Les règles de l’orthographe néerlandaise sont au nombre de cinq : trois principes (conformité à la prononciation standard, unicité de forme, étymologie) et deux règles qui concernent spécifiquement le redoublement ou non des voyelles et dans certains cas des consonnes. Bien que les trois principes soient cités en premier par les manuels de néerlandais, à commencer par le Livret vert qui reprend les directives légales en la matièreLe Livret vert (), édité par l'Union de la langue néerlandaise contient toutes les règles applicables aux textes néerlandais officiels ., le redoublement des voyelles est essentiel à comprendre au préalable pour des non-néerlandophones. L’article revient ensuite sur les nombreuses exceptions aux règles générales. Pour les variantes orthographiques préconisées par le Livret blanc, voir l'article plus général sur l'orthographe du néerlandais.

Redoublement des voyelles et consonnes L’alphabetSur les 26 lettres de l'alphabet, quatre sont strictement superflues en néerlandais : le /c/ parce qu'il représente deux sons correspondant à /k/ respectivement /s/ ; le /q/ parce que sa prononciation peut également être représentée par /kw/ ; le /x/ parce qu'il n'est qu'une combinaison des sons /k/ et /s/ ; le /y/ parce qu'il concerne les sons /i/, /ie/ ou /j/. Avec ces 22 caractères, il faut écrire environ deux fois plus de sons. C'est pourquoi une lettre symbolise parfois jusqu'à trois sons, comme dans [ʋɛledəl] ou [bɛtstedə] . ne suffirait pas à répercuter par écrit la prononciation des voyelles en néerlandais, n’eût été l’astuce qui consiste à redoubler les voyelles pour marquer la différence – fondamentale – entre voyelles ouvertes (dite aussi longues, ou pures) et voyelles fermées (dites aussi courtes, ou impures). La confusion entre ces deux types de sons peut avoir de lourdes conséquences en interchangeant par exemple des mots comme [vɪs] (i fermé), qui s’écrit « » (poisson) et [vis] (i ouvert), qui s’écrit « » (sale). Le tableau de voyelles fait ainsi apparaître 8 voyelles ouvertes /a/, /ə/, /i/, /o/, /y/, /e:/, /u/, /ø/ (correspondant au a e i o u français, plus les sons é, ou et eu), 5 voyelles fermées /ɑ/, /ɛ/, /ɪ/, /ɔ/, /ʏ/ et trois diphtongues /ɛj/, /ɑʊ/, /œy/ (en français le ei de veille, le ao de Mao, le eui de deuil)Voir à ce sujet l’explication donnée dans l’article Alphabet phonétique international.A cela s'ajoutent 4 voyelles nasalisées présentes dans les mots empruntés au français : /ã/, /ẽ/, /õ/, /ũ/, et sept fausses diphtongues (fausses car leurs sons accolés resteraient audibles séparément) : /ai/, /oi/, /aai/, /ooi/, /oei/, /eeu/, /ieu/. Voir ..

L’orthographe correspondante repose sur la distinction entre syllabes ouvertes, c'est-à-dire celles qui finissent par une voyelle, et syllabes fermées, qui finissent par une consonne. Exemple de syllabes ouvertes, les premières syllabes des mots (composé de 2 syllabes : va-der, père) ou (bo-men, arbres). Exemple de syllabes fermées, les mots (pot), (forêt), (lit)…

Consonnes redoublées Par principe, la voyelle d’une syllabe ouverte se prononce ouverte. Si on veut obtenir un son fermé, on redouble la consonne qui suit afin d’obtenir une syllabe fermée. Donc au singulier se prononce fermé [pɔt] (o fermé), mais son pluriel, qui se prononce de la même manière, appelle un redoublement de la consonne pour éviter une mauvaise prononciation, on écrit donc et surtout pas qui serait le pluriel de ([pot] (o ouvert), la patte).

Voyelles redoublées De même, la voyelle d’une syllabe fermée se prononce fermée. Si on veut obtenir un son ouvert, il faut alors redoubler la voyelle ou lui ajouter un e dans le cas du i : les voyelles ouvertes s’écrivent alors aa, ee, ie, oo, uu. Donc (forêt) se prononce fermé [bɔs], mais (arbre) se prononce ouvert [bom], ainsi que son pluriel (principe d'unicité), mais comme la syllabe est déjà « naturellement » ouverte, il n'y a pas besoin de redoubler la voyelle.

