Erika Theron (née le à Tulbagh, colonie du Cap et morte le 29 aout 1990 au Cap en Afrique du Sud) est une universitaire sud-africaine en sociologie et sciences sociales, une travailleuse sociale qui fut également membre du conseil municipal (1951-1963) et maire (1955-1957) de Stellenbosch.
Disciple et proche de Maria Elizabeth Rothmann et d'Hendrik Verwoerd, quand il était professeur de sociologie à l'Université de Stellenbosch, elle a été maitre de conférences et professeur de sociologie et de sciences sociales à l'Université de Stellenbosch (1937-1973), la première femme membre du conseil de l'Université de Stellenbosch, la première femme chancelière d'une université sud-africaine (université du Cap-Occidental) en 1978 et l'une des premières femmes maire d'une ville sud-africaine (Stellenbosch). Dans le cadre du comité de suivi des travaux de la fondation Carnegie sur les blancs pauvres, elle a participé durant les années 1930 à la mise en place d'un programme de développement de services sociaux et de bien-être dans le secteur ferroviaire.
Elle fut membre de l'Ossewabrandwag et proche de plusieurs dirigeants du parti national.
Après l'avoir soutenu et participé à sa mise en œuvre, elle a critiqué de nombreux aspects de la politique d'apartheid. Au début des années 1970, le Premier ministre John Vorster l'a nomma pour présider une commission d'enquête sur les questions relatives à la communauté coloured. Le rapport de la Commission Theron, publié en 1976, contint un certain nombre de recommandations comme l'abrogation de la loi sur les mariages mixtes et une représentation directe des Coloureds aux différents niveaux de gouvernement. Rejetées par le gouvernement Vorster, les principales recommandations du rapport furent mis en œuvre par le gouvernement suivant de Pieter Botha, notamment avec la mise en place du parlement tricaméral.
Comme de nombreux intellectuels Afrikaners, Erika Theron peut être cataloguée parmi les universitaires que l'historien Hermann Giliomee décrit comme Hermann Giliomee et Adam Heribert, The growth of Afrikaner Identity in The Rise and Crisis of Afrikaner Power, Le Cap, David Philip, 1979, . Elle affirmera que son travail au sein de la Commission Theron l'aura fait prendre réellement conscience des conséquences terribles que pouvait avoir l'apartheid sur les populations concernées.
Origine Erika Theron est née après la seconde guerre des Boers dans une famille nombreuse afrikaner de Tulbagh dans la colonie du Cap. Son père, Gabriël (Gawie) Theron, était un homme d'affaires, qui avait géré une petite mine de diamants et fait des affaires lucratives avec la société De Beers Il était devenu un notable local, conseiller municipal et maire de la ville.
Elle est éduquée et instruite en afrikaans, sa langue paternelle, et ne sera jamais vraiment à l'aise en anglais.
Études Elle étudie l'allemand et, en 1925, entame des études supérieures en histoire et afrikaans à l'université de Stellenbosch où elle côtoie Geoffrey Cronjé. Elle est diplômée d'un B.A. en 1927 et d'une maîtrise en économie en 1929.
Venant d'une famille très impliquée dans des associations de bienfaisance et de bien-être, Erika Theron est attirée par les sciences sociales et les travaux de la fondation Carnegie sur les blancs pauvres en Afrique du Sud. Elle est alors très proche de Maria Elizabeth Rothmann (MER) qui devint la première de ses deux mentors et avec laquelle elle développera une correspondance intime et régulière et partagera des convictions communes Judith Anne Tayler, infra, .
Séjour en Allemagne De 1930 à 1933, sur les recommandations du professeur Johannes Grosskopf, membre de la Commission Carnegie sur les blancs pauvres et spécialiste des sciences sociales, elle poursuit en Allemagne des études en sciences sociales et sociologie à l'Université de Berlin ainsi qu'à l' Akademie für Soziale Frauenarbeit où elle suit les cours d'Alice Salomon, la fondatrice de l'académie. Si Theron se montre sensible aux revendications du nationalisme allemand et moins réceptible aux idées égalitaristes développées par Salomon, ses convictions féministes antérieures sont néanmoins renforcées par son passage à l'académie. Son séjour en Allemagne va marquer profondément culturellement et historiquement Erika Theron qui dresse de nombreux parallèles entre l'histoire récente allemande et celle des Afrikaners, deux nations vaincues qui ont dû faire face aux Britanniques et ont dû subir l'humiliation des restrictions imposées par les vainqueurs Judith Anne Tayler, infra, . Elle considère que les Allemands sont aussi des victimes de l'impérialisme britannique et est révulsée par les clauses imposées à l'Allemagne par le traité de Versailles de 1919 Judith Anne Tayler, infra, . Durant son séjour en Allemagne, elle est notamment frappée par les effets de la grande dépression, le déclin de l'économie et ses effets sur la population alors qu'elle travaille au sein d'organisations locales d'aides sociales. Elle est aussi témoin de la fulgurante montée du nazisme et particulièrement troublée de voir plusieurs de ses amis allemands, d'abord hostiles à Hitler, se convertir et développer des sympathies nazies, y compris chez les universitaires les plus brillants Judith Anne Tayler, infra, . Erika Theron garde de son séjour de 3 ans en Allemagne un attachement profond pour le pays et son peuple qui n'est pas affecté par l'arrivée d'Hitler, au contraire, sentiment qu'elle partagera avec MER mais pas avec son second mentor, Hendrik Verwoerd Judith Anne Tayler, infra, .
