Prosper Péchot, né le à Rennes et mort le à Paris, est un polytechnicien et officier d’artillerie français.

Il est le concepteur, entre 1871 et 1914, d’un système de chemins de fer à voie étroite (la voie de ou voie Péchot) destiné à faciliter la guerre de siège (ravitaillement des canons en munitions et déplacement des pièces d’artillerie). Son invention a été abondamment utilisée durant les deux conflits mondiaux et a contribué au développement de certains territoires d’outre-mer. Le système Péchot, conçu initialement pour un usage logistique local, est devenu au cours de la Première Guerre mondiale un outil stratégique majeur, notamment dans les Balkans.

Biographie

Contexte familial Né à Rennes le , au sein d’une famille de la bourgeoisie catholique de la ville (son père est professeur à la faculté de médecine), Prosper Péchot compte plusieurs polytechniciens dans sa parentèle et c’est tout naturellement qu’il présente et réussit l’X en 1869. Il a pour camarade le futur maréchal Joffre. Au bout d’un an, il est renvoyé dans ses foyers pour raison de santé, et la guerre le surprend à Rennes où il reste mobilisé sur place jusqu’à la fin de la Commune, s’occupant déjà de logistique et de transports. Après une année en corps de troupe, les élèves rejoignent les écoles d’application de l’arme qu’ils ont choisie ; pour Péchot, ce sera Fontainebleau où l’on forme, entre autres, les artilleurs.

Carrière jusqu'en 1909 En 1873, le voici affecté aux puis régiments d’artillerie à Rennes. Il se signale par ses travaux sur un embranchement ferroviaire qui lui vaudront les félicitations du Ministre de la Guerre quelques années plus tard. C’est là le début d’une longue réflexion sur les transports militaires par voie ferrée. Il entre en relation avec la maison DecauvilleVoir aussi Decauville, ce nom qui fit le tour du monde - Roger Bailly - Editions Amatteis 1989 - et notamment les pages 94 à 98 : Chapitre VII Le baptême du feu. pour voir si les trains légers de chantiers développés par cette entreprise pourraient avoir une utilité militaire. Il travaille sur un projet de chemin de fer à voie de pouvant acheminer des canons au sommet du fort du Mont Faron à côté de Toulon, projet qui aboutit à une impasse à cause du trop faible écartement des rails, inadapté au poids des engins transportés.

Péchot est successivement affecté à Bourges et Paris où il suit les cours de l’École de Guerre. Parallèlement, il continue son travail collaboratif avec Decauville et étudie en profondeur les causes des faiblesses de l’artillerie de siège allemande lors du siège de Paris.

C’est en que sa réflexion arrive à une maturité telle que Péchot est en mesure de présenter au Ministre un Mémoire sur l'application au service de l'artillerie dans l'attaque des places et autres circonstances de guerre des chemins de fer à voie étroite. Ce mémoire examiné à la séance du , donne lieu à une nouvelle lettre de félicitation à son auteur, sans que ses idées soient retenues, quoiqu’elles fassent leur chemin. En effet, c’est dans les années 1880 que le Comité technique de l’artillerie fait étudier par une Commission mixte artillerie et génie la possibilité d’adapter le matériel Decauville à la défense des places. Ce matériel peut être largement amélioré et l’intervention de Péchot prend alors toute sa valeur.

Le capitaine Péchot remarque tout d’abord que l’écartement des voies normales ne convient pas au but poursuivi pour des raisons d’encombrement, de quais nécessaires, de courbes, de pentes… et que l’écartement Decauville de 0.50 est trop faible pour la traction de très lourdes charges. L’écartement de 0,60 est déjà utilisé avec succès par les Britanniques entre Port-Madoc (Porthmadog) et Festiniog (Ffestiniog). Il semble donner satisfaction eu égard aux impératifs techniques. C’est celui-là qu’il va faire adopter.