Principes de base Conformité à la prononciation standard En néerlandais, l’écriture d’un mot reflète la prononciation standard, censée être indépendante de toute attache régionale.. Toutefois, ce concept n’est pas précisément défini et il peut arriver, dans des cas heureusement très rares, que la prononciation régionale influence l’orthographe, auquel cas les deux variantes sont considérées comme standard. Malgré sa simplicité apparente, ce principe se trouve en fréquente contradiction avec les principes suivants et souffre donc de nombreuses exceptions.

Unicité de forme Selon ce principe, le même mot, racine, préfixe ou suffixe, est écrit de manière invariante, même si c’est au détriment de la stricte phonétique. Ainsi, dans le mot (bien), on entend un /t/, mais on écrit un /d/ parce que c’est un son commun avec les mots goede, goedig, etc. Dans le mot (assiette à soupe), on n'entend pas de /p/, mais on l'écrit parce que c’est un son commun avec les mots (soupe), (bol de soupe), etc. Le mot (action), prononcé comme en français avec un son /s/, continue à s’écrire avec t à cause de sa communauté avec les mots (actif), etc.

Les mots qui sont formés de manière similaire sont écrits de manière similaire (principe de similarité). Dans (rue de la gare), on entend un seul son /s/, mais on écrit deux s parce qu'on entend un /s/ dans (chemin de la gare). De même, le mot (grandeur) se prononce à l'identique de (grande), mais parce qu'il est formé de la même manière que les mots et (épaisseur et la hauteur) : "dik+te" et "hoog+te", d'où "groot+te".

Il existe de nombreuses exceptions au principe d'uniformité. Par exemple, le mot (cheval) s’écrit bien avec un /d/ à la fin à cause de son pluriel conformément au principe d'unicité de forme, mais cette règle ne s'applique pas pour les pluriels de (maison), qui donne ou de (cour, chantier), qui donne . La conjugaison du verbe (marcher) qui donne à la personne du singulier de l’indicatif présent loop+t, l'orthographe du même temps pour le verbe (manger) devrait donc être eet+t, mais ce n'est pas le cas, on écrit plus simplement eet.

Étymologie L'orthographe d'un mot tient compte de l'évolution historique. Dans (il) et (dire à la personne du singulier du parfait), on entend le même son /ei/. La différence d'orthographe remonte à une différence de prononciation antérieure. Un /ij/ ressemblait autrefois à un /i/ comme on peut toujours l'entendre dans la forme inversée zei-d-ie (dit-il) et dans certains dialectes, tandis qu’un /ei/ était plus proche d’un /é/ ou un /è/. Cette origine historique a été conservée dans l'orthographe actuelle. Selon le principe de l'étymologie, on écrit aussi le phonème /ˈrɑu/ de deux manières différentes en raison de prononciations autrefois différenciées même si elles ne le sont plus aujourd’hui dans (faire-part de deuil) et (crudités). L'application de ce principe entraîne de nombreux écarts par rapport aux deux principes précédents, par exemple le /b/ dans (office), le /h/ dans (à présent), le /w/ dans (pois) et l'orthographe isch du suffixe d’innombrables adjectifs, toujours prononcé /s/ (exemple : (médical), etc.).

Application des principes et des règles Limites du principe de conformité à la prononciation standard Le principe de conformité à la prononciation standard ne tient pas compte de l'influence des sons environnants. Ce genre de petites différences ne transparaît pas dans l'orthographe. Quelques exemples : Une voyelle ouverte placée devant un /r/ devient légèrement plus longue et obtient généralement une "couleur" différente sensible dans le rapprochement de couples de mots : -, -, -, -, -, -. Il y a également une petite différence entre le /o/ légèrement plus fermé dans le mot (stupide) et le mot (laine) et le /o/ légèrement plus ouvert dans et . Il y a une différence entre le /k/ de "chauve", le /k/ de "quille" et le /k/ de "frais". Il y a aussi une différence entre le /ch/ de (balance) et le /ch/ de (berceau), entre le premier /n/ in et le premier /n/ in , etc.

