Edwy Plenel (/edwi plenɛl/), né le à Nantes (Loire-Inférieure), est un journaliste politique français.
Militant trotskiste dans les années 1970, il est tout d'abord journaliste à Rouge, l'hebdomadaire de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Quelques années plus tard, il s'éloigne de l'extrême gauche et entre au service Éducation du Matin de Paris, puis au journal Le Monde en 1980.
D'abord spécialiste des questions d'éducation, il devient « rubricard police » et s'y fait remarquer par ses enquêtes. Ses révélations sur la plupart des affaires de la présidence de François Mitterrand feront de lui une figure du « journalisme d'investigation à la française », critique des différents pouvoirs. Principal animateur de la nouvelle formule du Monde apparue en 1995, il est directeur de la rédaction de 1996 à 2004, année de sa démission de ce poste dans un contexte de crise provoqué par la publication en 2003 de La Face cachée du « Monde », livre critique vis-à-vis de la direction du journal.
En 2008, Edwy Plenel cofonde le site web d'information Mediapart. En 2024, il cède sa présidence à Carine Fouteau, tout en continuant à intervenir dans ce média.
Biographie vignette|Edwy Plenel à la Fête de l'Humanité en 2008.
Famille Edwy Plenel, de son nom complet Hervé Edwy Olivier Plenel, est le fils d'Alain Plenel et Michèle Bertreux. Tous deux sont d'origine bretonne, l'un catholique et l'autre de la minorité protestante.
Son père Alain Plenel est fonctionnaire de l'Éducation nationale, vice-recteur de la MartiniqueLire sur son blog, l'hommage rendu par Edwy Plenel à son père, en novembre 2013 : In Memoriam Alain Plénel, 1922-2013En devenant journaliste, Edwy Plenel a abandonné l'accent sur son nom, issu de la graphie en langue française d'un patronyme breton., connu pour ses engagements anticolonialistes, rétrogradéDu grade d'inspecteur académique à celui de professeur muté à Clermont-Ferrand. en 1965 sous la présidence du général de Gaulle et réhabilité en 1982 après l'intervention de Stéphane HesselAlain Plénel : « J'étais vu comme un représentant des révoltes coloniales » - France-Antilles Martinique, 31 octobre 2012 et d'Hubert Védrine. Edwy Plenel passe l'essentiel de son enfance dans cette île des Caraïbes, qu'il quitte en 1962, son père étant révoqué en raison de son engagement anticolonialiste. Pour ses biographes Pierre Péan et Philippe Cohen, cet événement est la matrice de l'idéologie future d'Edwy Plenel, critique à l'égard de certains épisodes de l'histoire de France et engagé contre les discriminations.
Edwy Plenel est également le cousin germain du militant français Rémy Daillet-Wiedemann..
Formation Après un séjour en région parisienne, il vit à partir de 1965 en Algérie et termine sa scolarité à Alger. Il est alors chef scout aux Éclaireurs unionistes. Il poursuit à Alger ses études universitaires - une année de mathématiques, deux de sciences politiques.
Engagement De retour en France et installé à Paris en 1970, alors âgé de 18 ans, il abandonne ses études et rejoint la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), sous le pseudonyme de Joseph Krasny (Красный signifiant rouge en russe., Joseph faisant référence au militant trotskiste Joseph Hansen).
En 1976, il est journaliste à Rouge, hebdomadaire de la LCR, qui devient quotidien durant une brève période. Il assure également la direction de Barricades en 1979, la publication de la JCR (Jeunesses communistes révolutionnaires).
Il effectue son service militaire en 1978-79 dans l'armée de l'Air. Après avoir fait ses deux mois de classes sur la base aérienne 101 de Toulouse-Francazal durant l'été 1978, il est affecté à la base aérienne 274 de Limoges où il écope de 10 jours d'arrêt pour avoir publié en , dans Le Matin de Paris, un article critique sur le service militaire. Muté à la base aérienne 265 de Rocamadour qui abrite un dépôt de munitions, il écope en de 60 jours d'arrêt supplémentaires pour avoir fait circuler dans la base une pétition exigeant la gratuité des transports pour les appelés. Il effectue cette peine sur la base aérienne 132 de Colmar où il est interné. Il termine finalement son service militaire en sur cette même base.
Après son service militaire, il s'éloigne de la LCR, tout en restant en lien proche avec certains dirigeants de cette organisation politique.
Carrière Il entre au service éducation du Matin de Paris puis du journal Le Monde en 1980. Son livre Secrets de jeunesse (2001) revient sur une jeunesse militante trotskiste qu'il n'a jamais reniée. Il dit être resté un Edwy Plenel, interviewé par Frédéric Taddeï, « Edwy Plenel : "Je ne veux pas abattre la République" », GQ n° 65, juillet 2013, p. 102-107..
D'abord spécialiste des questions d'éducation, il s'y fait remarquer, à partir de 1982, par ses enquêtes, tout en assurant la rubrique Police du quotidien. Il est correspondant pour le journal au ministère de l’Intérieur, et ses amitiés avec des policiers lui procurent un solide réseau d'informateurs. Ses révélations sur la plupart des affaires de la présidence de François Mitterrand en feront une figure du journalisme indépendant et critique. Jusqu'en 1994, soit pendant une quinzaine d'années, il travaille à l'écart du monde journalistique parisien, en solitaire ou en tandem – essentiellement avec Bertrand Le Gendre, puis Georges Marion. L'élection de Jean-Marie Colombani à la tête du Monde, qui, à l'époque, était simplement un journal et non un groupe de presse, va l'amener à accepter des responsabilités. Principal animateur de la nouvelle formule du Monde apparue en 1995, il devient directeur de la rédaction en 1996.
