La bataille de Malborghetto est une série d'affrontements s'étant déroulée du 15 au en Italie du nord, entre l'armée franco-italienne du vice-roi Eugène de Beauharnais et les troupes autrichiennes du général Albert Gyulay.
La division Gyulay fut écrasée par Eugène dans une bataille rangée près de Tarvisio, qui faisait alors partie de l'empire d'Autriche. Non loin de là, à Malborghetto-Valbruna et au col du Predil, deux forts défendus chacun par une petite garnison de grenzers résistèrent avec acharnement aux assauts franco-italiens avant d'être submergés par le nombre. Le fort de Malborghetto fut emporté par les assaillants dans la matinée du tandis que celui de Predil tomba le lendemain, ses défenseurs étant tués jusqu'au dernier.
La prise de ces cols de montagne par l'armée d'Eugène permit à cette dernière d'envahir la Carinthie. Des monuments furent par la suite érigés sur les lieux en hommage aux soldats autrichiens morts lors de ces affrontements.
Contexte militaire
Premières batailles
La stratégie autrichienne au commencement de la campagne d'Allemagne et d'Autriche en 1809 prévoyait que l'armée dirigée par l'archiduc Jean envahirait la province de Vénétie, au nord-est de l'Italie. Pour mener à bien cette mission cruciale, les effectifs mis à la disposition de l'archiduc n'étaient pas particulièrement importants.
vignette|gauche|redresse|L'archiduc Jean d'Autriche, commandant l'armée autrichienne d'Italie. Huile sur toile anonyme, 1844.
L'armée de Jean s'articulait en différents corps : le corps d'armée ( fantassins, cavaliers et 62 canons), le corps d'armée ( fantassins, cavaliers et 86 canons) ainsi que les forces du général-major Andreas von Stoichevich qui se préparaient à attaquer la Dalmatie occupée par les Français avec soldats supplémentaires. En Carinthie se rassemblaient des troupes de seconde ligne sous la forme de 33 bataillons de Landwehr totalisant hommes ; une autre troupe de miliciens constituait la réserve. Afin de soutenir la rébellion du Tyrol contre les occupants français et bavarois, Jean réorganisa son armée et détacha vers l'ouest hommes du corps sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant Jean-Gabriel du Chasteler. Sur les soldats disponibles pour l'invasion du nord de l'Italie, l'archiduc ne put en regrouper que dans son corps de bataille. À la suite du départ de Chasteler, le commandement du corps retomba sur le feld-maréchal-lieutenant Albert Gyulay tandis que le corps était dirigé par son frère Ignácz Gyulay.
Face aux Autrichiens se trouvait l'armée d'Italie forte de hommes, aux ordres du vice-roi Eugène de Beauharnais. Des six divisions françaises et des trois divisions italiennes qui la composaient, seules deux étaient déployées sur l'Isonzo, à proximité de la frontière orientale, tandis que le reste était dispersé dans tout le royaume d'Italie. En , Eugène, péchant par excès de confiance, décida d'affronter les Autrichiens en rase campagne avec une fraction de ses forces, soit une division de cavalerie ( hommes) et cinq divisions d'infanterie ( hommes) : la bataille de Sacile, livrée le , se solda par une sévère défaite de l'armée d'Italie qui perdit hommes contre seulement chez ses adversaires. Eugène se replia alors sur Vérone et, grâce à l'arrivée de nombreux renforts, porta bientôt ses effectifs combattants à hommes. L'archiduc Jean, qui avait détaché une partie de ses troupes pour assiéger les forteresses d'Osoppo et de Palmanova et pour surveiller la puissante garnison française de Venise, ne se présenta devant Vérone que le avec soldats. La nouvelle de la défaite du gros de l'armée autrichienne à la bataille d'Eckmühl le était entre-temps parvenu à l'empereur François qui ordonna à son frère Jean de se replier sur le territoire national.
