Louis Creixell (en catalan : ), né le à Perpignan et mort le extrait n°22 du registre d'état civil de la commune de St Cyprien-plage à Saint-Cyprien, est un linguiste, philologue et sociolinguiste, auteur du Diccionari Bàsic Francès-Català (Dictionnaire basique Français-Catalan).

Biographie Louis Joseph Creixell est né à Perpignan dans le quartier de la gare, 9 rue de l'Avenir. Ils portent les prénoms Louis Joseph en l'honneur, pour Louis, de son oncle paternel du même nom décédé lorsqu'il était enfant, et pour Joseph, de son oncle maternel José décédé en 1942Mercedes Creixell, (souvenirs).

Son grand père [maternel ou paternel] Jaume Creixell émigra dans les années 1914-1915 en France. Il fut cordonnier à Perpignan.

Son père, Francisco Creixell i Gelpi, est né à Pals en Catalogne en 1910. Il n’avait été scolarisé à Palafrugell que deux ans grâce à la Fondation de Josep Torres i Jonama (Espagnol industriel du liège et de la capsule de bière, entreprises à New-York puis sur la côte d’Azur. 1857-1946, philanthrope.). Il arrive en France probablement en 1922 lors d'un rapprochement familial, et il souffrit beaucoup de la xénophobie ambiante. Il quitta l'école au bout d'un an et devint rapidement apprenti-maçon puis travailla comme maçon.

La mère de Louis Creixell, Adela Valls i Fonalleras, naquit à Palafrugell, Espagne en 1916. À 9 ou 10 ans, elle vint avec sa famille dans les années 1925 à Saint-Auban. Sa sœur et son beau-frère étaient installés là-bas pour travailler à l'usine chimique. Elle s'intégra très bien grâce à son institutrice habituée aux multiples nationalités. Elle fit ainsi un apprentissage de culottière. Son père Arturo Valls i Sala ne s'adapta pas à Saint-Auban, et s'installa à Perpignan. Adéla la mère de Louis Creixell travailla alors chez elle pour un tailleur perpignanais.

Dans sa petite enfance Louis Creixell fut élevé par des parents qui s'adressèrent à lui en français, comme il était recommandé à l'époque pour bien s'intégrer. À la naissance de sa sœur, (il a alors 5 ans), sa grand-mère maternelle Joachime vint habiter avec le couple, les échanges avec cette dernière se font en catalan, ce qui constitue ses premiers contact avec cette langue.

Au décès de la grand-mère maternelle en 1956 les habitudes perdurent : le catalan est parlé à la grand-mère paternelle Irène Creixell i Gelpi, le français entre le père la mère et les enfants. Louis Creixell devient parfaitement bilingue, passant d'une langue à l'autre selon les locuteurs. Enfant, Louis est scolarisé à l'école maternelle de son quartier l'école primaire Florian, puis à l'école primaire Jean-Jacques-Rousseau. Sa mère eut des difficultés pour présenter son fils au Concours d'entrée en 6ème, et le présenter en candidat libre au « Cours Complémentaire de la Garrigole" (quartier Saint-Assiscle).

Louis est naturalisé français en à 11 ans, collectivement avec toute sa famille, son père ayant fait ce choix et Louis le confirmera à sa majorité.

C'est hors de sa famille, au Collège, que naîtra son intérêt pour le catalan à travers la rencontre d'enseignants engagés dans la régionalisation et le parler oc. Il fut un excellent élève. Son professeur principal était Louis Bassède (militant catalaniste cofondateur en 1936 du mouvement « NostraTerra ») de la à la , Louis Creixell l’admirait beaucoup, il joue probablement un grand rôle dans sa scolarité et son intérêt pour cette langue.

