À partir des années 2010, l'actionnariat de Lagardère connait de nombreux changements, surtout, dans un premier temps, avec l'intervention d'Amber Capital. Cette entrée du fonds d'investissement entraine une bataille d'actionnaires et d'influences, ainsi que la venue d'investisseurs comme Vivendi ou Groupe Arnault : une bataille de pouvoirs et d'ego.
Historique En , Qatar Investment Authority, filiale du fonds souverain de l'émirat du Qatar, est devenu l'actionnaire principal du groupe. Déjà détenteur de 7,58 % du capital social, il augmente ses parts jusqu'à 10,1 %QATAR HOLDING, ACTIONNAIRE DE LAGARDERE, Laetitia LEROUX, iredic, 31 janvier 2012 puis 13,03 % à fin 2019 (pour 19,45 % des droits de vote). À cette date, le second actionnaire reste Arnaud Lagardère avec 7,33 % des parts et le troisième Amber Capital. Historiquement, le père de l'émir Tamim ben Hamad Al Thani connaissait Jean-Luc Lagardère.
Premier acte : entrées d'Amber vignette|redresse|Joseph Oughourlian en 2018|alt=Photo de Joseph Oughourlian en gros plan. Le fonds d'investissement britannique Amber Capital entre au capital du groupe également en 2011 (5,04 % fin 2018, puis 6,73 % fin 2019), puis revend sa participation deux ans plus tard avec une plus-value. Pourtant, en 2016 lorsque le cours de l'action chute très bas, Amber prend de nouveau des parts. Fonds « activiste » représenté par Joseph Oughourlian, celui-ci propose, dès son arrivée, plusieurs fois des stratégies pour le groupe à mettre en place de façon urgente : sortie du sport, des médias, concentration sur l'édition et les boutiques de gares ou d'aéroport ; ce que fera finalement le groupe à partir de 2018, en misant sur Lagardère Publishing et Lagardère Travel Retail, après de lourdes pertes sur le sport ou la cession de certaines radios par exemple. Amber tente d'entrer au conseil de surveillance fin 2018, acte perçu comme une agression par Lagardère, mais échoue, le Qatar Investment Authority votant contre.
Par la suite, après les multiples échecs de stratégie, de décisions et d'opérations financières à pertes de la part du groupe, Amber augmente sa participation à 6,73 % au sein du capital et demande des comptes : le fonds reproche la mauvaise gouvernance d'Arnaud Lagardère, les niveaux de rémunération excessifs, le montant inconnu des dividendes versés, la sous-performance chronique de l'action en bourse, le manque global de transparence ou encore que la branche médias déficitaire face chuter les résultats. Amber souhaite plus particulièrement tirer au clair le rôle de Lagardère Capital & Management (LC & M) qui ne publie pas ses comptes et où . Cette structure sans aucune transparence est une holding possédant les 7,33 % du groupe propriété de Arnaud Lagardère, mais également ses dettes personnelles contractées pour l'achat de ces mêmes parts. Ce dernier, grâce au statut particulier de Société en commandite par actions lui assurant pleinement le contrôle, reste pratiquement inamovible puisqu'il n'est pas désigné par les actionnaires ; et ce, même s'il ne possède qu'un faible nombre de parts. En parallèle, le fonds souverain du Qatar, alors le premier actionnaire en 2019, lui apporte son soutien. Amber, comme le Financial Times, soutiennent que la dette reste bien supérieure à la valeur des parts possédées personnellement par Arnaud Lagardère, ce que dément le groupe sans apporter de comptes. De plus, une partie est garantie par un prêt du Crédit agricole, qui souhaite . Mi-octobre, le tribunal oblige la holding à publier ses comptes, mais le dirigeant refuse, fait appel et préfère régler l'amende journalière de plutôt que de se soustraire à l’obligation de justice ; ce qu'il fera seulement à partir du .
