Les batailles de Saratoga ( et ) marquent le point culminant de la campagne de Saratoga, donnant une victoire décisive aux Américains sur les Britanniques dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Le général britannique John Burgoyne conduit une importante armée d'invasion en amont de la vallée du lac Champlain depuis le Canada, espérant retrouver une force semblable venant de New York et marchant vers le nord ; cette force venant du sud n'arrivera jamais et Burgoyne se trouve encerclé par des forces américaines dans le nord de l'État de New York. Burgoyne livre deux batailles pour se sortir de cette situation. Elles ont lieu à dix-huit jours d'intervalle sur le même terrain, à une quinzaine de kilomètres au sud de Saratoga dans l'État de New York. L'issue de la première est incertaine, la seconde est perdue par les Britanniques. Piégé par des forces américaines supérieures, sans espoir de secours en vue, Burgoyne capitule avec la totalité de son armée le .

La campagne de Burgoyne visant à séparer la Nouvelle-Angleterre des colonies du sud avait bien débuté, mais fut ralentie à cause de problèmes logistiques. Il obtient une petite victoire tactique sur le général Horatio Gates et l'Armée continentale le lors de la bataille de Freeman's Farm au prix de lourdes pertes. Ses gains sont effacés lorsqu'il attaque de nouveau les Américains le dans la bataille de Bemis Heights et les Américains capturent une partie des défenses britanniques. Burgoyne est alors contraint de battre en retraite et son armée est encerclée par la force américaine plus nombreuse à Saratoga, l'obligeant à se rendre le . Les nouvelles de la reddition de Burgoyne ont contribué à faire entrer formellement la France en guerre en tant qu'alliée des Américains, même si elle avait précédemment fourni du matériel, des munitions et des armes, notamment le canon de Vallière, qui joua un rôle important à SaratogaSpringfield Armory.. Cette bataille a également amené l'Espagne à rejoindre la France dans la guerre contre la Grande-Bretagne.

La première bataille, le , commence lorsque Burgoyne déplace certaines de ses troupes dans une tentative visant à flanquer les positions américaines établies sur Bemis Heights. Benedict Arnold, anticipant la manœuvre, place d'importantes forces sur sa route. Bien que Burgoyne ait réussi à prendre le contrôle de Freeman's Farm, cela se fit au prix de pertes importantes. Des escarmouches se poursuivent dans les jours suivant la bataille, pendant que Burgoyne attend dans l'espoir que des renforts arrivent de New York. Des forces de milice continuent d'arriver, grossissant les rangs de l'armée américaine. Des différends à l'intérieur du camp américain conduisent Gates à priver Arnold de son commandement.

Le général britannique Henry Clinton, venant de New York, tente de détourner l'attention des Américains en capturant deux forts dans les Hudson Highlands le , mais ses efforts sont trop tardifs pour être d'une aide quelconque à Burgoyne. Burgoyne lance de nouveau un assaut sur Bemis Heights le après qu'il est devenu clair qu'il ne recevra aucun soutien à temps. Après d'intenses combats, marqués par le courage d'Arnold ralliant les troupes américaines, les forces de Burgoyne sont renvoyées aux positions qu'elles occupaient avant la bataille du et les Américains capturent une partie des défenses britanniques.

Contexte

Après deux ans dans la guerre d'indépendance des États-Unis, les Britanniques ont changé leurs plans. Renonçant aux colonies rebelles de la Nouvelle-Angleterre, ils décident de diviser les Treize colonies et d'isoler la Nouvelle-Angleterre des colonies du centre et du sud que les Britanniques pensent être plus loyales. Le commandement britannique conçoit en 1777 un plan de grande envergure pour diviser les colonies via un mouvement en tenaille organisé selon trois directions différentes. La force venant de l'ouest, sous le commandement de Barry St. Leger, devait avancer depuis ce qui est aujourd'hui l'Ontario à travers l'ouest de la province de New York, suivant la rivière Mohawk, et celle venant du sud devait remonter la vallée de l'Hudson depuis New York. Celle venant du nord devait avancer depuis Montréal vers le sud et les trois forces devaient se rejoindre dans les environs d'Albany, coupant la Nouvelle-Angleterre des autres colonies.

Situation britannique vignette|droite|redresse|Le général John Burgoyne, portrait réalisé par Joshua Reynolds vers 1760.

En , le général britannique John Burgoyne, connu sous le nom de Gentleman Johnny pour ses manières, se dirige vers le sud depuis la province de Québec pour prendre le contrôle de la haute vallée de l'Hudson. Après sa précédente capture de Fort Ticonderoga, sa campagne s'est enlisée dans les difficultés. Des éléments de l'armée ont rejoint le haut de l'Hudson dès la fin du mois de juillet mais des problèmes logistiques et des difficultés dans l'approvisionnement retardent l'armée principale à Fort Edward. Une tentative pour pallier ces difficultés échoue lorsque près de sont tués ou capturés à la bataille de Bennington le . En outre, Burgoyne reçoit des nouvelles le annonçant que l'expédition de St. Leger descendant la vallée de la Mohawk a fait demi-tour après l'échec du siège de Fort Stanwix.