À la suite d'un accident de vélo en classe de il est renversé par un chien sur un trajet scolaire, il gardera une épaule instable qui se luxait sans cesse. . Il fit quelques mois du théâtre avec l’UFOLEP, puis suivit des cours aux Beaux Arts de Perpignan, prolongeant une tradition familiale maternelle, le grand-père Arturo et l'oncle José étant peintres pendant leurs loisirs. Il aimait peindre en plein air et partait en expédition artistique avec son ami de toujours Jacques Rozals un infirmier psychiatrique qui anima des ateliers d’art thérapie au sein de l’hôpital de Thuir . Il avait alors toujours sous la main un carnet de croquis et dessinait au fusain ou au crayon des personnages familiers : son père lisant le journal, sa mère, sa sœur (qui, elle, adorait prendre la pose), des objets du quotidien banal : une vieille chaussure, une chaise... Il a aussi peint des "marines" à Saint-Cyprien, les lamparos, le Château d’Eau, des paysages…vignette|Louis Creixell adolescentIl montre aussi vers 16 ans son intérêt pour les langues étrangères, s'inscrivant brièvement à des cours d'anglais, essayant de déchiffrer le russe… puis allant au cours d'espéranto de Llech Walter. Cette fréquentation également affirmera son intérêt pour le catalan et sa culture, vers un relationnel intellectuel centré sur la langue catalane. Il terminera ses études secondaires au Lycée François-Arago avec un baccalauréat de Sciences expérimentales.

Louis, adolescent introverti, fit connaitre le livre et l'écrit catalan dans sa famille, car il y avait la connaissance d'auteurs, de textes, de chansons et de poésies variés, mais une connaissance orale. .

Après son baccalauréat, il « rêve » de s'inscrire à l'Ecole des Langues Orientales, mais s'oriente de façon plus pragmatique vers des études d'espagnol. Il choisit Montpellier car sa cousine germaine maternelle habite cette ville et cela rassure la famille. Il s'inscrit ainsi à la Faculté des Lettres de Montpellier, Université Paul-Valéry, pour une Maîtrise d'espagnol. Dans ce cursus, il fait des études de langues (français, castillan, catalan et occitan), tout en étant surveillant d'internat à l'Institution Don-Bosco pour financer ses études.

À partir des années 1980, il sera durant des années professeur auxiliaire dans le Secondaire, où de par sa personnalité introvertie, « il n'était pas du tout épanoui », et ressentait une grande difficulté à enseigner. Ce handicap dans la communication à l'autre le perturbait autant que ses interlocuteurs.

Louis Creixell est décédé d'un cancer en 1996 à Saint-Cyprien-Plage, où il vivait depuis des années. Dans son enfance, en effet, sa sœur ayant eu des problèmes de santé, les médecins de l'époque lui avaient prescrit de "la sablo-thérapie" ! Francisco Creixell, leur père, avait donc installé sa famille tous les étés dans le hameau de "senills" (roseaux à balais) au lieu-dit Las routas (en orthographie catalane Les Rotes) de Saint-Cyprien et, en 1955, lors de l'aménagement de la station il avait acheté un terrain où il construisit leur maison par étapes, deux pièces au départ, et l'électricité fut très tardive. La famille y passait tous les étés, et vers 1970 elle s'y installa définitivement à plein temps, quand elle fut enfin terminée.

Démarche Il bénéficie de l'enseignement d'Henri Guiter, Professeur de linguistique romane, spécialiste de la dialectologie en catalan et en occitan. Louis obtient en un Certificat d'Etudes Supérieures de Langue et Littérature catalane, et en sa Maîtrise d'espagnol : son Mémoire de maîtrise porte sur l’œuvre de Josep Bonafont (1854-1935).

En 1967, quand, à l'initiative de Pau Roure, Secrétaire du Grup Rossellonès d'Estudis Catalans, se crée Le Grup Cultural de la Joventut Catalana, Louis en est un des fondateurs dès première heure avec Andreu Balent, Narcís Duran, Bernard Rieu, Joan-Pere Pujol. Pour eux, la finalité était la récupération et la diffusion de la langue catalane, en facilitant sa lecture et en enseignant son écriture en Catalogne-Nord.

Dès 1968, il participe ainsi à la mise en place de L'Université Catalane d'Eté de Prades et est alors dans l'équipe organisatrice avec Narcís Duran, Maria Dolors Solà-Oms, Miquel Mayol, Andreu Balent, Bernard Rieu, Dominique Bernardo, Reinald Dedies, Nicolau Roure, Joan-Pere Pujol. Depuis, cette Université d'Eté s'est déroulée tous les ans, et en 2008 elle a fêté ses 40 ans.

