René Perrot, né le à Cuse-et-Adrisans (Doubs) et mort le à , est un cartonnier de tapisseries, peintre, dessinateur, graveur et céramiste français.

Biographie

Fils de parents maîtres d’école et d’ascendance paysanne du côté maternel, René Perrot nait et grandit à Cuse-et-Adrisans, petit village de Franche-Comté.

Profondément marqué par la totale absence de son père pendant quatre ans, soldat de 1914 à 1918, il est fasciné par les modestes souvenirs rapportés du Bassin Méditerranéen : petits coquillages, minuscules morceaux de céramique recueillis à Pompéi et évocation des échanges d’avant-guerre avec son ami Louis Pergaud, autre Franc-Comtois, instituteur, socialiste, anticlérical mais surtout merveilleux conteur et ami des animaux. De Goupil à Margot, prix Goncourt 1911, est son livre de chevet.

À 17 ans il suit les cours de l’École des Beaux-Arts de Dijon puis fait son service militaire au à Aubervilliers où il sera accidentellement gravement intoxiqué à l’ypérite.

Perrot intègre de 1932 à 1936 l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris (où il reviendra enseigner). Il a comme professeurs Léon Deshairs, Raymond Legueult et surtout Cassandre qui l’encourage, ainsi que Carlu, à poursuivre une carrière d’affichiste suivie jusqu'à sa mobilisation en 1939.

Il partage un atelier à Paris rue du Saint Gothard avec un chien, sept chats et deux cents poissons. Il y croise Jean Lurçat et de nombreux artistes venus de toute l’Europe.

En 1937, il rencontre Madeleine Montrait, native de Merlines, village corrézien où ils reposent désormais. Ils se marient en 1939, juste avant que Perrot soit mobilisé. La nombreuse correspondance échangée raconte l’horreur des combats où il verra tant d’hommes mourir et renforce son antimilitarisme. De ville en ville, son barda intègre de quoi graver et dénoncer l’absurdité et l’ineptie, notamment deux albums de guerre: Le Miserere préfacé par Jean Carlu et Roland Dorgelès avec qui il restera très lié, et Comme à la fête, croquis du Casse-Pipe préfacé par l’écrivain et journaliste Pierre Labracherie plus connu sous le nom de Pierre Bathille...

Les années 1940

Démobilisé, il s’installe avec son épouse dans un atelier au 13 de la rue Duperré près de la Place Pigalle au pied de la Butte Montmartre et a pour voisins de palier les peintres Jean Puy et Albert André, qui sera un grand-père de substitution pour sa fille, Sylvie, née en 1947. Gravement malade, il devra quitter ce sans ascenseur en 1975 pour emménager dans un nouvel atelier lumineux au d’une tour du de Paris.

Il rejoint grâce à Georges-Henri Rivière, fondateur et patron du Musée des arts et traditions populaires, le groupe Jeune France.

Proche du milieu théâtral, il se lie avec des comédiens de La Roulotte connus dans la mouvance de Jeune France, dont Jean Desailly et surtout Jean Vilar qui fêtera son mariage dans l’atelier de Perrot, rue Duperré.

Jeune France a été créé par le gouvernement de Vichy en afin que de jeunes artistes, chargés de faire des relevés, dessins et peintures, glorifient la ruralité chère aux idéaux pétainistes. Mais Vichy, qui découvre rapidement que le mouvement, loin d’être inféodé, est infiltré par les gaullistes, socialistes et communistes décide de le dissoudre en 1942.

Georges-Henri Rivière souhaite alors rapidement protéger les artistes réfractaires en délicatesse avec le pouvoir et crée les Chantiers intellectuels des arts et traditions populaires.

Perrot recruté par Edmond Humeau intègre le Chantier 1810 des ATP de à . Les artistes (peintres, architectes et photographes), sont envoyés à travers la France pour témoigner de l’habitat et des pratiques rurales en sursis « en interprétant les aspects intimes de la campagne française » avec le double regard d’artiste et d’ethnologue.

