Les corps étrangers rectaux sont de grands objets étrangers présents dans le rectum, la plupart du temps introduits manuellement par l'anus. Ils atteignent de l'importance clinique s'il est devenu impossible de les retirer de la façon prévue. Parfois des objets ingérés par voie orale passent par le système digestif jusqu'au rectum, où ils peuvent se manifester lors d'une imagerie médicale. Cependant, à cause de leur taille typiquement inférieure, ils ne sont que rarement pertinents en termes cliniques.
Les corps étrangers rectaux se classent parmi les corps étrangers dans l'appareil digestif.
Causes Raisons Les causes menant à l'introduction rectale d'un corps étranger sont nombreuses, les plus fréquentes étant des motivations sexuelles ou criminelles. Dans la plupart des cas, l'objet en question a été introduit volontairement ; il s'agit surtout de pratiques destinées à la stimulation sexuelle, qui constituent la cause principale responsable pour les corps étrangers rectaux. Les estimations dans la littérature s'élèvent à une incidence de quelque 80 %, dont 10 % dans le contexte d'une agression sexuelle.
Le « body packing », c'est-à-dire le portage clandestin de substances illegales dans un orifice corporel, est une autre pratique qui peut impliquer l'introduction d'un corps étranger dans le rectum. Des objets aptes pour des attaques sur l'intégralité corporelle, notamment des couteaux, des armes ou des munitions, également se prêtent au transport rectal.
En plus, des tentatives échouées d'auto-traiter une maladie de base peuvent constituer une cause. Un patient, par exemple, essaya de traiter sa diarrhée persistante en introduisant un épi de maïs dans son rectum. Un autre voulut soulager le prurit chronique dû à sa pathologie hémorroïdaire avec une brosse à dents. La brosse à dents s'échappa de sa maîtrise et disparut dans son rectum.
Lors des accidents ou de la torture, des corps étrangers peuvent entrer dans le rectum d'une personne de façon involontaire. En Grèce antique, les hommes adultères étaient soumis à la rhaphanidose, qui consistait à introduire un radis dans l'anus. Dans un cas contemporain, la pointe d'un thermomètre médical à mercure se détacha durant la prise de température rectale, exigeant une intervention médicale pour la récupérer. Il faut noter que beaucoup de patients qui consultent à cause d'un corps étranger rectal présentent leur situation délicate comme étant le résultat d'un accident, ayant honte de la vérité.
Rarement, l'introduction du corps étranger est effectuée délibérément de façon qu'il devienne difficile, voire impossible, de l'extraire sans assistance médicale. Ces cas peuvent s'attribuer au syndrome de Münchhausen, pathologie psychiatrique qui pousse les patients atteints soit d'inventer, soit de s'infliger sciemment une affection de dimensions cliniques dans le but d'attirer la compassion ou l'attention des professionnels médicaux et soignants.
Causes accidentelles Il y a plusieurs raisons qui peuvent contribuer à ce qu'un corps étranger introduit dans le rectum s'y loge sans moyen facile de l'enlever. Ça concerne notamment les personnes qui, à la recherche d'une stimulation plus forte, font entrer l'objet de leur choix trop loin dans l'anus jusqu'à son passage complet, rendant une extraction manuelle presque impossible. Cela est dû au sphincter interne de l'anus, qui échappe au contrôle volontaire et constituera donc un blocage mécanique une fois contracté. D'ailleurs, beaucoup de sex-toys ont une pointe conique qui facilite la pénétration tandis que leur base est plate. De tels objets, introduits dans le bon sens mais glissés par-delà les deux sphincters anaux, sont particulièrement difficiles à récupérer puisqu'il n'est guère possible d'en saisir le bout.
Exemples L'espèce et la taille des corps étrangers rectaux déjà rencontrés aux urgences dans certains cas dépassent les limites de l'imagination anatomique même des professionnels médicaux. Parmi les objets documentés dans la littérature, on trouve:
La diversité des corps étrangers rectaux récupérés au fil du temps ne se limite pas qu'aux objets solides. En 1987, par exemple, un homme administra à lui-même un lavement à base de ciment. Le liant durcit rapidement dans son rectum en sorte que le solide résulté dut être enlevé chirurgicalement.
Dans un autre exemple extrême, un homme dépressif en 1953 introduisit un tube en carton de 15cm dans son anus et lança dedans un pétard allumé. L'explosion suivante lui produisit une perforation rectale importante.
Diagnostic Les informations obtenues durant le diagnostic sont d'une importance capitale en choisissant le traitement le plus apte en vue du cas particulier. Un corps étranger rectal peut pénétrer profondément le côlon, dans certains cas jusqu'à l'angle colique gauche ; il faut surtout que le traitement ne cause aucune perforation.
Typiquement plusieurs radiographies sont requises pour que l'on puisse localiser précisément le corps étranger et déterminer jusqu'à quelle profondeur il a avancé. Généralement, on utilise les rayons X à cette fin. Les corps étrangers composés de matériaux à bas contraste, comme par exemple le plastique, peuvent faire indiquer un examen échographique ou tomodensitométrique (TDM, couramment dit « scanographie »). L'imagerie par résonance magnétique (IRM) est contre-indiquée, surtout lors d'un corps étranger inconnu. L'endoscopie, dont l'emploi peut aussi servir des fins thérapeutiques, aide à l'identification et à la localisation de l'objet coincé dans le rectum.
