Le Soukhoï Su-24 (code OTAN Fencer) est un bombardier tout-temps avec une voilure à géométrie variable de première ligne soviétique. Environ ont été produits.

Conception

Contexte Lors de l'entrée en service du Soukhoï Su-7b en 1961, le gouvernement, sur l'insistance des militaires, chargea Soukhoï de mettre au point une version tout temps de cet appareil, capable de frappes de précision. Des études préliminaires avec les prototypes S-28 et S-32 révélèrent que la cellule du Su-7 était trop petite pour accueillir l'intégralité de l'avionique nécessaire à cette mission.. L'OKB-794 (connue ultérieurement sous le nom de Leninets). était de fait chargée de mettre au point un système de navigation et d'attaque très perfectionné dénommé Puma.

vignette|gauche|Un Su-24MR de reconnaissance russe sur le tarmac en 2013. On distingue bien la configuration biplace côte à côte du cockpit. Lorsque les Soviétiques virent les premières images du F-111 américain, ils prirent conscience de leur retard dans le domaine du bombardier de pénétration à basse altitude. N'ayant à opposer que de modestes et anciens Yak-28 Brewer et Iliouchine Il-28 Beagle, ils s'inspirèrent du design de l'américain pour concevoir le leur.

Initialement, ils ne retinrent pas les ailes à géométrie variable du F-111 qui leur semblaient trop complexes. En 1962, ils dessinèrent et construisirent la maquette du S-6, un avion biplace à aile delta, motorisé par deux turboréacteurs Tumansky R-21, et dont l'équipage était installé en tandem, c'est-à-dire l'un derrière l'autre.. Néanmoins, la mise au point du système de navigation Puma ayant pris du retard, le développement du S-6 n'alla pas plus loin.

En 1964, Soukhoï commença à travailler sur le S-58M, une évolution de l'intercepteur Soukhoï Su-15 (ou S-58 dans la nomenclature du constructeur). Dans le même temps, l'armée de l'air soviétique modifia ses exigences : elle désirait maintenant un avion d'attaque ADAC qui puisse voler au-dessus de la vitesse du son à basse altitude pendant de longues périodes pour percer les défenses antiaériennes ennemies. L'appareil était conçu pour être équipé de deux turboréacteurs Tumansky R-27 à postcombustion pour le vol en croisière et de quatre turboréacteurs Rybinsk RD-36-35 utilisés lors des phases de décollage et d'atterrissage. Les deux membres d'équipage purent être placés côte à côte car la taille de l'antenne du radar Orion nécessitait un avion de grande largeur. Pour tester la configuration à six réacteurs, le premier prototype du Su-15 fut converti en appareil d'essai S-58VD qui fut utilisé entre 1966 et 1969.

Mise au point Le développement de cet avion (qui reçut la désignation T-6) fut officiellement autorisé le . Le premier prototype ou T-6-1 fut achevé en et vola pour la première fois le avec Vladimir Iliouchine aux commandes. L'information n'arrivera en Occident qu'en 1971. Les premiers vols furent effectués sans les quatre réacteurs de sustentation qui ne furent installés qu'en . Dans le même temps, les deux Tumansky R-27 furent remplacés par des turboréacteurs Lyulka AL21F. Les essais de décollage et atterrissage courts confirmèrent les résultats obtenus avec le S-58VD, à savoir que ces capacités étaient obtenues au détriment de l'autonomie et de la capacité d'emport car les six réacteurs occupaient un espace qui aurait pu être dévolu aux réservoirs de carburants internes et aux points d'emport placés sous le ventre de l'avion. L'appareil présentait de plus une instabilité prononcée au moment des phases de transition entre vol de croisière et vol ADAC. Pour toutes ces raisons, l'idée d'installer six réacteurs dans l'avion fut abandonnée.

