Charles Bernardin, né à Plombières le et mort le à Metz, est un magistrat, militant politique et franc-maçon français.

Biographie

Fils d'un directeur des postes à Plombières dans les VosgesDossier de la Légion d'honneur de Ch. Bernardin dans la base Léonore, Charles Bernardin fait ses études au lycée de Strasbourg puis au collège de Saint-DiéDictionnaire biographique illustré, Meurthe-et-Moselle, Paris-Nancy, Flammarion-Librairie R. Wagner, 1910, .

Il est d'abord notaire à Beine-Nauroy dans la Marne (1886-1890) puis à Épinal (1890-1894), dans les Vosges. Il vit ensuite de ses rentes à Bayonville-sur-Mad (Meurthe-et-Moselle) avant d'être nommé juge de paix à Pont-à-Mousson le . Il quitte Pont-à-Mousson en 1921 car il est nommé juge de paix à Bar-sur-Aube, dans le département de l'Aube« Le départ de M. Charles Bernardin », L'Est républicain, 19 avril 1921, où il occupe cette fonction jusqu'en 1924Le Petit Troyen, 21 novembre 1924. Il est par la suite juge de paix à Nancy, jusqu'à sa retraite en 1934Le Petit Troyen, 5 octobre 1934L'Est républicain, 29 septembre 1934.

Il réside ensuite à Metz, en Moselle, où il vit retiré jusqu'à sa mort en janvier 1939. Ses obsèques, uniquement civiles, ont lieu dans cette ville, avant l'incinération à Strasbourg« Les obsèques à Metz de M. Charles Bernardin », L'Est républicain, 8 janvier 1939.

Engagement maçonnique et politique Franc-maçon, il est reçu à Épinal en 1892 à la loge la Fraternité Vosgienne, en devient le secrétaire puis le trésorier. Il est affilié le à la loge à l'orient de Nancy et appartenant au Grand Orient de France (GODF). Il devient le vénérable maître de cette loge de 1905 à 1920. Il est élu membre du Conseil de l'ordre en 1898 pour trois ans, et réélu par la suite à plusieurs reprises, en 1902 et 1906. Il est aussi l'un des 33 membres élus à vie du Grand Collège des Rites écossaisENCYCLOPÉDIE DE LA FRANC-MAÇONNERIE, Notice biographiqueLa Lumière maçonnique, juin 1910, Jean-Claude Couturier et Pierre Barral, « Charles Bernardin, champion de la franc-maçonnerie », dans les Annales de l’Est, 2001/2, . Sans être historien, il est l'auteur en 1909 d'un ouvrage historique sur la franc-maçonnerie .. Son avis mortuaire indique qu'il a présidé la loge messine « Les Amis de la liberté »Le Républicain lorrain, 6 janvier 1939.

C'est un actif dreyfusard au temps de l'affaire DreyfusDictionnaire biographique illustré, Meurthe-et-Moselle, Paris-Nancy, Flammarion-Librairie R. Wagner, 1910, , qui adhère à la Ligue des droits de l'homme, signe des pétitions et s'oppose à l'antisémitisme en loge dès 1897.

Républicain et laïque très engagé, anticlérical, il se montre très actif politiquement : après avoir participé dans les Vosges à la fondation en 1892 du journal Le Républicain des Vosges, il fonde en 1901, dans le contexte du Bloc des gauches, et préside la Fédération républicaine (fédération de comités républicains) de Meurthe-et-Moselle, liée au parti radical-socialiste en gestation, crée à Pont-à-Mousson et préside un cercle républicain, une société de la Libre pensée et d'autres groupements républicainsAlbert Ronsin (dir.), Dictionnaire biographique illustré ; Les Vosgiens célèbres, Vagney, Ed. Gérard Louis, 1990 (Lire en ligne), participe à la fondation en 1901 du quotidien radical L'Étoile de l'EstNotice de la BNF dont il est l'un des administrateursDictionnaire biographique illustré, Meurthe-et-Moselle, Paris-Nancy, Flammarion-Librairie R. Wagner, 1910, préside le conseil d'administration de l'hebdomadaire nancéien Pour la République, , qu'il fonde en 1903 et qui prend le titre de La République de 1907 à 1912Notice de la BNF, Pour la République, novembre 1903, n° 1. Ce périodique est très lié à sa loge maçonnique. Il œuvre aussi à la création de loges maçonniques et de sections de la Ligue des droits de l'homme dans plusieurs villes de Meurthe-et-Moselle (Pont-à-Mousson, Lunéville, Toul) et des Vosges (Épinal, Saint-Dié)Dictionnaire biographique illustré, Meurthe-et-Moselle, Paris-Nancy, Flammarion-Librairie R. Wagner, 1910, Jean-Claude Couturier, Charles Bernardin, figure emblématique du Grand Orient de France, Messenne, 2000. La Fédération républicaine devient la fédération républicaine radicale et radicale-socialiste de Meurthe-et-Moselle et Bernardin est membre de son comitéLe Radical, 25 mai 1911. Il est désigné en 1913 délégué au comité exécutif du parti radical-socialisteLe Radical, 18 octobre 1913.

