La rue des Charpentiers (en alsacien : Zimmerlitgass) est une voie de Strasbourg rattachée administrativement au quartier Centre. Elle va du de la rue Brûlée au de la rue des Juifs.

Histoire et toponymie vignette|upright|gauche|Plaque bilingue, en français et en alsacien. Rue étroite et sinueuse, elle doit une partie de sa topographie à une survivance du quadrillage romain, alors que l'autre a une origine médiévaleRoland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue des Charpentiers », in Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), . Avec la rue des Juifs qui lui est perpendiculaire, elle formait un périmètre où était très tôt installée la communauté juive de Strasbourg, qui a été anéantie par un massacre lors de la peste noire de 1349« Le quartier juif de Strasbourg », Les Juifs et le judaïsme dans l'art médiéval en Alsace,2003 .

Au fil des siècles, la voie porte successivement différentes dénominations, en allemand ou en français : Bippernanzgasse (1247), Bippermannsgasse (1437), Bimpernanzgasse, ou Pimpernusgasse (1580), Zimmerleutgasse (1637), rue des Charpentiers (1792), rue de l' Amitié (1794), rue des Charpentiers (1817, 1918), Zimmerleut-Gasse (1817), Zimmerleutgasse (1872, 1940), puis à nouveau, rue des Charpentiers en 1945Maurice Moszberger (dir.), « Charpentiers (rue des) », in Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), . vignette|gauche|upright|Armoiries de la corporation des Charpentiers, par F.-K. Heitz, 1856. Adolphe Seyboth, s'appuyant notamment sur les recherches de Paul RistelhuberPaul Ristelhuber, Strasbourg et Bologne : recherches biographiques et littéraires sur les étudiants alsaciens immatriculés à l'université de Bologne de 1289 à 1562, Leroux, 1891, , estime que la rue tient son nom d'origine du (Zum Bippernatz), une auberge qui pourrait avoir appartenu à un certain Ignace Bipper (familièrement nommé « Bipper Natz »). Ce nom aurait ensuite été corrompu, à partir d'une « vague consonance », pour donner notamment Bippernanzgasse, Bimpermann, voire Pimpernuss « (pistacheAdolphe Seyboth, Strasbourg historique et pittoresque depuis son origine jusqu'en 1870, L'Imprimerie alsacienne, 1894, »). De son côté, Jean-Daniel Schoepflin note en 1852 que la tribu des Charpentiers avait pour enseigne Zum Pimpernuss (« À la Pistache »), dans la ZimmerleutgasseJean-Daniel Schoepflin, L'Alsace illustrée, François Perrin, 1852, .

Cette corporation des Charpentiers, qui donne ensuite son nom à la rue, y a installé son « poêle » (siège) en 1446. Selon Friedrich Karl Heitz, qui, en 1856, consacre une étude approfondie aux corporations de Strasbourg, elle y est restée jusqu'en 1666, avant d'être transférée au de la rue de la Nuée-Bleue Friedrich Karl Heitz, « 18. Die Zimmerleut-Zunft, » Das Zunftwesen in Strassburg. Geschichtliche Darstellung, begleitet von Urkunden und Aktenstuecken. Mit einem Vorworte von Ludwig Spach, Heitz, Strasbourg, 1856, , .

Des plaques de rues bilingues, à la fois en français et en alsacien, sont mises en place par la municipalité à partir de 1995« L'alsacien a droit de rue à Strasbourg », Libération, 31 mars 1995, . C'est le cas de la Zimmerlitgass.

Bâtiments remarquables vignette|gauche|upright|Maisons à encorbellement (). : Cette maison, avec une cour intérieure, appartient à la famille de Fleckenstein jusqu'en 1720. : Appelée « maison au Griffon » (Zum Greiffen), elle est refaite en 1776 dans le style rococo strasbourgeois. : Ce sont de petites maisons à encorbellement et pans de bois des . : Un hôtel particulier avec portail, de style rococo strasbourgeois, est reconstruit après 1750 sur le site de l'ancien siège de la corporation des Charpentiers. : Également connu sous le nom de « hôtel de Dartein », du nom de son propriétaire après la Révolution, cet hôtel est reconstruit vers 1762 par l'architecte municipal Samuel Werner pour le comte Christian Frédéric Waldner de Freundstein, sur l'emplacement d'une propriété de la famille Boecklin de Boecklinsau, qui la possédait depuis trois siècles.La façade, relativement modeste, marque une transition : à un fond de style Régence s'ajoutent des éléments de style rococo , tout en préfigurant le néo-classicisme, avec la frise de postes affrontées qui sépare le premier du second étage. Logée dans un renfoncement marqué par des chaînages d'angle concaves, elle comprend cinq travées de trois étages.Cette façade sur rue et l'escalier font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1927.

: L'édifice moderne se trouve sur l'emplacement de l'ancien bain rituel juif de Strasbourg (mikvé) des s, découvert au milieu des années 1980, lors des travaux de réhabilitation d'un groupe d'immeubles ayant appartenu pendant trois siècles à l'imprimerie Istra et dont les machines, puis le siège social, ont quitté les lieuxRobert Weyl, « Le bain rituel juif de Strasbourg », Tribune juive, 1986 . On y découvre notamment un caveau quadrangulaire à corbeaux romanisants et une voûte en berceau à oculus zénithal.L'escalier d'accès, la salle-déshabilloir et le bain rituel font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques le . Une porte d'entrée située dans la rue des Charpentiers a été aménagée pour permettre l'accès au mikvé.

: La maison d'origine, qui fait l'angle avec le de la rue des Juifs, a été datée de 1302 par dendrochronologie. Elle est dotée d'un mur-pignon avec étages à pans de bois médiéval, recouvert de crépi, et d'un fort encorbellement du côté de la rue des CharpentiersJean-Marie Pérouse de Montclos et Brigitte Parent, Alsace : Le Dictionnaire du patrimoine, Éditions Place des Victoires, Paris, 2011, .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean Daltroff, « La redécouverte d'un bain rituel juif : le mikvé de Strasbourg », in Freddy Raphaël (dir.), Le judaïsme alsacien : histoire, patrimoine, traditions, La Nuée bleue, Strasbourg, 1999, Maurice Moszberger (dir.), « Charpentiers (rue des) », in Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), Jean-Marie Pérouse de Montclos et Brigitte Parent, Alsace : Le Dictionnaire du patrimoine, Éditions Place des Victoires, Paris, 2011, Roland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue des Charpentiers », in Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), Adolphe Seyboth, « Zimmerleutgasse. Rue des Charpentiers », in Das alte Strassburg, vom 13. Jahrhundert bis zum Jahre 1870 ; geschichtliche Topographie nach den Urkunden und Chroniken, Strasbourg, 1890, , Marie-Dominique Waton, « Bain rituel juif : Strasbourg, Istra, 20 rue des Charpentiers », in Martine Onipenko, Marie-Jeanne Geyer et Bernadette Schnitzler, Vivre au Moyen Âge. Trente ans d'archéologie médiévale en Alsace, Musées de la Ville, Strasbourg, 1990 (catalogue d'exposition)

Articles connexes Liste des voies de Strasbourg Histoire des Juifs en Alsace Patrimoine juif d'Alsace Impasse des Charpentiers (Strasbourg)

Liens externes « Rue des Charpentiers (Strasbourg) » (ArchiWiki) « Charpentiers (rue des) – Zimmerleutgass » (Maisons de Strasbourg. Étude historique sur les maisons de Strasbourg entre le XVI et le XX)

Charpentiers