Les thermes de Vésone constituent un ensemble d'établissements thermaux publics romains, disséminés dans la cité antique de Vésone, l'actuelle ville de Périgueux (Dordogne). Les fouilles permettent d'en identifier trois : les thermes de Godofre, ceux entre les rues de Campniac et de Vésone et ceux de la rue La Calprenède.

Les découvertes archéologiques et les documents historiques ne permettent que de se limiter à des études partielles de la pratique balnéaire dans la cité. Toutefois, les quelques résultats montrent que les thermes de Vésone ont été des hauts-lieux de vie aux .

Place et usages des thermes dans la ville antique

C'est au que Vesunna (francisé en Vésone), en tant que cité romaine, connait son plus grand essor, principalement sur le point de vue de l'urbanisme, où les plus grands monuments publics sont construits d'après des plans romains, comme la tour de Vésone, le forum, l'amphithéâtre et les thermes.. Vesunna et Mediolanum Santonum (future ville de Saintes), reliées par une voie romaine, entretiennent longuement une rivalité urbanistique et se sont mutuellement inspirées à travers ces constructions.

D'après les derniers travaux de recherche d'Alain Bouet en 2007, trois ensembles thermaux publics sont identifiables à Vésone : les thermes de Godofre, ceux entre les rues de Campniac et de Vésone et ceux de la rue La Calprenède. Les découvertes archéologiques et les documents historiques ne permettent que de se limiter à des études partielles de la pratique balnéaire à Vésone.

Soucieux de leur hygiène, les notables gallo-romains de Vésone aiment prendre soin de leur corps et connaissent les bases de la médecine.. Les thermes, lieux de bains et de détente, sont fréquentés par toutes les classes sociales de la société romaine. Ils font partie de ces édifices construits à Vésone pour agrémenter la vie de la cité et maintenir la cohésion et la paix sociales. Les personnes fortunées possèdent des bains privés, comme ceux de la domus des Bouquets, et fréquentent aussi les thermes publics, importants lieux de rencontre et de discussion à Vésone. La population instruite de Vésone vient écouter et prononcer des discours ou se livrer à des dissertations philosophiques, dans les gradins situés à l'intérieur des niches des thermes.

L'administration des bains publics est soumise à une grande régularité. Les heures sont préalablement définies pour les bains chauds et, une fois le temps écoulé, il n'y a plus que les bains froids à disposition des baigneurs.. Les femmes et les hommes se baignent à des heures différentes, ou bien disposent de locaux séparés. L'entrée et la sortie des bains sont annoncées par un son de cloche. Les notables s'y rendent plutôt dans l'après-midi., pour se faire masser avec des onguents, épiler, parfumer et farder . Les baigneurs doivent payer un droit d'entrée dans les thermes, jusqu'au règne de l'empereur Antonin le Pieux (138-161), qui en rend l'accès gratuit.

Les thermes sont placés sous la protection d'Apollo Cobledulitavus, dieu des fontaines et de la guérison.. Peut-être associé à Apollon, il s'agirait de la deuxième divinité vénérée localement à Vésone après la déesse Vesunna..

Thermes de Godofre Résultats des fouilles archéologiques Découverte de quelques vestiges au Orientés nord-ouest/sud-est, les thermes publics de Godofre sont situés dans le quartier sud-est de Vésone, en bordure de l'Isle, à de sa rive nord.. Il s'agit des thermes les plus grands et les plus imposants de la cité. Plus rien ne subsiste de ces thermes au , les vestiges ayant été en grande partie détruits quelques années avant la Révolution française., lorsqu'un jardin potager devait être aménagé à la place des décombres du château de Godofre. Il s'agit d'un ancien château d'eau situé sur ce même emplacement au . et dont le propriétaire du lieu vers 1500, Gérald Godefre (ou Godofre) est un consul de la ville de la Cité, née au Moyen Âge sur les fondations de Vésone..

