Pia Colombo est une chanteuse française, d'origine franco-italienneArchives du nouvel Observateur : Chanson : Piaf et colombe - Article de Michèle Manceaux (en 1 pleine page) paru dans Le Nouvel Obs du 14 décembre 1966., née Éliane Marie Amélie ColomboDictionnaire des chanteurs francophones de 1900 à nos jours : 900 biographies d'interprètes, 6000 titres de chansons, Par Alain-Pierre Noyer, Publié par Conseil international de la langue française, 1989, . le Pia Colombo sur maitron.fr à HomblièresNom complet et lieu de naissance publié in Brunschwig, Calvet, Klein, 1972, , ces auteurs en précisent une origine italienne et non franco-italienne alors que sa mère est une fille du nord de la France, ce qui explique en partie la naissance à Homblières, proche de ses origines maternelles et confirme le terme d'origine franco-italienne., dans l'Aisne, morte le à CréteilÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970. Elle fut également comédienne de théâtre et a fait quelques apparitions au cinéma. C'est aussi une artiste engagée qui a clairement exprimé des idées politiques durant sa carrière sur les planches comme sur les scènes où elle s'est produite.

Biographie Une enfance dans l'Aisne thumb|left|Vue du centre d'Homblières (02).

Éliane Marie Amélie Colombo naît le à Homblières (Aisne), près de Saint-Quentin, d'un père italien, chaudronnier milanaisArchives du nouvel Observateur : Variétés : Une Héroïne de la Chanson - Article de Lucien Rioux (en 2 colonnes) paru dans Le Nouvel Obs du 24 mai 1969. de son état, et d'une fille du Nord de la France épousée à Paris. Elle est laissée juste après sa naissance aux bons soins de sa grand-mère maternelle à Homblières. La petite Éliane part le matin avec son casse-croûte, elle grandit dans les champs. Sa grand-mère ne la revoit que le soir. Elle rentre à l'école, vers 5 ans comme cela se faisait couramment à cette époque à la campagne : c'est pour elle la fin de l'indépendance. Elle rend rapidement son tablier sans persévérerElle perd « pied » à l'école. 5, 6 ans est l'âge où l'on se construit. C'est la période de la mondiale, dans la zone occupée par l'armée allemande. Le contexte historique et sa situation personnelle familiale doivent être difficiles à assumer pour une enfant de cet âge. À l'époque, on ménageait beaucoup moins les enfants sur les changements de vie : les explications étaient souvent absentes, ou sans ménagement.. On peut considérer que c'est un miracle si, plus tard, elle sait lire et écrire.

Cette enfance loin de ses parents explique sa relation avec cette grand-mère qui l'accompagnera très longtemps dans sa vie : elle a remplacé une mère qui n'était pas là et lui a donné l'affection dont elle avait besoin pour exister. Nul doute que ces premières années de vie lui ont définitivement forgé le caractère qui transparaîtra dans sa carrière. D'ailleurs, le journaliste Lucien Rioux écrira d'elle :

À douze ans, ses parents la reprennent en région parisienne et l'emmènent au Théâtre du Châtelet. . Éliane voit des , et c'est la révélation : elle se dit : . Nous sommes alors en 1946, c'est le début de la vocation artistique de la future Pia Colombo.

Du Châtelet au Cours Simon, Maurice Fanon thumb|Vue intérieure de la salle de spectacle du Théâtre du Chatelet.

Têtue, acharnée, Eliane Marie Amélie Colombo n'a de cesse d'être petit rat au Châtelet. Pour pouvoir rester, elle promet à ses parents qui se laissent convaincre de gagner son pain. Le soir, en regardant bien, on peut apercevoir une fillette noiraude aux yeux éblouis.

En 1949, Eliane a eu 19 ans, mais c'est la catastrophe (une de celles dont les producteurs de disques et les agents artistiques pourraient se servir utilement pour leur biographie publicitaire). Une angine mal soignée dégénère en danse de Saint-Guy. Eliane Marie Amélie s'arrête de grandir, et ne pèse alors plus que . La situation devient critique : souffrant de rhumatismes, elle ne peut même pas boutonner son chandail toute seule. Elle fixe désespérément, dans les miroirs, ses mains tremblantes, sa tête branlante et se jure :

Après trois années de maladie, elle guérit enfin, mais doit abandonner la danse.

