Linsurrection djihadiste au Mozambique est un conflit armé opposant depuis 2017 le gouvernement du Mozambique à des groupes salafistes djihadistes, dans la province de Cabo Delgado, dans le nord du pays.

Origine et contexte de l'insurrection Les causes de l'insurrection djihadiste au Mozambique sont nombreuses et imbriquées.

En 1998, une secte islamiste, « Al Sunnah wa Jama'ah » (« les gens de la Sunna et de la communauté » ou simplement « Ansar al-Sunnah ») est fondéeEric Morier-Genoud, Le Mozambique face à son « Boko Haram », Le Monde, 14 juin 2018.Mozambique: la filiale locale de l’EI ravage deux villes du nord, RFI, 30 mars 2020.Jean-Philippe Rémy, Après la prise de Mocimboa da Praia, les Chabab mozambicains inquiètent l’Afrique australe, Le Monde, 13 août 2020.. Son but est de faire appliquer la charia et ses membres rejettent l'autorité de l'État, les écoles, le système de santé et la loi. Cette radicalisation religieuse d’une partie de la population musulmane s'est opérée dans un contexte de tensions et de rivalités ethniques, mais aussi de frustration. Tant pendant la période coloniale portugaise qu’après l’indépendance du pays en 1975, le Nord est resté marginalisé et éloigné du centre politique du Sud. Mais en dépit de sa situation périphérique, la province de Cabo Delgado est devenue une zone prisée depuis la découverte de gisements de gaz naturel. Les impacts redoutés et réels de ces investissements sur la population locale, tels que les déplacements qui ont déjà eu lieu et qui s’accompagnent d’un sentiment de marginalisation, ont été le troisième moteur de la violence.

Les premiers membres d'Al Sunnah étaient a priori basés dans le sud de la Tanzanie en 2015, sous l'influence de l'islamiste radical kényan Aboud Rogo Mohammed qui, avant d'être assassiné en 2012, avait été placé sur des listes de sanctions américaines et de l'ONU pour avoir collecté des fonds pour le groupe terroriste somalien des shebabs..

Selon une autre thèse, la secte pourrait être apparue dans le district de Balama en 2007. Cette année-là, un certain Sualehe Rafayel, de l'ethnie Makua, était retourné dans son village natal de Nhacole (ou Muapé) après avoir passé plusieurs années en Tanzanie. Il s'est intégré dans la société wahhabite locale avant d'en être expulsé en raison notamment de son discours appelant à rejeter totalement l’État séculier mais sa trace est perdue vers 2011.

Dans le district de Chiure, un certain Abdul Carimo, d'origine Makua, a joué un rôle déterminant dans la diffusion de la secte.

Al Sunnah recrute tout particulièrement dans la province de Cabo Delgado, l'une des plus pauvres du pays, peuplée de 2,3 millions d’habitants, dont 58 % sont musulmans, au sein des populations du groupe des Mwani et Makua (musulmanes). Or chez les Mwani, historiquement dominants pendant la période pré-coloniale, existe un sentiment de marginalisation depuis des décennies, à la suite de fortes migrations dans leur région, le manque de développement économique et par rapport à leurs voisins, les Makondé, chrétiens, descendants des hommes qui s’étaient réfugiés à l’intérieur des terres pour échapper aux raids esclavagistes, et qui aujourd’hui sont mieux insérés socialement et économiquement. À ceci se superpose un clivage politique : les Makondé sont favorables au Frelimo (parti au pouvoir) tandis que les Mwani soutiennent l'opposition, à savoir la Renamo, particulièrement depuis les élections pluralistes de 1994.

Ainsi, comme pour de nombreuses zones dans le monde, le débat est vif entre ceux qui désignent la pauvreté et la marginalisation de certaines populations comme étant à l'origine de l'insurrection, et ceux qui y voient la conséquence d'une radicalisation de l'islam local sous l'influence de prêcheurs étrangers ou du retour de jeunes qui ont étudié en Arabie saoudite, en Égypte ou au Soudan..