Bernardin s'illustre dans son engagement anticlérical en faisant retirer un crucifix de la salle d'audience de la justice de paix de Pont-à-Mousson en 1903 et en le remplaçant par un buste de Marianne« Une empreinte discrète », lexpress.fr, 20 février 2001 (Interview de Jean-Claude Couturier)Jean-Claude Couturier, op. cit., avant le vote d'une loi de ordonnant le retrait des emblèmes religieux des prétoires. Lors de la Tenue du lundi , l'Atelier de sa loge maçonnique adopte le vœu suivant : . La loge reçoit les félicitations d'autres loges tandis que la presse antisémite critique Bernardin« 1903 : l'enlèvement des crucifix », sjj-nancy.fr, 11 octobre 2014.

À la fois patriote et pacifiste, il œuvre en faveur du « rapprochement franco-allemand », avant la Première Guerre mondiale, à partir de 1900Joachim Berger, Mit Gott, für Vaterland und Menschheit? Eine europäische Geschichte des freimaurerischen Internationalismus (1845–1935), Vandenhoeck & Ruprecht, 2020, . Il participe ainsi à des rencontres franco-allemandes qui se tiennent entre francs-maçons français et allemands alors que l'Alsace-Moselle est annexée depuis 1871 et que Nancy fait figure de tête de pont face à l'impérialisme allemand. Les contacts ont débuté en 1904, par l'intermédiaire de loges luxembourgeoises et belges. Bernardin, alors vénérable de la loge nancéienne, a dû imposer sa volonté à des francs-maçons nancéiens réticents sinon hostiles à ce rapprochementJean-Claude Couturier, « Choisir l’exil, l’exemple des francs-maçons alsaciens et mosellans en 1871 », Chroniques d'histoire maçonnique, 2018/2, n° 82. La première rencontre entre francs-maçons français et allemands a lieu le au col de la Schlucht, organisée par le vénérable de la loge de Colmar Zur Treue. Bernardin, qui a proposé cette réunion, les exhorte à promouvoir le « rapprochement franco-allemand »Joachim Berger, Mit Gott, für Vaterland und Menschheit? Eine europäische Geschichte des freimaurerischen Internationalismus (1845–1935), Vandenhoeck & Ruprecht, 2020, . D'autres rencontres suivent, sur sa proposition : Bâle, en Suisse (1908), Baden-Baden en Allemagne (1909), Paris (1911), Luxembourg (1912), La Haye aux Pays-Bas (1913), au cours desquelles Bernardin discourt en faveur de la paix[Pierre Barral, « La franc-maçonnerie en Lorraine au XIXe et XXe siècles », Annales de l'Est, 1970/1, (Lire en ligne). Ainsi, en 1912, il fait partie des six francs-maçons qui appellent à rejoindre la réunion à Luxembourg, aux côtés d'autres vénérables de loges françaises (Colmar, Lyon), allemande (Kraft, de Dresde, ancien vénérable de la loge de Strasbourg), du Grand-maitre luxembourgeois, d'un Suisse et du président du Bureau international des relations maçonniquesLa Lumière maçonnique, mars 1912. Il fait partie du comité d'organisation en 1913La Lumière maçonnique, mars 1913. En 1908, le Conseil de l'Ordre, sur proposition de Bernardin, prend la décision de retirer de l’annuaire la page réservée aux défuntes loges d’Alsace-MoselleAndré Combes, « Essai sur l’évolution des relations maçonniques internationales en Europe au vingtième siècle », dans Collectif, Franc-maçonnerie et histoire : bilan et perspectives, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2003 (Lire en ligne). Les journaux catholiques et nationalistes s'offusquent de ces rencontres et soulignent le rôle de Bernardin«Le mensonge maçonnique », La Gazette, 5 juillet 1909, « Nos FF. iront à francfort ! », L'Eclair, 30 juillet 1914 (Pierre Barral écrit faussement que les adversaires des francs-maçons n'ont pas paru dans son article de 1970, .