En 1952, une ancienne du Châtelet, devenue coryphée, l'emmène au Cours Simon. On lui fait bredouiller du Jean Anouilh : Antigone. La coryphée, fille entreprenante, monte un petit spectacle de patronage sous forme de textes et de chansons. Elle demandera à Eliane Pia de chanter, celle-ci accepte et chante sans avoir appris. Un jeune professeur d'anglais au lycée Buffon de Paris, un certain Maurice Fanon, auteur et compositeur à ses heures perdues, l'entend et l'encourage : Il lui propose de lui écrire des chansons. Elle redevient studieuse, apprend et chante du matin au soir. Une relation amoureuse, mais adultère commence à naître vers 1955 entre les futurs jeunes premiers. Fanon s’était marié le en Écosse à Margaret Chalmers Buchan qu’il avait rencontrée durant un séjour pour parfaire ses études universitaires d’anglais. Le couple Fanon/Chalmers se décide à divorcer en 1956. Il s'ensuit que cette même année 1956, Eliane Marie Amélie Pia Colombo fait sa valise, accompagnée de sa grand-mère, et vient s'installer chez Maurice Fanon.

Toutefois, après plusieurs mois de vie plus ou moins commune, Maurice Fanon, sursitaire en bout de course pour ses études doit partir à l’armée, et se retrouve, malgré lui, loin de Pia engagé du contingent à la guerre d'Algérie de à . pour y soutenir les forces françaises.

Au retour de Maurice Fanon en , et après les quelques mois de retrouvailles qui suivent, les amoureux Pia et Maurice se décident : ils se marieront le . Mais ils se sépareront près de 3 ansFANON MAURICE (consultation du 12 mars 2010). après en 1963. Ils continueront cependant à garder des liens fidèles d'amitié de ces 7 années passées ensemble jusqu'à la fin de la vie de Pia, Maurice allant jusqu'à lui écrire un spectacle sur mesure en 1979Voir Requiem autour d'un temps présent - Rubrique Théâtre et spectacles..

Depuis cette époque, Pia Colombo sera toujours reconnue comme étant la muse de Maurice Fanon, et ce jusqu’à la fin de leurs vies respectives.

Ses débuts sur scène au cabaret L'Écluse Éliane Pia poursuit ainsi ses études de théâtre au cours Simon, puis se tourne rapidement vers la chanson tout en continuant de jouer.

Elle se présente au Collège Inn. On la renvoie : Elle se présente au Cabaret L'Écluse, dans la même journée. Léo Noël, un des cofondateurs de ce lieu de culture et de divertissement estampillé rive gauche, l'engage pour un an. C'est au moins le pain assuré pour elle et la grand-mère. Le pain, mais pas toujours le loyer.

Là, elle prend le nom de scène de Pia Colombo et sera l'interprète notamment de la chanson Julie la Rousse de René-Louis Lafforgue. Pia Colombo choisit d'interpréter aussi des œuvres de Maurice Fanon en 1956, l'homme avec qui elle vit. Ils se sépareront après plusieurs années de vie commune autour de 1963.

Pia Colombo est signée par la maison de disques Versailles avec laquelle elle enregistrera 2 disques maxi-45, soit 8 titres. Elle sort ainsi son premier 45 tours en 1956 avec donc deux chansons de René-Louis Lafforgue (Julie la rousse et La fête est là) et deux de Fanon (Isabelle et À nos amours, empreint d'autobiographie).

Sa carrière de chanteuse démarrera vraiment à la fin de 1956 en chantant au cabaret L'ÉcluseLe cabaret L'Écluse et voir également plus bas dans la page la rubrique premiers passages 1956 à Paris. Elle débutera cette même année sur les planches de cette minuscule scène en compagnie d'autres nouveaux venus non dénués de talent : Jean-Roger Caussimon, François Rauber, Marie-Josée Neuville, Caroline Cler, Raymond Devos, Henri Garcin et Jean Harold. Elle y chante les chansons de Maurice Fanon que l'on retrouvera sur son deuxième 45 tours : Le Quai Malaquais, Moi j'ai l'Italie, Péniche et Si Paris Paris pouvait qui sortira en 1957. Elle côtoie ainsi Barbara qui a aussi débuté à L'Écluse, elles se fréquenteront régulièrement. Le livre Le Cabaret « rive gauche »Le Cabaret « rive gauche » - Livre écrit par Gilles Schlesser (Éditions l'Archipel) 682 pages – Cahier photo 16 pages. (consultation du 16 mars 2010). parle des débuts sur les scènes des cabarets rive gauche de plusieurs interprètes et auteurs de chansons françaises de cette époque, dont notamment Barbara et Pia Colombo.

