Le patriarcat de Peć (en serbe cyrillique : ; en serbe latin : ) ou patriarcat serbe de Peć (en serbe cyrillique : ; en serbe latin : ) était un patriarcat autocéphale de Église orthodoxe qui a existé de 1346 à 1463 puis de 1557 à 1766. Il avait son siège au monastère patriarcal de Peć. Sa juridiction ecclésiastique s'étendait sur les Chrétiens orthodoxes des terres serbes et sur d'autres régions plus à l'ouest de l'Europe du sud-est. Les primats du patriarcat portaient le titre d'« archevêque de Peć et patriarche serbe».
Période médiévale (1346-1463) vignette|gauche|upright=1.2|L'église de la Mère-de-Dieu-Odigitria dans le monastère patriarcal de Peć.
À partir de 1219, l'Église orthodoxe du royaume médiéval de Serbie a été organisée par saint Sava comme un archevêché autocéphale ; son siège a d'abord été au monastère de Žiča puis, au milieu, du , il a été transféré au monastère de Peć. L'expansion politique de l'État serbe médiéval d'après accord Deževa a atteint son apogée sous le règne du roi Stefan Dušan (1331-1355), qui a conquis de nombreuses provinces occidentales de l'Empire byzantin. À partir de 1334, le siège de l'ancien archevêché d'Ohrid se trouvait sous la domination des Serbes et, à l'automne 1345, l'armée serbe a achevé la conquête du nord de la Grèce, y compris Serrès, la capitale de la Macédoine orientale et le siège d'une importante métropole. À la suite de ses victoires, Stefan Dušan a été proclamé empereur (en serbe : /) le à Serrès.
Comme un empereur se faisait habituellement couronner par un patriarche, l'empereur Stefan Dušan nouvellement proclamé a décidé de convoquer une assemblée rassemblant des représentants de l'État et de l'Église (en serbe : ) ; l'assemblée s'est tenue le à Skopje, ville qui était la capitale serbe de l'époque Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, pp. 64-65. Assistaient à la réunion, l'archevêque serbe Joanikije II, l'archevêque Nicolas d'Ohrid, le patriarche Siméon de Bulgarie ainsi que de nombreux autres hiérarques et dignitaires de l'Église, dont les chefs monastiques du mont Athos. L'assemblée a proclamé l'élévation de l'Archevêché serbe autocéphale au statut de patriarcat Aleksandar Fotić, Aleksandar, Serbian Orthodox Church, Encyclopedia of the Ottoman Empire, Infobase Publishing, New York, 2008, 519–520. L'archevêché de Peć est devenu le « Patriarcat serbe » (ou « patriarcat de Serbie ») et son siège a été installé au monastère de Peć, qui est devenu la résidence du patriarche. Par la même occasion, le patriarche nouvellement proclamé, Joanikije II, a couronné solennellement Stefan Dušan empereur (basileus) et autocrate (autocrator) des Serbes et des Grecs John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, p. 309.
vignette|droite|upright=0.8|Joanikije II (Joannice II), premier patriarche de Serbie.
La proclamation du Patriarcat serbe a eu comme résultat l'élévation des évêchés principaux au statut de métropoles honoraires, à commencer par l'évêché de Skopje qui est devenue la métropole de Skopje John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, p. 310. Le patriarcat a exercé une juridiction ecclésiastique suprême sur le mont Athos et sur beaucoup d'éparchies (diocèses) grecques de la Macédoine égéenne qui étaient jusqu'alors sous la juridiction du patriarcat œcuménique de Constantinople John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, p. 323. Le même processus s'est poursuivi après les conquêtes serbes de la Thessalie, de l'Épire, de l'Étolie et de l'Acarnanie en 1347 et 1348. Au même moment, l'archevêché d'Ohrid est resté autocéphale, tout en reconnaissance la primauté honoraire du nouveau patriarcat de Serbie.
Étant donné que la proclamation du patriarcat avait été effectuée sans l'accord du patriarcat de Constantinople, plusieurs questions canoniques et politiques ont été soulevées. En 1350, soutenu par le gouvernement byzantin, le patriarche Calliste de Constantinople a émis un acte de condamnation et d'excommunication de l'empereur Stefan Dušan et du patriarche serbe Joanikije. Cet acte a provoqué une fracture entre les Églises serbes et byzantines ; en revanche, cette querelle ne reposait pas sur des questions doctrinales mais juste sur des questions d'administration et de juridiction ecclésiastiques. Le patriarche Joanikije est mort en 1354 et son successeur, le patriarche Sava IV (1354-1375) a dû affronter de nouveaux défis en 1371, quand les Turc ont battu les Serbes à la bataille de la Maritsa et ont entamé leur expansion dans les territoires serbes Stevan K. Pavlowitch, Serbia : The History behind the Name, Hurst & Company, Londres, 202, pp. 8-9. Comme ils affrontaient un ennemi commun, les gouvernements serbe et byzantin et les dirigeants de l'Église ont trouvé un accord en 1375 Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, p. 97. L'acte d'excommunication a été révoqué et l'Église serbe a été reconnue comme un patriarcat, à la condition de restituer au patriarcat de Constantinople toutes les éparchies contestées situées dans les régions du sud George Ostrogorsky, History of the Byzantine State, Basil Blackwell, Oxford, 1956, p. 485 John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, pp. 387-388.
