La préfecture de Mô est située à l’ouest du Togo, dans la région centrale près de la frontière du Ghana.

La plaine de Mô est circonscrite entre 9°00’ et 8°30’ latitude nord, puis entre 0°50’ et 0°10’ de longitude est.

Elle occupe donc tout l’Ouest des monts Fazao et continue vers le Ghana avec une superficie d’environ .

Elle est limitée au Nord par le fleuve Mô, au Sud par les rivières Koue et Kpaza, à l’Est par les monts Fazao et à l’Ouest par le Ghana. L’accès à la plaine se fait exclusivement à partir de la ville de Bassar, qui relève de la région de la Kara, par une route de de long rendue praticable après la récente construction d’un pont de en 2009 sur le fleuve Mô.

Démographie

La population de la Plaine de Mô est estimée à environ en 2018 contre en 2010, en 2005 et en 1996.

Le taux d’accroissement démographique annuel qui est de l’ordre de 5,16%, a enregistré une tendance à la baisse : Il était de 8% entre 1981 et 1996 et de 12% entre 1970 et 1981.

Climat

La plaine de Mô, à l’instar de toutes les localités de la préfecture de Sotouboua (région Centrale) et de celles de la Préfecture de Bassar (région de la Kara), est caractérisée par un climat semi-humide, de type soudano-guinéen perturbé par l’effet de l’harmattan, vent sec et poussiéreux du désert qui souffle du nord au Sud de décembre à février.

Ce climat est marqué par deux grandes saisons : une saison pluvieuse (d’avril à octobre) et une sèche (de novembre à mars).

Relief

On distingue trois grands types de paysages dans la zone de Mô :

au sud de Bassar et sur toute la zone de Baghan-Tchapossi, remontant vers le Nord, un paysage de collines plus ou moins vallonnées issues de trois systèmes de relief :

à l’Est le système Fazao qui va rejoindre la branche Sud de l’Atakora, au Centre, le système de Katcha qui remonte à l’Est de Tchapossi et de Dimori vers Kanbou, à l’Ouest le système de Kamkpalle qui est parallèle à la frontière ghanéenne et qui isole Yakedji ;

ces collines bornent au Nord, les plaines basses de la rive droite de, la plaine du Mô ;

tout le long de la falaise Fazao, une zone de piedmont s’étendant du pied de la falaise jusqu’aux plaines de bordure de la rive gauche du Mô, avec de nombreux ruisseaux descendant de la falaise et s’étalant à leur rencontre avec le Mô ;

une plaine au Sud légèrement vallonnée, centrée sur Djarkpanga, dominant les plaines alluviales de la rive gauche du Mô et allant jusqu’à la frontière ghanéenne à Tindjasse.

Hydrographie

Le réseau hydrographique de la plaine appartient au bassin de la Volta.

Elle comprend une multitude de cours d’eau et leurs affluents. On peut énumérer entre autres :

le Mô et ses affluents, le Kagnigbara, le Pougarini, le Bona, le Kanian, le Naolo, le Kale, le Boubou, le Sako et le Kone ; le Sako, affluent le plus important, comporte plusieurs sous affluents, principalement, Agorobani, Takourabnoou, Ouhokou et Mbale ; le Kpaza et ses principaux affluents le Koue faisant frontière avec le Ghana voisin au Sud-Ouest, le Mou, le Kabate et le Koundale.

Le Mô prend sa source dans les Monts Aledjio, tandis que la plupart de ses affluents dans la plaine d’une part, et le Kpaza et ses affluents d’autre part, prennent naissance dans les Monts de Fazao.

Les cours supérieurs de ce réseau hydrographique sont donc très rapides avec des pentes dépassant parfois 1% provoquant ainsi d’importants ravinements des lits, ce qui entraîne le plus souvent une destruction de la forêt galerie par déracinement d’arbres et un encombrement de ces lits par des matériaux charriés.

Dans la plaine, les pentes des lits des cours d’eau s’adoucissent, variant entre 0,5 et 1%. Les matériaux entraînés dans les cours supérieurs se déposent alors en formant des dépôts alluvionnaires dans les bas-fonds où l’érosion est peu marquée.

