mort d'Elisa Pilarski serait juridiquement définitivement établi..
Le parquet de Soissons envisage dans un premier temps la tenue du procès le , mais ce n’est finalement qu’en août de cette année que le juge prononce son ordonnance de clôture, rendant possible le renvoi de Christophe Ellul devant le tribunal correctionnel de Soissons. Le propriétaire du chien encourt un maximum de dix ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende pour le risque grave qu’il a fait encourir à sa compagne.
Procès
En mars 2026, se tient le procès.
Il est révélé par expertise vétérinaire que le chien Curtis né en 2017, acheté à une éleveuse des Pays-Bas par Christophe Ellul, a été enregistré sur une dénomination non conforme et fantaisiste visant à dissimuler aux yeux des autorités sa vraie nature. Il apparaît qu'il est de la race Pitbull dont la détention est interdite en France car relevant de la catégorie une.
En effet, la fiche de Curtis est disponible sur un livre généalogique d'American Pitbull Terrier partagé en ligne dont sa photo a été retirée après les évènements. Il est révélé que dès ses 7 mois, ce dernier a participé en Belgique à des concours de l'American Dog Breeders Association («Association américaine des éleveurs de chiens» ou ABDA), réservés à des pitbulls.