Lassassinat d'Élisabeth de Wittelsbach, dite Sissi, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie, s'est produit au début de l'après-midi du à Genève. Il a été perpétré par Luigi Lucheni, un Italien qui se réclamait de la mouvance anarchiste.

Le jour du meurtre, l'impératrice, âgée de , séjourne à l'hôtel Beau-Rivage avec une suite restreinte. Vers , elle quitte son hôtel avec sa dame de compagnie, Irma Sztáray de Sztára et Nagymihály, afin de rejoindre le bateau Le Genève sur lequel elles ont l'intention d'embarquer. Luigi Lucheni les devance et se précipite sur Élisabeth, à qui il assène un coup de lime au cœur. C'est à bord du Genève que sa dame de compagnie constate l'état préoccupant de l'impératrice. Elle est reconduite à l'hôtel Beau-Rivage, où elle meurt un peu plus d'une heure après avoir été agressée.

L'annonce de sa mort provoque la stupéfaction dans l'Europe entière. Plusieurs arrestations de personnes qualifiées d'anarchistes ont lieu, notamment en Suisse et en Belgique. À Vienne et à Trieste, des ouvriers italiens sont pris à partie, tandis qu'à Berlin, les mesures de police sont renforcées. À Bruxelles, des afficheurs de libelles sont mis sous les verrous. De prétendus complots anarchistes envers d'autres souverains ou héritiers, tels le roi , la reine Wilhelmine des Pays-Bas et le prince Victor-Emmanuel d'Italie, sont évoqués par la presse.

Les funérailles de l'impératrice-reine, une semaine après sa mort, donnent lieu à de nombreuses marques d'hommage rendues par une importante représentation de membres du Gotha et par la population viennoise envers leur souveraine. Son assassinat consolide le mythe dont elle était déjà auréolée de son vivant et qui est toujours présent au .

Historique Contexte vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de deux dames habillées sombrement. La première se tient droite et la seconde est légèrement penchée.|Dernière photographie de l'impératrice Élisabeth (à gauche de l'image) la veille de son assassinat, avec Irma Sztáray à Territet. L'impératrice-reine, n'ayant jamais pu s'adapter au mode de vie de la cour impériale, évitait de séjourner à Vienne, demeurait en Hongrie ou voyageait à travers l'Europe où elle pratiquait assidûment l'équitation. Un tel comportement indignait la cour et amusait la presse qui, à l'occasion des noces d'argent du couple impérial en 1879, souligna que l'on fêtait moins de ménage que de manège.

La mort tragique de son fils Rodolphe à Mayerling, en 1889, ne fit qu'amplifier le mal-être de la souveraine bientôt surnommée . Au cours de l', elle passe quelques jours en compagnie de son époux l'empereur François-Joseph dans la résidence d'été de la famille impériale à Bad Ischl, en Haute-Autriche. Après cette parenthèse, elle entreprend un nouveau périple d'un mois et demi en Allemagne, où elle effectue une cure à Bad Nauheim pour soigner son anémie, sa névrite et une légère dilatation cardiaque, avant de se rendre dans sa Bavière natale. L'impératrice Élisabeth, âgée de , séjourne à Munich. Ensuite, en compagnie d'une suite réduite, elle se dirige vers Genève ; elle arrive le à Caux, près de Montreux, d'où elle excursionne. Elle demande à l'empereur de la rejoindre, mais ce dernier est trop absorbé par son devoir : la politique et la préparation des fêtes de son jubilé de de règne prévues dans la seconde quinzaine de septembre.

Le vendredi , Élisabeth se rend de Caux à Genève afin de déjeuner auprès de la baronne Julie de Rothschild au château de Pregny. La baronne lui propose son propre yacht, le Gitana II, pour revenir à Territet, près de Caux, mais l'impératrice décline l'offre, préférant emprunter le lendemain le vapeur de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman.. Elle passe donc la nuit à l'hôtel Beau-Rivage en ayant l'intention de rentrer à Caux par la ligne de navigation régulière le samedi.