Les rivières Mô et Kpaza, principaux cours d’eau de la plaine, se jettent dans l’Oti au Ghana.

Du point de vue topographique, plusieurs cours d’eau de la plaine présentent des lits plus au moins encaissés pouvant offrir des sites intéressants pour des aménagements hydro-agricoles.

Hydrologie

L’hydrologie des cours d’eau de la plaine n’est pas très fournie. Hormis le Mô qui a disposé d’une station hydrométrique bien suivie à Boungoulou de 1971 à 1987, les autres cours d’eau ne sont pas bien connus. Histoire du peuplement de la plaine de Mô

Peuplement ancien et routes caravanières Le peuplement ancien de la plaine de Mô est étroitement lié aux échanges entre les régions correspondant aujourd'hui au nord du Bénin, au centre et au nord du Togo et au nord du Ghana. Aux , une importante route caravanière reliant le pays haoussa au centre commercial de Salaga traversait notamment le pays tem et la plaine de Mô. Jean-Claude Barbier décrit l'axe central de la plaine comme organisé autour de deux importantes chefferies têm, Bulohu (Boulohou) et Djérèkpanga (Djarkpanga), dont le peuplement est ancien et associé à cette voie commerciale.

L'ouvrage collectif Histoire des Togolais : des origines à 1884, publié sous la direction de Nicoué Lodjou Gayibor, décrit plus précisément cet itinéraire. Après avoir franchi les Monts Fazao, les voyageurs descendaient la falaise de Boulouhou par Souroukou pour les piétons ou par Tassi pour les caravanes accompagnées d'ânes. La route traversait ensuite la plaine par Boulouhou et Djérèkpanga, puis se dirigeait vers Nakpali, Bimbila et enfin Salaga. Une autre synthèse historique consacrée au peuplement du Togo présente Fazao et Boulouhou comme deux chefferies anciennes contrôlant respectivement l'entrée orientale et l'entrée occidentale de ce passage de la route de Djougou à Salaga.

Les travaux démographiques de l'ORSTOM distinguent également, dans les recensements de 1960 à 1981, Bulohu, Djérèkpanga et Suruku au sein de la zone centrale de la plaine, tandis que Folo et Kagnanbara sont classés dans sa partie septentrionale et Tassi dans sa partie méridionale.

Conflits régionaux au XIXe siècle et bataille de Tassi Au , la région de la plaine de Mô et les territoires voisins sont marqués par les rivalités entre plusieurs chefferies et puissances régionales, notamment le pays bassar, le Dagomba et les différentes chefferies du pays tem.

Les sources historiques font état de plusieurs expéditions dagomba contre le pays bassar sous le règne de Na Abdulaï. Selon Histoire des Togolais, une première expédition intervient en 1856 et conduit à la capture de plusieurs centaines de personnes. Un second conflit majeur se déroule autour des années 1870. Bassar est alors occupé pendant environ trois ans par les Dagomba ; une partie de la population se réfugie dans les régions tem voisines, tandis qu'une autre se replie dans les montagnes de Bassar et poursuit la résistance. Les forces dagomba finissent par se retirer.

Ces affrontements se déroulent dans un espace stratégique traversé par d'importantes routes commerciales reliant notamment le pays tem, le pays bassar, le Dagomba, le Nanumba et Salaga. La traversée des Monts Fazao s'effectuait notamment par la falaise de Boulohou : Souroukou constituait un passage pour les voyageurs à pied et Tassi pour les caravanes accompagnées d'ânes, avant que la route ne traverse la plaine par Boulohou et Djérèkpanga.

À la fin du , la pénétration coloniale allemande et la modification des circuits commerciaux provoquent de nouvelles tensions. Le chef de Boulohou, Ouro Banya, s'oppose à plusieurs reprises au passage des représentants allemands vers le nord, notamment à celui de Ludwig Kling en décembre 1889 puis à celui de von Doering en novembre 1893.

