La Villa du Châtelet est une maison située sur la rive sud du lac Léman, à Évian-les-bains, en Haute-Savoie.

Cet édifice privé n’a pas encore fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques mais figure parmi les éléments de patrimoine remarquables de la ville d'Évian.

Il est un témoin exemplaire de l’architecture de villégiature qui s’est développée dans la ville thermale durant le dernier quart du . Avec sa tourelle octogonale, il ressemble à un petit château de la fin du français, dans lequel s'expriment les tendances historicistes et éclectiques propres à l’architecture des débuts de la . Bien que propriété privée, la villa est actuellement ouverte au public et abrite une association culturelle destinée à la promotion du patrimoine évianais et lémanique.

Historique

La villa fut construite vers 1896 pour Jean-Charles Alexandre Taillefer (1852-1949), avocat-conseil de l’ambassade de France à Londres. Elle constitua sans doute la résidence d’été de la famille Taillefer jusqu’en , date à laquelle elle fut vendue à Arthur Jacques Sérasset, négociant à Évian-les-Bains et Jean-Marie Émile Lavirotte, industriel demeurant à LyonVoir : « Transcription de l’acte de vente par et Taillefer à Serasset et Lavirotte ». Document coté 4 Q 9091. Archives départementales de Haute-Savoie..

vignette |La villa du Châtelet vers 1910 (carte postale d'Auguste et Ernest Pittier). Grâce à la présence de deux sources d’eau sur le terrain vendu par Taillefer, les acquéreurs décident de créer en 1908 une société anonyme dénommée « Société des sources d’eaux minérales du Châtelet » ayant pour principal objet .

vignette|Étiquette d'une bouteille d'eau de la Source du Châtelet (en exploitation entre 1908 et 1926). vignette |Le logo de la Source du Châtelet reproduit sur la vaisselle de l'ancien hôtel. Il est probable que les fondateurs de la société donnèrent à la villa le nom de « Châtelet », en raison de son allure de petit château. Ils choisissent alors d’en faire l’emblème de leur entreprise : l’élégante silhouette de l’édifice fera désormais office de logotype sur divers supports de leur société (papiers à lettre, cartes postales, vaisselle).

L’industriel Jean-Marie Emile Lavirotte avait pour frère le célèbre architecte Jules Lavirotte (1864-1929) et fait appel à ses talents pour développer ce qui devient bientôt le « domaine du Châtelet ». Il concevra ainsi à partir de 1910 plusieurs édifices : un grand établissement thermal de style Art nouveau (en partie disparu), un grand établissement hôtelier dénommé « Grand hôtel du Châtelet », un kiosque rustique construit en rocailles et abritant une buvette, un gracieux et pittoresque petit bâtiment de style cottage, abritant les pièces de service de l’hôtel et les chambres destinés aux personnels de l’établissementVoir la revue d'architecture La Construction moderne, année, 26 novembre 1911, .. Peu avant la Première Guerre mondiale, la villa du Châtelet se retrouve ainsi au cœur d’un grand complexe thermal et hôtelier de plus de . Elle est désormais une annexe du grand hôtel et ses pièces à vivre sont pour la plupart reconverties en chambres à coucherPour un historique complet de la Société des Sources du Châtelet, consulter : http://www.evianchatelet.org/pages/historique.html.

vignette|Société des sources, établissements, hôtels et villas du Châtelet à Évian-les-Bains, vue générale (vers 1913, édition S. Farges, Lyon). On distingue bien la villa au centre de la gravure. En 1936, dix ans après l'interruption de son activité thermale, la société du Châtelet revend son domaine à un hôtelier évianais, Ernest Floret qui va rebaptiser le grand hôtel du nom de « Grand hôtel du Parc »Dans les grands salons de cet hôtel, seront signés le 18 mars 1962 les Accords d'Évian, mettant fin à la guerre d'Algérie.. Afin de développer sa nouvelle entreprise, Ernest Floret revendra en 1942 la villa du Châtelet au médecin orthopédiste lausannois, Placide Nicod (1876-1953). Après plus de trente années d’activité hôtelière, la villa retrouve donc sa première destination de maison familiale et de résidence secondaire. En 1962, les accords d'Évian mettant fin à la guerre d'Algérie sont signés dans l'hôtel du Parc.

vignette|Détail d'un portail de la villa réalisé dans les années 1980, avec le monogramme « MS » (Mohamed Sharara). La famille Nicod conservera la villa jusqu’en 1980, date à laquelle elle est revendue à Mohamed Sharara, architecte égyptien. La spéculation immobilière est forte à cette époque à Évian-les-Bains et il semblerait que le nouveau propriétaire ait été tenté de raser la villa pour la remplacer par un immeubleSelon le témoignage de René Lehmann, ancien agent immobilier évianais. , destin connu par une villa voisine (la villa du colonel Cornet, ancienne villa de repos du domaine du Châtelet). Heureusement, l’architecte succombera au charme de sa propriété et la conservera jusqu’en 2012. Sharara n’a pas engagé de travaux de rénovation de la maison. Il a toutefois à son actif la restauration du portail oriental de la villa et la fabrication du portail occidental, plus grand mais dans un style rigoureusement identique au premier, grâce aux talents d’un célèbre maître ferronnier de la région, Claude Bétemps. Détail amusant : Mohamed Sharara a laissé la marque de son passage en souhaitant que son monogramme couronne les deux ouvrages de fer forgé.

