Psyché est une tragédie-ballet, d'une durée de cinq heures, écrite par Molière aidé de Pierre Corneille et Quinault, avec des entrées de ballet et des intermèdes musicaux composés par Lully et chorégraphié par Pierre Beauchamp.
Historique Désigné comme une « tragi-comédie et ballet » dans le livret distribué aux spectateurs, ce spectacle a été créé, à la demande du roi Louis XIV, pour être donnée dans la grande salle des machines des Tuileries durant le carnaval de l'année 1671.
La création a eu lieu le , et le spectacle a été redonné dans la même salle les 19 et , puis les 3, 5 et . Pour pouvoir reprendre un spectacle aussi fastueux dans sa salle du Palais-Royal, la troupe de Molière fit procéder à des travaux d'aménagement considérables et Psyché fut offert au public parisien du au , du au et du au . Matthew Lockes composera à son tour Psyché sur un livret de Thomas Shadwell qui en est la traduction en anglais (1675). Lors de sa reprise à La Comédie-Française du au , la musique était de Marc-Antoine CharpentierLa musique est perdue..
Contexte Il semble que Louis XIV ait souhaité rendre vie à la grande salle des Machines des Tuileries en profitant des décors d’Ercole amante qui dormaient dans les magasins depuis l'inauguration de la salle le . Selon le récit très tardif de Lagrange-Chancel, paru un siècle plus tard, le roi aurait demandé « un sujet où pût entrer une excellente décoration qui représentait les enfers. […] Racine proposa le sujet d’Orphée, Quinault l’Enlèvement de Proserpine […] et Molière, avec l’aide du grand Corneille, tint pour le sujet de Psyché, qui eut la préférence »Lagrange-Chancel, préface de son Orphée, au tome IV de ses Œuvres (1758) p. 63. Ce qui est sûr, c'est que le conte des Amours de Psyché et de Cupidon de La Fontaine, avait remis à la mode, un an plus tôt, en 1669 une fable tirée des Métamorphoses d’Apulée, déjà connue du public de la cour pour avoir été l’objet d’un ballet de cour en 1656.
Une œuvre collective vignette|gauche|redresse|Frontispice de l'édition de 1698. Comme à l'ordinaire pour les grands divertissements royaux, la musique des intermèdes était due à Jean-Baptiste Lully, les ballets avaient été réglés par Pierre Beauchamp, les décors et les machines construit par Carlo Vigarani; quant aux fastueux costumes, ils avaient été dessinés par Henry de Gissey. Du fait que le roi avait pris sa décision tardivement et que cette année-là le carnaval était très court (le carême commençait dès le , Pâques tombant le ), les délais étaient extrêmement serrés. D'autant plus serrés que, du fait de la brièveté du carnaval, il avait été prévu de commencer dès le jour de l'Épiphanie : « On prépare un grand spectacle, qui sera donné à l’Épiphanie sur le théâtre des Tuileries » écrivait Vigarani le Lettre du 12 décembre 1670, dans G. K. Rouchès, Inventaire des lettres et papiers manuscrits de Gaspare, Carlo et Lodovico Vigarani (1634-1684), 1913, p. 167 et suiv.. La correspondance des Vigarani laisse entendre que tous les artistes ne disposaient que de six ou sept semaines et qu'ils ne tardèrent pas à être débordés et épuisés« Carlo est très occupé à cause du spectacle que l’on prépare pour l’Épiphanie. Il est très fatigué. Il fait tout son possible pour contenter le Roi, mais il doute que ses forces lui permettent de continuer. » (lettre du 15 décembre 1670, édition citée, p. 168). C'est pourquoi le spectacle ne fut pas prêt pour l’Épiphanie (le ) et ne put être créé que le .
De telles conditions d'urgence expliquent que Molière, qui trois jours par semaine (une semaine sur deux) jouait sur son théâtre Le Bourgeois gentilhomme, ait été contraint de faire appel à des collaborateurs pour tenir lui aussi les délais. Il commença par confier à Philippe Quinault le soin de composer les paroles des airs composés par Lully pour les intermèdes — alors qu'il s'en était lui-même chargé dans les grands spectacles des années précédentes, aussi bien dans Le Grand Divertissement royal de Versailles en 1668, dans lequel George Dandin était entremêlé avec une pastorale en musique dont les paroles étaient de Molière, que dans le Divertissement royal de 1670 qui enchâssait Les Amants magnifiquesPour plus de détails sur les paroles destinées au chant composées par Molière en ces deux occasions, voir les Notices de la nouvelle édition des Œuvres complètes de Molière dans la Bibliothèque de la Pléiade : notice de George Dandin, vol. I, en particulier p. 1561; notice de Les Amants magnifiques, vol II, en particulier p. 1679-1680.. Pour la partie déclamée de la pièce, il n'eut le temps de mettre en vers que le prologue et le premier acte, ainsi que la première scène du deuxième et la première scène du troisième; tout le reste était en prose et il lui fallait l'aide d'un versificateur doué et rapide. Il fit appel à Pierre Corneille, dont depuis novembre sa troupe jouait la Bérénice (Tite et Bérénice) une semaine sur deux, en alternance avec Le Bourgeois gentilhomme.
Dans la mesure où le public savait que la pièce résultait d'une collaboration tout à fait inédite (en 1664, dans des conditions voisines, Molière n'avait pu achever la versification de trois-cinquièmes de La Princesse d'Élide mais Louis XIV avait alors accepté de voir un spectacle mi-vers mi-prose), Molière fit mettre un avertissement en tête de l'édition de la pièce qui parut en octobre de la même année 1671, afin de faire connaître exactement la répartition des rôles de chacun. Précision d'autant plus importante que Molière et Corneille ont rivalisé de grâce dans ces vers, au point qu'il serait impossible de reconnaître la part due à chacun si l'on n'en était informé.
La collaboration de Corneille s'est donc limitée à mettre en vers la prose de Molière sur une étendue d'un peu plus de trois actes, soit onze cents vers. C'est ce qui explique que la pièce a paru sous le seul nom de Molière et que Corneille n'a jamais songé à faire figurer tout ou partie de Psyché dans ses œuvres : ce n'est qu'à partir des grandes éditions du , qui ont cherché à rassembler tous les vers écrits par Corneille, que la pièce a commencé à être incluse dans ses Œuvres complètes.
Distribution
Réception
Du vivant de Molière, cette pièce fut jouée 82 fois, pour une recette totale de livres
Transformation en opéra Cette tragédie-ballet fut transformée en opéra (« tragédie en musique ») en 1678 à la demande de Jean-Baptiste Lully : Thomas Corneille et son neveu Bernard Le Bouyer de Fontenelle transformèrent en récitatifs et en chœurs le texte de Molière et les vers de Corneille destinés à être déclamés.
Inconographie Molière, Psyché trente-six gravures sur cuivre, onze vignettes en-têtes et cinq culs-de-lampe par Marcel Roche, cent vingt exemplaires numérotés, Les Bibliophiles franco-suisses, 1950.
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Notes et références
Sources Psyché, avertissement du libraire au lecteur, édition des Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 2010, vol. II, . . . Catherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, édition Fayard 2004 P. 72
Liens externes
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