Progressivement émerge d'Ansar al-Sunnah un mouvement violent, « Al-Chabab » (« la jeunesse »), et le groupe se militarise en 2016. À l'origine, cette radicalisation aurait notamment été soutenue par des notables, qui auraient financé la formation militaire.

À la fin de l'année 2016, la secte dominait dans quatre districts de la province de Cabo Delgado, ceux de Palma, Nangade, Mocímboa da Praia et Montepuez.

L'insurrection débute véritablement en 2017 et bascule dans la guérilla. Au milieu de l'année 2018, ses effectifs sont estimés entre , puis à en 2020. Les violences se déroulent principalement au nord du pays, dans la province de Cabo Delgado.

La province de Cabo Delgado est économiquement stratégique pour le Mozambique. Durant la dernière décennie, d’énormes gisements de pétrole et de gaz y ont en effet été découverts et deux immenses blocs offshore de gaz, les réserves les plus importantes d’Afrique de l'Est, y sont exploités par les entreprises Total, Eni et ExxonMobil.

L'idéologie et les objectifs du Al Sunnah wa Jama'ah restent cependant assez obscurs, le groupe ne publiant jamais de communiqués.

En revanche, en , l'État islamique revendique ses premières attaques au MozambiqueLe Mozambique aspiré dans la spirale de la violence djihadiste, AFP, 19 décembre 2019. et, un mois plus tard, Ansar al-Sunnah annonce prêter allégeance à l'État islamique. L'agence Amaq présente alors le groupe comme appartenant à la « province d'Afrique centrale » de l'EI ou l'État islamique en Afrique centrale (ISCAP), tout comme les Forces démocratiques alliées (FDA) au Congo..

Déroulement Durant les années 2015 et 2016, les incidents se multiplient entre les membres de la secte et les habitants ainsi que la police. Le plus grave se déroule à Chiure les 3 et , qui aboutit à l'arrestation par la police de 21 membres tandis que le cheikh Abdul Carimo est blessé. Il mourra probablement en prison en 2018.

Le , 30 hommes attaquent trois postes de police dans la ville de Mocímboa da PraiaAprès trois ans d’insurrection djihadiste, le nord du Mozambique assiégé, Le Monde avec AFP, 7 octobre 2020.. Deux policiers sont tués et des armes dérobées. Les insurgés occupent la localité pendant 48 heures et ne prennent la fuite que lorsque des renforts de la police arrivent. La plupart des insurgés viennent de Mocímboa da Praia elle-même et appartiennent à la secte religieuse « Al-Chabab » qui avait une mosquée dans le quartier de Nanduadua. A ce moment, seules les forces de sécurité sont visées.

Vers fin mai et début , une quarantaine de personnes sont tuées dans les violences, certaines sont décapitées et des centaines de maisons sont incendiées. Les insurgés commencent à lancer des attaques en plein jour.

En 2019, ils commencent à cibler les petites villes, les avant-postes de l'armée et les transports routiers. En , ils prêtent allégeance à l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL, plus communément appelé ISIS).

Les Forces armées du Mozambique sont envoyées dans la province de Cabo Delgado. L'État mozambicain fait également appel à des mercenaires russes : en , 200 hommes du Groupe Wagner arrivent au Mozambique avec des hélicoptères et des dronesDes consultants russes à Bamako : la réactivation d'un lien historique, France info avec AFP, 10 décembre 2019. mais ils quittent les lieux quelques mois après avoir subi des pertes. La SMP sud-africaine agit aussi sur place avec des hélicoptères d'attaque légershttps://www.dailymaverick.co.za/article/2021-03-27-south-africans-reportedly-killed-as-jihadist-insurgents-overrun-hotel-in-mozambiques-palma/.

Fin 2019, les violences gagnent en intensité. Les attaques contre les forces de sécurité se multiplient. En novembre, 31 attaques sont commises. Le , 9 à 14 soldats sont tués dans une embuscade de l'État islamique dans le village de Narere. Les Russes auraient également subi de lourdes pertes à cette période, avec plusieurs dizaines de morts.

