Comédies françaises est un roman d’Éric Reinhardt publié en 2020 aux éditions Gallimard, consacré au lobbying et aux causes de l'arrêt dans les années 1970 du réseau Cyclades, technologie française qui influencera celle d'Internet.
À la fois roman et enquête, le livre obtient le prix Les Inrockuptibles 2020.
Résumé L'auteur souhaitant que ses livres finissent par comme de , dont les différentes composantes finalement , il a combiné trois intrigues, à savoir (dans l'ordre chronologique des chapitres) : l'une sur un amour platonique du héros en 2015-2016, une autre sur son enquête effectuée au même moment sur la naissance d'Internet et sur le sort fait aux datagrammes de Louis Pouzin en 1971-1978, et une troisième sur un épisode culturel intéressant ce même héros pour son analogie des relations entre Europe et États-Unis, survenu un siècle plus tôt lors de la Seconde Guerre mondiale..
Le livre raconte, selon France Inter, "Éric Reinhardt : "Il y a dans la vie des nations, des civilisations, des moments de bascule" le 21 août 2020, par Laetitia Gayet, sur France Inter .
Cette histoire de datagramme et d'Internet a pour théâtre les huit années de Plan Calcul, voulu par le Général de Gaulle en 1966 pour encourager les filières technologiques de pointe (nucléaire, aéronautique) à recourir à la puissance de calcul d'ordinateurs afin de modéliser des scénarios.
Intrigue principale L'enquête, brutalement interrompue par le décès accidentel du héros en , renvoie à un événement survenu quarante ans plus tôt : l'arrêt du Plan Calcul.
Dimitri, jeune reporter en CDI à l'Agence France-Presse, menait depuis un an une enquête difficile, intrigué par le fait qu’un ingénieur français, Louis Pouzin, ait été ( de couverture), alors qu'il avait déployé le réseau Cyclades, reposant sur une technique de Datagramme, une des variantes de la commutation de paquets utilisée dans Internet.
Le réseau Cyclades a été fermé fin 1978, au moment où le réseau public Transpac venait d'ouvrir. La DGT-CCETT et DGI-IRIA manifestaient encore en leur coopération, à l'occasion d'une démonstration conjointe à Toronto avec une interconnexion des réseaux RCP du CCETT et le Cyclades de l'IRIA.
Le roman raconte ainsi , l'abandon d'une , qui , à cause d'"Itinéraire d’une vie déréglée ou aperçu de l’obscurité du pouvoir dans une France parisienne" par Edward Checkly sur "Lire la Société" ..
Les investigations du héros sur le Ambroise Roux, héros du livre malgré lui, dont il trace un portrait documenté et sarcastique, révélateur d'une « certaine France » et du pouvoir des lobbies, l'amènent à se moquer de et de l'égoïsme qui Sélection de livres, par les Bibliothèques et médiathèques de Clermont-Ferrand .
Par ailleurs, Maurice Allègre raconte au héros Dimitri ses efforts pour convaincre l’État de faire utiliser le Datagramme par le CNET. Maurice Allègre raconte que ses interlocuteurs dans les ministères justifiaient alors leur refus par le fait que les ingénieurs du CNET ne voulaient pas page 283.
L'auteur raconte comment Bob Kahn et Vint Cerf ont au moment où les équipes de Cyclades avaient pris quelques mois pour proposer une nouvelle norme et afin de lancer leur propre réseau en prenant le datagramme développé par Louis Pouzin et "Pourquoi la France a-t-elle inventé le minitel plutôt qu'internet ?" Série d'interviews dans Superfail sur France Culture, le 13 septembre 2020 .
Pas tendre non plus pour la France, il reprend l'analyse de l'historien-chercheur du CNRS Pierre-Eric Mounier-Kuhn, parti lors de son travail de recherche sur l'histoire de l'informatique en France avec , liée à ce qui était moqué comme la "Les régions de la matière grise", par Cécile Ducourtieux dans Le Monde du 17 février 2001 mais qui s'est finalement le Plan Calcul "Le conteur de l'informatique". Interview de Pierre-Eric Mounier-Kuhn par Cécile Ducourtieux dans Le Monde du 17 février 2001 .