Le registre de l'hôtel Beau-Rivage précise que l'impératrice et sa suite ont retenu dix-huit chambres : trois à son usage personnel et sous sa véritable identité, deux pour sa dame d'honneur Irma Sztáray de Sztára et Nagymihály, une pour son secrétaire particulier Eugen Kromar, deux pour la comtesse Marie-Thérèse de Harrach et la comtesse Marie Festetics, dames de la cour, une pour le prince d'Auersperg, grand chambellan, deux pour le comte de Bellegarde, et quatre autres pour les caméristes (Mademoiselle de Meissel et Mademoiselle de Hennike), le comte de Kuefstein, ministre d'Autriche-Hongrie à Berne, et , contrôleur du train impérial.

Parvenue à l'hôtel à , l'impératrice se repose durant une heure avant de se rendre, avec sa dame d'honneur, dans quelques pâtisseries. Quai du Rhône, elle achète chez un antiquaire une petite table pour sa fille Marie-Valérie et s'exprime en hongrois chez le commerçant, afin de ne pas être reconnue. À , elles sont de retour. L'impératrice, qui aime dormir toutes fenêtres ouvertes, est indisposée par le bruit de la rue et les vocalises d'un chanteur italien. Elle ne s'endort qu'à du matin et se lève à .

Assassinat alt=Photographie en couleur d'une lime effilée montée sur un court manche arrondi et formant un stylet.|vignette|Lime triangulaire de de long utilisée pour poignarder l'impératrice. Le samedi , dans la matinée, Élisabeth dit à sa dame d'honneur, Irma Sztáray de Sztára, qu'elle veut aller en ville à du matin, pour écouter un nouvel orchestrion. Ensuite, elles doivent prendre le bateau pour Montreux à . Les deux femmes quittent l'hôtel à précises pour se diriger vers le magasin de musique Baecker, rue Bonnivard. L'impératrice y achète un appareil à musique à manivelle et . À , elles reviennent à l'hôtel où Élisabeth boit du lait frais, tandis qu'Irma Sztáray déjeune rapidement. À , sa dame d'honneur informe Élisabeth que le bateau s'apprête à partir. Habituellement pressée, l'impératrice s'attarde pourtant encore quelques minutes pour contempler le mont Blanc. À , les deux femmes sortent de l’hôtel Beau-Rivage et pressent le pas pour se rendre au bateau à vapeur car ce dernier, prêt à lever l'ancre à , a déjà fait sonner sa cloche à deux reprises. L'impératrice est rassurée car elle voit au loin que les passagers embarquent lentement.

Se dépêchant, les deux femmes ne remarquent pas la présence d'un homme aposté derrière le douzième arbre du quai. Luigi Lucheni devance l'impératrice. Au moment où elle parvient à l'embarcadère, l'homme vient à sa rencontre, le pas rapide. Les femmes s'effacent pour le laisser passer. Lucheni se précipite alors, en levant le poing droit serré sur Élisabeth, vérifie si c'est bien elle et la poignarde d'un coup de lime de au cœur. Croyant initialement qu'il ne s'agit que d'un simple coup de poing, Élisabeth s'évanouit, sa longue chevelure amortissant quelque peu sa chute. Forte de l'aide de sa dame de compagnie et d'un cocher, elle se relève, tandis que le cocher appelle , le concierge de l'hôtel Beau-Rivage. La dame d'honneur, tout en brossant la robe de l'impératrice, lui demande si elle souffre. Elle répond négativement. Le concierge insiste afin qu'elle retourne à l'hôtel, mais l'impératrice refuse. Elle déclare : , tout en se dirigeant vers le bateau, avec sa dame ; elle effectue quelque avant d'atteindre la passerelle où elle monte. Une fois devant le bateau, elle se met à parler en hongrois : et ajoute que sa poitrine lui fait très mal. vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un bateau à vapeur blanc devant des immeubles.| Le Genève, bateau du dernier voyage de l'impératrice. Arrivée sur le pont du bateau Le Genève, l'impératrice demande à sa dame de la soutenir. Elle est sujette à un nouveau malaise. Irma Sztáray demande si un médecin est présent. En l'absence de médecin, plusieurs personnes participent aux soins dispensés à l'impératrice : une ancienne infirmière, madame Dardalle, Gabriel Monet, comptable du bateau, son épouse et un passager français nommé Teisset. La dame de compagnie demande de l'eau, on lui en donne. L'impératrice prend machinalement un sucre trempé dans du vinaigre., puis ouvre les yeux et dit : Elle retombe inanimée à . Sa dame, en délaçant le corset, voit que le corps d'Élisabeth présente une tache de sang de la taille d'un florin d'argent. Elle comprend de suite que celle-ci vient d'être assassinée et révèle l'identité de la victime en demandant au capitaine d'accoster au plus vite. Le capitaine Roux fait donc exécuter un demi-tour à son bateau, tandis que son pilote improvise une civière à l'aide de rames, de toile de voile et d'une banquette en velours. On la ramène à l’hôtel, mais il est trop tard. Mandés à l'hôtel, les médecins Mayer et Étienne Golay, accompagnés d'un prêtre, constatent l'état désespéré de l'impératrice, qui meurt à .

