Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, dit Condorcet, né le à Ribemont et mort le à Bourg de l'Égalité, est un scientifique, mathématicien, philosophe, homme politique et éditeur français. Il est l'une des grandes figures intellectuelles du mouvement des Lumières.

Il est célèbre pour ses travaux pionniers en statistique et en probabilités, pour son analyse des modes de scrutin, le vote Condorcet, « théorème du jury » et le paradoxe de Condorcet, ainsi que pour ses écrits philosophiques et son action politique, notamment contre l'esclavage, la peine de mort, et pour l'égalité des sexes, tant avant la Révolution que sous celle-ci. Siégeant parmi les girondins, il propose la refondation du système éducatif au profit du peuple, dont les femmes en tant que base de la démocratie, ainsi que celle du droit pénal.

La Convention nationale ordonne son arrestation en 1793. Après s'être caché pendant neuf mois à Paris, il tente de fuir, est arrêté et placé dans une cellule de la prison de Bourg Égalité (Bourg-la-Reine) ; il y est retrouvé mort le surlendemain. Les causes de sa mort ne sont pas élucidées.

Biographie Origines familiales et formation gauche|vignette|redresse=1.0|Maison natale de Condorcet vers 1875.Dessin de Joachim Malézieux (1851-1906). Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat de Condorcet est issu d'une branche de la famille de Caritat dont les membres tiennent leur titre de la possession (depuis 1552) de la seigneurie de Condorcet, alors dans la province du Dauphiné (aujourd'hui dans la Drôme). Les Caritat ont reçu le titre de comte en 980.

Il est le fils d'Antoine de Caritat de Condorcet, originaire du Dauphiné, officier du régiment de Barbançon, en garnison à Ribemont, qui meurt le au cours de manœuvres d'entrainement en Alsace, alors que son fils a un peu plus d'un mois.

Sa mère, Marie Madeleine Catherine Gaudry, très dévote, voue son fils à la Vierge Marie et l'habille en robe jusqu'à ses , âge auquel elle confie son éducation à un précepteur jésuite.

Sur l'intervention de son oncle paternel l'évêque Jacques-Marie de Caritat de Condorcet (1703-1783), Condorcet est envoyé à au collège des Jésuites de Reims, puis à au collège de Navarre à Paris. Il conserve toute sa vie des souvenirs douloureux du système d'éducation des Jésuites, pourtant réputé, auquel il reproche notamment ses brutalités et ses méthodes humiliantes.

Condorcet se distingue par des capacités intellectuelles remarquables.

Le mathématicien À l'âge de , il reçoit un prix de seconde.

En 1757, il obtient son émancipation. Son oncle est choisi comme curateur.

À l'âge de , ses capacités d’analyse sont remarquées par d'Alembert et Clairaut. C'est à cet âge qu'il soutient sa thèse de mathématiques..

Il refuse la carrière militaire à laquelle sa famille le destine pour se consacrer à celle de mathématicien. Bientôt, il devient l’élève, l'ami et finalement le légataire universel de d’Alembert (1717-1783)..

vignette|redresse|Anonyme, Le Marquis de Condorcet, localisation inconnue. De 1765 à 1774, il se concentre plus particulièrement sur les sciences.

En 1765, il publie son premier travail de mathématiques, intitulé Du calcul intégral, qui reçoit un rapport enthousiaste de d'Alembert et de Bézout.

Dès 1767-1769, il écrit ses premiers articles en arithmétique politique et en calcul des probabilités, défrichant ainsi la nouvelle discipline statistique. Condorcet est influencé par les savants des Lumières de l'Italie du Nord et par leurs essais de formalisation du réel (Cesare Beccaria, les Pietro et Alessandro Verri, Paolo Frisi). Il envisage ainsi des calculs en matière de jurisprudence (voir le texte inachevé « Sur les lois criminelles en France »). En 1784, Condorcet développe une théorie d'ensemble de l'arithmétique politique.

Le , soutenu par d'Alembert, il est élu à l’Académie royale des sciences comme adjoint puis associé (1770).

