vignette|Foules à la fontaine de Trevi à Rome.|alt=Une foule de personnes agglutinée au bord d’un bassin.
Le surtourisme (parfois, quoique plus rarement, orthographié sur-tourisme), également appelé hypertourisme, ou encore overtourisme est la saturation d'un site par un trop grand nombre de touristes menant à des changements majeurs du site touristique comprenant une détérioration des milieux, des bouleversements économiques et des perturbations de l'ordre social pouvant donner lieu à des conflits avec la population locale.
La « massification » de la fréquentation fait émerger le souhait d'une évolution vers le tourisme durable.
L'Organisation mondiale du tourisme (OMT) y voit « l'impact du tourisme sur une destination, ou sur des parties de celle-ci, qui a une influence excessive et négative la qualité de vie perçue par les citoyens et/ou la qualité des expériences des visiteurs ».. Le sur-tourisme peut donc être observé aussi chez les visiteurs, qui peuvent le ressentir comme une nuisance.
Le surtourisme serait dû au tourisme de masse, à la démocratisation des transports mais aussi aux différentes promotions effectuées par les médias et guides de voyage ainsi qu'à l'essor des réseaux sociaux.
La touristification On appelle parfois « touristification » l'adaptation au tourisme d'un lieu où cette activité économique était auparavant inexistante, incluant ses effets socio-économiques et culturels sur la vie quotidienne et les mentalités des populations locales. Ce concept représente l’ensemble des transformations qui touchent le site, sa topographie, sa culture, et ses habitants, du fait d’une présence accrue de touristes.
Causes du surtourisme La beauté d'un lieu et sa renommée expliquent traditionnellement l'engouement qu'il suscite auprès des touristes. La littérature et notamment la littérature spécialisée comme les guides touristiques ont permis dès le de faire connaitre aux premiers touristes les endroits « à voir ».
La télévision a ensuite grandement participé à la diffusion de ces endroits déjà connus, et aussi présenté dans les reportages télévisés de nouvelles destinations touristiques en devenir, peu fréquentées, cachées, voire vierges et inconnues. Le cinéma a quant à lui parfois directement créé du surtourisme. En France, la série Lupin a rendu les falaises d'Etretat encore plus connues qu'elles n'étaient, notamment auprès des touristes étrangers. Le série Emily in Paris a eu un impact sur la fréquentation du quartier de Montmartre à Paris. La série Game of Thrones a largement contribué a saturer Dubrovnik, célèbre cité fortifiée de Croatie.
La démocratisation du transport aérien, avec la création et le développement des compagnies low-cost a fait chuter le prix des billets et révolutionné la façon de voyager, permettant une mobilité plus importante pour un plus grand nombre de touristes dans le monde entier.
Avec le développement d'internet, et notamment l'apparition des réseaux sociaux, ce phénomène s'est exacerbé. La facilité de mise en ligne des photos d'un endroit apprécié par tout un chacun, en quelques clics, et à l'échelle mondiale, a mis en avant certains endroits encore préservés . L'ampleur du phénomène est particulièrement le fait d'influenceurs suivis par des milliers, voire des centaines de milliers de followers. La plateforme Instagram est particulièrement utilisée de par son format axé principalement sur la mise en avant d'images flatteuses, souvent soignées et travaillées. Les endroits se prêtant le mieux à la mise en ligne sur ce réseau sont souvent qualifiés « d'instagrammables ».
La crise du COVID a fait chuter le tourisme au niveau mondial. Après cette crise, le désir de voyager due à cette période de restriction des déplacements a participé au retour des niveaux du transport et de la mobilité pré-covid, et donc aussi au surtourisme.
Les méfaits du surtourisme L'impact de la surfréquentation se ressent généralement sur plusieurs plans : humain, économique et environnemental, entre autres. Aspect humain Les touristes et les habitants sont affectés. Les touristes constatent une dégradation de la qualité de leur visite, et sont parfois insatisfaits de ne pas pouvoir avoir accès facilement et calmement aux endroits qu'ils avaient prévus de voir ; trop de gens au même endroit au même moment, au point parfois de vouloir fuir la destination qu'ils avaient choisie, ou purement et simplement renoncer à s'y rendre. Selon l'Organisation mondiale du tourisme, 95 % des gens qui voyagent se concentrent dans 5 % des endroits de la planète.
Les habitants sont parfois excédés par dégradation de la qualité de vie et peuvent estimer que leur territoire accueille un trop grand nombre de touristes provoquant bruit, incivilité, saleté, et augmentation du trafic routier.
thumb|right|"Touristes rentrez chez vous, pickpockets bienvenus", tag hostile aux touristes à Barcelone
Aspect économique Dans certaines villes, le marché de l'immobilier souffre d'une demande trop importante de locations temporaires ce qui peut aboutir à une augmentation des prix, et un accès de plus en plus difficile au logement pour les locaux. Des plateformes de location entre particuliers comme Airbnb ont accentué ce problème, favorisant parfois une « économie prédatrice » et l'éviction des locataires historiques au profit des touristes beaucoup plus rentables.
Aspect environnemental Les conséquences du tourisme sur l'environnement se font sentir à plusieurs niveaux, et donc le surtourisme est un facteur aggravant.