Ajouté à cela les nouvelles annonçant que le général William Howe a quitté New York avec son armée pour mener une campagne visant à capturer Philadelphie au lieu de se rendre dans le nord pour rejoindre Burgoyne et le départ de la plupart de sa force de soutien amérindienne à la suite de la défaite à Bennington, la situation de Burgoyne devient difficile. Confronté à la nécessité de rejoindre des quartiers d'hiver défendables, ce qui nécessiterait de se retirer à Ticonderoga ou d'avancer jusqu'à Albany, il se décide pour cette dernière option. Consécutivement à cette décision, il prend deux autres décisions cruciales. Il décide de rompre délibérément les communications avec le Nord, de sorte qu'il n'a pas besoin de maintenir une chaîne d'avant-postes lourdement fortifiés entre sa position et Ticonderoga et il décide de traverser l'Hudson tant qu'il se trouve en position de force relative. Il ordonne pour cela à Friedrich Adolf Riedesel, qui commande l'arrière de l'armée, d'abandonner les avant-postes de Skenesboro au sud et fait ensuite traverser l'Hudson à l'armée juste au nord de Saratoga entre le et le .

Situation américaine vignette|droite|redresse|Le général Horatio Gates, portrait réalisé par Gilbert Stuart.

L'Armée continentale a opéré un lent et continu repli depuis la capture de Ticonderoga par Burgoyne plus tôt en . À la mi-, l'armée, alors sous le commandement du major-général Philip Schuyler, établit son campement au sud de Stillwater dans l'actuel État de New York. Le , le major-général Horatio Gates prend le commandement à la suite de Schuyler, dont les ambitions politiques ont été contrariées par la perte de Ticonderoga et la retraite qui s'ensuivit. Gates et Schuyler, qui viennent de milieux très différents, ne s'entendent pas très bien et se sont précédemment querellés sur des questions de commandement dans le Département nord de l'armée. Gates devient le bénéficiaire d'une armée qui ne cesse de s'agrandir, résultat de la montée de la participation dans la milice après l'appel des gouverneurs d'État, le succès à Bennington et l'indignation générale face au meurtre de Jane McCrea, fiancée d'un loyaliste de l'armée de Burgoyne, par des Amérindiens servant sous le commandement de Burgoyne.

Les décisions stratégiques du commandant-en-chef américain, le général George Washington, ont également amélioré la situation de l'armée de Gates. Washington se préoccupe particulièrement des mouvements du général Howe et de ce qui pourrait être son objectif. Conscient que Burgoyne est également en train de se mouvoir, il prend quelques risques en et envoie de l'aide dans le nord sous les ordres du major-général Benedict Arnold, son commandant de terrain le plus agressif, et le major-général Benjamin Lincoln, un homme du Massachusetts connu pour son influence sur la milice de Nouvelle-Angleterre. En , avant qu'il ne soit certain que Howe fasse effectivement route vers le sud, il ordonne à 750 hommes provenant des forces d'Israel Putnam qui défendent les régions montagneuses de New York de rejoindre l'armée de Gates et envoie également quelques-unes des meilleures forces de sa propre armée : le colonel Daniel Morgan et le nouvellement créé qui se compose d'environ 500 fusiliers spécialement sélectionnés venant de Pennsylvanie, du Maryland et de Virginie, choisis pour leur habileté au tir. Cette unité deviendra connue sous le nom de « ».

vignette|gauche|Carte montrant les mouvements des deux armées dans la campagne de Saratoga et schéma des batailles de Saratoga en encart. Le , Gates ordonne à son armée de partir au nord. Un endroit connu sous le nom de Bemis Heights, juste au nord de Stillwater et à environ au sud de Saratoga, est choisi pour son potentiel défensif et l'armée passe environ une semaine à construire des ouvrages défensifs conçus par l'ingénieur polonais Tadeusz Kościuszko. Les hauteurs offrent une vue générale du secteur et contrôlent la seule route menant à Albany, où elle passe à travers un défilé entre les hauteurs et l'Hudson. À l'ouest de ces hauteurs se trouve d'autres escarpements fortement boisés qui représentent un défi de taille à n'importe quelle armée lourdement équipée.

Première bataille de Saratoga : Freeman's Farm ()

Prélude Avançant prudemment, depuis que le départ de sa force de soutien amérindienne l'a privé de comptes rendus fiables sur les positions américaines, Burgoyne avance vers le sud après avoir traversé l'Hudson. Le , l'avant-garde de son armée a atteint un emplacement situé juste au nord de Saratoga, à environ de la ligne de défense américaine, et des escarmouches se produisent entre des groupes de reconnaissance américains et les éléments avancés de son armée.

Le camp américain est devenu un foyer d'intrigues depuis le retour d'Arnold de Fort Stanwix. Alors que Gates et lui étaient précédemment en raisonnablement bons termes en dépit de leurs ego irritables, Arnold parvient à retourner Gates contre lui en prenant comme officiers d'état-major des hommes favorables à Schuyler, l'entraînant dans la querelle en cours entre les deux hommes. Ce climat tendu n'a pas encore explosé au , mais les événements de la journée vont contribuer à accentuer les tensions. Gates a assigné l'aile gauche des défenses à Arnold et assume lui-même le commandement de l'aile droite, qui est nominalement assignée au général Lincoln, que Gates a détaché en avec quelques troupes pour harceler les positions britanniques derrière l'armée de Burgoyne.

Burgoyne et Arnold comprennent tous deux l'importance de l'aile gauche américaine, et le besoin de contrôler les hauteurs à cet endroit. Après que le brouillard matinal s'est levé vers , Burgoyne ordonne à son armée d'avancer en trois colonnes. Le baron Riedesel mène la colonne de gauche, composée de troupes allemandes et le à pied, sur la route longeant le fleuve, amenant l'artillerie principale et protégeant les provisions et les bateaux sur le fleuve. Le général James Inglis Hamilton commande la colonne du centre, composée des , , et qui attaqueront les hauteurs et le général Simon Fraser mène l'aile droite avec le à pied et l'infanterie légère et des compagnies de grenadiers pour contourner le flanc gauche des Américains en gagnant les hauteurs fortement boisées au nord et à l'ouest de Bemis Heights.