Le principe de base de la prononciation standard ne tient pas non plus compte de ce qu'on appelle l'affaiblissement des voyelles dans le discours courant (qui se produit surtout dans le néerlandais du nord). Cela signifie qu'une voyelle non accentuée "se relâche" en un /e/ quasi-muet (sjwa), voire disparaît complètement. Par exemple : dispositif est plus ou moins prononcé comme [ɑpərat], direction où le son /ee/ ([reˈxi]) devient [rəˈxi]), etc.) Le son /e/ peut donc s'écrire aujourd'hui de multiples manières : a : ; i : (occupé) [bezəx] ; o : (soirée) : [ˈavənt] ; u : Dokkum (nom de lieu) : [ˈdɔkəm] ; aa : (elle) : [ər] parfois noté « 'r » ; (un) : [ə:n], parfois noté 'n ; oe : (kangourou) : [kɑŋgəru] ; ij : (laid) : [ˈleːlək].

Exceptions au principe d'uniformité Il existe un certain nombre d'exceptions au principe d'uniformité. Les plus importantes sont les suivantes. Les caractères v et z qui doivent être écrits à la fin d'une syllabe sur la base de l'uniformité sont remplacés par f et s : (âge), malgré la communauté avec (vie), déménageait (malgré la communauté avec l'infinitif ). Les sons /t/ et /s/ ne sont pas toujours écrits comme d et z à cause de la prononciation, par exemple (ressemblance) malgré (les images), (sagement) malgré (montrer, désigner). Une consonne à la fin d'un mot n'est pas doublée ; donc on écrit (frison) et non Friess. Pour les mots finissant par -s, le suffixe -se ou -ste perd son s, d’où : (de Goes), (parisien), (le plus sage), (le plus frais) mais bien (cycliste, féminin de ) car le suffixe est -ster et non -se ou -ste. Dans quelques cas, il existe différentes formes "rij(d)dier (monture, animal qu’on monte). La solution la plus simple est alors retenue, donc dans ces exemples, par analogie avec (laisse) et (culotte de cheval), on écrit ces mots avec un seul d.

L'orthographe étymologiquement déterminée des diphtongues Le principe de base de la prononciation standard est ici contraint par le principe de l'étymologie. Cela concerne principalement l'orthographe des diphtongues /ei/ et /ou/, et l'orthographe des mots d'origine étrangère.

La diphtongue /ei/ s'écrit soit ei, soit ij. L’orthographe ei correspond aux cas suivants : si la diphtongue provient à l’origine du son /ai/, comme dans (petit) (dans certains dialectes on entend alors /ee/, kleen) ; si la diphtongue provient d'une voyelle plus /ch/ : (de , dire), (de , vierge) ; si la diphtongue provient d'un /e/ suivi de /nd/ ou /nz/ : (fin), (réfléchir) ; dans les suffixes -heid et -teit ; (vérité), (stupidité) ; mots dérivés du français, contenant ai, ei, é ou é : , , , . La diphtongue /ei/ s'écrit ij notamment dans les cas suivants : si la diphtongue provient de la voyelle libre /ie/ : (mordre), (douleur), (sinistre, effroyable) (dans certains dialectes on entend alors /ie/ : pien pour pijn , etc ;) dans les suffixes -erij, -ij en -lijk : , , . La diphtongue /ou/ s'écrit ou dans tous les mots qui contiennent le groupe sonore /out/. Dans certains dialectes, on entend alors /ol(t)/ : , , (bois, froid, or), etc. Le /ou/ à la fin d'un mot s'écrit ouw (mouw, rouw manche, deuil), sauf lorsqu'il provient de /oude/ comme dans en (froid et bois), ou dans .

La diphtongue /ou/ s'écrit au dans les mots où l'on prononçait à l'origine la voyelle ouverte /aa/ plus un /u/ ou /w/ : (bleu), (bientôt).

Règles de doublement et d'unification Voyelles fermées (courtes) La règle du doublement derrière les voyelles courtes s’applique aux consonnes b, c, d, f, g, k, l, m, n, p, r, s et t (exemples : (doubler), , (hauts-fonds), (avoir de la chance), (dire), (blocs), (grelotter), (peigner), (cruches), (roucouler), (leçons), (parier). La consonne écrite en deux lettres ch n’est donc pas redoublée. Du coup, dans les mots suivants, le ch suit une voyelle fermée : (poêle), (rebord), (bosse) ou (toussoter), et le doublement de la voyelle est nécessaire pour obenir un son ouvert : (malin), (nier, désavouer).