vignette|Barthélemy l'Anglais, Livre des propriétés des choses (détail), fin du , BnF, Paris. Ms.Français 218, f°111 r° Les apothicaires et apothicairesses sont les précurseurs des pharmaciennes et pharmaciens d'aujourd'hui. Ils préparaient et vendaient des médicaments et des breuvages pour les malades. L'apothicaire est également un marchand . Au , les « apothèque » (ou « apotica ») sont des entrepôts de marchandises, mais pas la « boutique » de l'apothicaire. Le terme devient fréquent dans les inventaires du . On trouve également le terme « apothecarius » (qui vient du latin et signifie « boutiquier »). Au Moyen Âge, notamment à Bagdad sous le califat abbasside, dès l'an 754, on trouve des boutiques d'apothicaires tenues par des pharmaciens arabes. au et à partir du .

Histoire

Les apothicaires durant l'Antiquité La première ordonnance connue date d'environ 2000 avant J.-C et a été trouvée en Mésopotamie. Cependant, la fonction d'apothicaire pourrait remonter à 2600 av. J.-C. à Sumer où des textes médicaux, mêlés à des incantations religieuses, sont attestés sur deux tablettes d'argile dont les cunéiformes mentionnent des symptômes, des prescriptions et des conseils pour les combiner. Le papyrus Ebers de l'Égypte ancienne, écrit autour de 1550 av. J.-C., contient une collection de plus de 800 prescriptions et mentionne plus de 700 médicaments différents. Ou encore celui de Brugsch (ou papyrus Berlin 3038), célèbre pour son test de grossesse et pour son influence considérable sur la médecine grecque et romaine. En Grèce antique, Dioscoride écrit son traité De materia medica vers 60 après J.-C. qui fournit une base scientifique et critique aux pharmacopoles, droguistes qui fabriquent et vendent leurs produits chimiques aux médecins (les plantes médicinales sont quant à elles préparées par des herboristes).

Il existe un lien quelque peu étroit entre la médecine et le métier d'apothicaire qui est non négligeable. Ainsi, les œuvres d'Hippocrate (460-377 avant J.-C), père de la médecine, auteur de grands ouvrages médicaux durant l'Antiquité mais aussi de Galien (v. 131-201) médecin de Pergame ont été transmises par les Arabes qui occupent le bassin méditerranéen après la chute de la civilisation gréco-romaine.

Les apothicaires au Moyen Âge et à l'époque moderne Avant toutes choses, il faut savoir que depuis le Moyen Âge, les saints Côme et Damien sont les saints patrons des médecins et des pharmaciens. Frères jumeaux dit frères anagyres, c'est-à-dire qu'ils soignent sans accepter d'argent conformément à l'idée de charité qui est l'une des obligations de la foi chrétienne. L'attribut de saint Côme est l'urinal, celui de saint Damien la spatule et la boîte à médicaments ou un pot d'onguent. Ainsi, saint Côme serait thérapeute, le médecin mirant l'urine présente dans l'urinal et saint Damien, le préparateur de médicament, et donc l'apothicaire.

L'apothicaire au Moyen Âge Jusqu’en 640, date de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, les apothicaires sont ambulants et confondus avec les charlatans. Des boutiques d'apothicaire tenues par des pharmaciens arabes existent au Moyen Âge à Bagdad dès l'an 754 sous le califat abbasside. Des apothicaires sont également présents dans l'Espagne musulmane dès le , ils utilisent notamment des grabadins c'est-à-dire des antidotaires arabes. Les connaissances pharmaceutiques antiques sont alors transmises par les médecins arabes à l'Occident. En effet, les Arabes commencent d'abord par réaliser un travail considérable de traduction, à l’initiative du Calife Hâroun ar-Rachîd (755-809), alors contemporain de Charlemagne. Johannitus, de son vrai nom Hunayn Ibn Ishaq (809-873), nestorien (partisan d'une doctrine christologique considérant que coexistent une hypostase divine et une autre humaine en Jésus-Christ), traduit l’œuvre de Galien avec plusieurs de ses élèves, posant ainsi la base de la médecine arabe. L'Iranien Rhazès (Al Razi, 865-925) inaugure l'âge d'or de cet art. Il est médecin dans un hôpital, à Bagdad, ainsi pour l’hygiène et la diététique, il s'inspire d'Hippocrate et pour le domaine pharmaceutique, il suit les préceptes galéniques. Pourtant, les Arabes n'apportent rien de révolutionnaire à l'art de guérir, notamment parce que la dissection des cadavres et la représentation du corps humain sont interdites pour des raisons religieuses. Toutefois, les médecins-apothicaires arabes vont élargir les connaissances botaniques et vont considérablement développer la science des drogues et améliorent la préparation des remèdes. Les Arabes ont donc créé en quelque sorte le métier d'apothicaire.