Jusqu'en 2003, sous sa direction, les ventes du quotidien augmenteront, hissant Le Monde à un niveau relatif qu'il n'avait jamais atteint depuis sa création en 1944, celui de premier quotidien national généraliste, devant Le Figaro. Avec une diffusion totale (France et étranger) payée de , l'année 2002 reste le record historique du Monde : premier quotidien national cette année-là, il bat son précédent record de 1979, en affichant une diffusion France payée de et une progression de 19,5 % depuis 1994. Cependant le déclin des ventes à en 2003 et à en 2004Le Monde : Diffusion et audience, dans un contexte de crise occasionné par la publication en 2003 de La Face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen, affaiblit sa position au sein du journal. Il démissionne de son poste de directeur de la rédaction en , garde encore quelques mois des fonctions dans le groupe (directeur des relations éditoriales extérieures, il rédige les éditoriaux du Monde 2 et continue d'animer sur LCI l'émission Le Monde des idées) avant de négocier son licenciement en Laurent Huberson, Enquête sur Edwy Plenel, Le Cherche Midi, 2008.. Il quitte le journal avec d'indemnités, obtenues, de son propre aveu, après avoir menacé de publier les rémunérations du comité de direction.
La diffusion du Monde a continué à décliner après son départ, pour se redresser légèrement en 2011Fiche Le Monde - OJD. Edwy Plenel suscite des opinions contrastées. Certains saluent le dynamisme, l'originalité et l'indépendance de sa direction éditorialecf. par exemple Jacques Thibau, Le Monde 1944-1996, Plon, 1996 . Pierre Péan et Philippe Cohen l'ont violemment attaqué en dénonçant sa vision « complotiste », ses méthodes de direction et ses « campagnes » contre des personnalités telles que Roland Dumas. À leur suite, Bernard Poulet a contesté son utilisation du Monde comme un instrument de pouvoirBernard Poulet, Le Pouvoir du Monde: Quand un journal veut changer la France, Éd. La Découverte, 2003 . Ces critiques ont été elles-mêmes dénoncées comme créant une « légende noire », qui, tout à la fois, le mythifie et le diabolisecf. Laurent Huberson, Enquête sur Edwy Plenel : de la légende noire du complot trotskyste au chevalier blanc de l'investigation, Le Cherche Midi, 2008 . Il l'évoque dans la préface de ses Chroniques marranes (2007), sous le titre « Autoportrait ».
En , il annonce un nouveau projet de média participatif sur Internet, Mediapart, site lancé le .
Pendant la campagne de l'élection présidentielle de 2017, il est un soutien affiché de Benoît Hamon, puis appelle à voter Emmanuel Macron lors du second tour qui l'oppose à Marine Le Pen.
Vie privée Il a été l'époux de la sociologue Nicole Lapierre, rencontrée à la Ligue communiste révolutionnaire lors d'un congrès en 1971. Nicole Lapierre, condisciple d'Olivier Revault d'Allonnes puis étudiante en sociologie sous la direction d’Henri LefebvreEdwy Plenel, Secrets de jeunesse, éditions Stock, 2001., est cofondatrice du Mouvement du 22 Mars en Antoine Perraud, « Nicole Lapierre : "Un réel souci du monde" », Médiapart, 26 mars 2008.. En 1982, ils ont un enfant, Ève Plenel. Nicole Lapierre est d'origine juive ashkénaze – elle soutient en 1989 à l'EHESS une thèse de doctorat de sciences sociales dirigée par Edgar Morin, Mémoire juive et diaspora : l'exemple des Juifs de Plock (Pologne)Thèse de doctorat, notice sudoc.. Le couple divorce en 2023.
Affaire des écoutes de l'Élysée et autres scandales
Edwy Plenel est l'une des personnalités victimes des écoutes illégales de l'Élysée dans les années 1980. Plenel a été mis sur écoute en raison de ses enquêtes sur la cellule antiterroriste de l’Élysée dirigée par Christian Prouteau, et notamment en raison de son implication dans le dévoilement de l'affaire des Irlandais de Vincennes.... Sa mise sur écoute s'est prolongée en 1985 durant l'affaire du Rainbow Warrior pour connaître ses sources alors que ses révélations provoquaient la démission du ministre de la défense, Charles Hernu, et que le chef des services secrets français, l'amiral Pierre Lacoste, était révoqué... Poursuivis devant la justice, les collaborateurs concernés de François Mitterrand prétextent une affaire d'espionnage des services secrets soviétiques, le dossier Farewell, pour justifier cette mise sur écoute, allant jusqu'à affirmer que l'ex-trotskiste Plenel travaillait pour la CIA. Cette dernière assertion est reprise sans aucune distance ni précaution par certains journalistes défenseurs de Mitterrand. Le jugement, rendu en 2005 par la du tribunal correctionnel de Paris, la rejette explicitement, et condamne à des peines d'emprisonnement avec sursis les quatre responsables de la cellule de l'Élysée pour avoir mis sur écoute Plenel. Ils ne font pas appel de ce jugement. À l'issue de ce procès, Plenel rassemble en un volume ses trois livres sur la présidence de Mitterrand (La Part d'ombre, Un temps de chien et Les Mots volés), en y ajoutant une analyse du procès des écoutes (Le Journaliste et le Président, 2006).
Edwy Plenel a également été l'une des victimes des dénonciations calomnieuses des faux listings de l'affaire Clearstream. Les faits remontent à 2003 et 2004, mais n'ont été portés à sa connaissance qu'au printemps 2006. Partie civile depuis lors, il a notamment critiqué dans ce dossier le poids que Nicolas Sarkozy fait peser sur la justice.
Scandale à Panama