Comme le relate Ramon GualICRECS 68-2008 40 anys d'Universitat catalana d'estiu a Prada, biblioteca de Catalunya-nord, IX, Terra Nostra :

Louis Creixell y participa aussi comme enseignant de 1970 à 1975.

Les années 1970 ravivent l'intérêt pour l'enseignement du catalan mais également beaucoup de discussions se font entre les différents locuteurs et spécialistes. Louis écrit dans son DEA L’Estàndard; problemes de la normativització à propos de lUniversité d'Eté de Prades :

Louis Creixell était déjà dans la mouvance structuraliste des universitaires de l'époque, qui se confirmera ultérieurement: toujours dans le DEA précédemment mentionné, il écrit:

D'autres restaient plus conservateurs mais cette université d'été fut pour tous un moteur qui fit évoluer bien des choses.

En 1971, admissible à l'écrit du Capes d'espagnol, il échouera à l'oral car il n'était pas du tout à l'aise dans son relationnel, et avait des attitudes maladroites en public.

À partir de la rentrée scolaire 1979-1980, le catalan devenant une option au niveau de la classe de quatrième, les professeurs appelés à dispenser cet enseignement constituent rapidement un manuel dans le cadre d'un travail collectif favorisé alors par l'Inspecteur d'Académie M. E. Pascual et par J. Rebersat, Inspecteur Pédagogique Régional. Deux stages pédagogiques sont organisés au Centre Socio-Culturel d'Alénya en et en . Au cours de ces journées, à partir d'un travail de base préalable réalisé par un groupe de maîtres de la Société des Professeurs de Catalan, est élaboré "Endavant doncs..." primer llibre de català.

Louis alors enseignant au CES de Saint-Laurent de la Salanque a donc collaboré à la naissance de ce manuel publié et diffusé grâce aux "Amis du CDACC" (Centre de Documentation et d'Animation de la Culture Catalane).

En 1981 quand le Grup Català de Sociolingüistes (issu des Journées d'Eté de Prades) officialisa ses statuts sous le nom d' , Louis fut parmi les dix-huit membres fondateurs.

En , il présenta un DEA d’Etudes Catalanes auprès de l’Université de Perpignan, avec, comme directeur de recherche le . L’estàndard; problemes de la normativització. En cerca del model. Sa recherche reçoit la mention "Très bien".

En 1992 il participe au Colloque International sur la Renaixença, La Renaixença al Rosselló (dont les actes sont publiés à Actes del Col·loqui Internacional sobre la Renaixença, vol. XXI dels Estudis Universitaris Catalans, Barcelona, Curial Edicions Catalanes, 1992, p.76-77).

Il souligne dans son article qu'à partir des années 1880 il n'y a pas en Roussillon une renaissance linguistique et culturelle catalane ample comme celle du "Principat". Il y a création d'un « cercle cultivé » (Bonafont, Talrich) mais ce sont des îlots isolés, et une création populaire (Albert Saisset alias "Oun Tal") qui elle, conforte dans les classes dirigeantes une opinion défavorable vis-à-vis du catalan; ainsi, des auteurs comme Pere Vidal écrivent des contes en catalan mais leurs articles historiques sont en français... Même si la grande partie de la population utilise le catalan dans son quotidien de communication, le processus d'acculturation a été très intense, et la conscience de la Renaissance Nord-catalane reste cantonnée aux cercles ecclésiastiques (Bonafont, Boher, Rous...) et traditionalistes (Prepatx). On peut dire que la Renaissance est ici une déroute et qu'à la fin du le français est prépondérant. Mais certains de ces Roussillonnais cultivés passent, à partir de 1902, « un relais », comme Bonafont pour J-S Pons et J. Amade, permettant ainsi un sauvetage culturel de la langue.

En 1994, Louis Creixell obtient le Capes de catalan; deux ans après sa première tentative, où il ne figurait alors que sur la liste complémentaire.