La rue du Dôme (en alsacien : Müenstergass ou Müenschtergässel) est une voie de Strasbourg rattachée administrativement au quartier Centre.

Situation et accès Elle va du de la place Broglie au de la rue des Frères, à l'arrière de la cathédrale, d'où son nom« Dôme (rue du) : Münstergass », Maisons de Strasbourg. Étude historique sur les maisons de Strasbourg entre le XVI et le XX siècle . « Rue principale » orientée nord-sud (ou cardo) à l'époque romaine, au cœur du quartier canonial au Moyen Âge, bordée d'hôtels particuliers au , elle est devenue une artère commerçante.

Origine du nom vignette|gauche|Via principalis à l'époque romaine, Müenschtergässel en alsacien. En allemand, Dom est synonyme de Münster, tous deux signifiant « cathédrale », mais Münsterplatz est traduit par « place de la Cathédrale », alors que Münstergasse est devenue la « rue du Dôme ».

Historique vignette|gauche|Alfred Touchemolin, Argentoratum : Porta Septentrionalis (actuellement entrée de la rue du Dôme), 1895. L'actuelle rue du Dôme coïncide avec l'axe nord-sud (cardo) du camp romain d'ArgentoratumJean-Jacques Hatt, Argentorate, Strasbourg, Presses universitaires de Lyon, 1993, . C'est la via principalis sur laquelle empiétera la construction de la cathédrale et du collège des Jésuites. Comme en témoignent les fouilles, la porte Nord (porta principalis dextra) se dresse au carrefour de la rue du Dôme et de la place Broglie. Sous le nom de Porta Lapidea (« porte de pierre »), elle reste en service pendant tout le Haut Moyen Âge, jusqu'en 1250 environ, lorsqu'une autre porte est construite face au Faubourg-de-Pierre.

Le musée archéologique de Strasbourg conserve une série d'artéfacts romains en provenance de la rue du Dôme. C'est le cas d'une stèle de la fin du , Chariot à quatre roues ou Stèle du train des équipages, trouvée en réemploi dans le mur d'enceinte du camp, en 1899, lors de travaux au . Figurant un soldat conduisant un lourd chariot à quatre roues chargé de ballots et attelé de deux mules placées de front, elle est surmontée d'une inscription, partiellement brisée : AN(NORUM) XL STIP(ENDIO-RUM) XVI H(IC) S(ITUS) E(ST) H(ERES) F(ACIENDUM) C(URAVIT), ce qui signifie en substance que ce légionnaire est mort à quarante ans après 16 années de service dans l'armée et que le monument a été érigé par l'un de ses héritiers« Monument funéraire dite stèle du train des équipages », Plateforme ouverte du patrimoine . Le second exemple est celui d'une stèle funéraire d'un personnage portant des tablettes, du . Le troisième est une frise à deux personnages, avec une ville à l'arrière-plan, du début du .

Au Moyen Âge la rue est bordée par les résidences de chanoines du Grand Chapitre et de divers desservants de la cathédrale.

Depuis le Moyen Âge, la voie porte successivement différentes dénominations, en allemand ou en français : Münstergasse (1237), rue du Monstier (1636), rue de la Grande Église (1701), rue de la Cathédrale (1765), rue des Prêtres (1766, 1817), rue du Dôme (1792, 1795, 1817, 1918), rue de la Philosophie (1793), Münster-Gasse (1817), Münstergasse (1872, 1940), et, à nouveau, rue du Dôme en 1945Maurice Moszberger (dir.), « Dôme (rue du) », in Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), .

Des plaques de rues bilingues, à la fois en français et en alsacien, sont mises en place par la municipalité à partir de 1995« L'alsacien a droit de rue à Strasbourg », Libération, 31 mars 1995, . C'est le cas du Müenschtergässel.

