Philippe Le Bourgeois, né le à Saint-Valery-en-Caux et mort le à Tréboul (Finistère), est un officier de marine des Forces françaises libres, officier de renseignement, industriel et conseiller du commerce extérieur de la France.
Origines familiales Philippe (Antoine Marcel) Le Bourgeois est né le , fils cadet de Pierre Le Bourgeois (1879-1971), architecte à Nancy et Paris, professeur à l'École spéciale d'architecture, officier de réserve du Génie, en mission en Russie (1917), puis aux États-Unis (1918-1919, comme président du « Traffic executive of the allies »), officier de la Légion d'honneur, de l'ordre de l'Empire britannique et de l'ordre de Saint-Constantin le Grand (Russie), et de Marie-Louise Simon-Vilgrain (1887-1988), d'une famille ancienne et notable de Metz, puis de Nancy, propriétaire des « Grands-Moulins de Nancy ».
La famille, issue de Jacques Jean Le Bourgeois (1709-1785), armateur et négociant, maire de Dieppe de 1763 à 1767, est de tradition à la fois commerciale et militaire. Elle a donné au moins douze membres de l'ordre national de la Légion d'honneur entre 1864 et 1984, dont trois commandeurs (un amiral et deux généraux), cinq officiers et quatre chevaliers (notamment un capitaine mort pour la France en 1914).
Officier de marine et Français libre Philippe Le Bourgeois, élève de l'école navale (1936-1938), connaît un premier embarquement sur le croiseur-école , puis enseigne de vaisseau de classe (), un second assez bref sur le en 1939, dans les mois qui précèdent la guerre, au sein de la flotte de l'Atlantique. Au mois d' il est muté sur le contre-torpilleur , puis promu enseigne de vaisseau de classe en , et c'est à bord du Léopard qu'il connaît le baptême du feu, participant à des missions à Calais et Boulogne sous d'intenses bombardements (21-), puis à l'évacuation de Dunkerque.
Le contre-torpilleur se trouvant à Portsmouth au moment de l'armistice, Le Bourgeois rallie la France libre le , à l'âge de 23 ans, devenant l'un des premiers officiers des Forces navales françaises libres (FNFL), et concourt à la création du bataillon de fusiliers marins (, futur régiment de fusiliers marins), au sein duquel il sert du au , comme chef de section, chef de détachement puis commandant en second. Le prend corps le , sous les ordres du lieutenant de vaisseau Robert Détroyat, avec un effectif d'environ 250 hommes, officiers inclus, parmi lesquels les enseignes de vaisseau Jean des Moutis, Hubert Amyot d'Inville, Elie Touchaleaume et Le Bourgeois, ce dernier étant le plus jeune des cinq.
Campagnes terrestres en Afrique (septembre 1940-septembre 1943) Après quelques semaines d'entraînement au camp d'Aldershot, le embarque à Liverpool à destination de l'Afrique occidentale française, pour tenter de la rallier à la France libre. A bord du Westernland, Philippe Le Bourgeois a le privilège de s'entretenir en tête à tête avec le général de Gaulle en , peu avant la bataille de Dakar : "convié à s'asseoir à côté de lui sur une passerelle, très intimidé, (le jeune enseigne de vaisseau) comprit alors "combien (le Général) était angoissé à l'idée que nous puissions être mal reçus à Dakar et que les affrontements puissent faire couler le sang français : cela, je ne l'ai jamais oublié."H.D. Segretain, "De Gaulle en échec ? Dakar 1940", 1992, p.122 Après l'échec de Dakar, le est débarqué à Douala, et Le Bourgeois participe à la prise de Lambaréné le 6 , à la défense de Port-Gentil et de Brazzaville, puis à la levée et à instruction de troupes africaines pour la France libre, actions qui lui valent d'être cité à l'ordre de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) en .