C'est par d'Alembert qu'il est introduit parmi les amis de Julie de Lespinasse, dont le salon est fréquenté par les intellectuels et encyclopédistes du moment, l'historien Jean-François Marmontel, André Morellet, le Chevalier de Chastellux, Condillac, Turgot…

L'amitié avec ce dernier remonte à ces années-là (au plus tard 1770). Cette même année, à l'occasion d'un voyage à Ferney, il noue une amitié durable avec Voltaire.

En 1772, il publie de nouveaux travaux sur le calcul intégral, unanimement acclamés.

À l'Académie des Sciences, il s'attache à la rédaction des éloges des académiciens, travail qui devient sa tâche officielle lorsqu'il y est élu pensionnaire, adjoint au Secrétaire perpétuel en 1773.

Sous le ministère de Turgot (1774-1776) vignette|redresse|Pierre Loison, Condorcet (vers 1853). Première statue du pavillon Colbert au pavillon Sully, cour Napoléon, palais du Louvre à Paris.

C'est à partir de 1774 que Condorcet s'engage autant dans la philosophie et la politique que dans les mathématiques.

À la mort de et à l'avènement de , son ami Anne Robert Jacques Turgot, intendant du Limousin et économiste de l'école physiocrate, est inclus dans le ministère de Maurepas, d'abord comme ministre de la Marine, puis comme contrôleur général des Finances. Il prend Condorcet auprès de lui comme conseiller technique et scientifique.

Il soutient les réformes entreprises par Turgot au contrôle général des finances. L'objectif de Turgot est de diminuer, voire de mettre fin, au déficit budgétaire chronique. Il prend des mesures de restriction et de contrôle des dépenses, qui ont une certaine efficacité. Il promeut aussi plusieurs réformes importantes : liberté du commerce des céréales (1774), suppression de la corvée royale et suppression des corporations (1776). Condorcet écrit essentiellement des pamphlets : Lettre d'un cultivateur de Picardie à M. Necker, auteur prohibitif (1774), dans laquelle il attaque Jacques Necker et son colbertisme, suivi de Réflexions sur le commerce des blés (écrit en 1775 et publié en 1776) et Réflexions sur les Corvées (1775).

En 1775, Turgot le nomme inspecteur général de la Monnaie. Condorcet s'installe à Paris à l'hôtel de la Monnaie, où sa mère et son oncle maternel Claude Nicolas Gaudry le rejoignentAnne Marie Laffitte-Larnaudie, « Le secrétaire de Condorcet, Étienne Cardot (1754-1847) », Pierre Crépel (dir.), Condorcet : homme des Lumières et de la Révolution, 1997, ..

En 1776, Turgot est démis de son poste de contrôleur général. Condorcet choisit alors de démissionner de son poste d’inspecteur général de la Monnaie ; sa démission est refusée. Il reste en poste jusqu’en 1790.

Philosophe engagé (1776-1789) Les années suivantes, tout en continuant ses travaux scientifiques et techniques, il prend la défense des droits de l'homme et soutient les droits des minorités, dont ceux des femmes, des Juifs et des Noirs. Il s'engage dans la défense contre les injustices et soutient les idées novatrices venues des États-Unis tout juste indépendants. Il propose en France des projets de réformes politiques, administratives et économiques.

Cette période voit aussi la disparition d'êtres chers (Julie de Lespinasse en 1776, sa mère en 1778, Voltaire en 1778, Turgot en 1782, son oncle et d'Alembert en 1783 dont il devient l'exécuteur testamentaire). Il rend hommage à ses trois amis Turgot, Voltaire et d'Alembert dans deux biographies et un éloge (Éloge de D'Alembert. (1784) - Vie de Turgot (1786) - Vie de Voltaire (1789)) dans lesquelles il expose et commente leurs idées politiques et philosophiques.

En 1776, il est élu Secrétaire perpétuel à l'Académie royale des sciencesListe des secrétaires de l'Académie royale des sciences (1666-1793) sur le site de l'Académie des sciences. et continue sa série d'éloges des académiciens.

En 1776-1777, il collabore à la hauteur de vingt-quatre articles dans le Supplément à l'Encyclopédie.