Le quartier subit de lourds dommages lors de la guerre de 1870. Gustave Fischbach, décrit ainsi les destructions occasionnées dans la rue par le bombardement survenu pendant la nuit du :

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire À l'angle avec le de la place Broglie d'une part et le de la rue Brûlée d'autre part, ce grand immeuble éclectique destiné au Crédit foncier d'Alsace et de Lorraine est construit par Édouard Roederer à partir de 1873. Sur cet emplacement, à l'origine, on trouve d'abord le Poêle (siège de la corporation) des Maçons, auquel succède au début du celui des Tailleurs. En 1853 ces maisons sont remplacées à leur tour par un immeuble construit par un certain Scheidecker, ce qui lui vaut quelquefois le nom de « maison Scheidecker. »

Très endommagé lors des bombardements de 1870, comme la « maison Gast » voisine et bien d'autres, il doit être démoli. Le nouvel immeuble se caractérise notamment par une large porte d’entrée composée d'une frise et de deux allégories (l'Agriculture et le Commerce) et par deux tours circulaires avec un toit en bulbe, un ensemble inspiré par le néo-classicisme de l’architecture parisienneStrasbourg impérial . Depuis la fin du , cet immeuble est occupé par un café, ouvert dans les années 1980, que le nouveau propriétaire a fait transformer« 1, rue du Dôme (Strasbourg) », ArchiWiki Dernières Nouvelles d'Alsace, 14 novembre 2013, comme on peut le constater sur les photos, notamment en ce qui concerne le portail d'entrée, bleu avant la rénovation.

Formant l'angle avec le de la rue des Étudiants, cet immeuble néo-rococo, reconnaissable à son immense rotonde d'angle, couronnée d'un dômeVéronique Umbrecht, « Salomon, une famille d’architectes alsaciens aux XIX et XX siècles », Cahiers Métacult, , 2015, , est construit en 1899 par Émile Salomon pour la Banque du commerce et de l'industrie. C'est au cours de ces travaux que le monument funéraire dit Stèle du train des équipages est découvert. Le rez-de-chaussée, complètement transformé par un revêtement moderne dans les années 1960-1970, abrite une agence de la BNP Paribas« 10, rue des Étudiants (Strasbourg) », ArchiWiki .

Sur cet emplacement se trouvait la maison Sütterlin, du nom de l'associé du propriétaire Jacques Coulaux. Elle fait partie des « belles propriétés privées» entièrement détruites lors du bombardement d'« 3, rue du Dôme (Strasbourg) », ArchiWiki . vignette|Auguste Munch : 4, rue du Dôme près du Broglie (1870). À l'angle de la rue du Dôme et de la rue du Temple-Neuf, l'immeuble moderne accueille une agence de la Société générale. Auparavant plusieurs édifices se sont succédé sur cet emplacement. En 1870, Auguste Munch le met en scène sur une lithographie, avec le sous-titre : « commerce de diamants, horlogerie, joaillerie, bijouterie, orfèvrerie : Holl, succursale de Siegel et Wagner ». Georges Daubner lui consacre une aquarelle. Dans les deux cas il s'agit de l'immeuble construit vers 1800, remplacé vers 1900 par un autre, surmonté d'un bulbe, et qui sera démoli vers 1970 pour céder la place à la banque« 4, rue du Dôme (Strasbourg) », ArchiWiki . Connu sous le nom d'« hôtel Gallay », l'immeuble est acquis par le maître-maçon Jacques Gallay, ancien appareilleur du Palais Rohan et auteur de nombreux édifices à Strasbourg, qui entreprend sa reconstruction en . Il remplace notamment l'ancien oriel par un balcon au-dessus de la porte cochère centrale. La façade, qui compte cinq travées et quatre niveaux, est scandée par quatre pilastres corinthiens d'ordre colossal et ornée de cinq mascarons au premier étage. Celui du centre figure une allégorie de l'Architecture, encadrée par les Parties du Monde, l'Europe et l'Asie à gauche, l'Afrique et l'Amérique à droiteBrigitte Parent, « Dôme (rue du), » , Les Mascarons de Strasbourg, « 7, rue du Dôme » Maisons de Strasbourg. Étude historique sur les maisons de Strasbourg entre le XVI et le XX siècle .

