Livia Leu Agosti (prononcé en français : ; en allemand : ), née en à Zurich, est une haute fonctionnaire et diplomate suisse.
Elle obtient sa licence en droit en 1986, puis son brevet d'avocate en 1989. La même année, elle entre au Département fédéral des affaires étrangères, où elle occupe diverses fonctions avant d'arriver à la tête de la Division politique II en . Elle est la première (et depuis unique) femme nommée ambassadrice de Suisse en Iran, fonction qu'elle occupe de à . Elle retourne à Berne après être nommée déléguée du Conseil fédéral aux accords commerciaux, fonction rattachée auprès du Secrétariat d'État à l'économie (SECO) de 2013 à . En 2018, elle est la première femme nommée ambassadrice de Suisse en France, fonction qu'elle occupe jusqu'en .
Elle succède à Roberto Balzaretti à la tête de la Direction des affaires européennes le , date à laquelle elle devient également négociatrice en chef avec l'Union européenne. Depuis le , elle est secrétaire d'État au Département fédéral des affaires étrangères (autrement dit, cheffe des diplomates suisses).
Jeunesse et formation vignette|gauche|L'Hôtel Kulm, à Arosa, dans les Grisons, que les parents de Leu gèrent pendant sa jeunesse.|alt=Bâtiment sur les flancs d'une montagne en été. Livia Leu est née à Zurich en . Originaire de la même ville et de Trun., elle est issue d'une famille d'hôteliers. Ses parents Hans (décédé en ) et Annelise. gèrent l'Hôtel Kulm.. dans la station touristique d'Arosa, dans le canton des Grisons, où elle grandit.. Elle étudie le droit à Zurich et à Lausanne et obtient sa licence en . Après un stage de trois mois au tribunal de district de Horgen, elle décroche par la suite son brevet d'avocate en .
Carrière professionnelle Elle entre au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) en , où elle est l'une des deux seules femmes sur les treize diplomates de sa volée.En comparaison, les femmes sont majoritaires dans la volée 2019 (sept sur treize nouveaux diplomates), .. Dans le cadre de sa formation diplomatique, elle suit des cours à l'Institut universitaire de hautes études internationales à Genève.
Début de carrière vignette|Le Palais fédéral Ouest (), siège principal du Département fédéral des affaires étrangères à Berne.|alt=Bâtiments en pierre grise, dont un avec une coupole. Elle effectue également son stage diplomatique en et à l'ambassade de Suisse à Paris.. Une fois le concours diplomatique réussi, elle travaille trois ans à la section des Nations unies à la Centrale à Berne. En , elle part en poste à la mission de la Suisse auprès des Nations Unies à New York.., alors que la Suisse n'est pas membre des Nations unies à ce momentLa Suisse finit par adhérer à l'Organisation des Nations unies en , lorsque peuple et cantons acceptent l'initiative populaire « Pour l'adhésion de la Suisse à l'Organisation des Nations Unies (ONU) » la même année..
En , elle est conseillère d'ambassade au Caire. et remplaçante du chef de mission.
Leu rentre à la Centrale à Berne en , pour intégrer la Division politique II (d'abord la section Amériques), puis est cheffe suppléante entre et (pour l'Afrique et le Moyen-Orient).. Elle coordonne ainsi la politique étrangère suisse dans ces deux régions. Dans ce cadre, Leu négocie directement avec le ministre iranien des affaires étrangères Manoutchehr Mottaki à Charm el-Cheikh., en vue de la conclusion de l'accord de 2007 entre l'Iran et l'Agence internationale de l'énergie atomique..
À partir de , elle est à la tête de la Division politique II, poste pour lequel elle reçoit du Conseil fédéral le titre d'ambassadrice. Elle accompagne sa cheffe, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, à Téhéran lors de sa visite en .
En 2006, elle participe à la création de l'Association des femmes diplomates. Après un mandat de quatre ans en Égypte, elle prend un congé sabbatique d'un an à Los Angeles.