À l'issue de la Première Guerre mondiale, il travaille à la restauration du GODF dans les anciens territoires annexés et reprend jusqu'en 1933 les tentatives de rapprochement entre les loges maçonniques françaises et allemandes. Il anime à nouveau des rencontres internationales (à Bâle en 1925, Verdun en 1928, Mannheim en 1929, Besançon en 1930 et Fribourg en 1932) et préside jusqu'à sa mort le Comité d'Organisation des Manifestations Maçonniques Internationales[André Combes, 1914-1968 La franc-maçonnerie, cœur battant de la République, Dervy, 2018.

Il demande officiellement lors du convent du Grand Orient de France de 1920 la mise en application de la loi de séparation des Églises et de l'État en Alsace-Moselle comme dans le reste du pays depuis 1905. Ce projet est repris en 1924 par le gouvernement d'Édouard Herriot. L'opposition du clergé et des fidèles catholiques manifestant dans la rue fait annuler ce projet de laïcisation..

Affaire des fiches (1904) En 1904, Charles Bernardin est mis en cause dans l'affaire des fiches, scandale portant sur l'établissement de fiches sur les opinions politiques et religieuses des officiers de l'armée avec l'aide du Grand Orient de France.. En effet, le député nationaliste Jean Guyot de Villeneuve, lorsqu'il révèle le scandale à la tribune de la Chambre des députés le , lit notamment une des fiches rédigées par Bernardin. Cette dernière concerne le général Joseph Heurtault de Lammerville et porte la mention : .Pierre Barral, « La franc-maçonnerie en Lorraine au XIXe et XXe siècles », Annales de l'Est, 1970/1, (Lire en ligne). La presse publie des fiches de Bernardin datant de 1901, 1902 et 1903, sur des officiers des garnisons de l'Est. Des députés opposés au Bloc des gauches demandent publiquement au garde des sceaux de prendre une sanction contre Bernardin, tels Maurice Flayelle des Vosges ou Charles BenoistLe Matin, 9 novembre 1904, .

En réponse à ces accusations, Charles Bernardin se défend dans des interviews et des déclarations, tantôt minimisant son rôle, tantôt l'assumant face au cléricalisme, et soulignant que des fiches ont été truquées par les adversaires des « républicains ». Il réplique aussi en publiant une série d'articles sur les fiches cléricales. Il cite également publiquement les noms d'officiers hostiles à la République et favorables à l’Église catholique..

En Lorraine, l'activisme de Bernardin est critiqué par les droites et fissure le camp des républicains : des alliés républicains s'éloignent de lui et il est aussi très critiqué par le rédacteur en chef de L'Est républicain, Léon Goulette, ancien franc-maçon de la loge nancéienneL'Est républicain, décembre 1904.

Cherchant à sauvegarder son avenir politique, Ernest Vallé, garde des Sceaux, demande sa démission à Bernardin, soulevant l'indignation du Grand Orient : Adrien Meslier, Fernand Rabier, Alfred Massé et Frédéric Desmons, des parlementaires tous membres du Conseil de l'ordre, interviennent auprès du ministre et du président du Conseil Émile Combes. Le , Combes réaffirme sa position en affirmant à la Chambre à la suite de deux demandes d'interpellation de Flayelle et de Benoist citant Bernardin : . D'autorité, il force Vallé à revenir sur la sanction qu'il avait prononcée contre Bernardin et intime à ses ministres de refuser toute concession à la droite.

Bernardin reçoit cependant un blâme du ministère de la Justice le Guy Thuillier, « La crise de novembre 1904 - janvier 1905 : La lente chute de Combes », op. cit.. Il poursuit son combat politique contre l'Église catholique et les opposants aux radicaux, dans le contexte de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. Il est alors le vénérable de la loge nancéienne dont le siège rue Drouin est saccagé le lors de la Querelle des Inventairesww.sjj-nancy.fr, "1906 : le sac de la Loge", 12 octobre 2014.