vignette|Hôtel Hohenlohe, puis Livio ().« Hôtel Hohenlohe » du nom de son commanditaire, ou « hôtel Livio », en référence à son propriétaire le plus connu, c'est le dernier hôtel strasbourgeois de l'Ancien RégimeÉlisabeth Loeb-Darcagne, Sept siècles de façades à Strasbourg, I.D. L'Édition, Bernardswiller, 2012, . Sur le site d'anciens bâtiments ayant appartenu au Grand Chapitre« Rue du Dôme, », Maisons de Strasbourg. Étude historique , François Pinot, architecte de la cathédrale, construit une demeure pour le chanoine de Strasbourg, de Cologne et d'Ellwangen, le prince François-Charles-Joseph de Hohenlohe-Waldenburg-Bartenstein. Les travaux sont achevés en 1791, peu de temps avant la confiscation de l'édifice par les autorités révolutionnaires qui le transforment en poste. L'hôtel est racheté en 1815 par Ignace Étienne de Livio, un homme d'affaires prospère, brièvement maire de Strasbourg en 1797 et 1800« Les grands noms de l'histoire de Strasbourg » (Archives de Strasbourg et de l'Eurométropole) , qui y résidera effectivement. Le bâtiment abrite ensuite une brasserie, avant d’être acquis par un groupe de banquiers qui y fonde la Sogenal en 1881. La banque y conserve son siège jusqu'en 2001. Deux établissements d'enseignement supérieur privés, l'Iseg et l'Epitech, s'y installentStrasbourg au . Caractéristique du style Louis XVI, le bâtiment compte deux étages d'inégale hauteur qui se superposent sur l'appareil à refends du rez-de-chaussée. La travée centrale est rehaussée par deux balcons reposant sur des consoles aplaties et cannelées. La grille qui sépare le jardin de la rue est en fer de lance. Le portail est encadré de deux piles carrées surmontées de pots à feu à guirlandes végétales. À l'angle de la rue des Échasses, cette maison du , à encorbellement et colombages, se trouve sur l'emplacement de l'ancien siège de la tribu (corporation) des Tailleurs, Zu dem roten Huse (« À la maison rouge »), citée dès 1331, selon Adolphe Seyboth, et visible sur un dessin de Hans Baldung Grien« 11, rue du Dôme (Strasbourg) », ArchiWiki . À l'origine l'édifice appartenait au Grand-Chœur de la cathédrale. Au début du il est habité par un certain Hans Baldung , puis par plusieurs stettmestres et ammestres, dont Jean Georges Langhans, avocat, qui acquiert cette maison en 1747, la fait reconstruire en 1751 et en reste propriétaire jusqu'en 1775. Il y reçoit Voltaire en 1758Roland Recht, Jean-Pierre Klein et Georges Foessel (dir.), « Rue du Dôme », in Connaître Strasbourg : cathédrales, musées, églises, monuments, palais et maisons, places et rues, Alsatia, 1998 (nouvelle édition remaniée), . La façade en grès, à quatre travées et deux étages, est ornée de six mascarons, représentant Latone et Diane au rez-de-chaussée, Neptune, Amphitrite, Jupiter et Junon au premier étage. Un quatrième niveau a été ajouté à l'immeuble ultérieurementBrigitte Parent, « Dôme (rue du), », Les Mascarons de Strasbourg, . En 1739, le marchand Jean Christophe Schrader fait reconstruire une demeure bourgeoise sur l'emplacement d'une ancienne maison à deux encorbellements. En 1808, l'immeuble est acquis par Frédéric Sigismond Simon, graveur et imprimeur, père de Frédéric-Émile Simon (1805-1886Théodore Rieger, « Simon, Frédéric Émile » Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 35, ), formé par lui. Ils ouvriront ensemble un atelier de lithographie, puis de chromolithographie très réputé.La façade, à trois niveaux et quatre travées de fenêtres, comporte un rez-de-chaussée en pierre de taille à refends, percé de trois arcades en plein cintre. Les étages sont séparés par un bandeau. Les fenêtres sont précédées de petits balcons, dont la ferronnerie en lignes courbes est rehaussée de motifs en métal repoussé. Quatre mascarons, directement sculptés sur les linteaux, représentent un faune rieur à grandes oreilles et trois personnages barbus, aux expressions différentesBrigitte Parent, « Dôme (rue du), », Les Mascarons de Strasbourg, . Formant l'angle nord avec le de l'impasse du Tiroir, cet édifice du fait l'objet de plusieurs reconstructions entre 1812 et 1840. L'encorbellement d'origine est alors supprimé« 16, rue du Dôme », Maisons de Strasbourg. Étude historique .