La communauté juive de Płock est une des plus anciennes de Pologne. Bénéficiant de la protection des souverains, elle a pu se développer de façon régulière tout au long des siècles. D'abord prêteurs sur gage, puis commerçants et artisans, les Juifs de Płock se sont intégrés socialement et culturellement à partir du à la population polonaise. Au moment de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive avec représente environ 1/3 de la population de la ville. Elle sera complètement anéantie durant la Shoah. Il n'y a plus de communauté juive actuellement à Płock.

Płock (ou: Plotzk en allemand) est une ville de la voïvodie de Mazovie, dans le centre de la Pologne. Arrosée par la Vistule, elle se situe à environ 110 km au nord-ouest de Varsovie. Elle compte actuellement un peu plus de .

Histoire de la communauté juive La communauté médiévale On ignore quand les premiers Juifs se sont installés à Płock. Ils sont mentionnés dans un document publié en 1237 par l'évêque de Płock, Piotr I Półkozic, qui confirme l'emplacement d'un nouveau quartier à Płock : "Les limites de ce quartier s'étendent des tumuli situés sur la route menant à Czerwińsk, jusqu'au puits de l'église Vojislav et à l'autre puits, celui des Juifs." On en déduit donc qu'un quartier juif existe déjà à cette époque, ce qui en fait un des plus vieux quartiers juifs en Pologne. Établi à l'époque médiévale, il a survécu, avec des limites presque inchangées jusqu'au . Il est situé avec la synagogue et l'école juive dans la Vieille Ville, près des murs de la ville, au nord-est de la Vieille Place, des deux côtés de la rue Żydowska (rue aux Juifs). Un terrain vide se trouve entre le quartier juif et les murs de la ville. Au début, les Juifs sont des prêteurs sur gage, acceptant parfois des terres ou autres biens immobiliers comme garantie: Plock; site: Jewish Virtual Library.

La communauté aux Au , les Juifs commencent à s'installer aussi dans la rue Szewska. Au cours des siècles suivants, le quartier juif va inclure les rues suivantes : Jerozolimska, Synagogalna, Tylna, Niecała, Kwiatka (maintenant Szeroka) et partiellement les rues Bielska, Grodzka et Starego Rynku. Les propriétés dans le quartier appartiennent non seulement à des Juifs de Płock, mais aussi de villes voisines et à des chrétiens. En 1516, le Juif Feliks de Płońsk achète une maison rue Żydowska à un sellier de Ciechanów, Paweł Chomętowski, pour la somme de six soixantaines de groszy. Il est difficile d'estimer la taille de la population juive, mais les informations fiscales peuvent servir d'indice. Dans les années 1480, deux familles juives paient un fermage.

En 1507, les résidents juifs de Płock paient cinq zlotys d'impôt de couronnement, et au milieu du , cinq familles paient l'impôt par feu au Trésor. Très rapidement ce nombre va grimper à . En 1578, paient l'impôt par tête. En 1616, on compte environ . La guerre avec la Suède de 1655-1660 dévaste une grande partie de Płock, y compris le quartier juif, où seules sept maisons restent debout.

Les droits et privilèges accordés aux juifs en 1264 et dans les années 1334-1364 encourage l'installation des Juifs à Płock et dans l'ensemble du royaume de Pologne. Cependant les citoyens chrétiens de Płock accueillent les immigrants juifs avec réticence. Au les premières lois restreignant le commerce juif sont mises en application. Bientôt, les autorités de la ville interdisent aux Juifs de construire de nouvelles maisons. En 1537, le roi Sigismond le Vieux publie un document qui, en plus des restrictions commerciales, interdit aux Juifs d'acheter des maisons et des terrains municipaux aux Chrétiens, et ceux qui appartiennent déjà aux Juifs doivent être vendus avant la fin 1537. Peu après, d'autre limitations sont introduites, conduisant à une perte d'importance de la communauté juive de Płock.

Mais la situation va changer en 1555 quand le roi Sigismond Auguste permet aux Juifs de s'installer en ville, moyennant le paiement d'un loyer. La communauté recommence à prospérer. Cependant de nombreux conflits concernant les propriétés et les terrains à bâtir surviennent entre les juifs et les autorités de la ville. Puis surgit un litige à propos du cimetière juif.

Au milieu du , deux cimetières juifs existent à Płock. Le premier situé près de l'église Saint-Bartholomé dans la partie nord-ouest de la Vieille-Place, sur les bords de la Vistule, et le second situé au sud du monastère dominicain, derrière les murs de la ville. Le , le roi Sigismond Auguste publie un document autorisant les Juifs à acheter un jardin à l'extérieur des murs de la ville pour y construire un cimetière. Le terrain est vendu le par les héritiers du conseiller Stanisław Wiecha pour 40 soixantaines de groszy. La communauté juive est représentée par Jakub et Józef Marianek, mais les autorités de la ville refusent d'enregistrer la vente. En 1570, le roi émet un autre document concernant le cimetière et ordonne à la ville d'enregistrer la vente dans les registres de la ville. En dépit de la protection du roi, l'affaire ne se règle pas de façon satisfaisante pour la communauté juive. Le roi suivant, Étienne Báthory essaie de résoudre le problème afin que les Juifs puissent construire leur cimetière à Przedmieście Bielskie près du quartier juif. En 1580, il intervient une nouvelle fois dans les relations entre les habitants chrétiens de la ville et les Juifs, et le , il rédige un document demandant qu'on respecte les droits des Juifs orthodoxes de Płock. Le roi trouve inacceptable que le bétail détenu par les Juifs ne puisse pas se rendre facilement à un point d'eau, qu'il soit chassé des pâtures et que les maisons des Juifs soient attaquées. À la mi-janvier 1580, dans le château de Płock, les anciens de la communauté juive ont pris connaissance d'un oblate (texte dans le registre d'une ville) d'Étienne Báthory, qui interdit aux habitants de la ville de persécuter la population juive.

