Les entrées royales hellénistiques désignent les multiples entrées faites par des souverains hellénistiques dans des cités pendant la période hellénistique (). Outils de représentation, de légitimation du pouvoir royal, elles constituent l'un des moments principaux des voyages royaux, que ces derniers soient liés à leur itinérance, à la guerre voire à la diplomatie. L'initiative de ces entrées revient au pouvoir de la cité, au pouvoir royal ou bien aux deux selon chaque contexte.
Les connaissances actuelles sur les entrées royales hellénistiques reposent essentiellement sur des sources littéraires et épigraphiques. Les premières entrées royales remarquées sont celles que fait Alexandre le Grand lors de sa conquête de l'empire perse achéménide (). À la suite d'Alexandre le Grand, les diadoques puis leurs successeurs sont à l'origine d'entrées plus ou moins bien documentées dans les sources jusqu'aux entrées de dans des cités grecques d'Asie vers
À partir du , les généraux et consuls romains qui détiennent l'imperium manœuvrent militairement en Grèce et se font remarquer dans les sources pour des entrées alors impératoriales. À l'avènement d'Auguste et de ses successeurs, la pratique des entrées se poursuit puisque les empereurs n'hésitent pas à voyager dans l'orient romain grec conquis depuis le
Origines et premières entrées Il est pour le moment difficile de statuer sur l'origine de ces entrées mais les premières entrées remarquables sont celles que fait le roi de Macédoine Alexandre dans des cités alors sous domination perse.
L’entrée d’Alexandre à Sardes (), d'après Arrien, Diodore de Sicile La cité de Sardes est la capitale de la satrapie de Lydie. Alexandre sort victorieux de la bataille du Granique en et se dirige sur Sardes après cette bataille. Les deux sources disponibles, Diodore de Sicile et Arrien, évoquent le rôle de Mithrénès, gouverneur de Sardes, normalement soumis aux intérêts de l’empire de , qui décide de livrer la cité de Sardes dans un contexte de reddition de la cité. Alexandre est accueilli à Sardes par Mithrénès et des notables de Sardes qui viennent à sa rencontre pour lui livrer la citéArrien, L’Anabase d’Alexandre, Livre I, 17, 3.Diodore de Sicile, XVII, 21, 7. .
Alexandre est accueilli à Babylone (), d'après Arrien, Quinte-Curce et Diodore de Sicile vignette|344x344px|L'Entrée d'Alexandre dans Babylone ou Le Triomphe d'Alexandre, tableau de Charles Le Brun, (), Musée du Louvre, Paris. Alexandre défait en à la bataille de Gaugamèles. Après cette bataille, il parvient à Arbèles, puis à Babylone, résidence impériale du Grand roi perse achéménide. Selon Arrien, les Babyloniens viennent à la rencontre d’Alexandre. Quinte-Curce mentionne quant à lui la venue de Mazée, gouverneur de Babylone, et de ses enfants, à la rencontre d’Alexandre. Le récit de Quinte Curce décrit le moment de l’entrée en procession dans les murs de Babylone. Alexandre entre alors sur un char entouré d’hommes en armes et suivi par son armée et les habitants. Cette entrée est sans doute la plus célèbre de toutes celles que fait Alexandre le Grand durant la conquête de l’empire perse en témoignent les multiples œuvres artistiques postérieures et l’unanimité des sources la concernantArrien, L’Anabase d’Alexandre, III, 6, 3. Quinte-Curce, Livre V, I. Diodore de Sicile, XVII, 64, 3. .
La série de peintures de Charles Le Brun sur Alexandre le Grand réalisées sous font ressurgir les références à l’Antiquité et surtout glorifient le pouvoir royal en sous-entendant la comparaison avec le roi français.
Le déroulement de l'entrée Après lecture de plusieurs sources littéraires et épigraphiques, il apparaît que les entrées semblent être des cérémonies protocolaires qui comprennent une série de temps ordonnés qu’il convient de présenter.
L'arrivée du roi : la parousia ou ladventus Plusieurs termes sont utilisés pour désigner l’arrivée d’un roi ou d’un imperator. Pour qualifier la venue d’un imperator dans une cité, les auteurs utilisent le terme d’adventus. Le terme adventus est défini dans le dictionnaire latin-français de Félix Gaffiot comme l’« acte d’arriver » et le « fait d’être arrivé », ainsi que par le terme « arrivée ». L’adventus désigne donc l’arrivée et non l’entrée dans sa globalité.
