Les Saadiens ou Zaydanides (en arabe : , as-Saʿdiyyūn , Banū Zaydān ; en amazighe : ⵉⵙⵄⴷⵉⵢⵏ, Iseʿdiyen) est une dynastie d'origine arabe qui règne sur le Maroc de 1549 à 1659 et dont la capitale est Marrakech.
Fondée en 1509 comme principauté s'opposant à la présence portugaise au Maroc, elle s'étend à partir de 1511 sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa. Après quelques victoires à Massa et Santa Cruz de la Mar Pequeña, les Saadiens capturent Marrakech et en font leur capitale politique et spirituelle. Les Wattassides rompent la trêve et entrent en confrontation pour le contrôle des territoires. Le traité de Tadla délimite une première frontière qui sera confirmée en 1537, instaurant douze ans de paix durant lesquels les Saadiens parviennent à repousser les Portugais.
En 1549, les Wattassides sont écartés du pouvoir du nord du Maroc, malgré une brève restauration en 1554. Ils règnent par la suite sur l'ensemble du Maroc avant d'étendre leur empire jusqu'à Tombouctou et Gao à partir de la fin du .
Affaiblis par des querelles dynastiques et des conflits armés entre différents prétendants dès le début du , les Saadiens perdent progressivement le contrôle du pays au profit de chefs locaux et des confréries religieuses ; ils perdent tout pouvoir politique à partir de 1659.
Historiographie L'histoire des Saadiens souffre d'un double biais. En premier lieu, l'essentiel de leur dynastie est connu sous le prisme des sources européennes portugaises, hollandaises et anglaises. En second lieu, à cause du poids historiographique que représente l'histoire mérinide d'une part et de celui des Alaouites. Les premiers, souvent présentés sous des dimensions impériales dépassant les frontières du Maroc actuel, tendent à discréditer l'impact de la dynastie saadienne. Les seconds s'efforcent quant à eux de diminuer et d'effacer les traces saadiennes afin d'asseoir leur propre légitimité. Cependant, la dynastie saadienne intervient à un moment charnière, tout d'abord en rompant avec les précédentes dynasties tribalo-berbères, deuxièmement en cimentant les territoires marocains.
Histoire Contexte et origines Les Saadiens sont à l'origine des Arabes originaires de la région de Yanbo, en Arabie, installés au sud du Maroc dans la vallée du Drâa au . Ils seraient chérifs en tant que descendants de Hassan ben `Alî, fils aîné de Ali et Fatima ZahraSa'diens ou Saadiens, les (1554-1659), dans : Encyclopaedia Universalis.. Il existe cependant un débat sur leur lignée chérifienne, en effet, plusieurs généalogistes, éparpillés dans tout le Maghreb, les relient aux de la confédération Hawazin, et seraient donc d'origine bédouine qaysite. Selon l'ethnologue Jacques-Meunié, la dynastie descend du marabout Sidi Ouissaâdene Mbark, wali de la zaouïa d'Akka. Les Ouissaâdene qui appartiennent à une lignée de marabout, feront prendre à Muhammad Ibn Ahmad le statut de chérif, plus prestigieuse que leur lignée maraboutique.
L'émergence des Saadiens tient lieu en réaction aux croisades de la reconquista et aux incursions ibériques sur le territoire maghrébin. Elle ne se produit pas en opposition au pouvoir wattasside en place, ni depuis les principaux centres urbains dont les élites andalouses qui sont l'objet d'ingérences européennes. Le mouvement est soutenu par des chefs locaux, cheikhs et confréries tribales.
Émergence du pouvoir Vers 1509, la confédération Jazoula prête serment d'allégeance à Abou Abdallah al-Qaim qui adopte le titre d'al-qâ'im bi-amr Allâh (« Celui qui s'élève sur l'ordre de Dieu »). Il est appuyé dans cet initiative par les chioukhs des Ilalene, Sidi Mohammed Ou M'barek d'Akka et Sidi Ou M'barek de Tidsi. Prince de Tagmadert, le territoire prend la forme à partir de 1511 d'une principauté s'étendant sur le Souss, le Tafilalet et la vallée du Drâa. L’influence des confréries jazouliennes conduit à la formation de l'État saadien, celle-là est telle que ce dernier est qualifié d'« État Guezoula »...