De 1780 à 1790, il est le directeur éditorial et scientifique des Œuvres complètes de Voltaire publiées par la Société littéraire typographique de Kehl.

En 1782, il est élu à l’Académie française contre Bailly, candidat soutenu par Buffon. Son discours de réception fait l'objet d'un long compte-rendu dans le Mercure de France par son ami Garat, 6 avril 1782, ..

À partir du printemps 1785, il milite auprès des politiques afin que l'arithmétique politique soit enseignée comme science à part entière, et lui donne un rôle central en ce qui concerne l'instruction publique ; celle-ci sera l'ancêtre de la statistique moderne.

En 1786, il participe à l'aventure du Lycée, établissement mixte où vont enseigner des académiciens de renom (Jean-François Marmontel, l'écrivain La Harpe, le chimiste Antoine-François Fourcroy et le mathématicien Gaspard Monge). Condorcet est responsable de la chaire de mathématiques. Il délègue à Sylvestre-François Lacroix la charge d'assurer les cours sous sa supervision. mais y prononce les discours inauguraux (sur les sciences mathématiques en 1786, sur l'astronomie et le calcul des probabilités en 1787).

Son aspiration à réformer la justice l'amène à fréquenter le président Dupaty. Il fait la connaissance de sa nièce, Sophie de Grouchy, qu'il épouse en 1786 au château de Villette à CondécourtArchives départementales du Val d'Oise, 3 E 50 6, registre paroissial de Condécourt 1780-1792, vues 45-46/114, 28 décembre 1786, mariage Condorcet-Grouchy. Document numérisé.. Sophie de Grouchy est aussi la sœur du futur maréchal de Grouchy, la belle-sœur de Louis-Gustave Le Doulcet de Pontécoulant et la nièce du parlementaire Fréteau de Saint-Just. Dans le salon qu'elle anime à l'Hôtel des Monnaies se rassemblent des penseurs de toutes nationalités comme l'économiste Adam Smith, le juriste Cesare Beccaria, le philosophe David Williams, Thomas Jefferson, le juriste Étienne Dumont, des futurs idéologues, Benjamin Constant, Pierre Jean Georges Cabanis…, et Thomas Paine, qui devient un ami.

En 1788, il est membre fondateur de la Société des Trente, cercle d'idées révolutionnaires et club d'influence constitutionnelle. Au début de 1789, il publie de nombreux essais sur le droit et devoir des citoyens (Déclaration des droits, Lettres d’un gentilhomme à Messieurs du Tiers État, Réflexions sur les pouvoirs et instructions à donner par les provinces à leurs députés aux États Généraux. Il joue un rôle actif en aidant à la rédaction des cahiers de doléances de la noblesse à Mantes puis à Paris. Il n'est pas élu député aux états généraux.

Période de la Révolution Durant l'Assemblée nationale constituante (juillet 1789 – septembre 1791) Condorcet voit dans la Révolution la possibilité d'une réforme rationnelle de la société.

Après la prise de la Bastille, il est élu, le , dans l'assemblée générale de la Commune de Paris, dont il dirige le comité de rédaction du projet de statut municipal. À ce poste, en 1790, il s'oppose en vain, à l'Assemblée nationale constituante, qui a établi un « décret du marc d'argent » visant à subordonner l'exercice des droits de citoyen au versement d'une somme importante. Il essuie un même échec dans sa demande de faire de Paris un département à part entière et dans sa proposition du statut municipal. Il n'est pas réélu en .

En 1790, il fonde avec Emmanuel-Joseph Sieyès la Société de 1789 et dirige le Journal de la Société de 1789, ainsi que la Bibliothèque de l'homme public (1790-1792).

vignette|160px| Arc de 90˚ du méridien astronomique passant par Paris, en fonction duquel Condorcet recommande d'établir la définition initiale du mètre

En , l'Assemblée nationale constituante, sur proposition de Talleyrand, décide l'unification des poids et mesures. Elle en confie le calcul à une commission formée de Borda, Laplace, Lagrange, Monge et Condorcet. Le , , le choix est fait de la dix millionième partie du quart d'un méridien terrestre comme définition du mètre. .