Fréquemment les patients atteints d'un corps étranger rectal ont très honte durant l'anamnèse et ne donnent qu'à contrecœur des renseignements là-dessus, parfois en omettent des informations clés pour déterminer la thérapie adéquate. Pour la même raison, les personnes affectées dans de nombreux cas ne consultent que très tard, lorsqu'elles ne supportent plus la douleur. Le traitement confiant et sensible des patients gênés joue un rôle essentiel pour le succès thérapeutique et peut même sauver des vies.
Traitement vignette|Fragment de bouteille à côté de l'anse à polypectomie utilisée pour l'extraire.
Les mesures thérapeutiques qualifiées à l'extraction d'un corps étranger du rectum sont aussi nombreuses que les objets capables de s'y loger. La plupart des patients attendent des heures, voire des jours, avant de demander de l'aide professionnelle. Souvent, des tentatives profanes d'enlèvement auront déjà eu lieu à ce point-là, seules ou assistées par autrui. Cependant, elles ont tendance à exacerber la situation fâcheuse plutôt que la résoudre.
Dans la majorité des cas, le corps étranger se prête à une extraction endoscopique. Il est très commun, par exemple, d'attraper les vibromasseurs avec de larges anses, utilisées normalement en enlevant des polypes. Les objets plus petits, comme les thermomètres médicaux, se laissent maîtriser avec des pinces à biopsie. En présence d'un corps étranger trop volumineux, l'emploi d'un endoscope flexible n'est pas conseillé ; les instruments chirurgicaux rigides se sont avérés supérieurs dans ces cas.
Dans d'autres instances, des instruments normalement employés lors des accouchements, comme les forceps ou les ventouses, ont fait leurs preuves. Les objets en bois s'abordent parfois avec un tire-bouchon, les verres en les remplissant avec du plâtre. Une cuillère introduite avant une telle procédure est apte à servir d'ancre une fois que le plâtre s'est solidifié, facilitant ainsi l'enlèvement. Les lampes à incandescence peuvent être enveloppées dans de la gaze, puis fracassées et retirées.
D'ailleurs, il y a eu des applications à succès de l'électrocoagulation au plasma argon. Dans l'un des cas documentés, un patient de 44 ans se présenta avec une pomme coincée dans son rectum. Comme le fruit était emballé dans de la cellophane, l'approche endoscopique échoua ; la coagulation au plasma argon, par contre, parvint à rétrécir le corps étranger pour 50 %, permettant son extraction.
Si l'objet a avancé trop loin dans le rectum, jusqu'au côlon sigmoïde, les méthodes mentionnées ci-dessus ne se qualifient plus à la thérapie. De possibles alternatives incluent le repos au lit et la sédation, dans l'espoir que le corps étranger finira par descendre une distance suffisante pour l'attraper plus tard.
Approximativement 10 % des cas exigent une laparotomie, c'est-à-dire l'ouverture de la cavité abdominale. Elle permet de ramener l'objet dans une position plus favorable à travers la manipulation directe du gros intestin. Dans certains cas exceptionnels, l'ouverture chirurgicale du gros intestin, dite colotomie, est indiquée. Majoritairement, il s'agira de corps étrangers qui posent un risque substantiel pour la santé, comme par exemple un préservatif rempli de drogues.
Les cas moins graves sont gérés avec de la sédation ou avec de l'anesthésie locale ou spinale. Les procédures plus invasives, comme la laparotomie ou la colotomie, se réalisent sous anesthésie générale. Elle a l'avantage additionnel de relaxer les sphincters anaux dans une certaine mesure. À la suite d'une intervention chirurgicale, il est recommandé de réexaminer les derniers 30 à 40 centimètres du gros intestin en recherche d'éventuelles perforations ou lésions des muqueuses – pratique dite sigmoïdoscopie. La nécessité d'un suivi résidentiel dépend du cas particulier, devenant plus probable plus sophistiqué le traitement.
Négligence En manque de traitement immédiat, les corps étrangers rectaux plus grands peuvent donner lieu à une occlusion intestinale par obstruction mécanique, bloquant le passage des selles. Cet effet est aggravé par la dilatation rectale, qui perturbe le péristaltisme du côlon.
Des lésions à la paroi intestinale causées par le corps étranger sont sujettes à s'enflammer, indépendamment de leur taille. En cas de perforation, la sortie de matière fécale dans la cavité abdominale peut entraîner une péritonite ou des abcès rétropéritonéaux présentant des risques vitaux. Les objets plus petits qui ne percent pas la paroi intestinale sont susceptibles d'être incorporés là-dedans en tant que granulome avec le potentiel de passer inaperçus pour des années.
Exemples Le symbole « ∅ » désigne des procédures sans anesthésie ; les cellules vides indiquent l'absence d'informations sur les conditions anesthésiques dans la source citée.