Débute alors le long périple du autour de l’Afrique, via l'océan Indien et le canal de Suez, jusqu'en Palestine, au camp de Qastina, où le bataillon intègre la Brigade française libre (future 1re division française libre) du général Koenig, au sein de la Armée britannique, le . Philippe Le Bourgeois participe aux opérations de Syrie, qui se concluent avec la prise de Damas, le , mais coûtent la vie au commandant Détroyat, remplacé par le lieutenant de vaisseau des Moutis, puis par le capitaine de corvette Amyot d'Inville. Le , chargé de la défense aérienne de la Brigade française libre, est bientôt équipé de canons de DCA Bofors, et engagé dans les combats des déserts libyen et égyptien. Philippe Le Bourgeois est blessé au bras droit par un éclat d'obus au col d'Halfaya, en , mais sert à la bataille de Bir Hakeim, en mai-, à l'issue de laquelle il est promu lieutenant de vaisseau () et nommé officier en second du . C'est avec cette responsabilité d'adjoint du commandant Amyot d'Inville qu'il participe à la seconde bataille d'El Alamein, en octobre-, puis aux combats de Libye et de Tunisie. Le , la division française libre () reçoit enfin l'ordre de quitter Gambut, près de Tobrouk, où elle s'entraînait depuis le mois de décembre, pour participer à la reconquête de la Tunisie et, le , prend position sur le versant sud du massif du Zaghouan. Le , la résistance germano-italienne s'effondre définitivement. Les forces de l'Axe, capturées, ont cessé d'exister en Afrique du Nord. Dès le , les Alliés défilent dans Tunis. Le 27, le contre-torpilleur Léopard, auquel Philippe Le Bourgeois demeurait très attaché, s'échoue accidentellement devant Tobrouk et se brise peu après ; ce bâtiment avait fortement contribué au ralliement de l'île de La Réunion à la France libre (). Le , la , jugée indésirable en Tunisie par les autorités, non gaullistes, reçoit l'ordre de retourner en Tripolitaine, près de Zouara. Le , le , ayant augmenté ses effectifs de volontaires provenant de la marine d'Afrique du Nord, devient le régiment de fusiliers marins ( RFM), unité blindée de reconnaissance de la , toujours sous le commandement d'Amyot d'Inville. L'insigne du nouveau régiment a été conçu et dessiné au cours de l'été 1943 par Le Bourgeois et son camarade Roger Barberot : une ancre de marine surmontée d’un écu bleu frappé d’une croix de Lorraine d’or et supportée de chaque côté par un hippocampe ou « cheval de mer » (motif associant marins et cavaliers, le régiment devant devenir une unité de reconnaissance).
Campagnes navales en Méditerranée, puis Atlantique (octobre 1943-mai 1945) Après plus de trois années de campagnes terrestres au sein du , en Afrique et au Levant, décoré de la médaille coloniale, agrafe Libye et Tunisie, et de l'ordre du Nichan Iftikhar, Philippe Le Bourgeois embarque comme commandant en second de l'aviso Commandant Dominé, d' à . Après avoir participé à la tentative anglaise de reconquête des îles du Dodécanèse, ce bâtiment, commandé par le capitaine de corvette Jean des Moutis, assure des escortes de convois en Méditerranée et participe au débarquement de Provence en . Ayant été à nouveau blessé et en convalescence, Le Bourgeois commande le Boulogne et la division de chasseurs, groupe de navires de lutte anti-sous-marine, de mars à . Il dessine l'insigne de son groupe : la croix de Lorraine rouge surchargée d’un chasseur, avec en toile de fond une carte de la côte sud de la Grande-Bretagne et de la côte nord-ouest de la France, qui sera frappé par Arthus-Bertrand et distribué aux chasseurs ayant été basés à Cowes. Il reçoit la croix de guerre 1939-1945 avec palme et la médaille de la Résistance française. Il est surtout l'ancien officier en second du , devenu , l'une des dix-huit unités militaires faites compagnon de la Libération par décret du . Les quatre