Le doctorat portant sur le travail des ouvrières en usine A son retour en Afrique du Sud en 1933, elle est admise à suivre un doctorat en sociologie à l'université de Stellenbosch, qu'elle commence sous la supervision d'Hendrik Verwoerd, qui est alors le chef du nouveau département en sociologie et de sciences sociales de l'universitéJudith Anne Tayler, infra, . Sa collaboration avec Verwoerd va être étroite durant 3 ans, notamment au sein du comité chargé du projet des pauvres blancs, jusqu'en 1937, année où Verwoerd déménage à Johannesbourg pour lancer Die Transvaler, l'organe de propagande du parti national purifié au Transvaal. Elle restera en contact toute sa vie avec la famille Verwoerd et sera personnellement profondément affectée en apprenant l'assassinat de Verwoerd en 1966. Bien que, devenue critique et opposante à l'apartheid développé dans les années 1950 et 60 par Verwoerd, Erika Theron continuera jusqu'à sa mort en 1990 à lui témoigner son admiration et sa sympathie et ce, bien qu'il ait parce qu'il en aurait mal mesuré les conséquences, le décrivant comme ayant été un homme de conviction, dédié aux Afrikaners, idéaliste et altruiste, qu'il est difficile de comprendre a posteriori.
Sa thèse de doctorat, intitulée Fabriekwerksters in Kaapstad (‘n Sosiologiese Studie van 540 Blanke en Kleurling-Fabriekwerksters) porte sur le travail des femmes blanches et coloureds de la classe ouvrière travaillant dans les usines du Cap, un sujet porteur dans les cercles afrikaners qui s'inquiètent de l'exploitation économique des jeunes femmes afrikaners par des capitalistes anglophones, des conditions de travail (en termes de salaires, de santé, de logements, de loisirs, de familles ou encore de harcèlements sexuels) mais aussi, contexte sud-africain, des possibilités de mixité raciale avec les populations de couleurJudith Anne Tayler, inra, . Theron met plusieurs années à terminer sa thèse. En 1934, elle s'interrompt pour travailler au comité national sur les travailleurs pauvres et à son comité de suivi. Elle la termine en 1942 avec O.J.M. Wagner, qui a succédé à Verwoerd en 1937 comme directeur de thèse. Celle-ci est publiée en 1944 par Nasionale Pers. Ce travail aura notamment éveillé son intérêt pour la communauté coloured, ce qui aura des répercussions sur sa carrière ultérieure et en fera une autorité reconnue sur ce sujet.
Le Volkskongres sur les Blancs pauvres et le comité de suivi La pauvreté dans des segments de la population blanche est une réalité depuis les débuts de la colonisation européenne de l'Afrique du Sud mais n'est devenue un problème social que depuis la fin du XIXe siècle, aggravé ensuite par la seconde guerre des BoersJ.A. Tayler, infra et Aspects of Social Welfare and Poor White Rehabilitation in South African Railways and Harbours, 1934-1952, Université d'Afrique du Sud 1994, et 13-25. Aux confins de l'Afrique du Sud, la différence de niveau de vie entre les différentes communautés raciales était considérée comme naturelle selon le standard politique et intellectuel dominant (que ce soit chez les Britanniques ou les Boers) et partait du principe que la grande majorité des Blancs étaient au sommet de l'échelle sociale. Le fait que de nombreux Blancs soient tombés en dessous des normes communément admises inquiète les milieux politiques, économiques et universitaires pour le maintien du statu quo politique et social. Il leur était inconcevable qu'une minorité importante (en augmentation constante) de Blancs soit plus pauvre que la minorité similaire la plus aisée (ou la moins mal lotie) de personnes de couleur, au risque ainsi de menacer la stabilité raciale du pays (en référence au rôle exemplaire que doit tenir l'homme blanc dit civilisé envers des populations dites non civilisées). De même l'émergence d'une identité de classe sociale commune entre travailleurs blancs et noirs apparait comme un risque pour le patronat minier et pour la classe politique dans le contexte de la montée des idées socialistes et communistesJudith Anne Tayler, infa, .