L'augmentation des incidents antisémites à Płock et dans les villes environnantes dans la seconde moitié du est liée aux mouvements de la Réforme et de la Contre-Réforme. Cette dernière est responsable de nombreuses accusations anti-Juives qui se répandent en ville. Une de ces accusations concerne la profanation d'une hostie consacrée pour en extraire du sang. Une telle accusation se propage à Płock en , quand un groupe d'habitants de Sochaczew accuse des Juifs locaux d'avoir acheté l'hostie consacrée à Dorota Łazęcka. Le responsable du district de Sochaczew, Stanisław Borek, condamne Dorota Łazęcka et le rabbin de la communauté de Sochaczew, Beniasz, à mort. Ils sont exécutés le . Les trois autres Juifs accusés sont interrogés par le gouverneur du Powiat de Rawa, Andrzej Sierpski, et soumis à la torture, les obligeant de plaider coupables. Le , ils sont pendus à des crochets devant les trois portes de Płock. Les Juifs de Płock, craignant d'autres accusations, demandent au roi Sigismond Auguste de leur établir un sauve-conduit et de les aider à rétablir la vérité. Le roi va soutenir tous les Juifs de Pologne et plus particulièrement ceux de Płock, jusqu'à ce que l'affaire soit clarifiée. Le sauve-conduit permet aux Juifs de continuer à faire du commerce et à prouver leur innocence. Six mois plus tard, le , le roi Sigismond Auguste ordonne que les victimes soient détachées et que leur corps soit rendu à leur famille pour les enterrer.

Un autre point de tension entre les Juifs et les chrétiens est le cas des convertis au judaïsme. Entre 1534 et 1559, un procès se déroule devant le tribunal ecclésiastique de Płock contre deux docteurs chrétiens accusés de s'être convertis au judaïsme. Un des deux célébrait le shabbat, allait à la synagogue et convertissait des habitants de Płock au judaïsme.

Les rapports entre les autorités de la ville, les habitants chrétiens et la communauté juive sont réglés à l'amiable le . Les citoyens de la ville sont représentés par de Płock, dont le maire, les conseillers municipaux et les anciens des guildes suivantes : tailleurs; cordonniers; fourreurs; drapiers; poêliers et marchands. Les Juifs sont représentés par cinq personnes. Les Juifs renoncent à la période sans taxes pour tous les biens meubles et immeubles qu'ils possèdent déjà ou qu'ils ont l'intention d'acheter dans le futur. En plus, ils sont supposés payer des taxes et des charges en relation avec l'utilisation des immeubles locatifs. Dès la signature du document, ils sont obligés de payer les regalium, civilium, podwodarum, szosy (taxes civiles, royales, de transport, de péages), dont le montant s'élève à payable le jour de la Saint-Martin. Les Juifs doivent payer aussi une taxe de pour le jardin et la maison Xzexolczinski (sic) et pour chaque logement situé dans les immeubles collectifs et enregistré jusqu'en 1581. Les pauvres peuvent payer en plusieurs versements, mais les riches le plus tôt possible. Les Juifs concluent un autre accord avec les autorités de la ville le . Sous conditions de payer les taxes dues à la ville et au trésor royal, ils peuvent exercer librement le commerce et l'artisanat. Cependant, ils ne sont pas autorisés à brasser de la bière ni produire d'autres boissons alcoolisées et n'obtiennent pas de licence de vente d'alcool.

En 1648, les habitants de Płock signent un nouvel accord avec les Juifs, concernant une taxe de guerre, appelée hiberna. Les deux parties décident que "leur intérêt mutuel est d'arrêter les querelles et de vivre dorénavant paisiblement ensemble. Aussi les anciens de la communauté juive ont signé un accord au nom de toute la communauté juive de Płock et décidé de contribuer pour pour chaque polonais, aussi longtemps que la taxe de guerre à Płock sera payée sans violation des anciens traités", en retour, les habitants promettent de rester en paix avec les Juifs.

Les Juifs de Płock sont spécialisés dans le commerce du grain et du bois. Les marchandises sont transportées sur la Vistule vers Thorn et Dantzig. En 1537 et 1546, la douane de Włocławek enregistre deux expéditions de cinq et six sacs de plumes respectivement par Aleksy et par Aron, des Juifs de Płock. À la fin du , la douane de Kalisz enregistre le transport de et de par des Juifs de Płock. À la même période, la douane d'Ostrzeszów enregistre un transport par un autre Juif de Płock de deux pièces de velours de grande valeur. Un autre Juif, du nom de Mojżesz, fait du négoce de bœufs qu'il fait venir de Valachie. La majorité des Juifs vivent du commerce local et de l'artisanat, principalement dans le tissage, la fourrure, la passementerie, la boulangerie et la boucherie. D'autres fabriquent du verre ou louent des auberges ou exercent des professions libérales.