Ce périple le conduira en Franche-Comté, dans le Massif Central puis à Collioure. Plus de 400 dessins et gouaches de grand format (50x60 en majorité) remis au Musée national des Arts et Traditions populaires sont maintenant reversés et conservés au MUCEM à Marseille. Pendant la période comtoise il réalise plus de 150 dessins et gouaches du Doubs et du Jura, empreints de son intime connaissance de ces lieux familiers fréquentés depuis l’enfance.

Il s’intéresse aussi pour le compte des ATP à l’art brut et au travail de Xavier Parguey, vannier, sculpteur et vigneron qui sera admiré et collectionné par Dubuffet.

La période du Cantal

Perrot arrive dans le Cantal avec son épouse fin 1943 et y reste un an, très proche des habitants du Claux et de Cheylade et sensible à la bienveillance de leur accueil. Leur maison jouxte celle qui abrite Gaston Monnerville. Ils assistent, en , avant d’avoir connaissance du massacre, au passage de la division SS Das Reich qui descend d’Oradour-sur-Glane.

Son séjour, durant lequel il exécuta une centaine d’œuvres, est particulièrement documenté grâce aux recherches effectuées par l’Association Valrhue et Cantal patrimoine qui ont permis en 2021 l’organisation de l’exposition Hier le Cantal dessiné par René Perrot à Cheylade, accompagnée d’un catalogue illustré. Elle présentait de grandes reproductions photographiques (numérisées par l’Agence photographique de la RMNGP) de dessins et gouaches (conservés par les ATP/MUCEM) consacrés aux paysages, fermes et burons, ainsi qu’à des scènes traditionnelles de la vie quotidienne..

La découverte de Collioure, 1945-1946

L’arrivée en pays catalan fut déterminante pour son œuvre futur. Après un séjour au Pays basque et dans les Pyrénées, René et Madeleine Perrot arrivent dans ce petit port si souvent peint dès le début du siècle par Matisse, Derain ou Picasso.

La lumière, les ruelles colorées, les visages tannés par le soleil, les pêcheurs d’anchois et les ravaudeuses de filets, les outils de la vigne, les traditions - corridas, sardanes… - nourrissent son travail.

Il y rencontre René Pous, son épouse Pauline et leur fils «Jojo», propriétaires du Café des Sports, futur hôtel mythique des Templiers où se retrouveront bientôt tous les artistes, intellectuels et célébrités de passage, de Picasso à Joséphine Baker.

Fasciné par la peinture et plus encore par les peintres, qu’il accueille souvent avec une inlassable générosité, René Pous crée à l’intention des plus jeunes le Prix de Collioure, remis chaque année à l’occasion du Salon d’Automne et « arrosé » dans l’atelier de Perrot. L’amitié entre les deux familles sera indéfectible, créant des liens quasiment familiaux.

Picasso rejoint Collioure et fréquente Les Templiers avec ses enfants Maya, Claude et Paloma accompagnés de Françoise Gilot en 1953 puis de Jacqueline Roque et sa fille Catherine l’année suivante.

Un jour, Picasso et Perrot, qui avaient sympathisé, se promènent et vont s’asseoir autour de la chapelle Saint Vincent près du phare : « Tu vois, les gens nous regardent. Moi, Picasso, toi, le jeune peintre. Ils doivent se demander ce que l’on se raconte ! (Rires…) En fait, rien ! C’est bien d’être assis là, ensemble, à juste regarder la mer sans parler »..

Il meurt le à ..

Amitiés animales et chasse

Souvent accompagné d’animaux divers comme ses chiens ou de chats, son animal fétiche, presque totem, est la chouette et ses cousins hiboux, qu’il ne cessa de défendre et protéger. Il disait avoir été bouleversé dans son enfance par une hulotte trouvée clouée sur une porte de grange pour conjurer un supposé mauvais sort. Ces nocturnes seront inclus jusque dans ses tapisseries les plus monumentales.

Grisette, une petite chevêche née en captivité, qui lui fut confiée par un vétérinaire, vivra une dizaine d’années en semi-liberté dans son atelier parisien des années 1960.