Au début du , les thermes sont encore conservés sur de hauteur. Les vestiges retrouvés en abondance après avoir retourné la terre sont essentiellement des céramiques, des chapiteaux de colonnes, des fûts lisses ou cannelés, des tuiles et des briques. Lors des fouilles archéologiques, de nombreuses médailles et pièces de monnaie sont également retrouvées dans les canalisations pleines de cendres, notamment une pièce en argent représentant l'empereur romain Vespasien (69-79) et une autre en bronze représentant l'empereur Commode (180-192). Faute d'intérêt pour des vestiges à cette époque, leur volume est si important qu'ils servent principalement à remblayer un chemin voisin.

Découverte en 1820, une dédicace datant du fait mention de la restauration des thermes publics devenus vétustes, , menée par Pompeius Libo Marcus (ou Marcus Pompée)..., un prêtre du temple de Mars issu d'une famille de notables affranchis ()..

Organisation générale de l'espace thermal Les soubassements sont retrouvés le , lors du creusement du canal de Périgueux, près de l'écluse entre l'Isle et la rue Sainte-Claire, à environ en aval du moulin de Sainte-Claire. Un premier plan est alors dressé par Édouard Galy en 1859, dans les Actes du Congrès archéologique de France, qui se tient à Périgueux cette année-là.. En 1862, il dessine une deuxième version légèrement différente et, cette fois-ci, cotée.. En 1930, P. Barrière reprend la première version du plan d'Édouard Galy dans son ouvrage sur l'histoire de Vésone.. Un quatrième plan, également coté et réalisé à l'encre de Chine et en lavis, est conservé au musée d'Art et d'Archéologie du PérigordLe document porte le numéro d'inventaire B.1686 et s'intitule : « Thermes de Vésone. Plan de la façade est (côté de l'Isle) – Substructions et égouts découverts en 1858 ». ; n'étant pas daté, il est impossible de savoir s'il s'agit ou non d'un plan plus ancien.

D'après les vestiges examinés par Édouard Galy, alors conservateur du musée d'Art et d'Archéologie du Périgord, la façade principale au sud mesure environ de long et est traversée de deux ou trois égouts ( de hauteur pour environ de largeur), inclinés pour se déverser dans la rivière. Les termes de Godofre couvrent une surface de .. La chambre souterraine remplie d'eau qui accueille ces canalisations est construite à partir de petites pierres carrées, similaires à celles de la tour de Vésone et de l'amphithéâtre..

vignette|Des mosaïques romaines colorées, conservées au musée Vesunna. vignette|Un fragment de pilastre du , conservé au musée Vesunna.

En surface, le monument semble accessible à partir de deux portes latérales au vu de la trame urbaine, et non par une porte axiale comme c'est le cas pour la plupart des édifices romains de l'époque.. L'édifice est constitué de trois corps de logis, l'un situé au centre et les deux autres formant les ailes est et ouest, reliés entre eux par des galeries pavées au sol de mosaïques romaines colorées, censées magnifier le lieu.. Des exèdres semi-circulaires et quadrangulaires sont aménagées tout au long de la façade et séparées entre elles par des pilastres en petit appareil ou en opus mixtum (constitué de moellons et de briques). Elles abritent des statues, des gradins., et des ornements, tels que des vases en marbre (blanc ou de couleur) et en terre cuite, peints ou sculptés.. Les éléments décoratifs retrouvés lors des fouilles de 1857 sont conservés au musée d'Art et d'Archéologie du Périgord et figurent dans le catalogue des collections réalisé en 1862. Aux extrémités, les exèdres les plus vastes, semi-circulaires, mesurent de diamètre à l'ouest et à l'est, pour de profondeur. Viennent ensuite deux autres paires d'exèdres, plus petites : les deux premières exèdres, semi-circulaires, ont un diamètre de à l'ouest et de à l'est, pour une profondeur de ; les secondes, quadrangulaires, sont larges de , pour une profondeur de à l'ouest et à l'est. Une autre exèdre semi-circulaire est représentée uniquement à l'ouest, aux dimensions semblables à la précédente ; elle n'est pas mentionnée dans le plan de 1859 et son symétrique à l'est ne semble pas exister. La partie axiale de la façade comprend des exèdres moins grandes : deux semi-circulaires d'un diamètre de à l'ouest et à l'est, pour une profondeur de à l'ouest et à l'est, puis une quadrangulaire de de large pour de profondeur..