En 1883 et 1884, au polygone des Matelots à Versailles, ont lieu les premières expériences sous la houlette du Comité de l’artillerie et avec les sapeurs de chemins de fer, devant une commission ad hoc dont Péchot fait partie. La voie de 0,60 est testée avec du matériel Decauville, puis mise en concurrence avec des voies d’écartements différents. Il faudra quatre ans pour trancher un débat qui ne trouvera sa conclusion qu’en 1888, les artilleurs préconisant généralement un écartement de , tandis que les sapeurs préféreraient des voies métriques compatibles avec le réseau normal.

Sans attendre la conclusion de ce débat, Péchot s’était lancé depuis 1880 dans l’étude d’un matériel (un wagon pour commencer) qui permettrait d’armer les places fortes et de les approvisionner, notamment en munitions. Il conçoit un « système de wagon spécial pour fardeaux longs ou lourds et indivisibles » et des «traverses métalliques de chemins de fer obtenues par emboutissage ou tout autre procédé approprié », travaux pour lesquels il dépose un brevet en 1882. Plus tard, en 1886 et 1887, il déposera de nouveaux brevets, pour une « plaque tournante de chemin de fer », pour des « perfectionnements aux matériels roulants des chemins de fer » et pour des « perfectionnements à des locomotives à bogies moteurs » (il s’agit d’une locomotiveVoire la revue Voie étroite avril, mai 2009 - pages 35 à 37 : Les locomotives Péchot-Bourdon dans la paix et dans la guerre. à foyer unique et deux chaudières par rapport à un axe transversal, inspirée par la ). Tous ces brevets seront cédés à la maison Decauville le Bulletin officiel de la propriété industrielle et commerciale, , 22 mai 1890, page 292.

En 1884, Péchot propose à Paul Decauville de travailler à nouveau ensemble sur un projet de wagon. C’est à cette occasion que l’officier fait la connaissance de l’ingénieur . Le travail de Péchot porte sur la question des irrégularités du champ de bataille, sources de nombreux déraillements pour un chemin de fer improvisé. Il adjoint aux traditionnels ressorts à lame, des balanciers compensateurs qui permettent aux longerons de s’incliner et aux roues de garder le contact avec la voie. Avec Bourdon, un travail colossal est entrepris : Péchot imagine tout l’environnement de son projet en insistant sur la facilité de pose des nouvelles lignes, l’avantage des wagons surbaissés qui permettent de se passer de quais en dur, les aiguillages…

De 1884 à 1888https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5740214h/f7.item.r=p%C3%A9chot.zoom page 885, des essais sont conduits en grand à Toul : la démonstration de porte sur l’acheminement de l’artillerie : six canons de sont transportés par rail sur une distance de , déployés en batterie et approvisionnés en munitions, le tout en moins d’une heurearchives.ecpad.fr/wp-content/uploads/2011/04/les-petits-trains-de-la-grande-guerre.pdf. Le , la ville reçoit la visite du ministre de Freycinet qui y décore Péchot de la croix de chevalier de la légion d’honneur. C’est le que le système Péchot est définitivement adopté. Il va équiper progressivement les places de Toul, Verdun, Épinal et Belfort. Inaugurant une avenue baptisée en l'honneur de son père à Toul, Henri Péchot dans son allocution insiste en ces termes : «  ... en 17 ans, de 1882 à 1899, Péchot avait réalisé ce tour de force de donner la mobilité à l’artillerie de siège...»

A l'été 1886, Péchot avait été chargé de participer à l’armement en canons lourds de la presqu'île de Quiberon. Son matériel y joue un rôle déterminant, les rails préfabriqués montables et démontables facilement assurant la mise en place des pièces depuis la plage où elles ont été débarquées. Les wagons sont ensuite employés à Brest dans le même but. Ces actions débouchent sur l'adoption réglementaire du système Péchot pour l'armement des côtes (1887). Quatre équipages de chemin de fer à voie étroite sont créés en vue d'assurer l'armement des côtes, dont un pour l'Algérie.