Il mène le djihad contre les Portugais dès le mois d'août 1511, et tente de prendre sans succès la forteresse portugaise de Santa Cruz do Cabo de Gué (Agadir).. Il parvient cependant à reprendre Massa. Vers 1514, il dispose déjà de trois mille cavaliers et d'un certain nombre de fantassins recrutés, comme les cavaliers, surtout chez les Berbères de la tribu Ilalen (leff Jazoula). À sa mort, en 1517, son fils Ahmed al-Araj lui succède et obtient une première victoire contre les Espagnols en 1524 en capturant le comptoir de Santa Cruz de la Mar Pequeña (Ifni).
Les Saadiens semblent alliés ou vassaux d'al-Burtuqali. La tentative wattasside de reprendre Marrakech échoue en 1520-1521 et les Saadiens la reprennent en 1525. Ahmed al-Araj s'y fait proclamer émir. Il y fait construire une nécropole pour son père et le saint soufi al-Jazouli. Le nouveau souverain wattasside, Abu al-Abbas, lui déclare la guerre pour reprendre la ville mais échoue en 1527 et signe le traité de Tadla qui en fait la cession. Il est ensuite défait en 1529, mais la délimitation entre les deux royaumes ne se conclut qu'en 1537 après une dernière victoire.
Durant le règne d'Ahmed al-Araj, les armées saadiennes mettent sous pressions les ports portugais, mais c'est son frère Mohammed ech-Cheikh qui engrange les victoires dès 1541 avec la reprise d'Agadir, puis en 1544 avec Safi et Azemmour. Cette situation reflète également une querelle entre les deux frères pour le pouvoir. Mais au terme de ces victoires, en 1544, Mohammed ech-Cheick fait écarter du pouvoir son frère et prend le titre de mahdi.
Affirmation parmi les grandes puissances
Lutte contre le pouvoir ottoman En 1553, l'Empire ottoman, par l'intermédiaire de la régence d'Alger, aide Abu al-Hasan à reprendre Fès du pouvoir Saadien. Cependant, la présence des troupes turques provoque la révolte de la population et Abu al-Hasan est contrain de les renvoyer. Une fois le calme recouvré, il se fait proclamer roi de Fès et lève une armée en direction de Marrakech. Mohammed ech-Cheick lui tend une embuscade et le tue à la bataille de Tadla le . Il reprend le contrôle et réprime les partisans des Wattasides. Ces décisions le rendent impopulaire et il transfère la capitale à Marrakech.
Ech-Cheikh cherche alors à se prémunir des prétentions des communautés religieuses qui l'ont amené sur le trône, tout en s'assurant que les Ottomans ne deviennent pas une menace trop tangible. Ayant réussi son premier objectif, il assure le second en s'alliant à l'Espagne, bien que catholique. Mais le souverain saadien est assassiné en 1557. En effet, en 1557 des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Constantinople, où Soliman la fera accrocher sur les murs du Sérail de TopkapıChronologie Maroc, De la décadence mérinide au royaume saadien - Clio - Voyage Culturel.. Son fils Abdallah El-Ghalib lui succède, maintenant l'alliance espagnole tout en essayant de reconquérir Mazagan en 1562. Il repousse une incursion ottomane et concentre davantage son règne sur des politiques intérieures visant à consolider l'administration du pouvoir. Il développe également une politique extérieure plus prudente et orientée sur une importante activité diplomatique avec les pouvoirs européens. Il meurt en 1574, après avoir désigné son fils Muhammad al-Mutawakkil comme héritier.
Bataille des Trois Rois
Le roi du Portugal Sébastien Ier saisit l'opportunité du conflit dynastique qui oppose el-Mutawakkil à Abu Marwan Abd el-Malik et mène une armée contre le pouvoir saadien après avoir promis de remettre el-Mutawakkil sur le trône. Le , l'affrontement a lieu près de Ksar El Kébir (ou Alcazarquivir), au nord du Maroc, et les 40 000 cavaliers du sultan anéantissent les troupes portugaises. el-Mutawakkil se noie dans l'oued el Makhazin en tentant de fuir, Sébastien meurt au combat. Quant à Abd el-Malik, il meurt lui aussi au cours de la bataille, d'une intoxication alimentaire.. Cette bataille des Trois Rois entraîne deux ans plus tard l'invasion du Portugal par le roi d'Espagne Philippe II et l'union dynastique des deux royaumes. Les milliers de prisonniers portugais permettent de renforcer les effectifs des renégats et de soutirer un tribut aux familles nobles portugaises pour leur rachat..