Ambassadrice de Suisse en Iran
En , les premiers bruits circulant dans la presse indiquent que Livia Leu Agosti sera nommée ambassadrice de Suisse en Iran..
Nomination vignette|Micheline Calmy-Rey, conseillère fédérale et cheffe du Département fédéral des affaires étrangères, ayant proposé Leu au poste d'ambassadrice en Iran.|alt=Portrait d'une femme caucasienne aux cheveux souriante. En , la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey, sur conseil de Michael Ambühl, secrétaire d'État à ce moment, propose Leu pour remplacer Philippe Welti, ambassadeur de Suisse en Iran depuis . Sa nomination est entérinée par le Conseil fédéral. Leu affirme qu'elle est surprise de cette nomination par sa ministre de tutelle, car il s'agit de sa première nomination en tant que cheffe de mission.Ambassadeur est un titre lié à une personne et à une fonction (en Suisse décerné par le Conseil fédéral), chef de mission un poste hiérarchique, deux exemples sur cette différence. Leu maintient par ailleurs son titre d'ambassadrice en tant que déléguée du Conseil fédéral pour les accords commerciaux.. Leu Agosti devient ainsi la cheffe d'une des ambassades les plus intéressantes que le réseau extérieur de la diplomatie suisse ait à offrirEn allemand : ., en particulier à cause des enjeux géostratégiques liés à l'Iran et la représentation des intérêts américains auprès de la République des mollahs. Contrairement à son prédécesseur, toute la famille de Leu (son mari Donat Agosti et ses enfants âgés de six et neuf ans à ce moment) suivent cette dernière à Elahieh, quartier de Téhéran où se trouve l'ambassade de Suisse.
Un article du Guardian de affirme que Leu Agosti serait la première femme nommée à la tête d'une ambassade auprès de la République islamique.. Cette information est relativisée par Leu dès sa nomination en (et par la suite aussi en ), car l'ambassade du Sierra Leone à Téhéran est déjà dirigée par une femme au moment de l'arrivée de Leu Agosti.. Elle est toutefois la seule femme ambassadrice en poste lors de sa prise de fonction, l'ambassadrice sierraléonaise ayant terminé son mandat peu de temps avant que Leu commence le sien..
Selon la journaliste Esther Girsberger, écrivant dans la , les circonstances de la nomination de Leu Agosti sortent de l'ordinaire pour deux raisons. D'une part, la nomination de Leu Agosti fait l'objet d'une discussion au Conseil fédéral, alors que cela n'est pratiquement jamais le cas. D'autre part, l'agrément, à savoir l'approbation de la nomination par l'État-hôte (en l'occurrence l'Iran), est octroyé plus rapidement à Leu que pour d'autres diplomates. Leu affirme que l'agrément arrive après seulement six semaines, alors que la procédure prend normalement deux mois...
Question du voile vignette|gauche|Leu en .|alt=Portrait d'une femme blonde caucasienne, portant des lunettes et un voile rouge, en train de parler. Le droit iranien disposant que les femmes sont obligées de porter en public un voile leur couvrant les cheveux, Leu Agosti est donc assujettie à cette obligation. Après que le DFAE a confirmé que Leu respecterait cette disposition, plusieurs personnalités politiques suisses conservatrices réagissent négativement. Le conseiller national UDC Walter Wobmann considère qu'il est impensable qu'une ambassadrice suisse se voile et considère la nomination de Leu Agosti comme une provocation de la part de Calmy-Rey. ; son collègue Ernst Schibli voit le tout comme un scandale. Marianne Binder, alors porte-parole du Parti démocrate-chrétien, prend la nomination comme un affront aux femmes en Occident qui se battent pour l'égalité des sexes. Christoph Mörgeli considère comme absurde le fait qu'une diplomate suisse doive . Mais Leu considère cette obligation comme un point secondaire par rapport aux opportunités qu'offre le poste en Iran et à la mise en avant de son rôle en tant que femme., et y voit aussi une obligation des diplomates de se conformer aux prescriptions légales en vigueur dans leur pays d'accueil, y compris d'un point de vue vestimentaire.