En s'avançant vers l'axe du monument, deux pièces symétriques jouxtent les précédentes salles. Elles mesurent environ de large et de long, soit une surface de . D'autres espaces non symétriques viennent en suivant : à l'ouest, une pièce de de large et, au sud, deux autres bien plus modestes ; à l'est, une pièce de de large et une seconde de . La partie centrale serait occupée par deux pièces larges de .

Derrière la façade, une porte donne accès depuis le sud à une série de pièces thermales, disposées de manière quasi symétrique et qui forment l'avant-corps de l'édifice.. Une zone construite dans l'axe du monument, large de et longue de , semble permettre l'identification d'une fontaine monumentale, similaire à celle des thermes de Saint-Saloine de Saintes, qui ornerait partiellement la façade des salles de bains.. Dans un souci de scénographie, cette façade est opposée à la cité pour être vue par toute personne qui passe en bateau sur l'Isle.. Composée d'un grand bassin central, la pièce thermale la plus au sud semble être le caldarium (pièce des bains chauds), du fait de ses dimensions (environ ) et de sa situation au bout du circuit thermal.. Les espaces qui la jouxtent à l'est et à l'ouest seraient donc des chambres de chauffe. Plus au nord, deux possibilités sont envisageables : deux frigidaria (pièce des bains froids) et leur piscina ou un seul frigidarium à deux piscinae symétriques. Quelle que soit l'hypothèse, un palestre s'étend au-delà vers le nord. L'aménagement du caldarium, des chambres de chauffe et des frigidaria est, là encore, très similaire à ce qui est réalisé aux thermes de Saint-Saloine de Saintes..

Le tracé des égouts laisse envisager que des latrines sont possiblement aménagées de manière symétrique à l'est et à l'ouest de l'édifice. Chaque pièce comporterait une banquette d'une douzaine de lunettes espacées de , ce qui semble bien peu par rapport à la superficie totale de la pièce (). Celle-ci accorde un espace théorique de à chaque utilisateur, ce qui est bien supérieur à la moyenne obtenue dans la majorité des thermes romains.

Un moulin à bras, dont la meule inférieure est une base de colonne, semble être établi près des pièces thermales ; une sorte de canalisation relie le moulin aux égouts des thermes.

En 1888, un hypocauste est retrouvé près du premier pont du canal de Périgueux ; un seul pilier est démoli et il reste des fragments de carreaux (bipedales) et de marbres de revêtement..

Alimentation en eau

vignette|L'aqueduc de Grandfont qui, d'après Wlgrin de Taillefer, alimenterait les thermes de Godofre.

Les thermes sont alimentés par l'aqueduc de Grandfont (également appelé aqueduc du Petit Change)... La réception des eaux se fait à une altitude de , soit à au-dessus du sol.. L'aqueduc de Grandfont n'alimente pas seulement les thermes mais aussi tout ce quartier de la cité.

Trois hypothèses sont émises sur l'arrivée des eaux. D'après la première, l'arrivée se fait directement du domaine des Cébrades (aujourd'hui un lieu-dit situé sur la commune de Sanilhac)., situé de l'autre côté de l'Isle, avec une traversée de la rivière sur des arcades indépendantes.. D'après la seconde, l'arrivée se fait au moyen d'un changement de direction, à droite, sur le tracé de l'ancien pont Japhet (disparu depuis le et remplacé aujourd'hui par une passerelle reliant la place du 8-Mai-1945 au quartier Saint-Georges).. D'après la troisième, l'eau des thermes provient de la fontaine de l'Amourat, située à sur l'ancienne commune de Saint-Laurent-sur-Manoire.

Une datation approximative