Intrigues secondaires Choix du titre Le titre s'inspire de la fréquentation du « Nemours », un bar situé sous les colonnes du Palais-Royal où se retrouvent les habitués de la Comédie-Française, toute proche. Le « Nemours », au 2 Place Colette à Paris, est de longue date l'un des décors favoris de l’écrivain, qui fait y évoluer certains personnages de ses romans. Il y a rédigé une bonne partie de Cendrillon, son premier grand succès littéraire.
L'auteur n'a choisi son titre qu'au tout dernier moment, en s'inspirant du tableau de Nina Childress, figurant un couple, sur un mode hyperréaliste, aperçu lors e l'exposition intitulée « Futur, ancien, fugitif », organisée au Palais de Tokyo du au Site officiel du Palais de Tokyo . Il en avait d'abord envisagé un autre, mais jugé , sans jamais le dévoiler.
Dimitri, le héros du roman, réfléchit lui-même au titre du livre qu'il envisage d'écrire, à partir du chapitre 11Pages 245 à 275, lorsqu'il réécrit, à la terrasse du bar « L'Apollo » à Bordeaux, ses notes de l'interview accordée peu avant par Louis Pouzin, au « Café français », Place de la Bastille à Paris, dont le récit est écrasé par l'apparition surprise de l'inconnue pour laquelle il avait ressenti deux précédents coups de foudre. À la terrasse du bar « L'Apollo », Dimitri envisage de choisir comme titre de son livre : « La splendide famille X », en référence à celle de l'industriel Ambroise Roux, le patron de mieux payé de France lors de la nationalisation de son groupe en 1982.
Style et méthodes narratives Méthodes L'auteur rédige , qui fait naviguer via l’hybridation entre les genres romanesque et documentaire, mêlant, , déjà expérimenté dans son roman Cendrillon.
Le style narratif choisi par l'auteur alterne la recherche d'un très grand sérieux, voire d'une rigueur scientifique, avec un humour à la fois caustique et engagé, jouant de la subjectivité et du point d'exclamation, de la répétition de la partie polémique d'une tirade et de phrases longues, mais construites sur un déroulement qui fait monter crescendo la dramatisation, teintée de recul et d'ironie. Destin, hasard, rencontres et rendez-vous raté, constituent les étapes dramatiques. Le mélange de descriptions factuelles et de courts commentaires pince-sans-rire ou indignés, s'inspire du procédé humoristique du chroniqueur télévision de Télérama Samuel Gontier.
À plusieurs reprises, il s'autorise des énumérations interminables, allant d'une demi-page à plusieurs pages, pour décrire les attirances culturelles du héros, mettant en valeur l'importance du fond, au-delà de l'aisance dans la forme. Il consacre même 50 pages à l’École de Paris et la peinture américaine pour raconter comment l'avant-garde américaine des années 1950 aurait été largement ., déplore Paris Match, qui juge ce chapitre , même si le lecteur découvre ainsi Max Ernst, Jackson Pollock, Motherwell, De Kooning ou Rothko.
L'épisode de la découverte par les lecteurs du Datagramme, qui s'étend sur trois chapitres, est , au cours duquel Éric Reinhardt a dans le seul but de les à ses lecteurs. Par ailleurs, il rompt, en matière de confidentialité, avec les pratiques hagiographiques de nombreux livres de micro-économie racontant la vie des affaires.
, se demande ainsi La Croix, sur ce qui constitue un point fort ou faible du livre, selon les points de vue. Pour quotidien catholique, Éric Reinhardt , et s'empare, pour la mettre en application,de la célèbre formule du journaliste Albert Londres, qui recommandait de « porter la plume dans la plaie ».
La technique de l'analogie est récurrente, pour mettre en parallèle trois basculements soudains et imprévisibles, ceux de la vie privée du héros Dimitri vers la sérénité amoureuse, celui de la croissance économique et technologique vers les États-Unis à la fin des Trente Glorieuses et celui de l'innovation dans l'art moderne, qui bascule d'un côté à l'autre de l'Atlantique dans la seconde partie du , en faveur des Américains.
