« Juste parmi les nations » (en hébreu : , , littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression du judaïsme tirée du Talmud (traité Baba Batra, ).

En 1953, la Knesset (parlement d'Israël), en même temps qu’elle créait à Jérusalem le mémorial de Yad Vashem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem. Au , Statistiques de Yad Vashem, janvier 2022. parmi les nations de ont été honorés ; la Pologne, les Pays-Bas, la France, l'Ukraine et la Belgique sont les pays dont les citoyens ont été le plus médaillés.

Chaque Juste reçoit une médaille qui porte cette citation du Talmud : כל המקיים נפש אחת, כאילו קיים עולם מלא (kol hameqayem nefesh ahat, ke'ilu qayam 'olam male, « quiconque sauve une vie sauve l'univers tout entierTalmud, traité Sanhédrin p. 37a. Traduction de Yad Vashem. »).

Il s’agit actuellement de la plus haute distinction honorifique délivrée par l'État d'Israël à des civils.

Notion de « Juste parmi les nations » dans la tradition juive Les lois de Noé vignette|Monument aux Justes parmi les nations de Shelomo Selinger au Yad Vashem à Jérusalem. Dans la tradition du judaïsme, la plupart des préceptes et obligations contenus dans la Torah ou dans ses commentaires s’imposent seulement aux Juifs, étant hérités de leurs ancêtres qui furent volontaires pour cette charge. Ces obligations sont détaillées dans les (mitzvot) de la Torah.

Les non-Juifs ont à suivre des principes éthiques moins détaillés et beaucoup moins nombreux. Au sens large, tout non-Juif qui observe les « lois noahides », ou « sept commandements », est reconnu en tant que « Juste » (en hébreu Tsadik) et est assuré d’une récompense divine. Par exemple, dans les écritures juives, Job représente parfaitement ce type de personne, de même que Melchisédech ou même Cyrus II le Grand, tous trois non-Juifs.

D’après la HalakhaTalmud de Babylone, traité Sanhédrin 56b., les sept catégories d’obligations divines incombant aux non-Juifs (ou lois noahides, de Noé) sont : Ne pas vénérer des idoles ; Ne pas blasphémer le nom de Dieu ; Instaurer des cours de Justice dans la société, qui garantissent la moralité publique ; Ne pas commettre de meurtre ; Ne pas commettre de vol ; Ne pas commettre d’adultère ; Ne pas consommer le membre d’un animal vivant (et d’une manière plus large ne pas faire souffrir les animaux).

D’autres normes sont considérées par les rabbins comme importantes, mais seules ces sept lois, supposées avoir été édictées au temps du patriarche Noé par Dieu pour toute l’humanité, sont impératives.

D’après l’enseignement rabbinique, les sociétés qui s’écartent délibérément de ces prescriptions ne survivront pas, comme le montre l’épisode biblique de Sodome et Gomorrhe. Chaque société n’est ainsi maintenue par Dieu que pour le Bien des « Justes » vivant en son sein.

Origine « Le terme de « juste », tsaddik en hébreu, est le plus haut titre de vertu biblique », à l'image encore de Noé qui a sauvé le genre humain et de nombreuses espèces animales.

Les hasidé ha-olam, ou « pieux des nations », nommés dans la Mishna et le Talmud, sont les non-Juifs « craignant Dieu », et, pour Maïmonide, tous ceux qui respectent les lois de Noé et se conduisent avec justiceDictionnaire encyclopédique du judaïsme, article Hasidé oummot ha-olam, les pieux des nations, le Cerf/Robert Laffont, 1996.. L’expression se retrouve dans le Zohar et dans la littérature médiévale, où sont désignés ainsi ceux qui font preuve de bienveillance à l’égard des Juifs.

Depuis le , le Av ha-Rahamim (« Notre Père de miséricorde ») comporte une prière pour tous les « justes du monde » (צַדִּיקֵי עולָם, tsaddiqé ha-olam).

Création du titre de Juste parmi les nations vignette|Stèle trilingue au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem : Allées des Justes.|alt=

Processus de création dans l'ordre juridique israélien Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950, prend corps en Israël la volonté de commémorer les martyrs de la Shoah. En , le gouvernement israélien dépose à la Knesset un « projet de loi sur la commémoration des martyrs et des héros - Yad Vashem ». C’est lors de débats, par un amendement au projet, qu’est ajoutée une référence aux « Justes parmi les nations », non-Juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des Juifs. La notion de Juste entre dans le champ légal et politique par la loi du , au dernier alinéa de l’ fixant les thèmes d’action du mémorial.

Mais ce n’est qu’à partir de 1963, comme une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem qui entend faire la lumière sur les comportements pendant la guerre et distingue entre les attitudes des différents pays, institutions et communautés, ceux qui ont agi pour sauver des Juifs, que Yad Vashem enclenche une politique active d’identification de ces « Justes »Sarah Gensburger, « La création du Titre de Juste parmi les nations 1953-1963 », Bulletin du centre de recherche français de Jérusalem, , du CNRS, 2004..

Signification politique de cet hommage Yad Vashem estime que l’hommage rendu aux Justes parmi les nations revêt une signification éducative et morale. : Israël a l’obligation éthique de reconnaître, d’honorer et de saluer, au nom du peuple juif, les non-Juifs qui, malgré les grands risques encourus pour eux-mêmes et pour leurs proches, ont aidé des Juifs à un moment où ils en avaient le plus besoin ; les actes des Justes prouvent qu’il était possible d’apporter au moins une aide aux Juifs. L’argument selon lequel l’appareil terroriste nazi paralysait les initiatives contraires à la politique officielle est démenti par l’action de milliers de personnes de tous les milieux et dans tous les pays, qui ont aidé les Juifs à échapper à la « Solution finale ».