Après la nouvelle et décisive bataille de Kosovo Polje remportée par les Turcs en 1389, la Serbie est devenue un État tributaire de l'Empire ottoman et le patriarcat de Serbie a également été affecté par le déclin social général, surtout que les Turcs continuaient leur expansion et leurs incursions dans le territoire serbe, dévastant de nombreux monastères et églises Stevan K. Pavlowitch, Serbia : The History behind the Name, Hurst & Company, Londres, 2002, pp. 9-10 et p. 17. La ville de Skopje a été prise par les Turcs en 1392 et toutes les autres régions du sud sont tombées entre leurs mains en 1395 John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, p. 412. Le patriarcat serbe s'est retiré progressivement du sud, laissant la place à la juridiction de l'archevêché d'Ohrid. Finalement, en 1455, la ville de Peć est tombée aux mains des Ottomans John Van Antwerp Fine Jr., The Late Medieval Balkans : A Critical Survey from the Late Twelfth Century to the Ottoman Conquest, Ann Arbor, University of Michigan Press, Michigan, 1994, p. 569. Peu après, en 1459, la capitale serbe de Smederevo est également tombée, marquant ainsi la fin du principal État médiéval serbe Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, pp. 107-108. Le patriarche Arsenije II est mort 1463 et le patriarcat serbe a alors commencé une période de grand déclin.
Éparchies médiévales du patriarcat de Peć
Période de vacance (1463-1557) Dans la seconde moitié du , l'Empire ottoman a progressivement conquis tous les territoires serbes, à commencer par le despotat de Serbie en 1459, suivi par la conquête du royaume de Bosnie en 1463, de l'Herzégovine en 1482 et, finalement, du Monténégro en 1499. Toutes les éparchies du patriarcat de Serbie ont été ravagées au cours des incursions turques et de nombreux monastères et églises ont été pillés et détruits. Pour cette raison, cette période est surnommée « la grande désolation » (en serbe : ). Bien que des Serbes chrétiens se soient convertis à l'Islam après la conquête turque, l'immense majorité d'entre eux est restée fidèle à l'Église orthodoxe serbe. En revanche, la structure du patriarcat de Serbie a subi de profonds changements. Après la mort du patriarche Arsenije II en 1463, la question de sa succession est restée ouverte. En l'absence de sources, les historiens concluent que la période de vacance s'est prolongée, en raison de l'abolition de facto de la fonction patriarcale Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, p. 134.
Dans le même temps, la juridiction de l'archevêché d'Ohrid a continué à s'étendre vers les éparchies serbes du nord et elle a fini par englober tout le territoire du patriarcat serbe Beresford James Kidd, The Churches of Eastern Christendom from A.D. 451 to the Present Time, Faith Press, Londres, 1927, p. 337 Rumen Daskalov et Tchavdar Marinov, Entangled Histories of the Balkans - Volume 1 : National Ideologies and Language Policies, BRILL, 2013, p. 29. La situation n'était pas acceptable pour les chefs de l'Église serbe qui voulaient un retour à l'organisation ecclésiale antérieure. Peu après la prise de Belgrade par les Turcs en 1521 et après la victoire ottomane à la bataille de Mohács en 1526, le métropolite de Smederevo Pavle a tenté à plusieurs reprises de restaurer le patriarcat de Serbie et, pour une courte durée, il a réussi à s'emparer du trône de Peć, en s'autoproclamant archevêque de Peć et patriarche serbie Predrag Puzović, Kratka istorija Srpske pravoslavne crkve, Kalenić, Kragujevac, 2000, p. 27. Vers 1541, sa tentative a été écrasée par les forces conjointes de l'archevêché d'Ohrid et du patriarcat de Constantinople Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, pp. 134-135. Malgré cette défaite, les chefs de l'Église serbe n'ont pas cessé d'espérer une nouvelle occasion de restaurer l'ancien patriarcat Mehrdad Kia, Daily Life in the Ottoman Empire, Greenwood Press, Santa Barbara, Californie, 2011, pp. 114-115.
Période moderne (1557-1766) vignette|gauche|Makarije Sokolović, le premier patriarche du patriarcat de Peć restauré.
Le patriarcat de Peć a finalement été restauré en 1557 Steven Runciman, The Great Church in Captivity : A Study of the Patriarchate of Constantinople from the Eve of the Turkish Conquest to the Greek War of Independence, Cambridge University Press, Cambridge, 1968, p. 2004 grâce à l'influence de hauts dignitaires de la cour ottomane Predrag Puzović, Kratka istorija Srpske pravoslavne crkve, Kalenić, Kragujevac, 2000, p. 31. Pendant la seconde partie du règne du sultan Soliman le Magnifique (1520-1566), l'un des hommes d'État les plus notables de l'Empire était le pacha Mehmed Sokolović, qui a été un de ses vizirs à partir de 1555 et qui, plus tard, est devenu grand vizir (1565-1579). Par sa naissance, il était un Serbe orthodoxe, enlevé à sa famille quand il était un jeune garçon selon le système du devchirmé, une sorte d'« impôt du sang », et qui était converti à l'Islam. Malgré cela, il avait renoué avec sa famille et, en 1557, son cousin Makarije Sokolović, un évêque orthodoxe serbe, a été élu patriarche du nouveau patriarcat de Peć Sima Ćirković, The Serbs, Blackwell Publishing, Malden, 2004, pp. 135-137.
vignette|droite|upright=0.8|Le grand vizir Mehmed Sokolović, cousin du patriarche Makarije, qui a permis la restauration du patriarcat.