camarades officiers avec lesquels il a mis sur pied le en et combattu côte à côte plusieurs années, sont Compagnons à titre individuel ; deux d'entre eux, le capitaine de corvette Détroyat, né en 1911, et le capitaine de frégate Amyot d'Inville, né en 1909, ont été tués au combat, respectivement en 1941 et 1944 ; les deux autres, le capitaine de corvette des Moutis, né en 1911, et le lieutenant de vaisseau Touchaleaume, né en 1914, sont nommés par décret du . Avec sensiblement les mêmes états de service que ces derniers, le lieutenant de vaisseau Le Bourgeois, plus jeune des cinq officiers « historiques » du , n'a pas été compris dans le décret du , mais il est nommé chevalier de la Légion d'honneur en , à l'âge de 28 ans. Puis, par décret du , Le Bourgeois se voit conférer la médaille de la Résistance française avec rosette, créée comme « catégorie intermédiaire » entre les compagnons de la Libération (seulement 1038 individus) et les médaillés de la Résistance française ( personnes), avec individus décoréswww.ordredelaliberation.fr/fr/en-savoir-plus-sur-la-medaille-de-la-resistance-francaise.
Officier de renseignement durant la guerre froide Gaulliste de la première heure, il est affecté en à la Direction générale des études et recherches (DGER), bientôt renommée service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE), commandée jusqu'en par le colonel Passy, André Dewavrin, ex-chef du BCRA à Londres, puis par Henri Ribière. Puis Philippe Le Bourgeois embarque une seconde fois sur le croiseur « Jeanne d'Arc » (-), navire école des élèves officiers de marine, un poste d'observation qui lui offre l'occasion à la fois d'évaluer les futurs officiers et de mettre à profit de nombreuses escales en périphérie du monde communiste, notamment en Turquie, en ce début de guerre froide.
Chef de poste en Scandinavie (septembre 1949-mars 1953) Attaché naval adjoint à Stockholm et chef de poste du SDECE de à , il a pour mission principale d'acquérir du renseignement sur les forces armées soviétiques (flottes de la mer Baltique et de l'océan Arctique, forces terrestres et aériennes frontalières de la Finlande et de la Norvège), ainsi que sur la présence communiste en Scandinavie. Il est promu capitaine de corvette en , à 34 ans, puis décoré de l'ordre de l'Épée (Suède) et de l'ordre de la Rose Blanche (Finlande).
Indochine (mars 1953-mars 1955) Le commandant Philippe Le Bourgeois sert ensuite en Indochine, de à , d'abord comme chef du bureau à l'état-major du Commandement Maritime, à Saïgon (jusqu'en ), puis comme commandant des forces fluviales de contre-guérilla de Vinh-Long (mai-), menant des opérations qui lui valent d'être cité à l'ordre de l'armée de mer (1954) et enfin en mission de liaison auprès de la Commission internationale de contrôle (CIC) au Nord Vietnam (-). Il est décoré de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec palme (citation à l'ordre de l'armée de mer), de la médaille coloniale avec agrafe « Extrême-Orient » et de la médaille commémorative de la campagne d'Indochine (1954).
Chef de poste à Moscou (juin 1955-octobre 1958) Philippe Le Bourgeois rejoint à nouveau le SDECE comme attaché naval adjoint à Moscou et chef de poste, de à , travaillant principalement sur les forces armées soviétiques. Il est promu capitaine de frégate en , à 41 ans. C'est une période de transformations en Union soviétique, le fameux congrès du Parti communiste, en février 1956, permettant la libération des dissidents du Stalinisme et une relative ouverture de la vie publique. C'est aussi l'époque de l'envoi dans l'espace du satellite Spoutnik (1957), ou encore d'une très forte tension avec Paris et Londres lors de la crise du canal de Suez et de la répression dans le sang de la révolution hongroise.
Dernières années dans la Marine et nouveau défi (1958-1961)