Le , l'État islamique s'empare brièvement de la ville de Mocímboa da Praia. Ils pillent les commerces et détruisent les banques et les bâtiments liés à l'État, puis ils se retirent après avoir distribué de l'argent et des vivres aux habitants pour se concilier les populations locales. Deux jours plus tard, les djihadistes envahissent Quissanga.

L'armée mozambicaine affirme pour sa part avoir tué 42 djihadistes le , entre les villages de Chinda et Mbau, et huit autres le lendemain dans le district de QuissangaLes autorités affirment avoir tué 50 islamistes au Mozambique, AFP, 14 mai 2020..

Le , l'EI attaque la ville de , mais l'armée parvient à repousser les assaillants au bout de trois jours de combats et revendique la mort de 78 djihadistesMozambique: les autorités annoncent avoir repoussé une attaque jihadiste dans le Nord, RFI, 3 juin 2020..

Le , les djihadistes lancent une grande offensive de nouveau contre la ville de Mocímboa da Praia, qui est entièrement prise d'assaut le Mozambique: les jihadistes shebabs s'emparent du port stratégique de Mocimboa da Praia, RFI, 13 août 2020..

Le , les djihadistes capturent 51 jeunes hommes chrétiens dans le district de Muidumbe. Ils sont décapités sur un terrain de footballJuliette Mansour, Civils décapités au Mozambique : Macron appelle à une «réponse internationale», Le Parisien, 11 novembre 2020...

Le , l'État islamique s'empare de la ville de Palma, après trois jours de combats.. L'attaque se solde, selon le ministère mozambicain de la Défense, par des dizaines de morts civils. Des milliers de personnes quittent la ville, assiégée par les djihadistes, pour rejoindre Pemba, principale ville de la province de Cabo Delgado. Un important projet gazier qui représente près de 50 milliards d’euros d’investissements, se trouve à seulement 10 kilomètres de la ville... L'armée mozambicaine lance cependant une contre-offensive et parvient à reprendre entièrement le contrôle de Palma le Au Mozambique, l'armée affirme avoir repris le contrôle de la ville de Palma, France 24 avec Reuters et AFP, 6 avril 2021..

Le , la Communauté de développement d'Afrique australe réunissant seize pays à l'issue d’un sommet extraordinaire.. En juillet, le Rwanda annonce l'envoi d'un millier d'hommes au MozambiqueCe qui pousse le Rwanda à intervenir au Mozambique, DW, 12 juillet 2021., tandis que le Botswana annonce 296 hommes le , l'Afrique du Sud le 28 et le Zimbabwe 304 le 29 pour former les unités d'infanterie du Mozambique. De son côté, l'Union européenne met sur pied le une mission militaire de formation des forces mozambicaines.

En août, les forces mozambicaines et rwandaises passent à l'offensiveMozambique: les forces rwandaises et mozambicaines avancent dans les bastions des insurgés, RFI, 6 août 2021.. Au début du mois, elles commencent par reprendre la ville d'AwasseMozambique : l'armée rwandaise affirme avoir repris un bastion des jihadistes, France 24 avec AFP, 8 août 2021.. Le , elles annoncent la reconquête de la ville portuaire de Mocímboa da PraiaMozambique: les forces rwandaises reprennent aux jihadistes Mocimboa da Praia, RFI, 8 août 2021..

Au terme de plusieurs mois d'intervention, la coalition régionale réussit à reprendre les villes capturées par Ansar Al-Sounnah, notamment la capitale régionale Mocímboa da Praia qui est restée sous le contrôle des militants de l'État islamique pendant plus d'un an et demi. La coalition, grâce à ses forces militaires écrasantes couplée d'un soutien aérien, ont sécurisé la majorité des axes stratégiques, particulièrement autour du site gazier d', financé par le géant français Total...

Face à cette supériorité numérique et technologique, les djihadistes se sont disséminés en masse dans la population en attendant la baisse de la pression militaire, tandis que d'autres militants ont choisi plutôt de se disperser en petits groupes, menant des embuscades, pillant des villages chrétiens ou des cibles militaires isolées..