Après avoir croisé le fer avec le vice-roi lors de la bataille de Caldiero, à la fin du mois d'avril, l'archiduc battit en retraite le , sous la protection efficace de son arrière-garde commandée par Frimont. Le , le commandant en chef autrichien se résolut à défendre la ligne du Piave dans une position avantageuse, mais il fut défait par Eugène dans un engagement qui lui coûta hommes contre tués ou blessés du côté français, ce qui l'obligea à poursuivre sa retraite. Le 11, l'avant-garde franco-italienne enveloppa les soldats de l'arrière-garde de Frimont à San Daniele del Friuli. Les Autrichiens furent taillés en pièce et perdirent la moitié de leur effectif alors que les pertes françaises furent comprises entre 200 et 800 hommes. Frimont disputa un autre combat à Venzone avant de se retirer au nord en direction de la rivière Fella, prenant soin de brûler les ponts derrière lui.
Préludes
vignette|redresse|Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie. Huile sur toile d'Andrea Appiani, 1810.
L'archiduc Jean parvint à rallier Tarvis avec soldats. Il envoya le général Ignácz Gyulay et hommes en Carniole, qui n'était alors gardée que par les deux brigades du feld-maréchal-lieutenant Anton von Zach et du général-major Johann Kalnássy. En sa qualité de ban de Croatie, Ignácz Gyulay procéda à la levée de la milice insurrectionnelle croate. Sérieusement affaibli par sa tentative d'invasion ratée en Italie, l'archiduc rappela également Chasteler du Tyrol dans l'espoir de rassembler suffisamment de troupes pour résister à Eugène.
De son côté, le vice-roi projetait de forcer les Alpes carniques et organisa pour ce faire son armée en plusieurs colonnes. À l'ouest, il détacha la division du général Jean-Baptiste Dominique Rusca pour remonter le cours du Piave et obliquer ensuite vers l'est. Dans cette dernière direction marchait le corps du général Étienne Macdonald, fort de hommes répartis en trois divisions, une de cavalerie et deux d'infanterie, et dont l'objectif était de s'emparer de Laibach ; de là, Macdonald avait le choix entre faire sa jonction avec les troupes du général Marmont, qui progressaient vers le nord depuis la Dalmatie, ou capturer les villes de Graz et de Maribor. Enfin, une division commandée par le général Jean-Mathieu Seras, remontant le cours nord de l'Isonzo, se dirigea sur Tarvis via le col du Predil. Quant à Eugène, parti d'Osoppo avec le gros de ses forces en suivant la vallée du Fella, son objectif était les bases autrichiennes de Tarvis et de Villach. Les troupes placées sous son commandement direct totalisaient hommes et comprenaient les corps des généraux Paul Grenier et Louis Baraguey d'Hilliers, la garde royale italienne et deux divisions de cavalerie.
La brigade autrichienne du général-major Josef Schmidt, qui se retirait vers le cours supérieur du Piave, obstrua la route empruntée par la division Rusca, de sorte que celui-ci, dans l'incapacité de se faire suivre par son artillerie et son train d'approvisionnement, rebroussa chemin pour rejoindre Eugène. Le vice-roi était lui aussi gêné dans sa progression par la destruction de nombreux ponts. Le commandant en chef français ordonna finalement à l'artillerie, à la cavalerie et au train de suivre les traces de la division Seras tandis que lui-même poursuivait sa marche vers Pontafel avec son infanterie et quelques pièces d'artillerie légère.
Généraux et commandants ayant participé à la bataille
120px|alt=Paul Grenier 120px|alt=Pierre François Durutte 120px|alt=Joseph Marie Dessaix 120px|alt=Louis Baraguey d'Hilliers 120px|alt=Achille Fontanelli 120px|alt=Johann Hermann von Hermannsdorf 120px|alt=Friedrich Hensel Paul Grenier François Durutte Joseph Marie Dessaix Louis Baraguey d'Hilliers Achille Fontanelli Johann Hermann Friedrich Hensel
Déroulement de la bataille
vignette|upright=1.5|Schéma de la bataille de Tarvis et de la prise des forts de Malborghetto et de Predil, du 15 au 18 mai 1809.