Mise en bière et autopsie vignette|alt=Photographie d'une feuille manuscrite écrite en français.|Dernière page du procès-verbal d'autopsie du corps de l'impératrice. Provisoirement, le soir de l'attentat, le corps de l'impératrice est mis en bière dans un double cercueil frigorifique. La mise en bière a lieu en présence du général Adam de Berzeviczy, chambellan de la souveraine, arrivé par train spécial, de la dame d'honneur et de plusieurs serviteurs de la défunte. Deux religieuses veillent le corps..

Le dimanche , le lendemain de l'assassinat, l'empereur télégraphie qu'il autorise les autorités helvétiques à procéder à une autopsie. Le médecin suisse Auguste Reverdin réalise l'intervention, qui révèle une blessure étroite, mais profonde de huit centimètres et demi. L'arme a pénétré la cage thoracique à la hauteur de la quatrième côte, traversé le poumon et transpercé le cœur.. Le procès verbal d'autopsie indique que le stylet a traversé la paroi thoracique et perforé le péricarde et le ventricule de part en part. Le sang s'est écoulé lentement dans l'espace entre ce péricarde inextensible et le cœur qu’il enserre, réduisant progressivement l'espace de battement du ventricule gauche, jusqu'à diminuer peu à peu la quantité de sang mobilisée par chaque contraction pour la grande et la petite circulation, selon le mécanisme appelé la tamponnade. Le rapport conclut :

Le mardi , un train spécial en provenance d'Autriche amène à Genève plusieurs personnalités de la cour : la comtesse Marie-Thérèse de Harrach, grande-maîtresse de la cour de l'impératrice, la comtesse Marie Festetics de Tolna, dame d'honneur, le comte Franz de Bellegarde, chambellan, et le prince d'Auersperg, grand-chambellan, auxquels s'est joint le colonel Wenger, inspecteur principal du Jura-Simplon..

Le mercredi 14, à du matin, a lieu la levée du corps. De l'hôtel Beau-Rivage à la gare de Genève-Cornavin, le cercueil est tiré par quatre chevaux caparaçonnés sous les regards d'une foule nombreuse et silencieuse. À la gare, le Conseil fédéral et le Conseil d'État rendent un ultime hommage à la souveraine. À , le train mortuaire s'ébranle en direction de Vienne. Il traverse la Suisse, puis entre en territoire autrichien à Feldkirch peu après midi. Sur le passage du convoi funéraire, les cloches sonnent sans discontinuer dans toute la principauté de Liechtenstein.

Rapatriement et funérailles à Vienne vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc montrant un cercueil tiré par quatre paires de chevaux empruntant une rue courbe et entouré par des forces de l'ordre qui contiennent une foule assez dense.|Cortège funèbre de l'impératrice, le à Vienne. vignette|droite|redresse|alt=Photo d'un sarcophage clair avec ornements en bronze posé sur un dallage de marbre blanc.|Le tombeau de l'impératrice dans la crypte des Capucins à Vienne.