Les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, ou « Sœurs blanches », forment une congrégation religieuse, fondée en 1869 par l'archevêque d'Alger, Charles Lavigerie. Présentes dans , dont africains, elles interviennent surtout auprès des femmes et des enfants. Elles évangélisent, éduquent, soignent, offrent des services aux plus démunis. Elles accompagnent les femmes africaines dans la lutte pour leur dignité. Elles signent S.M.N.D.A.

Histoire thumb|right|Sœur novice et sœur professe de Notre-Dame d'Afrique vers 1930. En 1866, Charles Lavigerie , évêque de Nancy, est amené à choisir entre l'archidiocèse de Lyon et celui d'Alger. Il choisit Alger« Son parcours », sur msolafrica.org, 2015 (consulté le 2 janvier 2016)., où il arrive en mai 1867.. Préoccupé de convertir les peuples africains, il considère l'Algérie comme une . Il fonde en 1868 la Société des missionnaires d'Afrique, plus connue sous le nom de « Pères blancs », et en 1869 les Sœurs agricoles hospitalières, qui vont devenir assez vite les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, ou « Sœurs blanches »Georges Bouchet, « Le noviciat des SMNDA et l'orphelinat Saint-Charles », sur alger-roi.fr, 16 mars 2008 (consulté le 2 janvier 2016)..

Les consignes qu'il donne à ces deux instituts missionnaires sont toujours en vigueur aujourd'hui : apprendre la langue du peuple qui accueille () ; se faire proches des gens par la nourriture, le logement, le vêtement. Charles Lavigerie donne à ses missionnaires l'habit blanc des habitants de l'Algérie, ce qui leur vaut les surnoms de « Pères blancs » et de « Sœurs blanches ».

Fondation

En 1867, choléra et famine font en Algérie. Lavigerie ouvre des orphelinats. Celui de Maison-Carrée, créé en 1869, accueille les grands garçons. Celui de Ben Aknoun, dans la banlieue ouest d'Alger, est destiné aux garçons les plus jeunes et aux filles. Par manque de place, ce dernier est transféré dans un vaste domaine, à Kouba, au sud-est de la ville. Mais, pour assurer la subsistance et l'encadrement, il lui faut des religieuses. Lavigerie décide alors de fonder une congrégation de sœurs. Il envoie l'abbé Le Mauff, un prêtre de son diocèse, recruter des volontaires en Bretagne. Huit jeunes filles répondent à l'appel« Mère Marie Salomé : une vocation missionnaire », sur soeurs-blanches.cef.fr, 2016 (consulté le 4 janvier 2016).. Le , les huit Bretonnes sont accueillies à Kouba, dans ce qui devient ce jour-là le couvent des Sœurs agricoles hospitalièresSuzanne Le Gal, « Saint-Charles, notre maison-mère à Alger », sur soeurs-blanches.cef.fr, 2016 (consulté le 2 janvier 2016).. Elles disposent de déjà défrichés. Elles ont pour mission de cultiver la terre, de soigner la vigne et d'élever du bétail, afin de pourvoir à l'entretien des de l'orphelinat Saint-Charles, qui est sur le domaine, et associé à leur couvent. D'autres jeunes filles arrivent de France et de Belgique. Le , on compte Le postulat est la période qui précède le noviciat. Par extension, les deux mots désignent les lieux où s'effectuent ces initiations.. Le premier noviciat ouvre en novembre« Une tempête sur la mer », sur msolafrica.org, 2015 (consulté le 5 janvier 2016).. La formation des novices est assurée d'abord par des Sœurs de la Charité de Saint-Charles de Nancy, puis par des Sœurs de l’Assomption de Notre-DameEncouragée par Charles Lavigerie, alors évêque de Nancy, Élisabeth Bacq fonde en 1864 dans cette ville un institut religieux qui s'appelle d'abord les Dames de Marie, puis les Sœurs de l'Assomption de Notre-Dame. Le nom change plusieurs fois. Enfin, en 1887, l'institut s'affilie à l'Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci et devient les Sœurs de Notre-Dame de la Merci. Alain Fernagut, « Le rôle des religieuses durant deux siècles à Armentières », sur lavoixdunord.fr, 26 septembre 2013 (consulté le 7 janvier 2016). « Sœurs de Notre-Dame de la Merci », sur data.bnf.fr, 9 octobre 2015 (consulté le 7 janvier 2016).« La Merveilleuse Histoire de Marie-Renée Roudaut », sur plouguerneau.net, Birmandreis, Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique, vers 1928-1930, mis en ligne le 16 septembre 2010 (consulté le 2 janvier 2016).. Les premières professions ont lieu le . La même année, un premier groupe de sœurs est envoyé à Laghouat, au Sahara algérien.

