L'histoire industrielle des Schneider présente la création au Creusot, puis le développement, d'un empire industriel, et les membres de la famille Schneider concernés.

Une des premières dynasties industrielles en France vignette|Les Usines du Creusot vers 1882. Les Schneider ont créé puis développé l'empire industriel Schneider et Cie qui trouve son origine dans les établissements du Creusot. De 1837 à 1960 quatre générations, de père en fils, se sont succédé à sa tête :

Eugène 1er (1836-1875) ; Henri (1875-1899) ; Eugène II (1899-1942) ; Charles (1942-1960). Citons également Adolphe, cofondateur avec son frère cadet d'Eugène , disparu prématurément en 1845.

Cet empire constitue le premier groupe industriel français d’importance internationale au . Ce développement est possible grâce à l’adaptation permanente des outils de production au marché et à la création d’un système social environnant qui permet de soutenir cette expansion.

Des traits communs se distinguent au-delà des différences de personnalités entre les dirigeants. Malgré leur absence de formation technique, les deux fondateurs suivent des cours au Conservatoire des Arts et Métiers à Paris. Ils sont travailleurs, méthodiques jusqu’à la maniaquerie, autoritaires, voire colériques, mais ils savent s'entourer de collaborateurs de grande qualité. Le réflexe dynastique imaginé par Eugène est une école d’apprentissage dure mais fructueuse. Tous ces dirigeants connaissent les fondamentaux de leurs activités industrielles, même quand ils en mettent en œuvre de nouvelles. Ils sont aussi curieux de l’évolution du monde industriel autour d’eux, grâce à des séjours à l’étranger et au réseau de correspondants qu’ils mettent en place dès le milieu du . Ils ont manifestement une « vision à long terme » dont la mise en œuvre est facilitée par la longueur exceptionnelle des « règnes ».

L’implantation des Schneider au Creusot L’industrie métallurgique était implantée dans la région du Creusot-Montcenis depuis la fin du . De multiples entrepreneurs se sont succédé sans parvenir à pérenniser cette activité. Les Schneider s’y sont intéressés en 1835, grâce à leur connaissance de la situation financière de ces sociétés au Creusot et l’opportunité apportée par les débuts du développement du chemin de fer, inventé en Angleterre, et dont le potentiel permettait d’espérer un développement en France, puis à l’étranger.

Le , après avoir trouvé un difficile montage financier, François-Alexandre Seillière, Louis Boigues, propriétaire des Forges de Fourchambault et les frères Adolphe et Eugène Schneider, se portent acquéreurs de tous les établissements du Creusot. Adolphe et Eugène Schneider deviennent les cogérants de la nouvelle société : Schneider frères et , société en commandite par actions.

La stratégie des Schneider s'appuie alors sur une analyse d'objectifs industriels à viser pour assurer son succès.

Objectifs industriels

Sécurité d’approvisionnement (minerais charbon et fer, eau, énergie) Les ressources de proximité (mines de charbon du Creusot, de Montchanin et minerai de fer de Mazenay) s’avèrent très vite insuffisantes, Schneider est contraint de rechercher d’autres sources d’approvisionnements par acquisitions ou prises de participations : Decize-la-Machine, Montaud, Brassac et plus tard La Campine en Belgique pour le charbon, l’île d’Elbe, l'Espagne, l'Algérie puis Droitaumont pour le minerai.

De même, les besoins considérables en eau industrielle ont amené les Schneider à construire de multiples barrages-réservoirs, également nécessaires pour alimenter la ville ouvrière en pleine expansion.

Enfin, quand l’électricité remplace la vapeur, à la fin du , Schneider se positionne en client privilégié : Le Creusot est plus tard relié en ligne directe au barrage de Chancy-Pougny.

Logistique de transport et de livraison (Chantiers de Chalon et Canal du Centre) L’existence du canal du Centre lors de l’acquisition par les Schneider est l’occasion d’imaginer une liaison Le Creusot-Chalon pour assurer les débouchés de la production qui doit croître de façon importante. Les tronçons manquants sont construits (voie de chemin de fer vers la rigole de Montchanin) et financés par Schneider. Un établissement industriel est consécutivement créé à Chalon-sur-Saône en 1839 pour y accueillir les fabrications de batellerie et de charpentes métalliques.

Amélioration constante de l’outil industriel Les deux frères Adolphe et Eugène mettent en œuvre immédiatement une action de modernisation de l’outil industriel. La modernisation des hauts fourneaux, les fours à puddlage manuels puis mécaniques, le marteau pilon, les ateliers de mécanique, la substitution de l’acier à la fonte pour les pièces vitales des locomotives en sont les exemples emblématiques de la première période de leur action. Cette action d’innovation sera poursuivie par Eugène après la mort d’Adolphe, puis par Henri dans le domaine de la métallurgie (procédés Bessemer et Thomas, presse hydraulique). L’intégration verticale (métallurgie et mécanique) permet de fluidifier le processus industriel et d’amortir les crises conjoncturelles.

Le développement interne de certaines de ces innovations (locomotive) permet de rattraper l’Angleterre et même d’y remporter des succès commerciaux dans leur pré carré. Cette politique d’innovation interne s’affaiblit au , qui voit la société se tourner plus volontiers vers des acquisitions de licences.

Formation des ouvriers et cadres Il n’y a pas de passé industriel significatif dans la région du Creusot. Il faut donc recruter la main d’œuvre dans la campagne environnante (et plus tard à l'étranger : Polonais, Italiens ...) et la former sur place. Ce mouvement de concentration est à l’origine de la création de la ville autour de l’usine. Il nécessite des écoles de formation qui s’adressent à tous les niveaux de compétences, du manœuvre jusqu’à l’ingénieur. Elles sont intégralement financées et organisées par les Schneider, qui favorisent la création d’une école de « contremaîtres » à Cluny en 1891, qui devient école d’ingénieurs en 1901 (ENSAM). Ces écoles constituent également un point de fixation et de fidélisation du personnel en complément de la politique du logement.