Le général Chapel précise dans Le colonel d’artillerie Péchot, commandeur de la légion d’honneur (1849-1928) : « On a peine à croire au travail véritablement surhumain que le vaillant officier a dû fournir dans cette période : dirigeant en 1894 le service de chemin de fer dans la grande expérience d’attaque et de défense de Vaujours ; organisant des manœuvres au camp de Châlons ; rédigeant, d’ordre ministériel, une instruction sur l’influence de l’emploi combiné du téléphone et de la voie de 0m.60 sur la tactique de l’artillerie dans les sièges ; préparant à Toul, une vaste manœuvre, avec 20 kilomètres de voie (1895), rédigeant, en quelques mois, quatorze règlements (900 pages), relatifs à la construction et à l’emploi des chemins de fer à voie de 0m.60 dans l’artillerie de siège, ; dirigeant l’application de ces règlements ; formant le personnel d’instruction ; procédant à des essais sur tous les terrains et par tous les temps ; rédigeant un projet d’instruction sur le service de l’artillerie dans l’attaque des places ; publiant une étude magistrale sur : La stabilité des trains et les chemins de fer à voie de 0m.60, à la suite de nombreuses conférences faites aux élèves-ingénieurs des ponts et chaussées et des mines, etc., etc. »

Le système Péchot, à l’aube du , ce sont des rails préfabriqués : deux rails de 9,5 kg au mètre montés sur des traverses métalliques. Il existait des éléments droits de plusieurs longueurs et des éléments courbes de différents rayons. Il existait également des aiguillages, des plaques tournantes de différentes tailles ; ce sont aussi les bogies Péchot à deux, trois ou quatre essieux pouvant être associés entre eux (2 ou 4 bogies) au moyen d'une traverse pivotante et permettant de déplacer de lourdes charges, de 18 à 24 tonnes ; ce sont enfin la locomotive Péchot-Bourdon, la plateforme d'artillerie Péchot modèle 1888, différents types de wagons (trucks, citerne, couverts), dont des wagons artillerie portant, sur un affût spécial, un canon de 120 long ou un canon de 155 court.

De façon plus anecdotique, il faut signaler que, lors de l’Exposition universelle de 1889, l’État passe un marché avec la société Decauville pour l’établissement d’un véritable chemin de fer. sur voie de 0,60, des Invalides au Champ de Mars. En six mois, les trains tractés par des locomotives Decauville et par une machine Péchot-Bourdon, assureront le transport de plus de 6 millions de personnes et parcourront plus de ..

À partir de 1915, le système n’a plus servi seulement à défendre une place ou assiéger une ville, mais il a surtout permis de suivre et d’approvisionner une armée en campagne, notamment dans les grandes offensives de la Première guerre mondiale, en soulageant un réseau routier défoncé ou saturé. C'est après le premier conflit mondial que les voies étroites sont officiellement passées de la responsabilité de l'artillerie à l'arme du génieVoir Le Régiment du Génie - Fabrice Hamelin - Lavauzelle 1997 - page 55 : La voie de 60 aux armées..

Fin de la première carrière de Péchot Dans le contexte des conversations militaires entre la Russie et la France pour faire pièce à l’Allemagne de Guillaume II, Péchot est envoyé en Russie en 1896. et fait, à son retour, parvenir à l’état-major une note sur la faisabilité d’une voie de chemin de fer devant relier Lublin à Zanow.

En 1902, la réputation de son système est telle que la commune de Saint-Brieuc fait appel à lui pour la conseiller en matière d’équipement ferroviaire.

Prosper Péchot poursuit par ailleurs sa carrière d’officier d’artillerie et alterne les affectations dans des établissements techniques avec les temps de troupe ou d’état-major. Il suit une scolarité à l’École de Guerre en 1880/1881, et commandera le régiment d’artillerie à Castres de 1903 à 1907. Directeur d’artillerie de la place de Brest, Péchot quitte une première fois le service actif en , après avoir reçu la cravate de commandeur de la légion d’honneur.

Le Premier conflit mondial vignette|Locomotive Péchot-Bourdon. prêtée par la Serbie (Musée du chemin de fer de Pozega). à la France à l'occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale et exposée aux Invalides.|318x318px