Mère Marie-Salomé thumb|right|Mère Marie-Salomé à la fin du . Toujours en 1871, un postulat ouvre aux Vans, dans le département français de l'Ardèche. Il accueille en octobre Marie-Renée Roudaut, née en 1847 à Guissény« Foi et ténacité d'une Bretonne ! », sur msolafrica.org, 2015 (consulté le 2 janvier 2016)..

En janvier 1872, cinq postulantes arrivent à Saint-Charles. Parmi elles, Marie-Renée Roudaut. Le , elle reçoit l'habit blanc des novices et devient sœur Marie-Salomé. L'année suivante, elle prononce ses premiers vœux. En 1874, elle est envoyée à Saint-Cyprien des Attafs. Lavigerie a fondé ce village six ans plus tôt, dans la vallée du Chelif, pour assurer l'avenir de jeunes orphelins et orphelines mariés ensuite entre eux : chaque couple reçoit une maison, une terre et une paire de bœufs. Les sœurs guident les débuts de ces agriculteurs, et prennent soin des femmes et des bébés des alentoursPaul Lesourd, « Lavigerie », sur manifpn2012.canalblog.com, Les Pères blancs du cardinal Lavigerie, Paris, Grasset, 1935. Mis en ligne le 13 juillet 2013 (consulté le 4 janvier 2016).. En 1873, l'hôpital Sainte-Élisabeth, dit « l'hôpital pour les Arabes », ouvre dans le village. En 1877, avec deux compagnes, sœur Marie-Salomé rejoint les Pères blancs à Ouadhia, en Kabylie, pour y fonder une communauté de femmes. En 1879, elle retourne à Saint-Cyprien. Elle y devient supérieure de la mission, qui a la charge de cette localité, de l'hôpital et du village voisin de Sainte-MoniqueSitué à huit kilomètres à l'est d'El Attaf (anciennement Saint-Cyprien des Attafs), le village de Cheikh Ben Yahia (anciennement Sainte-Monique) fut également fondé par Lavigerie, pour les mêmes raisons et sur le même principe que le premier. Il se trouve sur la route nationale 4, à deux kilomètres à l'ouest de Rouina. « Carte détaillée El Attaf », sur viamichelin.fr (consulté le 5 janvier 2016)..

Échec et nouveau départ thumb|alt=Assis, de face, plume à la main, accoudé à une table. Grande barbe blanche. Soutane noire. Bonnet, cape et ceinture pourpre.|right|upright=1|Le cardinal Lavigerie en 1888.

En cette même année 1879, Charles Lavigerie dresse un constat d'échec. Certes, les sœurs blanches ont progressé en nombre. Certes, elles se montrent des pionnières pleines de courage. Mais, issues du monde rural, elles manquent d'instruction. Peu sont aptes à enseigner, peu sont capables d'assurer la relève dans la prise de responsabilités et dans l'encadrement des plus jeunes. L'archevêque perd confiance en l'avenir de la congrégation. Il ferme le noviciat. Il laisse les religieuses libres de retourner en métropole. Mère Marie-Salomé choisit de rester.

Un an plus tard, l'archevêque accorde un essai : le noviciat peut ouvrir en octobre 1880 à Bouzareah, en banlieue ouest d'Alger, avec seulement deux postulantes. Mère Marie-Salomé en est la maîtresse.

Deux ans plus tard, en 1882, on compte , et mère Marie-Salomé devient la première supérieure générale des Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique (la fonction de supérieur général était assumée jusque-là par l'archevêque« Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique », sur patrimoine-culturel.gouv.qc.ca, 2013 (consulté le 3 janvier 2016).).

Pour autant, les doutes de Lavigerie, devenu cardinal, ne sont pas levés. En 1885, il prépare une ordonnance de dissolution de la congrégation, devant prendre effet l'année suivante. Mère Marie-Salomé rencontre le prélat le , et tente en vain d'infléchir sa décision.