Le conflit culmine le 6 mars 1896 lors de la bataille de Tassi, également orthographié Tachi. Revenant de Kparatao vers Kété-Kratchi, l'administrateur allemand von Zech se fait accompagner par la cavalerie du Tchaoudjo afin de contraindre Ouro Banya à accepter le passage allemand. À Tassi, la colonne se heurte aux guerriers de Boulohou et de Souroukou. Les cavaliers sémassi alliés aux Allemands prennent part à l'affrontement et des villages du piémont sont ensuite saccagés et incendiés. Jean-Claude Barbier et Bernard Klein mentionnent également l'intervention des cavaliers sémassi dans les villages du piémont de la plaine de Mô, notamment Tassi, Souroukou et Boulohou, à l'occasion du passage de von Zech en mars 1896.

Après la défaite, Ouro Banya se réfugie à Bassar. En juillet 1897, le docteur Kersting intervient comme médiateur et conduit le chef de Boulohou à Kparatao, où celui-ci fait acte de soumission dans le nouvel ordre politique imposé par la présence allemande et son alliance avec la cavalerie du Tchaoudjo.

Ces épisodes montrent que la plaine de Mô constituait au un espace stratégique où se croisaient les intérêts des chefferies locales, des puissances régionales et, à partir de la fin du siècle, de l'administration coloniale allemande. Les transformations des routes commerciales, notamment celles de la cola, contribuèrent également à modifier les rapports économiques et politiques entre Boulohou, Tchaoudjo et les autres centres de la région.

Transformations démographiques à partir de 1969 Jusqu'aux années 1960, la plaine de Mô reste faiblement peuplée et entretient d'importantes relations économiques et migratoires avec le Ghana. Selon Jean-Claude Barbier, sa population passe de 3 493 habitants en 1960 à 2 622 en 1970, cette diminution étant notamment liée à une forte émigration vers le Ghana.

La situation change profondément à partir de 1969. Le gouvernement ghanéen de Kofi Abrefa Busia adopte cette année-là l’Aliens Compliance Order, qui impose aux étrangers dépourvus de titre de séjour régulier de quitter le Ghana. Barbier identifie cette mesure parmi les événements ayant contribué au retournement démographique de la plaine de Mô. Il relève parallèlement une forte immigration en provenance du Ghana dans la partie sud-ouest de la plaine, notamment autour de Tindjassé et Saïboudé, avec une extension du peuplement en direction de Djérèkpanga.

Entre 1970 et 1981, la population recensée de la plaine passe ainsi de 2 622 à 9 075 habitants. Barbier attribue cette forte croissance aux mouvements migratoires de la période et distingue quatre principaux ensembles de peuplement : l'axe central ancien de Bulohu-Djérèkpanga, l'axe de piémont longeant les monts Fazao, les villages établis le long du Mô et la zone d'installation issue des mouvements migratoires venus du Ghana.

Époque ancienne

Organisation ancienne du peuplement et des chefferies de la plaine de Mô Le peuplement ancien de la plaine de Mô résulte de mouvements successifs de populations et de l'organisation progressive de plusieurs chefferies établies le long des voies commerciales reliant le pays tem, le pays bassar, le nord de l'actuel Ghana et le grand centre commercial de Salaga.

Jean-Claude Barbier distingue dans la plaine plusieurs axes anciens de peuplement. L'axe central est caractérisé par deux importantes chefferies têm, Bulohu (Boulohou) et Djérèkpanga (Djarkpanga). Il considère leur peuplement comme ancien et le relie à l'existence, aux , d'une route caravanière reliant le pays haoussa à Salaga en passant par le pays kotokoli. Dans son analyse des recensements, il regroupe également Suruku (Souroukou) dans cette zone centrale, tandis que Tassi, Adamdé, Kwéda et Agbamasumu apparaissent dans la partie méridionale de la plaine.

La fondation de Boulohou est rattachée dans la littérature scientifique au pays bassar. Jean-Claude Barbier et Bernard Klein indiquent que des Nataka du pays bassar fondèrent Bulohu, au débouché occidental des montagnes kotokoli. Les auteurs précisent que les chefferies constituées le long des routes commerciales accueillaient ensuite des groupes d'origines diverses. vignette|Schéma de représentation de la plaine de Mô et de ses espaces voisins.