De manière globale, le réchauffement climatique est augmenté par le transport, qu'il soit automobile, maritime, ou encore plus significativement aérien. L'augmentation de ces trafics est responsable d'une augmentation de la pollution, notamment par l'augmentation de l'émission de gaz à effet de serre. Une étude publiée en 2024 par la revue Nature démontre que le tourisme mondial serait à l’origine de 9 % des émissions de gaz à effet de serre et cela au travers du transport mais aussi de l’alimentation, l’hébergement ou des achats des voyageurs.Sur le plan local, la surfréquentation est préjudiciable pour les communes car elle entraine une surconsommation des ressources naturelles, et une augmentation du volume des déchets. Elle est également préjudiciable pour l'environnement lui même avec une pression accrue sur la biodiversité (perturbation des espèces, destruction de la végétation), la destruction des écosystèmes (bétonisation des côtes, déforestation). Le passage répété d'un grand nombre de personnes augmente également l'érosion des sols, comme à Étretat par exemple.
Les chercheurs se sont intéressés à la question du surtourisme depuis les années 1980, notamment à travers les travaux de Richard Butler et de son modèle du cycle de vie des destinations touristiques. Butler a mis en lumière les effets négatifs de la surfréquentation touristique sur les destinations comme la dégradation de l'environnement. Ce thème a donné lieu à la production de nombreux ouvrages scientifiques ces dernières années.
Exemples de situations de surtourisme Dans le monde thumb|right|Venise en août 2007 vignette|L'île grecque de Santorin dans l'archipel des Cyclades, surnommée l'« île Instagram ». À Venise, plus de de visiteurs viennent chaque année. En 1951, il y avait encore dans le centre-ville, en 2018 il n'y en avait plus que . Le sur-tourisme a déplacé de nombreux habitants. Les grands navires de croisière sont une source particulière de conflit. Leurs mouvements mettent en danger les fondations sensibles des bâtiments. La ville accueille environ quotidiens, dont la moitié sont des croisiéristes qui apportent peu à l'économie locale ..
À Rhodes, en 2022, deux millions et demi de touristes visitent l'île (pour ). Ce ratio de pour fait émerger cette question de la saturation touristique subie par les locaux et par le milieu naturelRadio France Internationale, 5 mai 2023, "Grand reportage : À Rhodes le tourisme-roi face aux défis du développement durable", par Joël Bronner ..
Sur l'Everest, des tentes fluorescentes, du matériel d’escalade hors d’usage, des bouteilles de gaz vides et même des excréments humains jonchent la route qui mène au sommet. Le nombre de candidats pour l'ascension de l'Everest a doublé en trente ans. Les alpinistes ont fait état de véritables embouteillages à l'arrivée au sommet, entraînant parfois des chutes mortelles, comme en .
Le Macchu Picchu au Pérou souffre de la surfréquentation touristique et un système de quota a été mis en place pour lutter contre les effets du piétinement. Il accueille plus d'un million de touristes par an alors que l'UNESCO recommande un seuil de 2500 personnes par jour, le quota fixé en 2019 est de 5600 touristes.
L'Antarctique est également devenu ces dernières années, dans une certaine mesure, victime du sur-tourisme. La popularisation de cette partie de la planète par les réseaux sociaux et la multiplication de l'offre de croisières ont rendu l'accès au continent possible, même s'il n'est aussi pas grand public que pour les cas de sur-tourisme classiques. En 2024, cent vingt mille croisiéristes ont visité ce continent, soit dix fois plus que vingt ans auparavant. Bien que l'Antarctique soit protégé par la convention de Washington, les voyagistes le contournent en n'y débarquant pas, et en restant en mer..
En Thaïlande, plusieurs sites sont surfréquentés, notamment les îles comme celle de Phuket.
En France La France, régulièrement classée première destination touristique mondiale n'échappe évidement pas au sur-tourisme. Si de nombreux sites subissent ce phénomène, une dizaine est particulièrement atteinte. La saison la plus touristique étant l'été, c'est à cette période qu'il est le plus fort. Ainsi, sur le cours de la rivière Ardèche, dans la commune de Vallon-Pont-d'Arc, les gorges sont régulièrement envahies depuis plusieurs années par des kayakistes, rendant la descente de la rivière problématique. Mais d'autres sites sont touchés par ce phénomène comme le Mont Saint-Michel, les falaises d'Étretat, l'île de Bréhat, la dune du Pilat, Noirmoutier, l'île de Porquerolles, les calanques de Marseille, le Pont du Gard, le village de Saint-Guilhem-le-Désert et le Mont Blanc. thumb|right|Embouteillage devant Mona...
Le surtourisme peut aussi impacter des secteurs du patrimoine national moins évidents que sa géographie, comme son patrimoine culturel. La surfréquentation du Musée du Louvre, et notamment de la salle de La Joconde en est un bon exemple.
Lutte contre le surtourisme Mesures de régulation À travers le monde, des pays ont pris conscience de l'ampleur du phénomène et de la mauvaise image que cela peut entraîner, donc de l'impact négatif que cela représente pour l'environnement et l'économie de leur territoire. Afin de permettre de préserver ces deux enjeux, ils ont mis en place des stratégies. Ainsi la limitation à l'accès d'un site, grâce à un numerus closus, qui permet de réguler le nombre de visiteurs par jour sur un site. Cependant d'autres villes font des choix différents et rendent payant l'accès à certains mieux. Ainsi depuis 2024, à Venise une taxe s'applique aux touristes visitant la ville pour la journée, entre la fin du mois d’avril et la mi-juillet. Depuis 2021 elle a interdit l'accès aux bateaux de croisière de plus de 180 mètres et à son centre ville. À partir de , les touristes voulant accéder à la fontaine de Trevi à Rome doivent payer une taxe deux euros.
En France, c'est le plus souvent la mise en place d'un service de réservation obligatoire que les communes ont choisi, pour restreindre l'accés et faire baisser la fréquentation. Par exemple pour l'île de Porquerolles, la Métropole Toulon Provence Méditerranée, la mairie de Hyères, et le Parc national de Port-Cros ont décidé depuis 2021 de limiter l'île à par jour en haute saison.