Après l'An mil, le champ d'action s'élargit pour les apothicaires en Occident. La technique chimio-pharmaceutique dans son ensemble (distillation, sublimation, cristallisation, extraction), aussi bien que les méthodes de l'élaboration des remèdes composés (poudres, pilules, décoctions, électuaires, onguents, emplâtres, huiles, eaux distillées) et le magasinages, tout cela exigent beaucoup de temps, de peine et de locaux appropriés. L'indépendance de l'apothicaire réside dans l'activité artisanales très anciennes des collecteurs et marchands de remède, qui font le commerce de drogues, simples, racines etc., parallèlement à l'achat, à la préparation, au stockage et à la vente des épices.

C'est à partir du que l'on commence alors à parler d'avènement ainsi que de développement de l'apothicairerie à proprement parler. En effet, au , la spécialisation et l'extension des fonctions de médecins-apothicaires amènent un partage des fonctions. Des textes officiels vont alors délimiter les attributions et compétences respectives des médecins et de l'apothicaire, notamment les célèbres Constitutions de Melfi, son nom d'origine le Liber Augustalis, instauré en 1231 par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, et est constamment revue et augmenté jusqu'en 1241. C'est donc à cette date qu'un important complément est donné à cette Constitution soit l'Édit de Salerne. Au terme donc de ces Constitutiones, le médecin ne doit pas faire cause commune avec l'apothicaire ni posséder une pharmacie. On peut lire dans le chapitre des confectionarii ceci : « Les apothicaires doivent élaborer les remèdes à leurs frais sous surveillance médicale selon les termes de la Constitution. En outre, ils ne sont pas autorisés à s'établir s'ils n'ont pas prêté serment de préparer sans duperie tous leurs remèdes d'après les dispositions ci-dessus. Le gain de l'apothicaire doit se calculer comme suit : sur les préparations et les médicaments simples qui, d'ordinaire, ne sont pas conservés plus d'un an à dater du jour d'achat, il peut prendre trois taris par once. Mais sur les remèdes gardés en réserve plus d'un an, vu leurs propriétés ou pour toute autre raison, il a le droit de demander six taris par once. De plus, les pharmacies ne doivent pas s'ouvrir n'importe où, mais dans certaines villes du royaume, aux conditions indiquées ultérieurement.» (Le taris ou tarin, est une monnaie instaurée au par les émirs arabes de Sicile, il s'agit de la première grande monnaie d'or en Occident, c'est l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen qui en fait la monnaie officielle de l'Empire, en 1231).

Il peut noter que dans plusieurs archives, notamment celles présentes dans les archives départementales de la Côte-d'Or, à Dijon, on trouve la mention dapothicaire au . Parfois même on trouve en même temps les termes « valet de chambre et apothicaire ». L'appellation « valet de chambre » n'a rien de péjoratif, au contraire, puisqu'il s'agit d'un serviteur privé ou encore d'une personne de confiance et de dévouement envers son maître. Au Moyen Âge, être valet de chambre était un titre envié puisque sa valeur se mesurait à celle de son maître. Ainsi, l'existence des apothicaires étaient pour certains attachés au service des princes, mais on ignore quels étaient leur rôle, ici au sein de la cour ducale de Bourgogne, ni même quelles étaient leurs attributions.