La victoire marque un tournant du pouvoir saadien qui affirme le Maroc au rang des puissances européennes. La bataille est considérée comme l'une des plus sanglante du , tuant entre 15.000 et 30.000 hommes. Les conséquences de la bataille sont multiples : l'union ibérique met fin aux prétentions de croisade sur le sol marocain, la menace ottomane s'estompe, la vente des prisonniers issus de la bataille rapporte une fortune au nouveau sultan Ahmed al-Mansour. Cette affirmation de l'autonomie offre un nouveau souffle à la dynastie qui entre dans une période de prospérité favorable au développement économique, culturel et artistique.
Apogée La dynastie saadienne connaît son apogée sous le règne d'Ahmed al-Mansour qui parvient à se positionner efficacement sur l'échiquier diplomatique afin que les puissances espagnoles et ottomanes se confrontent tout en délaissant son territoire. Il reprend le développement de la culture de canne à sucre afin de devenir un carrefour indispensable du commerce européen et ne plus dépendre uniquement de l'or du commerce transsaharien. Des infrastructures économiques sont implantées pour réguler et taxer ce commerce.
En 1586, les beylerbeys d'Alger sont remplacés par des pachas, mettant fin aux ambitions turques sur le Maghreb, mais également au conflit avec l'Espagne. En conséquence, Philippe II exige qu'al-Mansour restitue Larache en compensation des pertes occasionnées durant leur éviction du dernier beylerbey. Cette demande irrite le sultan qui entre dans la coalition aux côtés du royaume d'Angleterre, des Provinces-Unies et du royaume de France. Toutefois, il ne prendra pas part à la guerre anglo-espagnole. Ce choix politique lui vaut de recevoir en compensation de Philippe II Arzila. Une autre conséquence de cette décision est le rapprochement avec les Provinces-Unies qui participe au développement des villes du littoral Atlantique.
Au Sud, dans le Sahara, Al-Mansour avait déjà repris le contrôle en 1583 sur le Touat et le Gourara, couloirs du commerce transsahariens. Dans ce contexte, une ambassade du Kanem-Bornou prête allégeance au souverain saadien, provoquant la colère et la crainte de l'Askia du Songhaï. Ce dernier met un embargo sur le passage caravanier à destination de Teghazza, alors sous domination marocaine. La fin de la présence ottomane et la situation anglo-espagnole permet au sultan d'envisager une expédition d'envergure. En 1590, il présence à son conseil de guerre un plan d'expansion vers le sud pour des motifs économiques, politiques et religieux. L'objectif consiste à prendre possession des noeuds commerciaux de l'empire songhaï. Ce projet est désavoué par son conseil, les oulémas soulignent le fait que ce conflit soit dirigé contre d'autres musulmans.
Le , après être parvenu à convaincre une partie des élites, une armée de 20.000 soldats (dont 3000 à 4000 fusiliers) quitte Marrakech en direction du Bilal al-Sudan, le Soudan sous hégémonie songhaï. Le , l'armée arrive sur les bords du Niger. Onze jour plus tard, l'armée rencontre 27.000 à 42.000 hommes dirigées par Askia Ishaq II. Les armes à feu offrent un avantage considérable, faisant de la bataille de Tondibi une victoire décisive. L'armée saadienne parvient à pénétrer dans Gao, désertée de ses habitants et sans la moindre richesse. Yuder Pacha, qui dirige l'armée, décide de signer une trêve et de se retirer à Tombouctou pour s'assurer que ses soldats aient des vivres. Cependant, le sultan refuse cette trêve, destitue son général, et ordonne la reprise des conquêtes. L'administration songhaï s'effondre tandis que se retrouve à la tête du pachalik de Tombouctou.