Premiers enregistrements et premières tournées de récital En 1958, elle poursuit sa carrière de chanteuse avec les disques Philips et joue Hula hoop au Disco ThéâtreVoir biographie d'Art Simmons sur cette page consultée le 11 mars 2010. du théâtre Marigny (avec Art Simmons et Harold Nicholas)Voir rubrique Théâtre et spectacles..

Elle sera à l'affiche de l'Olympia en 1958 en première partie de Georges BrassensPériode du 23/10 au 17/11/1958. Georges Brassens - Chronologie 1958 (consultation du 12 mars 2010). en alternance avec Michèle Arnaud, Jean-Marie Proslier, Jean Bertola, Los Gatos… Premier contact avec un grand public. Brassens l'emmènera avec lui, en tournée. Barbara est devenue son amieVoir éléments biographiques de la chanteuse barbara.. Toutes deux souffrent de manques de relations familiales avec leurs parents respectifs, cela les a probablement rapprochées.

thumb|left|200px|Vue de la rue et du cabaret Au Port-Salut, photo d'Eugène Atget (1903).

Autour de 1958, on retrouve trace de son passage sur la scène du cabaret Port du SalutPrésentation de Francesca Solleville sur son site (consultation du 16 mars 2010).

En 1959, Pia Colombo chante et enregistre le titre Défendre d’afficher : il fait partie des 6 premières chansons que Lucien Ginzburg (Alias Julien Grix, alias Serge Gainsbourg) dépose en 1954 à la SACEMLes débuts d’une fantastique carrière (consultation du 16 mars 2010)., dont deux seulement seront sauvées de l’oubliL'autre titre est Les Amours perdues qu’il offre à Juliette Gréco en 1961.. Puis elle retrouve de nouveau les devants de la scène en vedette américaine du programme Brassens à Bobino.

Le jeune couple Fanon-Colombo hébergera dans son appartement durant une partie de cette année 1959 des futurs jeunes mariés : Véra Belmont et Joël HolmèsInformation publiée dans le chapitre « Chronologie Véra » de l’ouvrage autobiographique L'hirondelle du faubourg de Véra Belmont et Anne-Marie Philipe paru en 2009 aux éditions Stock | ., dont Pia chantera plus tard quelques-unes des chansons de ce dernier. Holmès et Belmont se séparent en 1963.

Pendant ce temps-là, le séjour militaire de Maurice Fanon en Algérie est émaillé de quelque écueil, celui-ci tient des propos hostiles à la guerre et dérangeants pour sa hiérarchie militaire. À ce titre, il est alors muté et terminera malgré tout avec le grade de caporal. Pourtant, Maurice Fanon n’en restera pas là et dénoncera plus tard la torture dans plusieurs chansons : La Valse à soldats (1966) et Le Képicon (1982). En , Fanon est finalement renvoyé dans ses foyers après avoir servi cette guerre d’Algérie qui le marquera comme beaucoup, et la vie d’artiste débutante comblée commence alors à sourire à Pia Colombo.

En 1959 toujours, elle obtient une première récompense : le Coq d'Or de la chanson française pour son interprétation de la chanson Les flonflons du balCe titre figure sur un disque maxi 45 tours qui reprend les 4 Coqs d'Or de 1959 et dont les références sont incluses dans la discographie.. Pia enregistre 2 nouveaux disques EP, dont la chanson La Valse à mille temps que lui a donnée Jacques Brel, parue en 1959 aussi chez Philips.

Mais c'est la chute, le rock et les yéyés arrivent et balaient tout sur leur passage, et notamment ceux qui n'ont pas eu le temps de s'imposer. Pia retombe et vivote alors tant bien que mal. Par moments, elle se demande si elle ne devrait pas tout lâcher. Mais comme elle ne sait rien faire d'autre, elle continue à tracer son sillon.