Pour contrattaquer, le groupe Lagardère attaque Amber une fois de plus en justice, lui reprochant que sa démarche fasse baisser le cours de bourse du groupe, entrainant une perte de valorisation et donc un préjudice. L'entreprise demande 84 millions d'euros de dédommagements pour , et . Tentative de conciliation, les deux parties opposées décident finalement de se parler par l'intermédiaire de la banque d'affaires Rothschild accompagnée de Grégoire Chertok.
Renforcement du Qatar Mais, malgré cette riposte judiciaire apaisée un temps, toujours en difficulté face au fonds activiste Amber qui remet en question la stratégie du groupe, Arnaud Lagardère tente de faire entrer Nicolas Sarkozy au sein du conseil de surveillance. Il s'agit pour le dirigeant d'améliorer sa position en exploitant les relations amicales entre l'ancien président et le Qatar, le fonds souverain du Qatar détenant alors 13 % du capital. Finalement, sont nommés au « conseil stratégique » de l'entreprise, au premier trimestre 2020, Nicolas Sarkozy et de Guillaume Pepy, président au Medef du « comité France Qatar ». Les deux nouveaux membres ne ménagent pas leur peine en coulisse pour soutenir Arnaud Lagardère et améliorer sa relation avec le principal actionnaire. Le dirigeant français renforce ainsi ses liens avec son actionnaire qatari et sécurise sa position en tant que gérant de la commandite.
Montée d'Amber Entre-temps durant l'hiver, le fonds monte au capital : Amber détient 10,32 % du capital et de 7,73 % des droits de vote fin 2019 ; il devient un temps le premier actionnaire du groupe à fin avec 14 % des parts. Puis le chiffre monte à 15 % au début du mois suivant mais avec seulement 12 % des droits de vote s'opposant aux 20 % du Qatar qui n'a pourtant que 13 % des parts. En Outre, la moitié des voix sont détenues par les petits actionnaires. Amber monte à 18 % des parts fin avril (14 % des droits de vote), ayant à cette date investi 300 millions d'euros en quatre ans.
Conseil de surveillance En , Amber Capital passe à l'action et demande la révocation de l'ensemble du conseil de surveillance : pour , Joseph Oughourlian présente, lors d'une conférence de presse, son plan « Stronger Lagardère » composé de plusieurs points, dont le renouvellement de huit personnes sur dix au conseil de surveillance avec propositions de noms comme Enrico Letta ou Brigitte Taittinger. Patrick Sayer se porte candidat pour la présidence de celui-ci, soutenu par Amber. Peu après, Patrick ValroffPrésident du conseil de surveillance de Lagardère et membre du comité exécutif. déclare dans une interview au journal Le Figaro que les candidatures proposées n’apportent pas d’expertise supplémentaire et ne fournissent aucune plus-value au groupe. Mais Joseph Oughourlian souhaite surtout protégeant le dirigeant et devient plus virulent, affirmant que l'entreprise a vu sa valeur divisée par trois à cinq depuis la mort de Jean-Luc Lagardère (2003) et qu'Arnaud . Le fonds de placement reproche aussi que seulement 15 % des neuf milliards de cession d'actifs de ces dernières années n'aient été réinvesti. En outre, le budget du comité exécutifComité exécutif composé à cette date de Pierre Leroy cogérant de la holding Lagardère depuis 2004, Arnaud Lagardère, Thierry Funck-Brentano cogérant depuis 2010, Patrick Valroff le président du conseil, Gérard Adsuar directeur financier et Ramzi Khiroun. Ce comité est rémunéré par Lagardère Capital & Management., de plusieurs dizaines de millions d'euros, se voit reprocher, Joseph Oughourlian donnant moult détails des rémunérations et coûts non expliqués. Par cette offensive médiatique, Amber veut convaincre les petits actionnaires de le rejoindre : avec alors 14 % des droits de votes, le fonds d'investissement ne peut influer sensiblement sur le groupe Lagardère.