En 1967, le F-111 était entré en service et avait fait la démonstration des avantages pratiques de l'aile à géométrie variable ainsi que des solutions techniques à employer pour remédier à ses problèmes. Le , Soukhoï fut donc officiellement chargé d'étudier l'installation d'une aile à géométrie variable sur le T-6. Le résultat de ces études, le T-6-2I, vola le , toujours piloté par Vladimir Iliouchine. Les essais gouvernementaux durèrent ensuite jusqu'en 1974 du fait de la complexité des systèmes embarqués. Pour la première fois, un avion tactique soviétique disposait d'une capacité de frappe tout-temps, et ce grâce au système de navigation et d'attaque Puma composé de deux radars Orion-A superposés pour la navigation et l'attaque, d'un radar de suivi de terrain Relyef qui permettait un pilotage automatique lors des vols à basse et très basse altitude et, enfin, d'un ordinateur de bord Orbita-10-58. L'équipage était installé sur deux sièges éjectables Zvezda K-36D, afin de pouvoir évacuer l'appareil à n'importe quelle vitesse et altitude, y compris pendant les phases de décollage et d'atterrissage.

Les essais du Su-24 furent endeuillés par dix accidents mortels qui coutèrent la vie à treize pilotes d'essai de Soukhoï et des forces aériennes soviétiques et l'avion subit ensuite cinq écrasements par an en moyenne au cours de sa carrière Wings of Russia documentary, episode "Attack Aircraft - The Jet Strike"; Wings TV, 2008..

Le premier avion de série vola le piloté V.T. Vylomov et le T-6 entra officiellement en service en tant que Su-24 le .

Caractéristiques techniques Le Su-24 est un avion à ailes hautes et à géométrie variable. Les ailes peuvent être repliées selon quatre angles différents : 16° pour les décollages et atterrissages, 35° et 45° pour le vol de croisière (le choix de la position dépendant de l'altitude) et 69° pour les vols à grande vitesse et en ligne droite. L'empennage est constitué d'une dérive simple (à la flèche prononcée sur le bord d'attaque, moins sur le bord de fuite) ainsi que de stabilisateurs horizontaux placés à mi-fuselage. Deux dérives centrales sont positionnées sous le ventre de l'avion au niveau des réacteurs.

Le Fencer était avant tout une plateforme d'attaque au sol qui mettait l'accent sur la vitesse au détriment de la maniabilité. Sa mission était de voler aussi vite que possible sous la couverture radar ennemie pour aller attaquer les cibles qui lui étaient assignées.

Versions Maquettes et prototypes

S6 Un ancêtre lointain du Su-24 apparu très tôt dans le processus de développement. Il peut être considéré comme une sorte de fusion des Su-7 et Su-15..

T-6-1 Le premier prototype équipé d'ailes delta et de réacteurs de sustentation.

T-6-2I/T-6-3I/T-6-4I Prototypes équipés d'ailes à géométrie variable.

Modèles de série

Su-24 En dépit de leurs différences, pour les soviétiques, les Fencer A, B et C ne constituent qu'une seule et même version : le Su-24. Cette version fut produite entre 1971 et 1983 et son armement inclut les missiles guidés air-sol Kh-23 et Kh-28 ainsi que des missiles air-air R-55.

Fencer A : première version de production. Fencer B : l'arrière du Fencer A fut, entre autres améliorations, modifié sur le Fencer B afin d'améliorer l'aérodynamique. Fencer C : cette version disposait de contremesures électroniques améliorées.

Su-24M (Fencer D) Les études pour mettre au point une version améliorée du Su-24 commencèrent en 1971. Le Su-24M pouvait être ravitaillé en vol et pouvait désormais embarquer des armements plus perfectionnés. Le prototype T-6M-8 vola pour la première fois le tandis que le premier avion de série effectua son premier vol le . L'appareil entra en service en 1983. Le fuselage du Su-24M est rallongé de 70cm à l'avant du cockpit, ce qui permet d'y loger une perche de ravitaillement rétractable tandis que le radôme est raccourci. Cette version peut être facilement identifiée car elle ne comporte qu'une seule sonde pitot au lieu des trois de la version initiale. Un système de navigation inertielle PNS-24M ainsi qu'un calculateur numérique furent également installés de même que des systèmes de visée et de guidage pour le tir d'armement guidé par laser ou par voie électro-optique. L'éventail de munitions que l'avion pouvait emporter fut également élargi: comprenant maintenant les missiles guidés air-sol Kh-25, Kh-29L/T, Kh-58 et air-air R-60, ainsi que des bombes guidées de 500 et 1000 kilos. La production dura de 1981 à 1993.