Monument au Juste inconnu Yad Vashem a érigé un monument au Juste inconnu dans l’allée des Justes, car il est quelquefois difficile de retrouver des traces de certaines tentatives de sauvetage : les informations sont rares et l’identité du sauveteur demeure inconnue. Certains sauveteurs ont été assassinés avec leurs protégés juifs ; dans d’autres cas, personne ne s’est jamais présenté pour témoigner.

Octroi de la distinction Critères de choix Depuis 1963, une « commission d'hommage », présidée par un Juge de la Cour suprême d'Israël, a été créée pour décerner le titre de « Juste parmi les nations ».

La commission respecte des critères précis et s’appuie sur une documentation méthodique reposant principalement sur les témoignages directs. Les dossiers permettant d’établir la reconnaissance d’un Juste doivent établir, avec plusieurs témoignages concordants, des faits probants tels que : le fait d’avoir apporté une aide dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort ou de déportation vers les camps de concentration ; le fait d’avoir été conscient qu’en apportant cette aide, le sauveteur risquait sa vie, sa sécurité ou sa liberté personnelle, les nazis considérant l’assistance aux Juifs comme un crime ; le fait de n’avoir recherché aucune récompense ou compensation matérielle en contrepartie de l’aide apportée Juste parmi les nations, Mémorial de Yad Vashem..

Conséquences de ce choix vignette|Diplôme d'honneur pour les Français. Une personne reconnue comme un « Juste » se voit octroyer une médaille à son nom, un certificat officiel et son nom est gravé sur le « Mur d’Honneur » dans le « Jardin des Justes » à Yad Vashem. Cette inscription remplace la plantation d’un arbre faute de place dans le mémorial. Ces symboles sont remis au « Juste » ou à ses représentants lors de cérémonies publiques.

Un Juste reçoit en outre un versement mensuel au niveau du salaire moyen d’Israël. Diverses aides sanitaires et sociales lui sont accordées ainsi qu’à son époux(se). Le « Juste » qui est en difficulté - où qu’il réside - sera aidé par La « Fondation juive pour les Justes », établie à New York (États-Unis) créée à cet effet. Le Fonds Anne Frank, établi à Bâle (Suisse) prend en charge tous frais médicaux. Les « Justes » établis en Israël ( et leurs familles) reçoivent une pension d'État.

Les lois de Yad Vashem autorisent .

Au , , incluant les membres de la famille qui ont partagé les risques du sauvetage des Juifs, ont été reconnues Justes, représentant plus de de secours authentifiées de par le monde.

La politique de Yad Vashem est de poursuivre ce programme tant que des demandes de reconnaissance étayées par des preuves lui seront transmises.

L’octroi de cette distinction doit honorer des actions incontestables, prouvées, largement individuelles hormis quelques exceptions comme le village français du Chambon-sur-Lignon, le village néerlandais de , le réseau polonais d'aide aux Juifs Żegota ou la Résistance danoise. La difficulté de trouver des témoignages directs ou le caractère diffus de certaines actions réduisent le nombre des « Justes » identifiablesPhilippe Joutard, « Les Justes entrent au Panthéon », L'Histoire, février 2007..

Comme le précise le site de la section française de Yad Vashem, le livre des Justes ne sera jamais fermé, car nombreux sont ceux qui resteront anonymeshttps://www.ajpn.org : Anonymes, Justes et persécutés durant la période nazie dans les communes de France., faute de témoignages. De plus, de nombreuses actions ont été effectuées par des réseaux très variés, des actions successives de faible portée menées par de nombreuses personnes, assistées par une très large « complicité passive ».

Communautés ou réseaux vignette|Le mémorial des Justes parmi les nations, dans le parc Raoul Wallenberg (Budapest), sur lequel sont inscrits les noms de Justes. Aux Pays-Bas, trois groupements ont reçu l'honneur de Yad Vashem : le village de Nieuwlande ; l'ensemble des participants de la grève des 25 et , entre quarante et cinquante mille personnes (ce fut la première grève contre la déportation des Juifs en Europe occupée) ; le groupe clandestin des résistants, connu comme NV (signifiant « société anonyme »), qui se consacrait au sauvetage des petites filles juives (environ deux cents, qui ont toutes survécu à la guerre).

Le « village de Justes », Le Chambon-sur-Lignon, dont la population comptait trois mille habitants à l'époque, a été honoré collectivement pour avoir sauvé entre trois et cinq mille Juifs.

Żegota (nom de code de la Commission d’aide aux Juifs (Rada Pomocy Żydom) – organisation clandestine résistante de l'Armia Krajowa active lors de la Shoah en Pologne entre 1942 et 1945) a sauvé environ polonais et délivré plus de soixante mille fausses identités et documents pour dissimuler les Juifs dans la population. Appuyée notamment par de nombreuses communautés religieuses, elle opérait dans la Résistance intérieure sous la tutelle du Gouvernement polonais en exil.

La résistance danoise, en 1943, a mis à l’abri en Suède l’ensemble de la communauté présente au Danemark.

Le Comité de défense des Juifs, en Belgique, a assuré la protection de quatre mille enfants entre 1942 et 1944 (Andrée Geulen en est la figure la plus connue).

Justes par pays Au , le nombre de Justes parmi les nations s'élève à 28 217Statistiques, Yad Vashem (consulté le 2 février 2020).. « Les Polonais (les plus nombreux : ils furent parmi les mieux informés sur la Shoah), les Néerlandais, les Français, les Ukrainiens et les Belges représentent plus des trois quarts des médaillés ».