Afin d'expliquer le travail d'un apothicaire, nous prendrons l'exemple du Tacuinum sanitatis, œuvres orientale du écrit par Ibn Butlan, lui-même médecin et nestorien irakien. Il écrit donc le Taqwim al-Sihhah, qui voudrait dire littéralement « La préservation de la santé » qui traduit en latin donna le titre Tacuinum Sanitatis. Ses travaux traitent de l'hygiène, de la diététique ainsi que de l'exercice physique. Cette œuvre a été très populaire durant le Moyen Âge en Occident, il est pour certain considéré comme une « preuve » de l'influence de la culture arabe sur le développement de l'Europe. On connaît alors six exemplaires illustrés de ce traité. L'un d'entre eux contient des enluminures réalisées par des artistes Lombard aux et s. Ces enluminures sont intéressantes puisque plusieurs d'entre-elles représentent la vie urbaine en Italie du Nord à la fin du Moyen Âge. En effet, le Tacuinum Sanitatis nous renseigne sur le commerce et la consommation des produits dit locaux. On représente alors déjà des scènes rurales mais aussi urbaines, nous pouvons ainsi voir le quotidien des citadins. On y voit des commerçants, on nous montre leurs boutiques : le commerce des produits alimentaires, les boucheries, les poissonniers et les poissonneries, les fromageries et échoppes de produits laitiers, Pains et céréales, les vins… puis, un commerce que l'on qualifie « d'à part » : les épiciers-apothicaires. On peut également considérer qu'en général, la fonction d'apothicaires présent dans les villes jouissent d'une situation stable, honorable et bien évidemment rémunératrice. vignette|Ms. Latin 9333, f°89, Tacuinum Sanitatis, article « sucre », Allemagne du Sud, , BnF, Paris. Les échanges dans ces boutiques se font alors par la remise d'une ordonnance prescrite par le médecin. L'apothicaire n'exerce pas la médecine mais il peut, sans ordonnance, vendre des épices de tables, de l'huile, du papier, des cierges et du matériel d'officine (mortier ou alambic). L'apothicaire possède également dans sa boutique la balance à fléau puisqu'il doit peser les achats avant de les vendre, il est considéré maître des poids et mesures. En plus de tout cela l'apothicaire peut aussi être un confiseur. Cependant, nous pouvons rappeler cette citation de l'ordonnance royale de 1514 qui explique que : « Qui est espicier n'est pas apoticaire et qui est apoticaire est espicier ».

C'est ainsi que naît la profession des aromatarii, des confectionarii et des stationarii (magasiniers). Confectionarii ne signifie pas seulement confiseurs au sens propre, cela correspond aux préparateurs des médicaments qui sont généralement exécrables, mais qui par le miel et le sucre se transforment en électuaires (sorte de pâte) et sirops de meilleur goût. Ces confections sont souvent mentionnées dans les antidotaires. Quant au sucre, les préparations dans lesquelles il entre coûte très cher à cette époque, et n'est souvent vendu que chez les apothicaires.

Les outils de l'apothicaire : de l'herbier aux mobiliers L'outil principal de l'apothicaire, qu'il soit en monastère ou en ville, est l'herbier ou herbarii en latin. Les herbiers sont des albums botanique et forme une catégorie particulière de la littérature pharmaceutique. Ils apparaissent aux et siècles, grâce à cet outil, on va pouvoir utiliser les plantes à des fins thérapeutiques, sans confusions puisqu'il sera plus facile d'identifié les plantes ou herbes recensés. Les herbiers précisent généralement leur apparence extérieur mais aussi leur mode de conservation et de préparation, ainsi que leurs indications médicale et la posologie. L'herbier devient donc indispensable pour les médecins et pharmaciens. Cependant, la distinction entre les plantes condimentaires et celle des herboristes bien que faite, il n'en est pas moins difficile de classer une plante dans une catégorie ou dans une autre, comme la moutarde par exemple, puisque certaines plantes avaient aussi bien un usage alimentaire et pharmaceutique.