Durant la Covid-19 Pratiquement au même moment, en raison de la crise du Covid-19 et des annonces gouvernementales, en et à l’initiative d'Arnaud Lagardère, le groupe annonce une baisse des rémunérations du comité exécutif et la suppression de la proposition de dividende. Patrick Sayer avait d’ailleurs exprimé ses réserves sur le versement de 139 millions d'euros de dividendes dans le contexte Covid-19, versement qui, selon lui, serait dicté par le besoin d'Arnaud Lagardère de financer sa dette personnelle de plus de 200 millions d'euros . Le , le groupe Lagardère s'étonne du maintien de Patrick Sayer en tant que candidat au conseil de surveillance de Lagardère en qualité de « membre indépendant » à la suite de sa démission de ses fonctions de juge consulaire au Tribunal de commerce de Paris. Cette démission est intervenue après que Lagardère ait révélé une série d'interférences personnelles de Patrick Sayer dans les contentieux opposant le groupe à Amber Capital, alors même que le Tribunal de commerce de Paris au sein duquel il était juge, est saisi de ces contentieux.
En outre, Lagardère juge « irresponsable » l’attitude du fonds activiste dans le contexte de la crise du Covid-19 qui affecte le groupe, d’autant que Amber « reconnait lui-même la performance opérationnelle du groupe et approuve la stratégie arrêtée par la gérance avec le soutien du conseil de surveillance ». S'agissant de sa structure organisationnelle, Lagardère rend public fin un audit mené sur Lagardère Capital & Management (LC&M) qui confirme que . Enfin, un plan de restructuration de la holding est mis en œuvre depuis le début de l'année 2020 et aboutira à une économie annuelle récurrente de coûts de l'ordre de 15 M€. Cette contre-attaque de communication est gérée par l'agence d'Anne Méaux.
Deuxième acte : entrée de Bolloré Durant la même période alors que les actions semblent peu chères en bourse, le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière investit discrètement et envers le père Jean-Luc Lagardère. Puis c'est au tour de Vincent Bolloré qui prend 10,6 % des parts par l'intermédiaire de Vivendi puis 13,3 %, 16 %, pour atteindre finalement 23,5 % au mois d'août. Les deux financiers sont théoriquement soutiens à Arnaud Lagardère : ils Pour mémoire : en 2004, Vincent Bolloré entre « en ami » chez Havas avant d'en prendre peu à peu le contrôle. et Bolloré donne .
Pourtant les intentions réelles sont inconnues et divers scénarios se voient avancés par les analystes, comme la revente rapide des actions avec une plus-value, le cours de bourse grimpant immédiatement après l'arrivée de Vivendi. Vincent Bolloré pourrait surtout être intéressé particulièrement par Hachette, premier éditeur françaisÀ cette époque, Hachette représente un tiers du chiffre d'affaires de Lagardère et plus de la moitié de la marge opérationnelle., qui permettrait de renforcer Editis, même si les cultures d'entreprises restent différentesPour mémoire : en 2002, le groupe de Jean-Luc Lagardère acquiert une partie de Vivendi Universal Publishing.. Ce projet entrepreneurial semble cohérent contrairement à celui d'Amber. Dans un premier temps, Vincent Bolloré peut espérer, avec l’entregent de Nicolas Sarkozy, récupérer l’appui de l'actionnaire qatari et ainsi prendre le pouvoir, face à Arnaud Lagardère fragilisé et endetté.
précise toutefois Vivendi. C'est Nicolas Sarkozy qui a mobilisé Vincent Bolloré sur le sujet afin, déjà dans un premier temps, de contrer Amber. Si Arnaud Lagardère est au courant du de Bolloré, il reste surpris de l'importance du nombre d'actions achetées ; de plus, cette entrée au capital s'est faite non pas en nom-propre mais par l'intermédiaire de Vivendi, alors que tout le monde sait qu'Hachette Livres et sont des proies convoitées par ce groupe.
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