Elle trouve par la suite un avocat persuasif en la personne de l'archevêque coadjuteur, Prosper Auguste Dusserre. Au fil des mois, le cardinal hésite, et finit par se laisser convaincre. Il renonce à dissoudre la congrégation. thumb|right|Maison-mère en 1930, en Algérie. En 1886, la maison de Bouzareah est devenu trop petite. Le noviciat revient à Saint-Charles de Kouba. Les Sœurs blanches obtiennent leur le . Lorsque le cardinal Lavigerie meurt en 1892, la congrégation compte une centaine de membres. Mère Marie-Salomé ouvre alors, en France et dans d'autres pays, des postulats où les vocations missionnaires des jeunes filles peuvent être éprouvées avant qu'elles ne partent pour l'Afrique.

Expansion en Afrique subsaharienne thumb|left|Sœurs blanches faisant le catéchisme en Afrique vers 1930. Des jeunes filles de France, des Pays-Bas, du Canada, d'Allemagne, de Belgique viennent rejoindre cette congrégation religieuse exclusivement missionnaire. Ses activités, d'abord cantonnées en Afrique du Nord, s'étendent à partir de 1894 à l'Afrique subsaharienne. Les Sœurs blanches s'installent en Tanzanie en 1894, au Congo en 1895, au Soudan français en 1897, en Ouganda en 1899… Elles ouvrent les premières écoles et les premiers dispensaires. Leurs constitutions sont définitivement approuvées par le Saint-Siège le . thumb|right|Soin des malades dans une bananeraie. Les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique participent à la fondation de religieuses africaines — le plus souvent à l'initiative de vicaires apostoliques ou d'évêques leur demandant de former les futures religieuses autochtones. La première congrégation locale voit le jour en 1903, à Sumbawanga, dans l'actuelle Tanzanie. Les autres naissent en Ouganda, au Rwanda, au Congo, en Zambie, au Burundi, au Malawi, au Burkina Faso, au Mali, au Ghana, au Kenya. Dans les premiers temps, les supérieures générales, les maîtresses des novices et les économes sont européennes ou canadiennes. Puis, chaque congrégation acquiert son autonomie« 22 congrégations religieuses africaines », sur soeurs-blanches.cef.fr, 2016 (consulté le 2 janvier 2016).. Le cas est sûrement unique, dans l'histoire de l’Église, d'une congrégation religieuse donnant naissance à . Les Sœurs blanches suivent ainsi les consignes de leur fondateur, le cardinal Lavigerie, qui leur demandait d'établir l'Église locale en respectant la culture du peuple évangélisé.

Mère Marie-Salomé se retire de sa charge en 1925. Elle meurt en 1930, à Saint-Charles de Kouba. En 1966, comptant , la congrégation atteint son effectif le plus élevé. Elles ont contribué à la fondation de vingt-quatre congrégations de religieuses africaines.

Aujourd'hui

En 2013, les Sœurs blanches sont au nombre , et en 2015 de 727, leur effectif ayant été divisé par trois en moins de quarante ans à cause du tarissement des vocations européennes. Ainsi la moyenne d'âge des sœurs de Belgique (autrefois florissantes) est de 82 ans en 2011Serge Desouter, J'ai tant aimé l'Afrique. L'histoire des Pères blancs belges 1880-2010, éditions Altiora Averbode, 2012, p. 89.. Elles viennent d'une trentaine de pays (d'Europe, d'Afrique, d'Amérique et d'Asie), elles sont réunies « Sœurs blanches », sur paroisse-sceaux.fr, 30 mars 2013 (consulté le 2 janvier 2016).. Les vocations (22 novices en 2011, 13 en 2016) sont désormais essentiellement africaines. Leur supérieure générale, élue pour six ans, est depuis le sœur Carmen Sammut« Sœur Carmen Sammut élue supérieure générale des Sœurs blanches », Flash, sur terraecaritatis.org, septembre-octobre 2011, 15 (consulté le 2 janvier 2016)., originaire de Malte. Leur maison générale est à Rome. Pour promouvoir leur mission et recruter des religieuses, elles ouvrent des maisons dans divers pays.

Apostolat

En 2013, œuvrant dans , dont africains, les Sœurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique sont réparties en trois provinces : Europe, Afrique et Amérique.