De l'autre côté, le socialiste Jean Ziegler salue la nomination de Leu ; il qualifie la Grisonne de sage et intelligenteEn allemand, .., tout comme le Tages-Anzeiger, y voyant un signal fort pour les femmes, opinion partagée par la conseillère nationale socialiste Jacqueline Fehr.. Même l'ambassadeur des États-Unis à Berne à ce moment, Peter Coneway, affirme que c'est une décision intelligente. De son propre aveu, après être rentrée à Berne, Leu considère les Iraniens comme .
Activités en Iran vignette|Mahmoud Ahmadinejad, président iranien lors du mandat de Leu en Iran.|alt=Portrait d'un homme barbu. vignette|gauche|Manoutchehr Mottaki, ministre iranien des affaires étrangères lors de l'entrée en fonction de Leu Agosti (ici au Forum économique mondial de Davos en ).|alt=Portrait d'un homme, portant des lunettes et un casque audio, croisant les mains, assis devant un fond indiquant World Economic Forum. Elle entre en fonction le , mais n'arrive à Téhéran que le pour prendre la direction de l'ambassade composée d'une trentaine de collaborateurs, dont beaucoup de locaux iraniens. À peine une semaine après son arrivée au pays des mollahs, elle est reçue par le ministre des affaires étrangères de l'époque, Manoutchehr Mottaki, qu'elle connaît déjà des négociations sur le nucléaire iranien. Elle est reçue un mois plus tard, le , par le président iranien de l'époque, Mahmoud Ahmadinejad, pour la remise de ses lettres de créance.. L'entretien qui s'ensuit, prévu pour seulement , dure presque une heure, pendant laquelle la diplomate suisse a l'occasion de prendre note des requêtes et attentes du chef d'État iranien en ce qui concerne les rapports que celui-ci veut avoir avec les Américains.
Une de ses premières tâches en tant que représentante de la Suisse est d'expliquer les tenants et aboutissants de la votation sur les minarets. Les confusions culturelles se manifestent aussi dans certains événements mondains liés au métier de diplomate. Lors d'une réception peu après le Nouvel an iranien, à laquelle les conjoints des diplomates sont invités, Leu est mise avec les femmes des ambassadeurs et son mari, Donat Agosti, se retrouve seul dans la salle avec les quelque cent diplomates accrédités auprès de la République islamique. Non sans quelques explications auprès du protocole iranien, elle rejoint son époux et le corps diplomatique présent à Téhéran.
Lors de l'élection présidentielle de 2009, de nombreuses manifestations sanglantes éclatent à Téhéran après que le guide de la Révolution, Ali Khamenei, annonce que le vainqueur est le président sortant Ahmadinejad.. Ces manifestations se concentrent entre autres autour des ambassades, dont celle du Royaume-Uni. Les événements poussent l'école allemande à Téhéran, où étudient les enfants de Leu, à avancer d'une semaine les vacances d'été. La famille décide également que Donat Agosti et les enfants partiront en vacances en Suisse plus tôt que prévu. Leu est reçue en , lors d'une visite de courtoisie., par l'ayatollah Hachemi Rafsandjani (également président de à et président du Conseil de discernement depuis ), considéré comme une et membre influent du régime iranien... La visite ne permet pas toutefois de faire avancer les négociations avec les États-Unis.
En , elle rencontre le président du Madjles (le parlement monocaméral iranien), Ali Larijani, visite à la suite de laquelle la présidente du Conseil national de l'époque, la socialiste Pascale Bruderer, est invitée à Téhéran.. Cette même année, l'Agence télégraphique suisse rapporte que Leu aurait été arrêtée le lors d'un contrôle routier dans la province du Khorassan septentrional.. Leu Agosti conteste toutefois la nature de l'échange avec les forces de l'ordre. Elle affirme auprès de CNN que les policiers du village de Kalaneh-Zamaneh ne l'auraient pas reconnue ; après une coordination avec les services compétents, elle reprend son voyage..