En grec, on trouve le terme de parousia (παρουσία) qui signifie "l’arrivée" ou "la présence" d’un individu, mais comme le précise Pierre Dufraigne, « en s’incorporant au vocabulaire religieux », le terme recouvre « la présence accompagnée d’un rayonnement surnaturel ».
L’arrivée d’un roi ou d’un imperator donne lieu à la mise en place d’une apantésis.
La venue au devant du roi : lapantésis ou occursus Le terme apantésis (ἀπάντησις) traduit, en grec, le fait d'escorter, de venir à la rencontre ou "rencontre" et par extension, il désigne un cérémonial qui consiste à venir au-devant d’un personnage pour l’accueillir.. Ainsi, dans plusieurs récits d'auteurs grecs, ce terme est utilisé et décliné sous plusieurs formes pour qualifier la venue de représentants de la cité au-devant du personnage entrant. Chez les auteurs latins, le terme latin d’occursus et ses déclinaisons sont utilisés.
Ce moment de l’entrée advient la plupart du temps avant et parfois au moment de l’entrée du roi dans la cité. Il semble que l’apantésis ou occursus se déroule dans la chôra. Il y a une petite diversité de personnages ou de groupes qui y participent. De manière générale, les mentions montrent des apantésis conduites par les notables locaux, des magistrats souvent accompagnés des citoyens ou d’une foule informe.
La procession d'entrée La procession d’entrée constitue le moment où le personnage, accompagné d’un cortège, s’introduit dans le cœur urbain de la cité. Quand la procession succède à une apantésis, le personnage entre dans la cité, accompagné des participants de l’apantésis. Quoi qu’il en soit, quand il n’y a pas d’apantésis, le personnage entre accompagné de son propre cortège. L’armée est bien souvent présente dans les processions d’entrées royales et impératoriales. L’entrée peut donc être donc un moyen de présenter les forces en présence, de présenter une sorte de défilé militaire. Mais les personnages entrants ne sont pas toujours accompagnés d’une armée. Les habitants de la cité accompagnent bien souvent la procession d’entrée soit en la composant soit en la réceptionnant dans la cité.
L'invitation à sacrifier Dans quelques cas d'entrée, le roi entrant est invité à sacrifier. La cité semble préparer les autels avant l’entrée du personnage accueilli, comme lorsqu’une fête est préparée. Cela nécessite une organisation préalable.
L'invitation à s'exprimer devant une assemblée Dans un dernier temps, après les sacrifices, le personnage accueilli peut-être invité à s’exprimer devant une assemblée. C’est un temps que l’on retrouve dans les mentions d’entrées dans les cités grecques, dans la cité d’Athènes, lors de l’entrée d’Attale Ier et des Rhodiens, ou à Thèbes, où Antiochos III est invité, lors de son arrivée à l’assemblée des Béotiens, où se réunit le koinon. Tite-Live montre qu’Antiochos s’y exprime dans le cadre de l’alliance qu’il conclut avec le koinon contre la république romaine.
Des exemples d'entrées Cette liste ne prétend pas à l'exhaustivité et a vocation à être complétée. Entrées antigonides
Démétrios Poliorcète à Athènes (vers 291/290 av. J.-C.) par Démocharès dans Le Banquet des sophistes d'Athénée de Naucratis.
Notre source est Le Banquet des sophistes d'Athénée de Naucratis dans lequel il cite Démocharès, homme politique et orateur athénien et contemporain de l’arrivée de Démétrios Poliorcète à Athènes, ainsi qu'opposant majeur au parti pro-macédonien et donc à Démétrios Poliorcète, qui offre un récit réprobateur de cet accueil.
Démétrios Poliorcète a une histoire tumultueuse avec la cité d'Athènes. En 307 av. J.-C., Démétrios, pour le compte de son père, délivre Athènes de la tutelle de Démétrios de Phalère et Cassandre et lui rend sa démocratie. Démétrios et son père Antigone le Borgne sont honorés par la cité d'Athènes. De 296 à 294 av. J.-C., Démétrios s’empare du sud de la Grèce actuelle. Dans ce cadre, la cité d'Athènes est bousculée par le preneur de villes qui va jusqu’à l’affamer en 294 av. J.-C.