À la mi-mai, l'archiduc Jean réorganisa ses forces en plusieurs groupes. Stoichevich avec fantassins et 14 canons était toujours en Dalmatie, mais Jean avait reçu le renfort de la division du Nord commandée par le feld-maréchal-lieutenant Franjo Jelačić ( hommes et 16 canons), en provenance de l'armée du Danube. Jelačić était cependant encore très au nord, à Radstadt.. Le corps d'Ignácz Gyulay, stationné à Krain, alignait hommes en quatre brigades. L'archiduc occupait Villach avec le « corps mobile » de Frimont, fort de soldats et 22 canons.
La division d'Albert Gyulay ( hommes en trois brigades) était positionnée à Tarvis. Le général-major Anton Gajoli commandait le régiment d'infanterie Franz Jellacic, le régiment d'infanterie Reisky et une batterie de brigade de huit canons de 3 livres, pour un total de hommes. La deuxième brigade, également pourvu d'un effectif de hommes, était sous les ordres du général-major Franz Marziani et comprenait le régiment frontalier Oguliner, le régiment frontalier Szluiner, quatre escadrons du régiment de hussards Ott et une batterie de brigade frontalière de huit canons de 3 livres. Les hommes de la troisième brigade provenaient des milices de Marburg, Cilly, Laibach et Adelsberg et étaient conduits par le général-major Peter Lutz. La réserve d'artillerie était constituée d'une batterie de position de six canons de 12 livres.
D'autres historiens attribuent à la division Gyulay des effectifs moindres. Selon Robert M. Epstein, le général autrichien ne disposait que de hommes dans les environs de Tarvis, dont 650 grenzers et 10 canons dans le fort de Malborghetto et 250 grenzers et 8 canons dans le fort de Predil. Digby Smith recense pour sa part Autrichiens et 6 canons à Tarvis, 450 hommes et 11 canons à Malborghetto et 250 hommes et 8 canons à Predil.
vignette|gauche|Mort du capitaine Hensel à Malborghetto, le 17 mai 1809, par E. Zimmer.
Du côté français, le corps de Grenier était formé des divisions des généraux François Durutte et Michel Marie Pacthod ; celui de Baraguey d'Hilliers comptait également deux divisions, l'une commandée par le général de division Achille Fontanelli et l'autre par le général de brigade Joseph Marie Dessaix. La division Dessaix, qui constituait l'avant-garde, disposait de trois bataillons de voltigeurs ainsi que de quelques autres bataillons extraits des autres divisions de l'armée. Ces troupes se présentèrent devant le fort de Malborghetto le . Eugène ordonna à Grenier de s'emparer du fort tandis que Baraguey d'Hilliers devait empêcher Gyulay d'intervenir depuis Tarvis. Dessaix et Fontanelli dirigèrent leurs troupes à travers les montagnes et atteignirent la vallée du Fella, à l'est du fort de Malborghetto. Grenier envoya la division Pacthod à leur suite dans le même secteur pour se préparer à attaquer la position. Le , des escarmouches opposèrent les troupes de Baraguey d'Hilliers à celles de Gyulay qui évacua Tarvis et se posta sur la défensive à l'est de la ville.
Le , à du matin, les soldats de Pacthod et de Durutte se ruèrent à l'assaut du fort de Malborghetto en deux points différents ; après trente minutes de combat, la position fut emportée. Epstein mentionne 300 Autrichiens tués et 350 faits prisonniers et, pour les pertes franco-italiennes, s'en tient au rapport officiel faisant état de 80 victimes. Les vainqueurs mirent la main sur 13 canons ainsi que d'énormes quantités de nourriture. Le capitaine du génie Friedrich Hensel mourut à la tête de sa garnison de deux compagnies du régiment frontalier Oguliner et de 24 artilleurs. Smith donne pour les Autrichiens le bilan suivant : cinq officiers et 345 soldats tués ainsi que six officiers, 44 hommes du rang et 11 canons capturés. Il considère par ailleurs que les 80 pertes officiellement admises par Grenier sont compte tenu de la dureté des combats. Le rapport autrichien sur la bataille relève que la taille des fortifications était inadaptée aux modestes effectifs de la garnison. Au sujet des pertes, le même document évoque 75 tués et 305 prisonniers autrichiens parmi lesquels 120 blessés, tout en admettant que le chiffre de pertes prétendument infligées aux assaillants était irréaliste..