Entre 2012 et 2015, les nouveaux propriétaires de la villa, Maryleine et Peter Cerutti, restaurent l’édifice de fond en comble, lui redonnant son charme et son lustre d'antan. En 2015, la villa est mise à la disposition de la Ville d'Évian qui la valorise par l'organisation d'événements culturels ponctuels. vignette|Les salons de la villa dans leur état actuel (2020). En , la villa est finalement confiée aux « Amis de la Villa du Châtelet - Cercle culturel lémanique », association culturelle loi de 1901 ayant pour principal objet de promouvoir le patrimoine évianais et régional. Ouverte au public toute l’année, la villa présente deux expositions permanentes : « Évian, une fabuleuse histoire » et « Féminin pluriel : l'œuvre peint de Peter Cerutti ». Elle permet aussi à ses visiteurs de profiter d'un lieu unique : « Un salon s'improvise salon de thé et accueille certains amateurs de jeux de société mis à leur disposition, un autre propose une ambiance feutrée, propice à la lecture et, deux à trois fois par mois, le grand salon de la Villa se métamorphose en salle de conférences ou de concerts lors des « Soirées de la Villa ». À la recherche du temps perdu sans doute... le Cercle culturel lémanique prolonge le charme d'un certain art de vivre proustien et offre une délicieuse parenthèse. »

La construction

Aspects extérieurs La villa fut peut-être construite sur des plans de l’architecte et décorateur genevois Paul Pélissier (1869-1923) qui travaillait à la même époque au sein du cabinet évianais de César Engler à l’aménagement et la décoration de la villa Lumière (actuel Hôtel de ville de la ville d'Évian). Bien que d’une facture plus simple, la villa du Châtelet présente certaines similitudes avec cette dernière, notamment dans le style de sa toiture et de ses terrasses. Comme la villa Lumière, la villa du Châtelet a été conçue dans un style éclectique inspiré de la Renaissance française, et proche du néo-Louis XIII, très en vogue entre 1890 et 1900. vignette|Aperçu de la toiture de la villa. Ce style se caractérise par des combles pentus, recouverts d’ardoise, animés par des lucarnes et des œils-de-bœuf et par un jeu de toitures, réhaussées par des épis en zinc et des crêtes faîtières. Ces éléments confèrent à l’édifice un mouvement ascendant accentué par la déclivité du terrain.

Le corps central du bâtiment s’élève sur cinq niveaux (rez inférieur, rez supérieur, niveau, niveau, combles) représentant une surface globale de (sous-sols et combles compris). Sur la façade nord, le corps principal est flanqué d’un côté d’une tour octogonale et de l’autre d’un oriel surmonté de deux terrasses et d’un petit pavillon, ayant pour effet de créer une élégante dissymétrie. Sur la façade sud, un porche s’avance hors œuvre, surmonté d’une terrasse. L’ensemble de l’édifice se caractérise par ses nombreuses ouvertures et ses points de vue sur le paysage extérieur : il compte pas moins de 7 terrasses et balcons et près d’une cinquantaine de fenêtres..

vignette|Modénature de la façade nord de la villa. Le soubassement de la maison est en pierre de taille de Meillerie, traitée en opus incertum. Il soutient un monumental perron, garni d’une rangée de balustres de ciment en forme de poire, qui constitue l’accès principal de la demeure. Cet accès comprend sur sa façade nord un porche hors œuvre, flanqué de deux colonnes de style ionique portant balcon. La façade du rez-supérieur est structurée par des lignes de refend, les autres niveaux et les encadrements de fenêtres étant délimités par des chaînes d’angles harpées. La couleur générale des fonds de façade est jaune pâle ; les chaînes d’angle, les entablements et encadrements de fenêtres sont gris clair ou blancs.

L’intérieur de la villa La répartition des pièces est conforme à la tradition des maisons bourgeoises : pièces de service au rez-inférieur ; pièces de réception au rez-supérieur ; chambres aux étages.

Les statuts de la Société des sources du Châtelet donne en 1908 une description assez précise des pièces de la maison et de leur fonction d’origine : « au rez-de-chaussée, vestibule, formant hall, deux salons, salle à manger, petit salon, fumoir, cuisine et véranda vitrée ; au premier étage, trois grandes chambres, et divers cabinets de toilette et une salle de bains; au second étage, trois chambres de maitre et chambres d'enfants ou de service. »Statuts de la Société du Châtelet - article 6. A.1., paru dans « Le Salut Public » du 11 avril 1908, .

Bien que privée de son mobilier d’origine, l’intérieur de la villa du Châtelet conserve tout son intérêt, notamment en raison de l’excellente conservation de ses pièces de réception (situées au rez supérieur).

Moins spectaculaire, toutes les pièces des étages conservent néanmoins leur parquet et leurs cheminées d’origine. Leurs divers balcons et terrasses avec vue sur le lac Léman et le parc, tout comme les formes arrondie des lucarnes du second étage, leur confèrent un charme particulier. vignette|Le grand escalier de la villa. Les trois principaux niveaux de la maison (rez supérieur, premier et second niveau) sont reliés par un imposant escalier de bois, droit à trois volées et deux paliers de repos marquetés, de style néo-Renaissance (à balustres ronds rampants). L’espace des combles, entièrement lambrissé de bois, est naturellement éclairé par cinq œils de bœuf et laisse apparaître la belle structure de la charpente du toit, avec deux croix de saint André.

Description des pièces de réception (rez supérieur) Les pièces du rez supérieur méritent une attention particulière car elles conservent les éléments de décoration les plus caractéristiques de l’édifice. Sur une surface d’environ , le rez-supérieur offre cinq pièces de séjour, une pièce de service et deux vestibules (halls d’entrée). vignette|Divers parquets de la villa : à bâtons rompus, en damier et la marqueterie des paliers de repos du grand escalier. vignette|Détail du vitrail de la porte d'entrée.