Benjamin E. Mays, né le à Epworth, un hameau à proximité de Ninety Six dans l'État de la Caroline du Sud et mort le à Atlanta dans l'État de la Géorgie, est un pasteur baptiste, un essayiste, un théologien, un professeur d'université américain et le sixième président du Morehouse College. Il est connu pour être l'un des théoriciens du Mouvement américain des droits civiques dont les écrits prônant la non-violence ont inspiré des leaders de ce mouvement comme Martin Luther King, Julian Bond et Andrew Young.

Biographie Jeunesse et formation Naissance dans un État ségrégationniste Benjamin E. Mays est né le à Epworth dans le comté de Greenwood (Caroline du Sud). Benjamin Elijah Mays est le plus jeune des huit enfants de Hezekiah et Louvenia Carter Mays, une famille de fermiers, tous les deux sont nés dans la condition d'esclave, avant d'être émancipés par le Treizième amendement du abolissant l'esclavage. À cette époque la Caroline du Sud est un état qui pratique la ségrégation raciale avec l'application de diverses lois dites Lois Jim Crow et utilise l'organisation terroriste du Ku Klux Klan contre les Afro-Américains qui osent contester l'ordre ségrégationniste.

Un traumatisme En 1898, alors que Benjamin E. Mays n'a que quatre ans, il assiste, la nuit tombée, à une chevauchée de membres du Ku Klux Klan armés de fusils à la recherche d'un « négro » à lyncher. Cet épisode reste gravé à jamais dans sa mémoire, lui fait comprendre la fragilité du statut des Afro-Américains et est une de ses motivations profondes pour consacrer sa vie à lutte contre la pauvreté, l'ignorance et les diverses injustices sociales. Traumatisme car cet événement fait écho à la de cette même année de 1898, où des Blancs, non contents de dénier le droit de vote aux Afro-Américains, en ont lynché plusieurs pour l'exemple.

La non-violence contre la haine Malgré les traumatismes précoces de démonstration de la haine raciale, appelant à des représailles envers les Blancs, Benjamin E. Mays refuse d'entrer dans la culture de la haine en cherchant de nouvelles voies par l’éducation et la foi. Dans sa recherche, l'enseignement du révérend James F. Marshall sera déterminant, en s'appuyant sur la Bible et le Sermon sur la montagne, il apprend aux Afro-Américains que tout leur est possible et il encouragera Benjamin E. Mays à développer ses aptitudes à l'étude et ainsi l'a conduit sur les chemins de la non-violence.

Un enfant doué Comme ses sœurs, Benjamin E. Mays passe la majeure partie de son temps à aider leurs parents pour les travaux des champs de coton loin de l’enseignement scolaire primaire qu'il suit de façon discontinue pendant les mois d'hiver de novembre à février de chaque année. Grâce à sœur aînée Susie, quand il commence sa scolarité à il sait déjà lire, écrire et compter. Il se passionne pour la lecture des livres, brochures, articles célébrant ses « héros », Booker T. Washington, George Washington Carver, Carter G. Woodson, Paul Laurence Dunbar et dès l'âge de il étudie la Bible

Surmonter l’hostilité paternelle Hezekiah Mays a des idées bien arrêtées quant à la destinée d'un jeune afro-américain, il se doit de devenir un fermier, et si possible d'être un pasteur. Opinion paternelle qui estime que la poursuite des études pour un jeune afro-américain relève de la folie ou du bobard. Mais Benjamin E. Mays ne se soumet pas et est admis en 1911 à un établissement d'enseignement secondaire () rattaché à la South Carolina State University et situé à Orangeburg dans la Caroline du Sud. Il en sort en 1916, comme major de promotion avec le titre de Valedictorian.

Un parcours universitaire brillant Après ses études secondaires, il est accepté au Bates College à Lewiston, dans l'État du Maine, il y obtient son Bachelor of Arts (licence) en 1920 avec la mention honorable. Benjamin E. Mays fait l'expérience d'être considéré pour la première fois de sa vie de façon égale par ses condisciples blancs. Il poursuit des études théologiques à l' affiliée à l'université de Chicago où il obtient successivement le Master of Arts en 1925, puis le Ph.D (doctorat) en 1935.

Carrière Des engagements multiples Parallèlement à ses études universitaires, Benjamin E. Mays enseigne les mathématiques supérieures au Morehouse College d'Atlanta de 1922 à 1924, puis il est maître-assistant en littérature anglaise à la South Carolina State University d'Orangeburg (Caroline du Sud) de 1925 à 1926, où il fait la connaissance d'une enseignante, Sadie Gray, sa future épouse.

De 1926 à 1928, il est le secrétaire général de la section de la National Urban League à Tampa (Floride), puis il est embauché comme secrétaire général des étudiants affiliés à la Young Men’s Christian Association (YMCA) de 1928 à 1930. Enfin il est nommé directeur des études sur les églises afro-américaines aux États-Unis auprès de l'Institut de recherche sociale et religieuse de New York de 1930 à 1932. Il est ordonné pasteur de l'église baptiste la d'Atlanta dans l'État de la Géorgie en 1935.