Su-24MK (Fencer D) Il s'agit d'une version pour l'exportation du Su-24M, aux performances et à l'avionique dégradées par rapport à la version soviétique, qui vola pour la première fois en 1987. Entre 1988 et 1992, le Su-24MK fut exporté en Algérie, Irak, Iran, Libye et Syrie.

Su-24M2 (Fencer D) Il s'agit d'une modernisation du Su-24M équipée du nouveau système de visée électronique SVP-24 Gefest..

Su-24MR (Fencer E) Il s'agit de la version dédiée à la reconnaissance du Su-24. La plupart des équipements servant à l'attaque au sol furent déposés et remplacés par des caméras de reconnaissance ainsi que par un radar à visée latérale prenant place dans le nez de l'avion.

Su-24MP (Fencer F) Il s'agit de la version de reconnaissance électronique du Su-24 dont seuls 10 exemplaires furent construits. Le premier vol eut lieu en 1983. Il se distingue par l'adoption de nombreux capotages abritant des équipements de guerre électronique mais conserve son canon interne.

Engagements

Le Su-24 Fencer a été engagé lors de plusieurs conflits ou crises locales. la guerre d'Afghanistan (1979-1989), à partir de 1984, marque le baptême du feu du Fencer contre des résistants au Pandjchir. la guerre du Golfe (1990-1991) provoque la destruction au sol ou l'évacuation vers l'Iran de la majeure partie des Su-24 irakiens. Seul un Fencer survivra au conflit. pendant la guerre civile du Tadjikistan (1992-1997), les Su-24 ouzbèkes durent affronter les forces islamo-démocrates. Un Fencer piloté par deux aviateurs russes est abattu par un FIM-92 Stinger le . lors de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), les russes utiliseront de nombreux Su-24, ainsi que des Su-17 et Su-25, lors d'opérations de bombardement et d'attaques au sol. des Fencer russes furent employés lors de la seconde guerre de Tchétchénie (1999-2000) afin d'effectuer des bombardements et des missions de reconnaissance. 3 appareils ont été perdus lors d'accidents, et un autre fut abattu lors de la recherche du lieu du crash d'un Su-25 lui aussi abattu. durant les derniers mois de la guerre d'Afghanistan (1996-2001), l'Ouzbékistan lança des frappes aériennes contre des positions talibanes dans le but d'appuyer les forces de l'Alliance du Nord. Un Fencer et ses deux pilotes sont ainsi abattus le près de Heiratan. en , lors de la seconde guerre d'Ossétie du Sud, les Su-24 russes étaient fortement impliqués dans des frappes aériennes et des vols de reconnaissance au-dessus de la Géorgie. la première guerre civile libyenne (2011) voit la première utilisation des Fencer libyens dans un contexte de guerre. Le , à Ra's Lanuf, un Su-24MK du 1124 escadron de chasse est abattu par les forces rebelles libyennes, tuant les deux pilotes. à partir de , 18 mois après le début de la guerre civile syrienne (depuis 2011) et quatre mois après le début des premiers raids aériens, des bombardiers Su-24 sont filmés attaquant des positions rebelles. Le , un Fencer est notamment abattu par des rebelles syriens. Le , après avoir pénétré de 800m dans l'espace aérien israélien, un autre Su-24 est abattu au-dessus de la Syrie par des missiles MIM-104 Patriot. la guerre du Donbass (depuis 2014) pendant laquelle un Su-24 ukrainien est détruit au-dessus de la région de Luhansk le . En , le Soudan a déployé des Su-24 en Arabie Saoudite qui participent à l'opération Tempête décisive au Yémen. À partir d', dans le cadre de l'intervention militaire de la Russie en Syrie, une douzaine de Su-24 russes déployés en Syrie lancent des frappes en soutien des forces loyales à Bachar El-Assad. Le groupe aérien impliqué dans cette campagne aérienne rassemble plusieurs dizaines d'appareils, avions et hélicoptères de combat. Au , la présence de Su-24, Su-25, Su-30SM de supériorité aérienne ainsi que les nouveaux Su-34 est attestée..