Les évolutions du marché sous la dynastie Schneider

Les évolutions du marché : Le chemin de fer (1837-1870)

Le marché du chemin de fer vignette|Locomotive "La Gironde" Il constitue le premier débouché de la période qui va jusqu’en 1870. C’est lui qui motive le développement et la mise au point de la locomotive « La Gironde » construite dans un temps record après l’arrivée des Schneider (1838).

La construction métallique de ponts et de gares (pour accompagner le chemin de fer) et les sociétés d’équipement. Le corollaire immédiat réside dans la nécessité de proposer des structures en charpentes métalliques (ponts et gares) qui seront fabriquées à Chalon (expédition plus facile dans le monde entier). Elles nécessitent de créer des sociétés d’équipement locales et internationales indispensables pour leur mise en place.

Génie civil

Un prolongement naturel est constitué des travaux de génie civil, qui sont indispensables à l’implantation, des ponts. Une association avec le constructeur local est nécessaire. La technique des caissons de fondation de ponts récemment inventée, et qui permet aux ouvriers de travailler sous l'eau pour l'édification des fondations de piles, donne un nouveau débouché à Chalon qui en est le fabricant. Ces constructions induisent naturellement le besoin de vannes et d'écluses permettant de relever le niveau des fleuves pour en assurer la navigabilité. Les chantiers de Chalon en sont naturellement les concepteurs et fabricants.

La construction navale

Dans les mêmes chantiers de Chalon, on construit des bateaux métalliques de rivière puis de mer, équipés de chaudières à vapeur qui supplantent progressivement les bateaux en bois et la navigation à voile. Un marché militaire apparaît à la fin du et au début du avec les bateaux cuirassés et les sous-marins. Tous ces marchés constituent un important débouché pour les tôles du Creusot.

Les évolutions du marché : L’armement (1870-1918) La défaite de la guerre de 1870 constitue un choc pour les dirigeants de l’époque ; notamment en ce qu’elle démontre la supériorité des canons allemands en acier. Adolphe Thiers se tourne naturellement vers Schneider pour leur demander de développer et d’améliorer cette technique afin de régénérer cet avantage militaire.

Les canons en acier Ceci conduit à la mise au point par l’Armée du canon de 75 mm, à culasse à vis et amortisseur de recul, qui bénéficie également des avancées dans le développement d’un acier suffisamment résistant. La rivalité entre le corps des artilleurs et Schneider est résolue par un partage des fabrications, l'entreprise ne travaillant que sur les gros calibres (canons et munitions). À partir de 1884, la libération de l’exportation d’armes incite Schneider à créer les ateliers d’armement capables de réaliser la finition par usinage des pièces forgées et ébauchées. Ils se développent rapidement jusqu’à la Première Guerre mondiale, essentiellement grâce à l’exportation.

Les munitions Les munitions sont un complément évident des canons et leur production génère rapidement des chiffres d’affaires considérables en cas de conflit. Celles-ci sont réparties dans un grand nombre d’usines sur le territoire français et ne représenteront jamais une part significative des fabrications au Creusot.

Les blindages Ce sont les blindages qui font la réputation de Schneider, avant les canons, par la mise au point des aciers au nickel, Ce succès est le véhicule de la renommée internationale de la société.

Les évolutions du marché (1918-1940)

La fin de la guerre se traduit par une contraction du marché militaire. Henri Schneider voit aussitôt le potentiel de la nouvelle technique qu'est l’équipement électrique ; mais c’est Eugène II, son fils, qui la mettra en œuvre. À l'inverse, les tentatives timides d’entrée dans les secteurs de l’automobile et de l’aviation qui émergent au début du siècle, sont sans lendemain.

La construction électrique Bien que l’électrification des ateliers débute au tournant du siècle, Schneider n’a pas intégré cette technique pour un développement interne et a acquis des licences de fabrication auprès des divers constructeurs, en particulier Westinghouse. Seules les applications sur les métiers de base sont véritablement développées : les fours électriques et les locomotives électriques.

Les aménagements fluviaux et maritimes L’entre-deux guerres voit le développement d’aménagement portuaires et fluviaux (écluses, conduites forcées, turbines hydroélectriques) dans lesquels Schneider prend toute sa part au Creusot ainsi qu’à Chalon-sur-Saône.

Les évolutions du marché (1940-1960) La disparition d’Eugène II en 1942 fait peser sur son fils Charles l’écrasante charge de reconstruire l’usine et la ville du Creusot après les bombardements qu’elles ont subis.

La reconstruction Elle est effectuée relativement rapidement grâce aux aides gouvernementales et américaines. La reconstruction du pays et les 30 glorieuses redonnent un coup de fouet à la production dans tous les domaines. Le tissu commercial encore présent permet de renouer avec l’exportation. L’absence de moyens financiers et de volonté industrielle fait la Société se tourner vers des acquisitions de licences tous azimuts en provenance de l’étranger.

Le nucléaire civil et militaire Le seul nouveau domaine dans lequel Schneider se développe est le nucléaire. Dès les années 1950, le CEA confie au Creusot les gros équipements de ses réacteurs de recherche et de production plutonigène. Cette expertise précieuse lui permet de créer la société Framatome en 1958, en association avec Westinghouse, partenaire ancien.

La recherche de nouvelles techniques