The Negro's Church En 1930, le de New York sollicite Benjamin E. Mays et Joseph W. Nicholson, un pasteur de l' pour mener une enquête sur les églises afro-américaines dans douze villes et quatre zones rurales. Le résultat de leur enquête est publié sous le titre de , un rapport de . Dans leur conclusion, Benjamin E. Mays et Joseph W. Nicholson écrivent que les églises afro-américaines , échec par une prolifération d’églises afro-américaines, des pasteurs mal formés, voire pas formés, des paroisses endettées et ces multiples défaillances privent les fidèles d'en enseignement nécessaire pour faire face épreuves sociales et économiques auxquelles ils sont confrontés. Néanmoins, Benjamin E. Mays et Joseph W. Nicholson font la promotion d'une réforme des églises afro-américaines garantissant leur autonomie, et un programme de formation des clercs qui leur permettra de légitimer une place de leadership, de guides moraux des diverses communautés afro-américaines. Le doyen de l'université Howard La conférence de la Young Men's Christian Association à Mysore vignette|Asa Philip Randolph. gauche|vignette|Mahatma-Gandhi. De 1934 à 1940, Benjamin E. Mays est le doyen du département de religion à l'Université Howard (la School of Religion at Howard University connue maintenant sous le nom de la Howard University School of Divinity (HUSD)). Dans le cadre de cette fonction, il a l'occasion de participer à de nombreuses conférences œcuméniques : en 1937, il assiste à la conférence mondiale de la Young Men's Christian Association (YMCA) à Mysore en Inde et à la conférence d'Oxford sur le thème « Église, communauté et États » ; en 1939, il se rend à Amsterdam ou se tient une Conférence rassemblant de jeunes chrétiens venus du monde entier. Lors de ces rencontres; il insiste pour que les Églises chrétiennes se mobilisent pour mettre fin à la ségrégation, une motion commune était prête, mais elle ne put passer car elle rencontra l'opposition des Églises de l'Afrique du Sud.

La rencontre de Gandhi Pendant son séjour en Inde, il a la première de ses entrevues avec Gandhi dont les thèses de la non-violence avait déjà suscité l'adhésion de plusieurs intellectuels et leaders afro-américains comme W.E.B Dubois, Marcus Garvey, Asa Philip Randolph. Enseignement de la non-violence qu'il reçoit de la bouche même de Gandhi et qu'il approfondit par la lecture de ses ouvrages et de ses conférences mises par écrit, Il rencontre plusieurs fois Gandhi, la dernière de ses visites date du dans l'ashram de Gandhi à Sevagram à proximité de la ville de Wardha.

L'accréditation par l'Association of Theological Schools in the United States Sous la présidence de Benjamin E. Mays, ses exigences d'excellence pédagogique la est la seconde faculté de théologie afro-américaine à être accréditée par l'. Le président du Morehouse College gauche|vignette|Mary McLeod Bethune. vignette|W.E.B. Du Bois. Le , Trevor Harnett annonce à Benjamin E. Mays qu'il vient d'être élu président du Morehouse College, un établissement universitaire d'Atlanta. Avant de donner son accord, Benjamin E. Mays réclame des conditions nécessaires à son acceptation auprès du conseil d'administration du Morehouse College : l'assainissement des finances par la recherche de donation, augmenter la taille de l'université et améliorer la qualité de l'enseignement par le recrutement de professeurs mieux formés que ceux en poste. Exigences nécessaires car l'établissement est, financièrement dans une situation critique, il a un déficit d' et le moral est au plus bas. Ses conditions sont acceptées, pendant sa présidence qui durera , Benjamin E. Mays fait du Morehouse College l'un des meilleurs établissements universitaires afro-américains. Sa première action est de redresser les finances, par la collecte de plus de qui permettent de rénover l'établissement et de l'agrandir. Il invite également des personnalités telles que , Howard Thurman, W.E.B Du Bois, Mary McCloud Bethune et bien d'autres pour y tenir des conférences auprès des étudiants.

Le contexte des pratiques de la ségrégation dans la Géorgie vignette|Andrew Young. En acceptant la présidence du Morehouse College, Benjamin E. Mays découvre à Atlanta et en Géorgie en général, une application pure et dure de la ségrégation. Les lois Jim Crow imposent la ségrégation dans les services publics (établissements scolaires, hôpitaux, transports, gares, justice, cimetière, etc.), les lieux de rassemblement (restaurants, cafés, théâtre, salle de concert, salles d'attente, stades, toilettes, ascenseurs…) et restreignent les interactions sociales entre Blancs et gens de couleur au strict minimum, cela au nom du principe « separate but equal » (séparés mais égaux). Les lynchages pratiqués par le Ku Klux Klan font partie de la vie quotidienne et l'exercice du droit de vote des Afro-Américains est rendu impossible par la mise place de tests impossibles à réussir. Le penseur du mouvement des droits civiques gauche|vignette|Julian Bond. La formation et le soutien apporté envers Martin Luther King Parmi les élèves de Benjamin E. Mays au sein du Morehouse College, il y a Martin Luther King qui y est admis en 1944. Il lui apprend les stratégies de conciliation nécessaires pour éradiquer les injustices de la ségrégation en mettant toujours en avant la promotion de la dignité humaine. Il soutiendra Martin Luther King dans sa direction et la gestion du boycott des bus de Montgomery de 1956, qu'il récompense en l'élevant au grade de docteur honoris causa et plus tard en l'intégrant au conseil d'administration du Morehouse College.

Son influence sur les figures de mouvement américain des droits civiques Benjamin E. Mays est également le maître de Julian Bond, l’un des fondateurs du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC) et qui a joué un rôle important comme élu de la Géorgie, d'Andrew Young compagnon de lutte de Martin Luther King et de Julian Bond et sera directeur de la SNCC, de qui deviendra le président de l'Université Dillard de La Nouvelle-Orléans en Louisiane et bien d'autres qui auprès de lui développeront une philosophie de justice sociale fondée sur le message religieux de la non-violence. Il fait ainsi du Morehouse College l'un des fers de lance du combat des Afro-Américains contre le racisme.

L'hostilité du Sénat des États-Unis vignette|Martin Luther King.