Principaux personnages Pour rendre accessibles les débats techniques de l'année 1974 et rendre drôles ou vivants les arguments des uns et des autres, l'auteur les place dans un film imaginaire des années 1970, en mobilisant les figures masculines de Michel Piccoli, Jean-Claude Brialy, Claude Piéplu, et Marie-France Pisier en assistante de direction, pour la figure féminine.
La technique des et de responsables politiques qui , lors d'un , avait déjà été utilisé par les journalistes par Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint pour leur écrit à chaud sur l'affaire"French Ordinateurs" par Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint, 1976, A. Moreau Éditions, censée lui garantir à côté de L'Imprécateur de René-Victor PilhesÉditions du Seuil, 1974, publié le , prix Femina et finaliste du prix GoncourtDu côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1962 à 1978, émission de Pierre Assouline sur France Culture le 17 août 2013., au point qu'un , selon un universitaire, le tout étant conçu , éventuel. Ce livre de 1976, une pure enquête jugée trop parisienne"Un roman industriel sur l'informatique française" par Pierre Mazataud, dans la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest en 1976 ne sera en fait pas proposé au cinéma ou à un prix littéraire.
Dimitri Marguerite Parmi les principaux personnages, le héros du roman, Dimitri MargueriteSon nom de famille est aussi celui de la rue où habite Ambroise Roux, sur qui il enquête., à la fois à cause du qu'il découvre en enquêtant sur les "Les « Comédies françaises » d’Éric Reinhardt", article de Gilles Pudlowski du 20 août 2020 et . À , il est le symbole de la génération née lors de la chute du Mur de Berlin"Les souffrances du jeune Dimitri" par Nicolas Crousse, dans Le Soir le 5/09/2020 .
Le héros est à la fois et le Article du 24 août 2020 par Papillon, sur le site d'avis de lectrice . Après avoir grandi en région parisienne, il intègre les prestigieuses classes préparatoires scientifiques du Lycée Louis-le-Grand qu'il abandonne juste avant les concours, pour se consacrer à un cours de théâtre, puis étudie à Science-Po Paris. Après un stage à la Mairie de Paris, il commence réellement sa carrière par un poste obtenu par le hasard d'une rencontre, dans un cabinet de lobbying, qui a pignon sur rue, où il gagne bien sa vie"Roman, roman ou romantique ?" par Jérôme Béglé, le 04/10/2020 dans Le Point , mais souffre de .
Il en démissionne pour un poste de reporter à l'Agence France-Presse, où il se lance dans une enquête sur la naissance d’Internet.
Ce personnage a des similarités d'approche avec l'auteur, devenu écrivain après des études de gestion. Le journaliste , note La Croix.
Dans Cendrillon, son roman de 2007, consacré à la finance et nourri par de longues conversations à la terrasse du Café Nemours de Paris, avec Louis Schweitzer, ex-PDG de Renault, Éric Reinhardt dépeignait un héros décomposé , via des et applique à nouveau ses méthodes pour parler de l'invention d'Internet.
Dimitri Marguerite, lui, est à la fois . De tempérament idéaliste, surdoué, et naïf, mais aussi un peu mégalo, il aime d'abord le théâtre et cède aux amours sans lendemain, tout en cultivant de manière obsessionnelle le culte du coup de foudre à travers la figure à peine entre-aperçue de Rosemary, une jeune femme qu'il est persuadé d'avoir croisée à plusieurs reprises, mais qui se dérobe à chaque fois, jusqu'à la rencontre du dénouement. Le destin du héros oppose, avec insistance, à chaque fois, la perspective d'un amour avec elle aux nécessités et complications de son enquête sur l'obstruction d'Ambroise Roux, dont a été victime quarante plus tôt Louis Pouzin, jusqu'à une scène au Café français, qui l'oblige à choisir entre une conversation avec l'une ou l'autre.
Une question se pose en cours de lecture : le « roman » projeté lors de , verra-t-il le jour ?