Son goût pour ces rapaces le conduisit à réunir une collection hétéroclite de quelque 300 objets offerts par ses amis dont l’une d’elles, réalisée en feutre de vêtements par des carmélites d’Amiens sur la suggestion de l’une d’entre elles, ancienne camarade des Arts Déco, rentrée dans les ordres à la suite du décès de son compagnon tué pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il s’était aussi « lié » avec « Jean-Baptiste », sanglier du Jardin des Plantes qu’il venait dessiner dans son enclos aux heures de fermeture.

Profondément attaché à la nature et aux animaux mais aussi chasseur occasionnel de petit gibier, il reconnaissait que sa cartouchière renfermait de nombreux crayons et sa gibecière des carnets de croquis au grand dam indulgent des autres chasseurs auxquels il avouait n’avoir pas tiré car il n’avait pas vu ou que la cible était trop belle vivante.

Intérêt pour la préhistoire

Très intéressé par la préhistoire depuis son adolescence où il trouvait encore quelques dents de lions ou d’ours des cavernes dans les grottes comtoises, Perrot a été proche en particulier de Georges Le Poitevin dit « Jo », auteur de relevés des grottes du Tassili, de Marius Vazeilles qui lui offrit un imposant fragment de défense de mammouth ou de l’abbé Breuil, un habitué de la rue Duperré, auquel il dédia une tapisserie évoquant la grotte de Lascaux et qui lui fit remettre après son décès par sa secrétaire, miss Breuil (sic!), une canne à pommeau d’argent, cadeau d’un dignitaire chinois.

Voyages

Perrot a peu voyagé. En France, il produit quelques belles gouaches de Normandie avant la guerre, de Menton, des Alpes (1964/65) de Bretagne (1967) ou du Luberon mais reste surtout fidèle à ses trois régions de prédilection fréquentées chaque année: le Haut Doubs, le Massif Central et Collioure. Il les a dessinées et peintes pendant quarante ans, à toutes saisons et sans répétition en fonction de ses « périodes » successives. Paris, où il vivait pourtant, n’a guère retenu son attention.

Toutefois, la découverte des îles Canaries à la fin des années 1960 lui a révélé une flore luxuriante : poinsettia et strelitzia vont se retrouver dans des tapisseries majeures. En 1973, il rapporte plusieurs gouaches de l'Atlas et de la vallée de l’Ourika mais ignore Marrakech, trop éloignée de son univers.

Sports et loisirs

Amateur de rugby qu’il pratiqua en jeune joueur au PUC, il en revendiquait l’état d’esprit et lui consacra plusieurs œuvres, céramiques, dessins, gouaches, etc.

Carrière

Tapisserie

René Perrot est surtout connu pour les quelque 400 cartons originaux de tapisseries tissées - souvent en plusieurs exemplaires - à Felletin, Aubusson ou aux Gobelins, fruits de commandes officielles ou privées. Il est à l’origine du renouveau de cet art mural aux côtés de son aîné de vingt ans Jean Lurçat. En 1945 il est nommé conseiller artistique de la manufacture Rivière des Borderies (future manufacture Pinton), qu’il contribue largement à relever et remettre en activité en travaillant étroitement avec les ateliers creusois de basse lice. En 1946, il participe à l’exposition du Musée national d’Art moderne «La tapisserie française du Moyen Âge à nos jours» aux côtés d’artistes plus âgés que lui Lurçat, Picard le Doux, Saint Saëns et Dom Robert. Il convainc son ami Manessier, ancien de Jeune France, de créer un premier carton de tapisserie « La construction de l’Arche » qui sera tissé à Felletin contribuant à donner du travail aux lissiers.

En 1947, il rejoint à sa création l’ «Association des peintres cartonniers-France» et se consacre dès lors essentiellement à la tapisserie. Il en adopte les nouveaux codes: création de cartons dessinés aux dimensions réelles de l’œuvre tissée, recours à un numérotage correspondant à une charte précise de gamme de couleurs réunies en chapelet, palette chromatique drastiquement réduite.

Son inspiration puise dans la faune, la flore ou les fonds marins qu’il observe avec exigence comme en témoignent les nombreux dessins et études documentaires du monde animal, végétal ou minéral. Les couleurs éclatantes des fonds ou sujets sont aisément reconnaissables; l’univers poétique de ses œuvres, parfois inspirées du mille-fleurs médiéval ne ressemble à aucun autre.