Le Tonnerre, intellect parfait est un texte gnostique écrit en copte ; il a pour contenu la révélation de l'« Intellect » (grec ancien : νοῦς), qui rassemble en elle toutes les qualités antithétiques. Découvert en 1945 dans la bibliothèque de Nag Hammadi, le texte fait partie du sixième codex.
Forme Si Le Tonnerre n'appartient à aucun des genres attestés dans le corpus de Nag Hammadi, il peut cependant être rapproché de la p. 1613-1650.
Le monologue est rythmé par trois types d'énoncés : des reproches, des autoproclamations à la première personne et des exhortations839.
Contenu Le texte se veut être la révélation de l'Intellect, personnifiée comme Déesse. Elle se montre comme première et dernière, comme la seule qui existe. C'est par confrontation des catégories dans lesquelles la locutrice se place qu'elle se manifeste comme paradoxale et contradictoire.
Les auditeurs doivent alors comprendre par le poème une invitation à la recherche et au culte de la divinité ; c'est parce qu'ils doivent cesser d'enfermer la divinité dans les catégories binaires vrai/faux, forme/informe, etc. que l'Absolu se laisse découvrir. Les oppositions s'annulant toutes, en tant qu'elles sont assumées par la divinité, et donc unifiées en elle, et donc consécutivement, en tant qu'elles sont assumées par les adorateursp. 839-842. Mais c'est bien un appel pressant de l'Intellect, visant à la libération de la connaissance réduite et de l'ivresse des passions : appel se faisant à la fois dans l'amour et dans la haine.
Le message, aussi, s'adresse à tous : aux grecs, aux barbares, aux égyptiens ; les ostracismes et l'exclusivisme étant exclusp. 842.
Patricia Cox Miller remarque que les différentes oppositions se cristallisent finalement dans le l'obligation spirituelle au silence481-483 ; car non seulement la locutrice s'identifie aux paradoxes du discours, mais aussi avec le discours en tant qu'il tient du langagep. 482. C'est alors que le silence doit être imposé, car le fait même d'essayer de parler avec logique écarte déjà de la divinité, celle-ci en tant qu'elle unifie les contradictoires.
Arrière-plans Le Tonnerre trouve plusieurs parallèles parmi la littérature ancienne, et notamment la littérature gnostique. Quelques passages sont partagés avec les textes de l’ (II 89, 16-17) et l’Écrit sans titre (II 114, 7-15)p. 843.
Il est ou bien possible que les trois textes viennent d'une source commune, ou bien que Le tonnerre ait cité un des deux textes sans indiquer la sourcep. 121-132. L'Écrit sans titre et Le tonnerre étant quasi identiques, ils n'ont pourtant aucun contact direct apparent.
Influence isiaque Paul-Hubert Poirier fait remarquer que le texte contient des formules qui rappellent les arétalogies isiaquesp. 153 : il est question d'autodéclarations ou d'autodéfinitions : "c'est moi", "je suis". Ces formules que la locutrice évoque rappelle Isis et sa prétention universelle, sa polymorphie, ses nombreux noms, et son être qui englobe les autres déessesp. 844.
Cependant ce rapprochement contient des limites. En effet la différence entre les arétalogies et le traité tiennent du fond des textes ; fonds dissemblables en tout points. Moralement, Le tonnerre est tranchant et provocateur, là où les textes qui proclament Isis la tiennent souvent pour sainte et sans taches. Les oppositions dans les textes isiaques se maintiennent à un niveau positif.
De plus les formules autoréférentielles du Tonnerre visent à la proclamation de la locutrice comme absolue - elles restent très générales - là où les proclamations du même genre d'Isis dans divers textes ne se limitent qu'à quelques faits qui ont valeur mythologique.
Ainsi, si le modèle des textes isiaques ont bien inspiré le présent texte gnostique, celui-ci s'est bien éloigné des formules stylistiques ; ce qui explique au mieux les affinités selon Paul-Hubert Poirier c'est la propagation de la théologie isiaque, où Isis, comme déesse universelle, pouvait servir à l'identification d'Athéna avec elle, ou de celle-ci avec l'Eve primordialep. 845.
Influence biblique Nous pourrions rapprocher certains extraits du Tonnerre avec certains passages du Livre des Proverbes, du Livre de la Sagesse ou encore de l'Ecclésiaste, du fait de la présentation de ces textes de figures féminines qui ont la propriété de la Sagesse. Ces textes, en effet, présentent parfois la figure féminine comme locutrice, alternant ses énonces d'autoproclamations, et d'interpellations. Entité féminine qui peut parfois être pensée comme entité divine :Cependant, contrairement aux textes du Livre des Proverbes, la Sophia du Tonnerre est antithétique ; par exemple, elle enseigne, alors même qu'elle n'a pas d'instruction, p. 858. La Sagesse juive, en effet, s'adresse à ceux qui manquent d'intelligence et de sagesse, s'opposant à l'anti-Sophia. Le texte juif pose bien deux figures plutôt qu'une :
En revanche, la Sophia du Tonnerre se rapproche plus de celle du Livre de Ben Sira ; sagesse paradoxale, existant à la fois en haut avec Dieu, et en bas avec les hommes :
Paul-Hubert Poirier juge comme fort probable le fait que le texte gnostique s'est plus inspiré de ce dernier textes que des textes gnostiquesp. 846.
Date Selon Anne McGuire, le livre daterait d'avant le milieu du . Toutefois, l'auteur, la date et la place de la composition sont inconnus.
Références
Autres références
Voir aussi Bibliographie
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