Démétrios Poliorcète est roi de Macédoine depuis 294 av. J.-C. Démétrios cherche à consolider ses possessions en Grèce et en Égée. Il se sent menacé par le roi Ptolémée Ier qui cherche à étendre sa domination en mer Égée. Il se rend une nouvelle fois à Athènes dans ce contexte. Voici donc ce que Démocharès écrit à ce sujet, dans son liv. 21 : "Démétrius, revenant de Leucade et de Corfou à Athènes, le peuple de cette ville-ci le reçut, non seulement avec des parfums brûlants sur des autels, lui présentant des couronnes, et faisant des libations ; on alla même au-devant de lui avec des prosodies, des chœurs, des ithyphalles qui dansaient en suivant les chants. Ils s'arrêtaient par intervalles, au milieu de la foule, dansaient, répondaient aux chants, en faisant leur partie, publiant que Démétrius était seul vrai dieu ; que les autres divinités dormaient, ou étaient en voyage, ou n'existaient réellement pas. On faisait Démétrius fils de Neptune et de Vénus ; on lui donnait la plus éclatante beauté : il était le bienfaiteur général des hommes : on lui adressait des prières, des supplications et des vœux"Athenee, VI, 253b – 253d..Le récit de Démocharès insiste sur les honneurs qui sont rendus lors de l’accueil de Démétrios, honneurs normalement accordés aux dieux. Les ithyphalles accompagnent par exemple habituellement les processions aux fêtes de Dionysos.
Entrées séleucides
Le roi Antiochos III dans les cités de Judée et est accueilli à Jérusalem (200 av. J.-C.), d'après Flavius Josèphe. Flavius Josèphe décrit l’incursion séleucide d’Antiochos III en Judée pendant la cinquième guerre de Syrie dans Les Antiquités Judaïques vers la fin du ap. J.-C. Il restitue une lettre d’Antiochos III adressée à Ptolémée V, alors tout jeune roi. La lettre d’Antiochos III raconte l’accueil qu’il reçoit en se rendant à Jérusalem ; accueil qui semble être similaire à celui qu’il reçoit dans les cités de Cœlé-Syrie. Flavius Josèphe ne s’appesantit pas autant sur l’accueil d’Antiochos III par les Juifs de Jérusalem que sur la prise de la citadelle sous domination égyptienne. Il expose les droits et privilèges que le roi Antiochos III accorde aux Juifs de Judée. Cela peut s’expliquer par le fait que le sujet principal du récit de Flavius Josèphe est le peuple Juif et non la cinquième guerre de Syrie même si ce passage en évoque certains aspectsFlavius Josèphe, Les Antiquités Judaïques, Livre XII, 3, 3 – 4.. Le roi Antiochos III entre à Démétrias (192 av. J.-C.) d'après Tite-Live.
En 192 av. J.-C., dans un contexte de tensions entre le royaume séleucide et la république romaine qui est sortie vainqueur du conflit qui l’opposait à Philippe V de Macédoine. Antiochos III en profite pour annexer des territoires en Thrace et en Asie Mineure. Il menace particulièrement Eumène II, allié des Romains. Ce dernier multiplie les ambassades à Rome pour dénoncer les agissements d’Antiochos III. Rome envoie une ambassade à Antiochos III pour engager des discussions qui n’aboutissent pas. Antiochos III conclut une alliance avec le koinon étolien. Les Étoliens parviennent à prendre Démétrias qui est l’une des entraves grecques sous domination antigonide jusqu’en 196 av. J.-C. et romaine jusqu’en 194 av. J.-C. Puis, Antiochos III est invité par la confédération étolienne à se rendre à Démétrias. Le récit de l'arrivée donne à voir un débarquement royal à Ptéléon. Les Magnètes et leur dirigeant, le magnétarque, se rendent au-devant d'Antiochos III pour l'accueillirTite-Live, XXXV, 43, 2 – 6. . Le roi Antiochos III entre à Lamia (192 av. J.-C.) d'après Tite-Live.